thumb|upright=1.2|Vue de la gare d'Alger au début du . thumb|upright=1.2|Un train engagé sur le pont des Cascades à Tlemcen, 1905

L'histoire des chemins de fer algériens commence en 1857, durant la colonisation française de l'Algérie, par la mise en œuvre d'un premier plan pour la création d’un réseau de chemin de fer de . Ce plan, officialisé par un décret de l'empereur Napoléon III, définit la trame initiale du réseau ferré algérien qui ne cessera d'évoluer durant toute la seconde partie du , tant dans ses dimensions que dans ses structures.

Le réseau ferré initial s'articule autour d'une artère ferroviaire reliant les chefs-lieux des trois départements de l'Algérie française, Alger à Constantine et Alger à Oran, de laquelle partent des lignes secondaires en direction des principaux ports de la colonie. Ces premières lignes ont pour vocation principale le transport de produits agricoles ou de matière première de l'Algérie vers la métropole française, ou le transport de produits manufacturés des villes côtières vers l'intérieur de la colonie.

La présence de nombreuses compagnies concessionnaires et l'absence de coordination globale font que le réseau ferré algérien s'édifie de manière disparate selon les régions. Ce n'est qu'au début du que l'État français et le gouvernement de l'Algérie unifient les différentes composantes du réseau et simplifièrent sa gestion en réduisant notamment le nombre de compagnies.

Le réseau évolue sensiblement durant toute la première moitié du ; à son apogée, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, il compte jusqu'à de lignes. Au lendemain de la guerre, le transport ferroviaire en Algérie subit la concurrence de la route et plusieurs lignes secondaires sont fermées au cours des décennies qui précédèrent l'indépendance du pays.

En 1962, le nouvel État algérien doit, dans un premier temps, gérer le réseau existant en assurant au mieux son exploitation et sa maintenance. Ce n'est qu'au début des années 2000 qu'est mis en œuvre un grand plan de modernisation et d'extension du réseau. De nouvelles lignes sont créées, d'autres sont doublées ou électrifiées. Le réseau s'étend progressivement à l'ensemble du pays ; une rocade ferroviaire dans les Hauts Plateaux est construite, des lignes pénétrantes jusqu'aux grandes villes du nord du Sahara algérien sont en cours d'achèvement. Des études sont en cours pour prolonger ces lignes au travers du Sahara pour relier le réseau ferré algérien aux pays frontaliers situés au sud de l'Algérie et ainsi permettre le transport de marchandises, tels que les minerais ou les produits pétrochimiques, par voie ferrée depuis ou vers les pays du Sahel et vers ou depuis les ports algériens et à destination de l'Europe et du monde.

Période de l'Algérie coloniale

Les projets de lignes ferroviaires en Algérie avant le décret de 1857 vignette|Émile Pereire, première personnalité politique qui expose en 1833 un projet de chemins de fer en Algérie. Quelques années seulement après le début de la conquête de l'Algérie par la France en 1830, des politiques, des industriels ou des investisseurs proposent divers projets de création de lignes de chemin de fer en Algérie..

En 1833, le financier et homme politique Émile Pereire publie un article dans le journal Le National dans lequel il expose, outre ses idées pour l'administration et la colonisation de l'Algérie, un plan pour l'établissement d'un chemin de fer reliant Bône et Constantine à Alger et Alger à Oran. Selon Pereire : . Il ajoute : ..

En 1844, l'ingénieur Édouard de Redon propose d'établir un chemin de fer d'Alger à Blida par le pied de l'Atlas. Tandis que Frédéric et Eugène Lacroix présentent le projet d'une ligne reliant Philippeville à Constantine avec un port à Stora. M. Garbe, quant à lui, propose deux lignes dans la région d'Oran : d'Oran à Mostaganem et l'Hillil et d'Oran à Tlemcen.

Et, en 1854, un groupe d'investisseurs élaborent un projet de création d'un réseau complet composé de plusieurs lignes : d'Alger Oran, d'Alger à Constantine, de Constantine à Bône avec un embranchement vers Philippeville, de Tlemcen à Mascara via Sidi Bel Abbès et ensemble d'embranchements vers Mostaganem, Ténès et Bougie.

Lors de l'examen de tous ces projets, la nécessité de construire un réseau de chemin de fer en Algérie pour favoriser la colonisation est déjà reconnue. Mais les études préalables à ces projets sont jugées insuffisantes et ne servant pas l'intérêt général car, soit limités à une région, soit servant des intérêts privés pour l'écoulement de produits issus de régions productives ou des mines dont on sollicitait les concessions. Pour le gouvernement de l'Algérie, il devient nécessaire de réaliser un avant-projet pour évaluer les coûts et la faisabilité des lignes afin de livrer pleinement l'Algérie à la colonisation. Le gouverneur de l'Algérie, Jacques Louis Randon, confie alors au général François de Chabaud-Latour la mission de mener les études nécessaires à l'établissement d'un plan d'ensemble d'un réseau de chemins de fer en Algérie. Ce sont ces études qui vont mener à la promulgation du décret impérial de 1857, lequel constitue le premier plan concret pour doter l'Algérie d'un réseau ferroviaire.

Première ligne de chemin de fer

La ligne d'Alger à Blida, inaugurée en 1862, est considérée comme la première ligne de chemin de fer en Algérie construite pour le transport de voyageurs et de marchandises. Cependant, la véritable première ligne a été réalisée en 1858 par la Société Civile des Mines et Hauts-Fourneaux des Karezas pour relier, sur , la mine de fer des Karezas au port fluvial de la Seybouse, dans les faubourgs d'Annaba. Cette courte ligne, à voie métrique, est mise en service le et est dédiée exclusivement au transport du minerai. Elle constituera, par la suite, l'amorce de la future ligne de Bône à Saint-Charles..

Premier plan de chemins de fer en Algérie : le programme de 1857

Le décret du 8 avril 1857 portant création d'un réseau de chemins de fer en Algérie vignette|redresse|François de Chabaud-Latour, auteur d'un rapport sur la nécessité de développer le chemin de fer en Algérie. vignette|Portrait du maréchal Vaillant, initiateur du premier réseau ferré en Algérie. Dans les années qui suivent l'achèvement de la conquête de l'Algérie par la France en 1830, les diverses propositions émises pour doter l'Algérie d'un réseau de voies ferrées en vue de favoriser la colonisation de l'Algérie ne donnent pas lieu à la création de projets.. Ce n'est qu'au milieu des années 1850 que le général François de Chabaud-Latour, alors commandant supérieur du génie en Algérie, est chargé par le gouverneur de l'Algérie Jacques Louis Randon d'examiner les différentes propositions et d'en faire un rapport. Dans une de ses conclusions, il affirme :

Une nécessité de l'installation de la colonisation est l'ouverture préalable de bonnes voies de communication qui permettent aux colons d’exporter leurs produits vers le littoral. Avant l'exécution de ces ouvrages, on ne doit pas, selon nous, encourager de grandes émigrations de cultivateurs de la Mère Patrie vers l'Algérie.

Ce n'est en 1857 que le maréchal Vaillant, alors ministre de la Guerre, soumet à l'empereur Napoléon III un plan général d'exécution des chemins de fer algériens. Les principaux axes de se plan sont. :

Sire, Votre Majesté a pensé que le moment est venu de doter l'Algérie de chemins de fer, afin de donner satisfaction aux intérêts agricoles déjà créés, et d'en hâter le développement progressif. Les chemins de fer doivent, en effet, être considérés comme un des plus puissants éléments de la prospérité future de notre vaste conquête ; un réseau de voies ferrées, embrassant les trois provinces, y portera la vie et la richesse par le commode et rapide transport des produits du sol et de l'industrie comme aussi par les facilités données aux mouvements colonisateurs d'une population croissante. [...] j'ai fait élaborer le projet d'un réseau général de chemins de fer algériens. Ce réseau se composerait : 1° D'une grande ligne parallèle à la mer, reliant les chefs-lieux des trois provinces, et desservant les principales localités, à l'est, entre Alger et Constantine, et à l'ouest, entre Alger et Oran, avec embranchement sur Tlemcen par Sidi-bel-Abbès ; 2° De lignes partant des principaux ports et aboutissant à cette grande artère, de manière à mettre en communication Bône et Philippeville avec Constantine, Bougie avec Sétif, Ténès avec Orléansville, Mostaganem et Arzew avec Relizane.

L'empereur, adhérant à ce plan, signe le un décret portant création d'un réseau de chemins de fer en Algérie. Ce décret, connu sous le nom de décret de classement de 1857, trace les grandes lignes du programme ferroviaire en Algérie et prévoit la construction d'un réseau de lignes constitué de :

d'une part, d’une ligne principale, parallèle à la mer, reliant les chefs-lieux des trois provinces : Constantine, Alger et Oran, et passant par ou près d'Aumale, Sétif, Blida, Orléansville, Saint-Denis-du-Sig et Sainte-Barbe-du-Tlélat () ; et, d'autre part, de six embranchements partant des principaux ports et aboutissant à la parallèle à la mer : de Philippeville à Constantine () ; de Bougie à Sétif () ; de Bône à Constantine () ; de Ténès à Orléansville () ; d'Arzew et Mostaganem à Relizane () ; d'Oran à Tlemcen par Sainte-Barbe-du-Tlélat et Sidi Bel Abbès ().

vignette|redresse=2.25|centré|

Concessions des premières lignes à la Compagnie des chemins de fer algériens La loi du déclare d'utilité publique trois sections des lignes prévues dans le plan de 1857. :

Alger - Blida () ; Oran - Saint-Denis-du-Sig () ; Philippeville - Constantine ().

Soit seulement de lignes sur les initialement prévus. vignette|Ferdinand Barrot, président de la Compagnie des chemins de fer algériens. Ces courtes lignes, qui aboutissent aux trois principales villes de l'Algérie coloniale (Alger, Constantine et Oran), sont à construire en priorité pour permettre l'exploitation des ressources naturelles des régions concernées et pour consolider la présence française en Algérie.

Les trois lignes sont concédées par le décret impérial du à la Compagnie des chemins de fer algériens (CFA) une société anonyme, créée pour la circonstance par des hommes d'affaires dont le directeur du port de Marseille qui voit là une opportunité pour augmenter l'activité du port grâce à l'importation de produits en provenance de la colonie.

Toutefois, le chantier de construction de la ligne d'Alger à Blida est lancé en 1859, bien avant l'octroi de sa concession à la Compagnie des chemins de fer algériens.

Réattribution des concessions à la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée La Compagnie des chemins de fer algériens, qui a obtenu en 1860 la concession des trois lignes prioritaires, rencontre rapidement des difficultés de trésorerie. La faiblesse de ses fonds propres, due notamment à l'insuffisance du nombre d'actions qui avaient trouvé preneur (seulement sur les proposées), l'amènent à se déclarer en faillite. En 1863, toutes ses concessions sont transférées à la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) par la loi du .

Cette réattribution est une décision d'Eugène Rouher, alors ministre du Commerce et des Travaux publics, comme une contrepartie de son soutien à la compagnie du PLM lors du conflit qui l'avait opposé à la Compagnie des Chemins de fer du Midi pour l'attribution de la ligne de Cette à Marseille. La compagnie du PLM sortant gagnante de ce conflit, le ministre lui impose la reprise des concessions de la CFA. La décision ministérielle est favorablement acceptée par le PLM qui trouve là quelques satisfactions. La direction du PLM déclare à ses actionnaires que . Et d'ajouter : .

En conséquence, la compagnie PLM devient concessionnaire de de lignes en Algérie dont l'ensemble de la ligne d'Alger à Oran :

la section d'Alger à Blida () de la ligne d'Alger à Oran ;