Le mont Ararat ou simplement l'Ararat (en arménien ), en turc, ou en kurde, Kuh-e-Nuh (, « montagne de Noé ») en persan, ou encore Masis (Մասիս chez les Arméniens, Μασίς chez les Grecs pontiques et מעזיז (Maziz)En yévanique ; en hébreu : אררט. chez les Romaniotes), est avec d'altitude le sommet le plus élevé de Turquie. Situé sur le haut plateau arménien, dans l'est de la Turquie, il est à une trentaine de kilomètres de la frontière entre l'Arménie et la Turquie.
Ce large massif volcanique recouvert de neiges éternelles se compose de deux sommets, le Grand et le Petit Ararat.
Associé, pour les chrétiens, à l'arche de Noé depuis le Moyen ÂgeD'après les traditions islamique et syriaque, le mont Djoudi ou Qardou est un sommet proche de la ville de Jazirat ibn Oumar (l'actuelle Cizre). Les Araméens situaient le mont du Déluge au mont Djoudi., l'Ararat figure sur les armoiries de l'Arménie, pays d’où il est visible sur une grande partie du territoire.
Toponymie Le nom Ararat cité dans la BibleLivre de la Genèse (), selon lequel Ararat serait une chaîne de montagnes où se serait posée l'arche de Noé après le Déluge apparaît déjà sur une carte babylonienne du mondeKerrigan, The Ancients in Their Own Words, Babylonian Map of the World, 36-37. qui évoque un royaume d'Ararat ou Ourartou également mentionné dans les sources assyriennes décrivant le haut-plateau arménien. Ce terme réapparaît en , , et mais la tradition sémite associe ce nom au mont Djoudi, précédemment appelé Ararad ou Sararad.
Les traditions arménienne puis européenne finissent par rattacher le nom Ararat au mont Masis, le plus haut sommet identifié du plateau arménien. Selon l'historien médiéval arménien Moïse de Khorène, dans son Histoire de l'Arménie, la plaine d'Ayrarat, au nord de la montagne, tient son nom du roi Ara le Beau, l'arrière-petit-fils d'Amasya. La reine Sémiramis aurait séjourné quelques jours dans la région à la suite de la mort d'Ara. Le lien est fait entre Ararat (en arménien ) et Ayrarat.
Masis () est l'appellation en arménien pour l'Ararat et le pluriel Masikʿ () est parfois employé pour désigner les deux sommets principaux de la montagne. Moïse de Khorène affirme que ce nom dérive du roi Amasya, arrière-petit-fils du héros Haïk, père-fondateur de la nation arménienne selon la légende, et arrière-grand-père d'Ara le Beau. Amasya aurait appelé la montagne Masis en fonction de son propre nom. Le nom Masis se trouve aussi chez les Pontiques () et les Romaniotes juifs ().
Le nom en turc osmanli était Aghur Dagh (اغـر طﺎﻍ), c'est-à-dire la « lourde montagne », qui peut être traduit par en turc moderne. Par déformation, son appellation est devenue (littéralement « montagne d'Ağrı »). signifiant « douleur » en langues turciques (turc et azéri notamment), il a souvent été traduit par « montagne de la souffrance ». Toutefois, il est plus probable qu'il s'agit d'un emprunt d'un toponyme kurde. Ağrı est également une ville au sud du mont Ararat ; précédemment appelée Karakilise sous l'Empire ottoman, elle a été rebaptisée d'après la montagne en 1949.
(littéralement « la montagne ardente »), , ou encore , en kurde, renvoient aux caractéristiques volcaniques du mont Ararat. Il s'agit des seules appellations à posséder une étymologie descriptive et parfaitement identifiée, préservant par là-même la mémoire populaire.
Le nom en persan est (, littéralement la « montagne de Noé ») et a été inspiré par le Déluge.
Géographie Situation vignette|gauche|Vue du mont Ararat depuis un site proche de la ville d'Artachat, en Arménie ; dans la plaine sur la gauche, le monastère de Khor Virap. vignette|Vue du mont Ararat depuis Erevan.
Le mont Ararat est situé à l'extrême Est de la Turquie, à la jonction des districts de Doğubayazıt de la province d'Ağrı Ağrı fiziki haritasi, et des districts d'Iğdır et d'Aralık de la province d'Iğdır Iğdır fiziki haritasi, dans la région d'Anatolie orientale. La frontière avec l'Iran passe à quinze kilomètres du sommet principal, au pied du versant oriental de la montagne. Le tripoint avec l'Arménie et l'exclave azérie du Nakhitchevan est quarante kilomètres à l'est. L'Ararat se trouve à soixante kilomètres au sud-sud-ouest d'Erevan, la capitale arménienne, d'où il est parfaitement repérable grâce à son sommet englacé, situé au-dessus de la limite des neiges éternelles. Il s'élève sur le haut-plateau arménien et constitue à la fois le point culminant du massif et de la Turquie. La rivière Araxe coule au nord de la montagne.
Topographie vignette|gauche|Animation représentant l'Ararat en trois dimensions.
Le mont Ararat se dresse au sein d'un massif de de long pour de large. Il est en fait constitué de deux sommets : le plus grand et le plus élevé, le Grand Ararat, culmine à . Sa hauteur de culminance dépasse , ce qui le classe à la dans le monde. Il est recouvert d'une calotte glaciaire locale qui a perdu 30 % de sa superficie en trois décennies, en passant de en 1976 à en 2008, soit sept hectares par an, sous l'effet du changement climatique, notamment une hausse d'un degré au cours de cette période Les glaciers du mont Ararat menacés, 8 septembre 2010. Les principaux glaciers sont nommés Parrot, Abich , Abich , glacier Est et glacier Noir. L'autre sommet, d'une altitude de ou , appelé Petit Ararat (en turc , en arménien ) ou parfois Sis (), est situé au sud-est du sommet principal et y est relié par un plateau de lave. Les deux sommets sont distants de onze kilomètres. Sur le flanc nord-est du Grand Ararat s'ouvre le gouffre d'Ahora, une gorge inclinée profonde de par rapport au sommet, où se situent le village d'Arguri (anciennement Ahora, en turc Yenidoğan) et le couvent de Saint-Jacob (détruits par un tremblement de terre en 1840) ainsi qu'une des deux seules sources du massif.
vignette|centré|upright=2.5|Image de synthèse du Grand Ararat (au milieu) et du Petit Ararat (à gauche) (Landsat, NASA).
Géologie vignette|Vue du mont Ararat depuis les environs d'Erevan avec le gouffre d'Ahora visible dans la partie gauche de l'image.
Le mont Ararat est un stratovolcan situé à proximité des frontières entre trois plaques tectoniques : la plaque arabique, la plaque eurasiatique et la plaque anatolienne. Il se trouve au sein d'une ceinture volcanique de de long orientée sud-ouest/nord-est, en Anatolie orientale. Sa formation remonte à 1,5 ± 0,2 million d'années BP, au Plio-villafranchien, c'est-à-dire à la limite entre les ères tertiaire et quaternaire. Elle accompagne la fin de la fermeture de la Téthys. et la mise en place d'une zone de subduction. La nature alcaline et la cristallisation des roches montrent une formation en milieu hydraté et en profondeur. L'édifice résulte de l'accumulation successive de coulées de laves et de dépôts pyroclastiques. Après une période de production de tufs andésitiques, qui forment la base claire de l'Ararat, des coulées successives de basaltes et d'andésite se mettent en place, constituant les pentes basses, plus sombres, du volcan, jusqu'à environ d'altitude. Le sommet du Grand Ararat est formé de deux dômes de trachytes séparés d'un ensellement de de long. Le Petit Ararat est formé, quant à lui, de projections volcaniques. La mise en place du Grand et du Petit Ararat est suivie, vers 0,5 million d'années BP, d'une période où les éruptions ont plutôt lieu sur le flanc du volcan, produisant des cônes volcaniques orientés nord-ouest/sud-est et des dômes de nature dacitique-rhyolitique, ces derniers étant apparus autour du Grand Ararat. Les mouvements tectoniques profonds de cette région expliquent sa forte sismicité ainsi que son activité volcanique.
Climat vignette|gauche|Vue aérienne du Petit et du Grand Ararat.
Le climat de la région est rigoureux mais les précipitations sont peu importantes. La partie inférieure de la montagne est soumise à des vents anabatiques secs venus de la plaine de l'Araxe MT. ARARAT - Symbol of Armenia, si bien que la région de l'Ararat est une des plus sèches d'Arménie, avec 200 à d'eau par an Armenia - Climate, Plants Genetic Resources in Central Asia and Caucasus. La neige persiste uniquement au-delà de d'altitude. Ainsi, elle fond entièrement sur le Petit Ararat entre la fin du mois de juillet et le début du mois d'octobre, selon les années L'ascension du mont Ararat (1/6). Sur les piémonts, au niveau du haut-plateau arménien, les températures moyennes sont de en hiver et l'été. En altitude, la température peut descendre en dessous de -30 à en janvier et le sommet du Grand Ararat connaît seulement 30 à de dégel par an.
Faune et flore vignette|Vue de l'Ararat depuis le haut-plateau arménien en Turquie.
La végétation sur le mont Ararat est pauvre. Seuls quelques arbres sont présents dans le gouffre d'Ahora et de petites forêts sur le Petit Ararat. La flore est constituée d'une steppe clairsemée où croissent le genévrier, le charme, quelques bouleaux, le trèfle du Caucase, le trèfle des prés, le trèfle blanc, la vesce commune et la vesce craque, la luzerne cultivée, le brome sans arêtes, la fétuque des moutons, l'amidonnier sauvage, une espèce de seigle sauvage ainsi qu'une espèce d'elymus. Le cornifle immergé se trouve dans les rares cours d'eau Ağrı Dağı Milli Parkı - Doğal Güzellikler.
Le parc abrite le tétraogalle de Perse, la perdrix bartavelle, la perdrix grise, le mouflon occidental, le chamois, le renard, le loup, le lièvre d'Europe, le lynx, le vautour, l'aigle, la buse, le faucon, la vipère. Des espèces de truites et de carpes peuplent les rivières.
Histoire Histoire éruptive Bien que l'Ararat soit généralement considéré comme un stratovolcan endormi, il semble avoir eu quelque activité durant les temps historiques. Des objets ainsi que des restes humains, estimés de 2500 à 2400 , c'est-à-dire datant du début de l'âge du bronze, ont été retrouvés sur le flanc nord-ouest, ensevelis sous des coulées pyroclastiques qui sont ainsi estimées comme datant de cette époque. D'autres traces plus récentes (estimées de 550 ) ont été trouvées sur le flanc nord, plus en altitude, et ont permis de déterminer la datation d'une autre éruption. La dernière activité recensée est une éruption phréatique accompagnée d'un violent séisme, le N. N. Ambraseys et C. P. Melville, A History of Persian Earthquakes, Cambridge University Press, 2005 , 58, dont l'épicentre se situe aux alentours du gouffre d'Ahora et qui entraînent des lahars. Les secousses restent violentes pendant une semaine Adolphe Laurent Joanne, Voyage illustré dans les cinq parties du monde en 1846, 47, et 49, Paris, 1850, page 175 et semblent prendre totalement fin en septembre Patrick Fairbairn, The Imperial Bible-dictionary, Volume 1, Blackie and Son, Londres, 1866, page 118.
Occupation humaine
vignette|Vue de l'Ararat avec le monastère de Khor Virap.
Outre les traces d'occupation humaine datant de l'âge du bronze, les récits médiévaux parlent d'un mont Ararat boisé, peuplé d'animaux et parsemé de hameaux. Il n'y a que deux sources dans l'Ararat : celle de la crête joignant le Petit et le Grand Ararat (Sardar Bourlakh) et la source Saint-Jacob, près de laquelle se trouvait le village d'Arguri (en turc ), dans le gouffre du même nom. Ce village possédait un couvent, le couvent de Saint-Jacob. Une légende raconte qu'aux premiers temps du christianisme en Arménie, un moine venu prier sur le mont sacré est par trois fois ramené par les anges à son point de départ ; il décide alors de bâtir le couvent de Saint-Jacob. Lors de l'éruption phréatique de juillet 1840, un séisme provoque dans le gouffre d'Ahora une coulée de rocs, de neige et d'eau qui détruit Arguri et son couvent et déplace même l'emplacement de la source. Depuis, il n'existe plus d'habitation permanente sur le mont Ararat, où la végétation est désormais maigre. Seuls quelques semi-nomades kurdes profitent en été des pâturages d'altitude, surtout à proximité de la source Sardar Bourlakh, vers d'altitude.