La culture d’Andronovo, ou famille des cultures d’Andronovo, est une culture archéologique de l'Âge du bronze, qui s'est étendue au cours du sur un très large territoire en Sibérie méridionale et au Kazakhstan, jusqu’au bassin de l’Amou-Daria au sud, et d’est en ouest entre les chaînes de l’Altaï et de l’Oural. Cet ensemble de cultures a connu trois périodes successives : la phase ancienne (), la phase moyenne () et la phase récente (), mais datée principalement du deuxième millénaire (vers 2100-1700 à 1200-1000).

La plupart des chercheurs associent l'horizon d'Andronovo aux populations indo-européennes et en particulier aux locuteurs des premières langues indo-iraniennes, bien que celui-ci ait peut-être chevauché dans ses franges septentrionales la région du proto-ouralien Beckwith, Christopher I., Empires of the Silk Road: A History of Central Eurasia from the Bronze Age to the Present., Princeton University Press, 2009.

L'ensemble des sites d'Andronovo est lié au groupe culturel du sud de la Russie dit « aux tombes de bois » (Sroubna) et ces deux ensembles sont les branches du bloc culturel indo-iranien. Les populations d'Andronovo étaient aussi les ancêtres des nomades Karassouk qui habitèrent plus tard l'Asie centrale et les steppes de Sibérie méridionalearchaeologywordsmith (Dictionnaire de l'archéologie).

Historique Les fouilles archéologiques dans l'Oural et en Asie centrale n'étaient pas ouvertes aux chercheurs occidentaux pendant la guerre froide (jusqu'en 1991), en raison des nombreuses zones militaires parsemant la région.

Le site éponyme de cette culture, Andronovo, situé entre Perm et Oufa, près du versant occidental de l'Oural, a été découvert en 1914 (). On y a découvert dans des cimetières de kourganes des squelettes en position accroupie. Bien que les tombes centrales aient été pillées, on peut se faire une idée des dépôts funéraires qui sont en grande partie des céramiques avec quelques ornements, amulettes en canines d’animaux, bracelets en forme de gouttière…

La culture d’Alakul, découverte dans les années 1940 et 1950, à l'est près du village de Fiodorovo et à l'ouest près du lac d'Alakul au Sud de l'Oural, possède des rituels et des céramiques qui lui sont propres mais qui correspondent aussi aux aspects spécifiques des cultures d'Andronovo de l'est et de l'ouest. On y pratique majoritairement l’inhumation ; la crémation y est très rare et en dehors de l’aire habitée. Le défunt est en position repliée, couché sur le côté gauche et les mains sur le visage. Des sacrifices d’animaux sont possibles, mais comparés aux périodes précédentes les ossements sont disposés différemment et de nature différente. Ils possédaient des outils et des armes de bronze de qualité, et de formes typiques.

Un cimetière et des traces de peuplement de l’une des tribus Andronovo ont été découverts en 1984 à Lissakovsk, au Kazakhstan.

Chronologie La culture d'Andronovo désigne en fait un ensemble de cultures, un horizon archéologique de l'Âge du bronze, pour l'essentiel entre 1800 et . Ces cultures font suite à la culture d'Afanasievo (vers 3250 - ). La culture de Sintachta (2100 - 1800) (qui possédait déjà des outils et des armes de bonne facture), autrefois incluse dans la culture Andronovo, en est maintenant séparée, mais fait partie de son horizon culturel. La culture du Karassouk (1500 - 800) l'a remplacée, dans la partie la plus à l'est de son espace d'expansion, jusqu'à l'Altaï, en Mongolie de l'Ouest, et sur les frontières du Xinjiang, dans les Tian Shan Jiangsong Zhu et al., The Baigetuobie cemetery: New discovery and human genetic features of Andronovo community’s diffusion to the Eastern Tianshan Mountains (1800–1500 BC), journals.sagepub.com, 7 décembre 2020, doi.org/10.1177/0959683620970260.

Les sous-ensembles culturels désignent aujourd'hui : Alakul (2000 – ), contemporaine et voisine (à l'est) de la famille des cultures de Sroubna (situées plus sur la face Ouest de l'Oural). La culture d'Alakul est considérée comme la composante principale de la famille Andronovo Fiodorovo (1700 – ?) (découvert en 1940). Les indices de sa présence se retrouvent jusqu'au Xinjiang Alekseïevka (1200 – ):en:Andronovo culture.

Cette culture de la Sibérie méridionale, pour une part située entre le Don et le Ienisseï, a été relativement uniforme dans cette vaste zone.

La mobilité liée au pastoralisme trouve son origine dans l'aridité croissante de la région à partir de , qui entraine une réduction des forêts au profit des steppes, et les sites habités se retrouvent dans des zones de steppes. Le pastoralisme en découle comme adaptation à un nouveau contexte, qui n'excluait pas la perpétuation de la culture du blé et de l'orge, lesquels se sont ainsi transmis vers l'Est. L'usage du cheval, du char et des accessoires métalliques découlent de cette mobilité, avec la découverte de nouvelles ressources de métaux dans l'est de l'Oural. Cette période d'expansion est surtout le fait de la vaste culture d'Andronovo et de celle de Seima-Turbino (2100 - 2000) qui l'a précédée de peu. Elle correspond surtout à la période 2000 - 1800. Les nouvelles mines de l'est de l'Oural étant au Kazakhstan, le déplacement s'est effectué vers l'Est et des contacts ont alors eu lieu avec les habitants des oasis d'Asie centrale, du type de Tianshanbeilu (vers 2000 - ).

Habitat La culture Andronovo se composait à la fois de communautés installées dans de petits villages et de communautés plus mobiles. Ce sont de petits villages fortifiés pouvant pratiquer l'irrigationFrédérique Brunet in « Splendeurs des oasis d'Ouzbékistan », Rocco Rante et Yannick Lintz (dir.), 2022. , p. 24. Les fortifications sont constituées de fossés, avec des berges en terre et des palissades en bois, dont une vingtaine a été découverte. Les villages d'Andronovo contiennent généralement environ deux à vingt maisons, mais des colonies contenant jusqu'à cent maisons ont été découvertes.

L'habitat était composé de grandes maisons de bois, à demi enterrées. Les maisons d'Andronovo étaient généralement construites en pin ou en bouleau et étaient généralement alignées sur les berges des rivières. Les maisons plus grandes mesurent entre 80 et 300 et appartenaient probablement à des familles élargies, une caractéristique typique des premiers Indo-Iraniens James Patrick Mallory, Encyclopedia of Indo-European Culture. Taylor & Francis, 1997, pp. 20–21.

Dans les phases anciennes, l’habitat est constitué de petits villages fortifiés. Avec le temps, ces fortifications disparaissent, l’habitat s’organise, et les villages deviennent circulaires. Les pasteurs de cette culture seraient les premiers à avoir employé une forme primitive de yourte Elena Efimovna Kuzʹmina, The Origin of the Indo-Iranians, Series: Leiden Indo-European Etymological Dictionary Series, Volume: 3, 2007, p.64 et suiv..

Mode de subsistance Les porteurs de cette culture pratiquaient l’agriculture céréalière (blé et orge) et un élevage sédentaire, qui devint transhumant dans les phases récentes. Le bétail d'Andronovo comprenait des bovins, des chevaux, des moutons, des chèvres et des chameaux. Le porc domestique est notamment absent, ce qui est typique d'une économie mobile. Le pourcentage de bétail parmi les vestiges d'Andronovo est nettement plus élevé que chez leurs voisins de l'ouest de la culture Sroubna.

Métallurgie La métallurgie était très développée et la culture Andronovo est remarquable pour les progrès régionaux de la métallurgie. Les populations ont exploité des gisements de minerai de cuivre dans les montagnes de l'Altaï vers le Les objets en bronze sont nombreux et des ateliers de travail du cuivre existent. Les Andronoviens habitaient un territoire riche en minerais divers, qu’ils exportaient, notamment chez les populations proto-urbaines de Turkménie (culture de Namazga) et de Bactriane (Complexe archéologique bactro-margien). Ils pratiquaient activement la métallurgie du bronze.

L'usage du bronze diffère par rapport aux cultures du bronze voisines, comme la culture de Sroubna : celle-ci, comme les précédentes, n'employait le bronze que pour des outils et des ornements. Les armes en bronze apparaissent dans la famille Andronovo, à côté d'ornements féminins qui sont semblables à ceux des femmes kazakhes actuelles.

Céramique Le mobilier archéologique des tombes est caractérisé par des poteries à fond plat. La poterie est assez élaborée aux , autour de deux styles différents, émanant de deux centres artisanaux, Alakul et Fedorovo. La céramique comportait des bols et des pots larges (en forme de pot de fleurs) à fond plat, lissée, et décorée de motifs géométriques : triangles, losanges et méandres.

Chars Le cheval était très répandu, et les tribus d’Andronovo étaient des spécialistes dans son élevage. Ils l’utilisaient notamment pour tracter des chars à deux roues dont on a retrouvé des exemples dans des nécropoles (ils constituent les plus anciens exemplaires de chars retrouvésCf. , se fonde sur des vestiges de la culture d'Andronovo remontant aux dernières années du ). L'usage de chariots semble néanmoins décroitre avec le nombre de sacrifices de chevaux.

Sépultures La culture d’Andronovo est surtout connue par ses sépultures. Les morts étaient enterrés dans des nécropoles composées de kourganes (des tumulus), dont la taille varie selon l’importance du mort (jusqu’à de diamètre pour les plus massifs). Les défunts étaient en position contractée, soit dans des tombes à cistes en dalles de pierres, soit dans des enclos de bois souterrains. Les fosses les plus riches en mobilier funéraire sont le signe d'une différenciation sociale.

La culture d’Alakul pratique surtout l’inhumation alors que celle de Fedorovo privilégie la crémation. La société semble être divisée en plusieurs classes, et était dominée par des guerriers-conducteurs de chars. Les enterrements étaient accompagnés de bétail, de véhicules à roues, de plaques de joue pour chevaux, d'armes, de céramiques et d'ornements. Parmi les vestiges les plus remarquables figurent les sépultures de chars, datant d'environ et peut-être plus tôt. Les chars sont trouvés avec des équipes de chevaux jumelés, et l'enterrement rituel du cheval dans un culte « tête et sabots » a également été trouvé. Certains morts d'Andronovo ont été enterrés par paires, adultes ou adultes et enfants.

Rituels Les pratiques religieuses sont connues par l’archéologie. On pratiquait beaucoup de sacrifices, au cours de rituels dont l’archéologie a retrouvé la trace. Le feu et l’eau semblent aussi avoir été l’objet d’un culte important. Des sanctuaires des tribus d’Andronovo ont été retrouvés, notamment à Saimaly-Tach et Tamgaly. Ils sont situés dans des régions montagneuses. De nombreux pétroglyphes ont été gravés sur la roche. Ils représentent des scènes de guerre, de chasse, mais aussi des rituels. On y a retrouvé les traces d’un culte du soleil, représenté par anthropomorphisme. Il a été identifié à Mithra, le dieu-soleil des Indo-Iraniens, particulièrement important pour les peuples des steppes.

Génétique vignette|redresse=1.7|Selon Allentoft (2015), la population de la culture de Sintachta est issue d'une migration en provenance de la culture de la céramique cordée

Plusieurs échantillons d'ADN autosomal provenant des tombes de la culture d'Afanasievo ont pu être étudiés et publiés en 2015. Ils révèlent que les génomes de cette population sont remarquablement identiques à ceux de la culture Yamna, contemporaine dans la steppe européenne à plusieurs milliers de kilomètres de là. Ces échantillons ont aussi permis de déterminer que la culture d'Andronovo, plus tardive en Asie centrale et avec également de fortes caractéristiques culturelles et anthropologiques indo-européennes, a certes une population génétiquement très proche de celle de la culture d'Afanasievo, mais qu'elle n'en est pas issue.