Maria Alexandrovna de Russie (en russe : Mariya Aleksandrovna Romanova ; Мария Алекса́ндровна Рома́нова), née le à Tsarskoïe Selo et morte le à Zurich, est un membre de la famille impériale russe et de la famille royale de Grande-Bretagne et d'Irlande.
Grande-duchesse de Russie de naissance, elle devient par mariage duchesse d'Édimbourg, comtesse de Kent et duchesse de Saxe-Cobourg et Gotha.
Biographie
Famille et jeunesse left|thumb|200x200px|Maria et sa famille en 1861. De gauche à droite : Maria, Alexandre II avec Serge sur ses genoux, Vladimir, Alexandre, Alexis et Nicolas. La grande-duchesse Maria Alexandrovna est née le au palais Alexandre à Tsarskoye Selo Nelipa, Alexander III His Life and Reign, p. 22. Elle est la sixième enfant et la seule fille survivante des huit enfants d'Alexandre II de Russie et de sa première épouse Marie de Hesse-Darmstadt Gilbert, Alexander II and Tsarkoe Selo, p. 40. La grande-duchesse grandit entourée de ses quatre frères aînés, Nicolas Alexandrovitch, Alexandre III de Russie, Vladimir Alexandrovitch et Alexis Alexandrovitch, et de ses deux frères cadets, Serge Alexandrovitch et Paul Alexandrovitch. Elle n'a jamais connu son unique sœur, la grande-duchesse Alexandra Alexandrovna de Russie, morte avant sa naissance en 1849. Maria Alexandrovna manque elle-même de mourir d'une maladie de la gorge à l'âge de sept ans.
Elle passe son enfance dans le luxe et la splendeur des immenses palais et domaines appartenant aux Romanov Sullivan, A Fatal Passion, p. 12. Les résidences principales de la famille sont le palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg, et le palais de Gatchina, à soixante kilomètres au sud. L'été, la famille loge au palais de Peterhof, un grand complexe avec des fermes et divers pavillons sur le golfe de Finlande Nelipa, Alexander III His Life and Reign, p. 32. De la fin de l'été à l'hiver, la famille impériale s'installe à Tsarskoïe Selo, au palais Catherine et au palais Alexandre. Sur l'île des enfants, située sur un étang du parc du palais Alexandre, Maria Alexandrovna dispose de sa propre petite maison, interdite aux adultes, où elle joue avec ses frères Gilbert, Alexander II and Tsarkoe Selo, p. 41. Son père y ajoute une ferme l'année de ses huit ans Gilbert, Alexander II and Tsarkoe Selo, p. 44. thumb|277x277px|La grande-duchesse Maria Alexandrovna de Russie dans sa jeunesse.|gauche Maria Alexandrovna est adorée de ses parents. La confidente de sa mère, Anna Tiouttcheva (1829-1889), fille du célèbre poète Fiodor Tiouttchev, écrit que et que ses parents . L'impératrice Marie ressent une pour sa fille unique. Alexandre II aime passer du temps avec elle, et il la considère comme son enfant préféré. Il confie à Anna Tiouttcheva que . Quand ses leçons l'ennuient, elle fait irruption dans le bureau de son père et interrompt ses réunions avec ses ministres.
Maria Alexandrovna a une relation étroite avec ses frères. Sa gouvernante note qu'elle . L'impératrice Marie souffrant de faiblesses pulmonaires, elle doit se rendre constamment en Allemagne et en Europe du Sud pour échapper aux rudes hivers russes, et emmène souvent ses trois plus jeunes enfants avec elle. Maria Alexandrovna devient donc particulièrement proche de ses deux jeunes frères, les grands-ducs Serge et Paul Alexandrovitch.
La grande-duchesse développe un caractère indépendant et une forte volonté. « Elle est absolument authentique et ne change jamais devant des étrangers », observe Anna Tyutcheva, ajoutant que : . Anna Tiouttcheva la décrit encore comme , commentant qu'. En , au palais de Livadia, en Crimée, la famille impériale rencontre Mark Twain. Le célèbre écrivain américain décrit Maria Alexandrovna comme . Comme de nombreux contemporains, Twain remarque l'influence que la jeune grande-duchesse a sur son père. thumb|273x273px|La grande-duchesse Maria Alexandrovna portant la tenue traditionnelle de la cour impériale. Maria Alexandrovna est éduquée à la cour sous l'autorité stricte de sa gouvernante, la comtesse Alexandrine Tolstoï Wimbles, The Daughter of Tsar Alexander II, p. 45. Elle est la première grande-duchesse russe à être élevée par des nourrices anglaises et à parler couramment anglais. Outre l'anglais et son russe maternel, elle maîtrise parfaitement l'allemand et le français.
Fiançailles left|thumb|200x200px|La grande-duchesse Maria Alexandrovna et le prince Alfred vers 1868. Lors d'une visite à ses cousins maternels, les princes de Battenberg, à Jugenheim en , la grande-duchesse Maria Alexandrovna rencontre Alfred, duc d'Édimbourg . Le prince Alfred, deuxième fils de la reine Victoria, est un jeune homme timide, faisant carrière dans la marine britannique Sullivan, A Fatal Passion, p. 14. Il rend visite à sa sœur, la princesse Alice, mariée à Louis, cousin germain de Maria Alexandrovna Sullivan, A Fatal Passion, p. 13. Les deux années suivantes, les voyages d'Alfred autour du monde avec la Royal Navy le tiennent éloigné Sullivan, A Fatal Passion, p. 23. Maria et le prince Alfred se revoient à l'été 1871, lorsque le couple impérial rend à nouveau visite aux Battenberg au château d'Heiligenberg. Le tsar et son épouse sont accompagnés de Maria et de ses deux frères aînés. Alfred s'y trouve également, avec le prince et la princesse de Galles. Au cours de cet été, Maria et Alfred sont attirés l'un par l'autre, passant leurs journées à marcher et à parler ensemble. Ils partagent un amour commun pour la musique : Alfred est un violoniste enthousiaste, tandis que Maria joue du piano. Bien qu'ils souhaitent se marier, aucunes fiançailles ne sont annoncées et Alfred retourne en Angleterre. Leurs parents sont contre cette union. Alexandre II ne veut pas perdre sa fille, à laquelle il est profondément attaché. Il présente la jeunesse de sa fille comme le principal obstacle à ce mariage et suggère une période d'au moins un an avant qu'une décision définitive ne soit prise. Le tsar s'oppose également à avoir un gendre britannique en raison du sentiment anti-anglais en Russie après la guerre de Crimée . Quant à la tsarine, elle considère les coutumes britanniques comme particulières et le peuple anglais comme froid et hostile. Elle est convaincue que sa fille n'y serait pas heureuse. Cependant, les négociations de mariage commencent en , pour être bloquée dès 1872 . left|thumb|281x281px|Photographie officielle des fiançailles de la grande-duchesse Maria Alexandrovna et du prince Alfred en 1873. La reine Victoria est également contre ce mariage. Aucun prince britannique n'a jamais épousé une Romanov, et elle pressent des problèmes avec la religion et l'éducation orthodoxe de Maria. La reine considère que la Russie est inamicale envers la Grande-Bretagne. Victoria se méfie également des mouvements russes en direction de l'Inde. La reine est donc consternée d'apprendre que les négociations officielles ont repris en . Le bruit court alors à Saint-Pétersbourg que Maria Alexandrovna s'est compromise avec le prince Nikolaï Galitzine, aide de camp du tsar, et sa famille est impatiente de la marier. La reine Victoria met donc de côté sa fierté et ne dit rien. Les deux mères continuent à chercher d'autres partis pour leurs enfants, mais Alfred et Maria les refusent tous. Marie n'agrée ni le prince de Wurtemberg ni le prince de Mecklembourg-Strelitz qui lui sont présentés comme alternatives. Comme la tsarine n'a pas réussi à trouver un prince allemand acceptable pour sa fille, une rencontre entre Alfred, la tsarine et sa fille a lieu à Sorrente, en Italie, à la mi- . Les retrouvailles ne se passent pas comme prévu car Marie a de la fièvre et Alfred ne peut passer que peu de temps avec elle. Cette année-là, un différend anglo-russe a lieu à propos de la frontière afghane. Les ministres de la reine pensent qu'un mariage pourrait contribuer à apaiser les tensions entre les deux pays, ne serait-ce qu'en mettant les monarques en contact plus étroit les uns avec les autres Cowles, The Romanovs, p. 198.
En , le tsar Alexandre II rejoint sa femme et sa fille à Ems, ville d'eau huppée sur la Lahn. Alfred est invité à les rencontrer à Jugenheim. Alfred arrive début juillet. Le , il fait sa demande en mariage à Maria Alexandrovna qui l'accepte. Il envoie un télégramme à sa mère : « Maria et moi nous sommes fiancés ce matin. Je ne peux pas dire à quel point je suis heureux. J'espère que vous nous accordez votre bénédiction ». La reine lui adresse ses félicitations, mais confie ses doutes à son journal : « Ne connaissant pas Marie, et réalisant qu'il peut encore y avoir de nombreuses difficultés, mes pensées et mes sentiments sont plutôt mitigés. » Lorsqu'elle annonce la nouvelle à sa fille aînée, princesse héritière de Prusse, la reine écrit simplement : "The murder is out." . thumb|282x282px|La grande-duchesse Maria Alexandrovna vers 1873. Alexandre II de Russie accorde à sa fille une dot échelonnée de , plus une indemnité annuelle de Wimbles, The Daughter of Tsar Alexander II, p. 46. Il offre également à sa fille unique certains des plus beaux bijoux appartenant aux Romanov, dont les saphirs qu'il a hérités de sa mère, l'impératrice Alexandra Feodorovna de Russie (née Charlotte de Prusse) et une parure ayant appartenu à Catherine II . En cadeau de mariage, le tsar commande une parure complète de diamants et rubis birmans au joaillier de la cour Bolin Papi, Jewels of the Romanovs: Family & Court, p. 94. Ses autres bijoux comprennent un kokochnik en diamants, qui peut également être porté comme collier Papi, Jewels of the Romanovs: Family & Court, p. 96. George Greville ( comte de Warwick) écrit « j'ai vu les plus beaux bijoux que je n'avais jamais vus de ma vie » , lorsqu'il visite la maison de Maria à Eastwell, et rajoute « On aurait pensé que le monde avait été saccagé pour déposer ces trésors aux pieds de la duchesse, et il semblait y en avoir assez pour toute une famille royale plutôt que pour un seul membre de celle-ci. » . Alexandre II donne à Maria un trousseau extravagant d'une valeur de 40 000 £, comprenant « 50 robes magnifiques, sans compter les robes de bal, sans parler des splendides fourrures et dentelles à 1 000 roubles le mètre. ». Il nomme Alfred chef honoraire d'un régiment de gardes russes et donne même son nom à un cuirassé russe, le Herzog Edinburgsky.
Une semaine après les fiançailles, le projet d'alliance anglo-russe connaît sa première crise. La reine Victoria demande en effet au tsar d'amener Maria en Écosse, afin qu'elle puisse rencontrer sa future belle-fille. Alexandre II refuse. La tsarine suggère qu'ils se retrouvent tous à Cologne en Rhénanie prussienne. La reine qualifie de « simplement impertinent » le fait que « moi qui suis sûr le trône depuis près de vingt ans de plus que l'empereur de Russie et qui suis une souveraine régnante, je devrais être prête à courir au moindre appel des puissants Russes comme n'importe quelle petite princesse. » . Victoria se rend également impopulaire en refusant l'offre du tsar de faire du prince de Galles le colonel d'un régiment russe et en exigeant qu'un service anglican soit organisé à Saint-Pétersbourg parallèlement à la cérémonie orthodoxe. Mais Maria Alexandrovna attend avec impatience son mariage : « Comme je suis heureuse de lui appartenir. Je sens que mon amour pour lui grandit chaque jour. J'ai un sentiment de paix et de bonheur indicible et une impatience sans bornes d'être tout à fait à lui. » Corti, The Fall of Three Dynasties, p. 214.
Mariage left|thumb|246x246px|Le mariage de la grande-duchesse Maria Alexandrovna et du prince Alfred au Palais d'Hiver le 23 janvier 1874.