L'abbaye Notre-Dame de Bon-Repos (en breton abati Itron-Varia a Verrepoz) est située sur la commune de Bon Repos sur Blavet dans le département des Côtes-d'Armor, en région Bretagne, en France. Elle se trouve le long du Blavet, également canal de Nantes à Brest à cet endroit.

Cette abbaye fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..

Histoire Fondation Bon-Repos est fondée le comme abbaye sœur de l'abbaye cistercienne de Savigny à l'initiative intéressée du vicomte Alain III de Rohan et son épouse Constance de Penthièvre, en forêt de Quénécan sous le nom de "Sanctae Mariae de Bona Requie" en présence de Dom Pierre, abbé de Clairvaux, de Dom Simon abbé de Savigny et de Raoul II de Fougères. Conformément à la tradition cistercienne, un abbé et douze moines arrivent de l'abbaye de Savigny-le-Vieux dans la Manche, et s'installent dans cette vallée pour habiter Bon-Repos. Le choix du site est judicieux car il dispose de ressources naturelles : bois et eau y sont abondants.. thumb | 220x124px | right | Charte de fondation de l’abbaye de Bon-Repos, 1184 (AD 22, H201). Selon la légende rapportée par Jean de Rostrenen, le vicomte poursuivait un grand cerf en forêt de Quénécan. Après avoir chassé hardiment toute une journée, il s'était trouvé surpris par la nuit si bien que la fatigue l'incita à se reposer sur place. Il s'endormit en un lieu où la Vierge lui serait apparue en songe pour lui inspirer de fonder une abbaye à cet endroit à sa gloire. Le vicomte décida à son réveil de fonder cette abbaye et de la placer sous le patronage de la Vierge, l'appelant Bon-Repos car il s'y était bien reposé ; mais le vicomte ayant désigné ce couvent pour y recevoir sa sépulture, on peut penser que c'est plutôt une allusion à son repos éternel. Au-delà de la légende, cette fondation des Rohan répond à des intérêts politiques, économiques et religieux (implantation d'une nécropole de la famille ducale au sein d'une abbaye de l'ordre cistercien qui connaît à cette époque l'apogée de son prestige, mise en culture des terres qui sont entrées dans le giron de la vicomté de Rohan depuis 1164).

Alain III de Rohan fait don à l'abbaye de six villæ et de deux autres fermes, des droits de prendre du bois et de pacage en forêt de Quénécan, du droit de construire viviers, écluses et moulins sur le Blavet, de la colline de Corlay. Constance, arrière petite-fille du roi d'Angleterre , fait don de l'église de Foleborne avec ses dépendances dans l'évêché d'Ely de la province de Cantorbéry. Le couple attribue à Bon-Repos une juridiction féodale qui sera à l'origine de querelles entre les officiers de Rohan et les moines.

Période médiévale

L'abbaye connaît un essor important entre le et le grâce à de nombreuses donations, notamment de la famille de Rohan (par exemple celle faite en 1225 par le vicomte Olivier de Rohan avant son départ à la sixième croisade), et au travail des moines (les moines, trop peu nombreux, font appel à des frères convers, en ouvrant les premières granges en 1235 à Caurel.). Vers la fin du les possessions de l'abbaye s'étendent sur 27 paroisses et trèves. La création de domaines congéables entraîne la prospérité économique pour l'abbaye et une situation pour l'abbé et les moines de type domination féodale sur les paysans.

L'actuel pont à dix arches de Bon-Repos, daté du , remplace très probablement un franchissement médiéval construit par les moines, à la suite du don à l'abbaye, des deux rives du Blavet par les Rohan qui « s'offrent » d'une part la bonne conscience de ce don charitable, et se déchargent sur l'établissement religieux, d'autre part, de toutes les contraintes liées au financement et à l'entretien du pont. L'abbé fait probablement appel à une maîtrise d'œuvre laïque pour construire un pont en pierre qui permet ainsi à l'abbaye de contrôler cette voie de circulation et de percevoir les droits de péage à l'entrée de l'ouvrage..

La crypte de l'église abbatiale servira entre 1196 et 1516 de sépulture à treize vicomtes de la grande famille de Rohan (dont par exemple , tué à la bataille de Mauron le et en 1516, le dernier vicomte à y être enterré), ainsi qu'à plusieurs de leurs épouses.

Vers la fin du l'abondance des biens temporels de l'abbaye entraîne un relâchement de la morale religieuse ; le supérieur général de l'ordre, Nicolas, abbé de Cîteaux, rappelle en 1387 leurs devoirs aux moines et procède à une réforme de l'abbaye qui est mise sous la tutelle de ses consœurs, l’abbaye de Boquen et l’abbaye de Coatmalouen.

Tout au long du , la décadence se poursuit : les moines négligent l'entretien des bâtiments, font des « fêtes païennes » et négligent même le culte, ce qui oblige le pape à rédiger une bulle leur rappelant leurs devoirs en 1415.

En 1469, l’abbé Alain de Penguily est accusé de « maléfices, délits et mauvaise administration » et l'ordre des Cisterciens diligente une enquête.

À la fin du l'abbaye dispose des droits de basse, moyenne et haute justice (avec gibet et fourches patibulaires) et dispose d'un revenu élevé, mais les moines fréquentent les tavernes des environs et reçoivent des femmes à l'abbaye.

La famille de Rohan, s'étant convertie au protestantisme, cesse sa protection de l'abbaye, mais la relève est prise par la famille de Rohan-Guémené, seigneur de Corlay.

La commande Prospère jusqu'au , l'abbaye devient alors royale en 1491 à la suite du mariage d'Anne de Bretagne avec ; sur décision de , elle passe sous le régime de la commende en 1516 (les abbés sont nommés par le roi, mais ne résident pas sur place, se contentant d'en percevoir les revenus ; ils confient la gestion de l'abbaye à un prieur). Commence pour elle une période de déchéance.

L'essor du protestantisme dans la région, favorisé par les vicomtes de Rohan devenus protestants, entraîne une régression des revenus de l'abbaye, notamment en raison des difficultés rencontrées pour la perception des dîmes ; les moines se retrouvent presque sans ressources pendant les guerres de Religion, d'autant plus qu'un seigneur local, Troilus de Mesgouez, s'est emparé de l'abbaye dès 1589, n'en abandonnant la jouissance qu'à sa mort survenue en 1606.

Le déclin se poursuit tout au long du , des moines allant même jusqu'à se servir d'armes et commettre des actes de brigandage (par exemple à Caurel en 1674).

Cette décadence s'achève au par l'arrivée à la tête de l'abbaye en 1683 de l'abbé Philippe Alexandre Montault-Navaille de Saint-Geniès, qui reprend en main l'abbaye ruinée et la restaure (aristocrate mondain, « rêvant d’une vie de château, il décide de rebâtir les bâtiments conventuels de « Bon-Repos », pour en faire son palais abbatial.), y faisant aussi construire de nouvelles dépendances en 1730 ; mais il meurt en 1734.

L'abbaye redevient alors assez prospère pendant une trentaine d'années. Plusieurs de ses abbés sont alors issus de la famille de Rougé et du Plessis-Bellière, une ancienne famille bretonne. Mais en 1768 il ne reste plus que huit moines dans l'abbaye.

Destructions

vignette|gauche|Façade du logis abbatial ruiné. thumb|Annonce de mise en vente de l'abbaye de Bon-Repos en 1857 (journal Le Constitutionnel du ). L'histoire de Bon-Repos est marquée par de nombreuses périodes de crises et d'opulence auxquelles la Révolution met un terme. En 1789, les quatre derniers moines de l'abbaye de Bon Repos fuient vers l'Angleterre et laissent le site à l’abandon. Cette date marque la fin de la vie monastique au sein de cette dernière. En 1791, un inventaire est réalisé dans l'abbaye par les révolutionnaires, puis elle est vendue comme bien national (son mobilier est dispersé et son orfèvrerie est envoyée à la fonte à l'hôtel des Monnaies de Nantes et de Paris), et achetée d'abord par Jean-Baptiste Turquetit, un architecte de Pontivy, qui la revend rapidement à un tisserand révolutionnaire, Julien Le Bris, maître tisserand de Rostrenen, qui y installe une manufacture de textile. Ce n'est qu'en 1796 qu'elle sera pillée - et non brûlée - par les chouans qui l'occuperont à plusieurs reprises comme caserne (elle sert un moment de quartier général à l'état-major de la légion de l'Armée catholique et royale de Bretagne) ou comme refuge exceptionnel, par exemple à Pierre Guillemot en . Elle subit aussi un pillage de la part de soldats de la Révolution : « En janvier (...) quatre hommes de la division du Cheyla envahissent l'Abbaye de Bon-Repos, dont le propriétaire, pour son bonheur, est absent, démolissent son mobilier et emportent sur plusieurs charrettes un butin de toiles et de linge »..

Entre 1806 et 1835, la fabrique de Saint-Mayeux se sert de pierres de l'abbaye pour reconstruire l'église paroissiale, qui s'est écroulée ; le clocher de l'église abbatiale est remonté quasi à l'identique à Saint-Mayeux.

En 1832, l'abbaye héberge les forçats qui creusent le canal de Nantes à Brest, puis elle tombe pour de longues années à l'abandonFrançois Marie Cayot-Délandre, secrétaire de la "Société polymathique du département du Morbihan", « Le Morbihan, son histoire et ses monuments », 1847.. Elle devient une carrière de pierre pour les habitants des environs.

L'abbaye est mise en vente en 1857. ; le comte Henri de Janzé acquiert les ruines de l'abbaye. Elle passe par héritage aux familles du Pontavice et Le Cour Grandmaison.

L'abbaye au L'abbaye de Bon-Repos en ruines (cartes postales du début du )

Hervé du Halgouët écrit en 1924 que « tout ce qui pouvait indiquer le caractère architectonique [architectural] de Bon-Repos aux et a disparu, si ce n'est une partie d'un bas-côté de l'église, avec un pilier. L'édifice du subsiste, encore imposant »Contribution à l'étude du régime seigneurial dans l'ancienne France. II. Le Duché de Rohan et ses seigneurs accompagné d'une carte et de notices sur les principales seigneuries du fief, Saint-Brieuc, René Prud'homme, Paris, Édouard Champion, éditeur, 1925, 308 p..

En 1940 Auguste Dupouy témoigne que « la classique façade disparaît à demi sous le lierre, l'intérieur est devenu la proie des ronces et des arbres (...). Seuls les communs sont occupés »Auguste Dupouy, La Basse-Bretagne, éditions B.Arthaud, Grenoble 1940.. vignette|L'abbaye de Bon-Repos lors du trail de Guerlédan (édition de 2018). Alors que l'abbaye n'est plus qu'à l'état de ruines, l'association des Compagnons de l'abbaye de Bon-Repos, fondée le , déblaie pendant trois ans le site, aidée par de nombreux locaux, chantiers de jeunes ou scouts. En 1989, l'étude de faisabilité réalisée par Charles Perrot, architecte en chef des Monuments historiques, permet de programmer un vaste chantier de restauration financé localement dans un premier temps par des dons, et par la suite, par le Fonds européen de développement économique et régional (FEDER) à hauteur de 75 %, l’État français, le Conseil régional, le Conseil général et les collectivités territoriales. Une étude de faisabilité, réalisée en 1989 Après trois années de nettoyage du site, auquel ont participé de nombreux locaux, chantiers de jeunes ou encore scouts, une étude de faisabilité est réalisée en 1989. Ce long travail de restauration (déblaiement de la terre et des gravats, débitage des arbres ayant envahi le cloître, démontage et remontage de murs à l'identique…) conduit à la rénovation totale de l'angle sud-est de l'abbaye. Cet élan est récompensé en 1988, par la remise du second prix des « Chefs-d’œuvre en péril », effectuée par le ministre de la Culture Jack Lang..

L'abbaye est le site de départ et d'arrivée du trail de Guerlédan organisé depuis 1999 par l'association Corlay Sport Nature..

L'abbaye au vignette|Abbaye Notre-Dame de Bon-Repos : vue de drone. vignette|Ruines du pigeonnier et à l’arrière-plan, gradins accueillant les spectateurs lors des spectacles.

L'abbaye accueille en moyenne à par an...