La tournée américaine des Beatles en 1965 est la deuxième tournée du groupe anglais aux États-Unis et au Canada. Elle est moitié plus courte que la précédente tournée américaine en et s’étale sur une période d'une quinzaine de jours.
La tournée débute le avec le concert au Shea Stadium, le premier à se dérouler dans un stade et qui représente à l'époque le plus grand concert de l'histoire du rock avec plus de . Le dernier concert est donné le à San Francisco. Au total, se déplacent pour assister aux spectacles du groupe.
À l'issue de ces concerts en Amérique du Nord, les Beatles, engagés depuis trois ans dans une série ininterrompue de tournées, d'enregistrements et de promotion, s'accordent six semaines de pause avant de retourner en studio mi-octobre pour se consacrer à l'enregistrement de leur sixième album, Rubber Soul.
Historique
Préambule
La tournée s'étale sur dix-sept jours, pendant lesquels les Beatles parcourent dix villes et donnent seize concerts, pour une affluence totale de . Moins longue que la précédente tournée américaine, qui a duré un mois entier, cette tournée se révèle bien plus rentable, car l'accent est mis sur les représentations dans de grands stades au détriment des salles de taille plus modesteTim Hill, p. 210.. Cependant, le groupe doit payer un million de dollars au fisc américain.
Les Beatles arrivent aux États-Unis le Hunter Davies, p. 200.. Le lendemain, ils font un arrêt au Ed Sullivan Show, où ils enregistrent leur dernière prestation à cette émission. Paul McCartney joue notamment son tout récent , douce ballade acoustique écartée de la des concerts à venir, en raison de l'immensité des scènes où le groupe doit se produire.
La Beatlemania bat toujours autant son plein en Amérique, si bien que la logistique reste aussi importante que pour la première tournée du groupe sur le territoire. Ainsi, pendant tout leur séjour, les Beatles doivent se déplacer dans un véhicule blindé, qu'ils rejoignent à la sortie de l'hôtel et qu'ils retrouvent sitôt leur spectacle terminé. Brian Matthew, employé à la BBC a le privilège de suivre le groupe pendant un certain temps. Il prend des notes et des interviews, qui, une fois compilées, sont dévoilées dans un documentaire, (les Beatles à l'étranger). Ce documentaire est diffusé à la fin du mois d'aoûtMojo, p. 174..
Si les Beatles ont toujours autant de succès en concert, les conditions dans lesquelles ils doivent jouer les agacent de plus en plus, même s'ils n'en disent rien sur le moment. En 1965, Paul McCartney déclare ainsi : John Lennon minimise aussi l'impact de la foule à l'époque, même si son discours changera par la suite :
Concert du Shea Stadium (15 Août 1965) thumb|left|Le Shea Stadium avant sa destruction en 2009|alt=Match de baseball au Shea Stadium
Le premier concert des Beatles, en ce , constitue déjà leur apogée, aussi bien pour cette tournée que pour toutes les autres. Ils sont en effet attendus au , grand stade de baseball de New York, où ils doivent se produire à guichets fermés devant une assistance de Tim Hill, p. 213.. Il s'agit alors du plus grand concert de l'histoire du rock, et le premier à s'être joué dans un stade.
Ce concert est organisé par Sid Bernstein, qui a produit un an plus tôt les Beatles au prestigieux Carnegie Hall de New York. C'est en que Bernstein négocie le passage du groupe au . Le manager des Beatles, Brian Epstein, accepte l'idée à condition que l'organisateur lui verse une avance de avant d'annoncer officiellement la tenue du concert. Cette contrainte restreignante empêche Bernstein de vraiment faire de la promotion, et le fait qu'il ait ainsi réussi à complètement remplir le stade sans publicité constitue un exploit. En 1966, les Beatles reviendront au Shea Stadium, mais des places resteront vides.
thumb|Vox fournit aux Beatles des amplificateurs plus puissants pour le concert du Shea Stadium.|alt=Logo de Vox
Les Beatles se présentent donc au stade, arrivés en hélicoptère depuis leur hôtel. Vêtus d'uniformes beiges à col raide devenus célèbres, ils sont équipés d'amplis Vox spécialement fournis pour l'occasion () ; ceux-ci sont quand même insuffisants pour couvrir le bruit de la foule. En fait, à une époque où les moyens de sonorisation pour assurer une écoute correcte à un public de cette importance inédite sont encore inexistants, le groupe n'est repris que par les haut-parleurs fixés sur le pourtour du toit du stade, ceux-là mêmes qui sont utilisés par les commentateurs des matches de baseball. Il en résulte que ni les musiciens, ni les spectateurs n'auront la joie d'entendre clairement une note de cette prestation historique.
Malgré leur célébrité depuis longtemps établie, les Beatles sont plus qu'intimidés par l'ampleur de l'événement. Le public se trouve cependant assez loin de la scène, par mesure de sécurité. , se remémore Ringo Starr. Linda Eastman et Barbara Bach, futures épouses respectives de Paul McCartney et Ringo Starr mais ne les ayant pas encore rencontrés, sont présentes dans les gradins.
Pour faire face au trac, John Lennon fait montre de trésors de pitreries en tous genres ; témoigne Neil Aspinall, alors du groupe. On le voit parler en charabia à grand renfort de gestes pour annoncer un titre en s'apercevant que personne ne peut l'entendre. Sur la chanson , il se déchaîne et joue de son orgue avec les coudes, faisant rire ses camarades : pour Ringo Starr, Lennon . , explique le principal intéresséThe Beatles Anthology, p. 187..
La recette totale du concert se chiffre à , ce qui constitue un montant record. Toutefois, après avoir déduit les dépenses, le bénéfice enregistré par Sid Bernstein ne s'élève qu'à . Il lui faut notamment payer les en service (près de ), la location du Shea Stadium (environ ), ou encore les diverses assurances ()Hunter Davies, p. 201.. Pour leur part, les Beatles touchent chacun, et leur manager Brian Epstein . Cependant, malgré les coûts faramineux et les efforts importants qu'un tel concert représente, Sid Bernstein assure être prêt à réitérer l'expérience. En 1968, alors que les Beatles ont depuis longtemps abandonné les tournées pour se consacrer au travail en studio d'enregistrement, Bernstein déclare :
Pendant la représentation, les Beatles sont filmés, en vue de réaliser un documentaire du concert. Cependant, les hurlements permanents et assourdissants des fans rendent le son enregistré catastrophique, à tel point que les Beatles doivent revenir en studio pour corriger les défauts trop marqués pour être diffusés : Paul McCartney ajoute une ligne de basse à certains morceaux, John Lennon réenregistre de l'orgue sur , et sont entièrement réenregistrées, et enfin, la chanson chantée par Ringo Starr est de tellement mauvaise qualité qu'elle est remplacée par la version de l'albumTim Hill, p. 212.. Par ailleurs, les chansons et sont écartées. Le documentaire qui résulte de ce travail, baptisé , est diffusé le au Royaume-Uni (BBC), et le aux États-Unis (ABC)Dave Di Martivo, p. 173..
Le dernier concert dans ce stade a été effectué le par Billy Joel, qui a pris le soin d'inviter Paul McCartney à le rejoindre sur scène pour l'occasion.. Bien que ce stade n'existe plus, remplacé en 2009 par le Citi Field., les Mets de New York souligneront, le , le soixantième anniversaire de ce concert, le premier de l’histoire dans un stade extérieur destiné au sport..
Poursuite de la tournée et rencontre avec Elvis Presley (du 16 au 28 août 1965) Deux jours après le , les Beatles font un détour par le Canada (le seul de cette tournée) et jouent au de Toronto. Les Beatles enchaînent les jours suivants avec des prestations à très forte affluence à Atlanta et Chicago : le , se massent dans l', et un total de les regardent lors de leurs deux shows au de ChicagoTim Hill, p. 215..
À partir du Shea Stadium, les prestations s'enchaînent sans beaucoup de répit, le , les Beatles doivent monter sur la scène du Sam Houston Coliseum à Houston et faire face à des problèmes techniques. Notamment lorsque Ringo Starr chante I Wanna Be Your Man, son micro cesse de fonctionner et le public ne peut plus l'entendre. L’amplificateur de George Harrison semble être mal branché et mal réglé, le son de sa guitare n'est donc pas très net, sur I Feel Fine, son amplificateur donne un son très saccadé. Les prestations précédentes sont tellement difficiles que Lennon doit chanter avec une voie cassée, durant Dizzy Miss Lizzy et A Hard Day's Night il se retient de crier avant chaque solo, ou encore sur Ticket To Ride, il est incapable de chanter sans fausse note, la qualité de ses cordes vocales est tellement abîmée qu'il entame le concert à Houston avec Twist and Shout, où il a l’habitude de hurler dans les micros, il est incapable de se faire clairement entendre à côté de Harrison et McCartney.
Les Beatles enchaînent les concerts sans aucun répit jusqu'au . Ce jour-là, un des quatre moteurs du Lockheed Electra qui les amène de Minneapolis à Portland cesse de fonctionner et laisse une trainée de fumée. L'avion arrive à bon port mais crée une bonne frousse à bord. Le , les Beatles rencontrent leur idole de toujours, Elvis Presley, qui vit en Californie. , explique George HarrisonThe Beatles Anthology, p. 191.. Les Beatles essayaient depuis un certain temps de rencontrer « le King », sans succès jusqu'à ce moment-là. Très impressionnés par le chanteur américain, il leur faut un certain temps avant de se détendre et de commencer à jouer et improviser des morceaux à la guitare. Cette rencontre ne va pas plus loin : les Beatles invitent Elvis à venir les voir au Hollywood Bowl, mais celui-ci ne s'y montre pas. Quelques années plus tard, lors de son entrevue avec Richard Nixon du , Elvis Presley déclare que et les accuse d'avoir après leur tournée aux États-Unis.. , avouera Paul McCartneyThe Beatles Anthology, p. 192..
Juste avant leur prestation au Hollywood Bowl, John Lennon et George Harrison consomment pour la première fois du LSD volontairement, à l'occasion d'une fête. L'acteur Peter Fonda est présent, et inspirera à Lennon une de ses compositions futures : Steve Turner, p. 102-103..
Hollywood Bowl et fin de la tournée (Le 30 et le 31 août 1965) thumb|left|Les Beatles retrouvent le Hollywood Bowl pour la deuxième année consécutive.|alt=Scène du Hollywood Bowl de jour
Alors que la tournée touche à sa fin, les Beatles donnent deux concerts au Hollywood Bowl de Los Angeles, scène qu'ils connaissent déjà pour y avoir joué lors de leur précédent passage en sol américain, un an plus tôt. La seconde de ces représentations, le , contient l'une des meilleures performances du groupe, si bien qu'elle constitue un peu plus que la moitié de l'album live de 1977, The Beatles at the Hollywood Bowl.
Les Beatles concluent cette tournée avec deux concerts au Cow Palace à San Francisco le , le premier est donné à midi le second le soir.
Programme
Voici le programme typique des chansons interprétées par le groupe lors de cette tournée. Les concerts durent en moyenne de 30 à 40 minutes. Lors de quelques concerts, l’ordre des morceaux est différent. Entre parenthèses est indiqué le chanteur de la chanson.
(John Lennon) (Paul McCartney) (John Lennon) (John Lennon) (John Lennon) (George Harrison) (Paul McCartney) (John Lennon et Paul McCartney) (Ringo Starr) (au Shea Stadium, Ringo Starr chante Act Naturally à la place) (John Lennon, avec Paul McCartney) (John Lennon) (Paul McCartney)
Liste des concerts Voici la liste des concerts donnés par le groupeTim Hill, p. 214..
N° Date Ville Lieu 1 New York, NY Shea Stadium 2 (2 concerts) Toronto, ON Maple Leaf Gardens 3 4 Atlanta, GA Atlanta Stadium 5 Houston, TX Sam Houston Coliseum 6 Chicago, IL Comiskey Park 7 8 Bloomington, MN Metropolitan Stadium 9 Portland, OR Memorial Coliseum 10 San Diego, CA Balboa Stadium 11 Los Angeles, CA Hollywood Bowl 12 13 San Francisco, CA Cow Palace 14
Notes et références
Sources
Amérique 1965 Catégorie:Tournée de 1965