thumb|Sceau de David I, le représentant à la façon européenne. La révolution davidienne (Davidian Revolution en anglais) est un terme utilisé par certains historiens pour qualifier les grands changements qu'a connus le Royaume d'Écosse durant le règne de David d'Écosse (1124-1153). Ces changements comprennent notamment des créations de burghs, la mise en place effective de la réforme grégorienne, la fondation de monastères, la normandisation du gouvernement écossais et l'introduction du féodalisme par le biais des chevaliers normands et anglo-normands.
Aperçu d'ensemble Le roi David est généralement vu comme un des plus importants monarques dans l'histoire de l'Écosse. C'est pourquoi G.W.S. Barrow et Lynch ont tous deux utilisé le terme de « révolution davidienne » pour qualifier les changements intervenus pendant son règneBarrow, The Balance of New and Old, University of Reading, 1985, p. 9-11 Michael Lynch, Scotland: A New History, p. 80.. La « révolution » de David est à la base du développement de l'Écosse au Moyen Âge, car les changements qu'elle a instaurés ont donné naissance à l'ensemble des institutions du gouvernement écossais du bas Moyen Âge.
Barrow résume les divers objectifs de David dans sa détermination de « d'entourer sa résidence royale et ses satellites marchands et ecclésiastiques d'un cercle d'amis et de partisans proches, liés à lui et ses héritiers par des obligations féodales et capables de le soutenir militairement ou de remplir des fonctions administratives efficacement » Barrow, The Balance of New and Old, p. 13..
Depuis les travaux fondateurs de Robert Bartlett, The Making of Europe: Conquest, Colonization and Cultural Change, 950–1350 (1993), et ceux de Moore qui les appuient dans The First European Revolution, c.970–1215 (2000), il est devenu de plus en plus apparent qu'il était plus facile de comprendre la « révolution » apportée par David en s'intéressant aux changements qui s'effectuent à l'échelle européenne. L'idée principale est qu'à partir du , la culture et les institutions carolingiennes de la France et de l'ouest de l'Allemagne s'étendent à plusieurs régions environnantes, ce qui conduit à former une "Europe" plus identifiable. Dans ce modèle, l'ancien empire carolingien forme un « noyau », et les régions alentour en sont la périphérie. La conquête normande de l'Angleterre à partir de 1066 a en quelque sorte permis l'intégration de l'Angleterre à ce « noyau ». Ainsi, dès le règne de Malcolm III d'Écosse, le père de David, l'Écosse, qui se retrouve en relation directe avec la culture et le système appliqué en Europe, semble cruellement manquer d'une religion catholique forte, un gouvernement royal réellement centralisé, de divers documents écrits officiels, d'une monnaie, de villes marchande et d'une cavalerie d'élite. À la fin du règne de David, elle a acquis tous ces élémentsMoore, The First European Revolution, c.970–1215, p. 30Barrow, "The Balance of New and Old", passim, esp. 9Par "Europe", on parle là de l'Europe de l'Ouest en fait..
Durant le règne de David I, on observe des preuves notables de cette « européanisation » de l'Écosse – l'adoption d'un système politique, économique, social et culturel propre à la civilisation médiéval, bien qu'adapté au monde écossais, dans ce pays mais également dans d'autres régions environnantes ont permis pour la première fois l'apparition d'une « Europe » en tant qu'entité clairement identifiable Haidu, The Subject Medieval/Modern, p. 156L'idée d'une « Europe » apparaît déjà à l'époque à travers la notion de « Christendom ». L'utilisation du terme « Europe » pour désigner une unité culturelle est seulement développée par les historiens modernes.. Cela ne signifie pas que la culture gaélique du pays disparaît complètement, l'application du modèle de l'Europe médiévale se faisant généralement sans destruction des bases culturelles des pays qui l'adoptentMoore, The First European Revolution, c.970–1215, p. 38-45Bartlett, The Making of Europe, p. 104..
La révolution européenne : le contexte gaélique Cependant, la vie de David comme un « réformateur » conserve les racines gaéliques du pays. Cela est particulièrement vrai quand on observe l'enthousiasme de David pour la réforme grégorienne. Celle-ci est un mouvement révolutionnaire à travers l'église de l'Ouest de l'Europe qui débute sous la papauté de Grégoire VII. Elle prêche une plus grande rigueur spirituelle, une discipline ecclésiastique et l'obéissance à la papauté et à sa théologieG. Ladner, Terms and ideas of renewal, p. 1–33 C. H. Lawrence, Medieval Monasticism, p. 86, 92, 94–5, 149–50, 163–4 Bartlett, Making of Europe, p. 243–68 Malcolm Barber, Two Cities, p. 85–99. Les Normands installés en Angleterre adoptent cette idéologie, et qualifient rapidement les mondes écossais et gaélique irlandais comme spirituellement en retard. Cet état d'esprit est bien visible dans la biographie de la mère de David I, Marguerite, écrite par son confesseur Thurgot à la demande de la cour royale anglaiseRobert Bartlett, « Turgot (c.1050–1115) », in the Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004 , accessed 11 February 2007; William Forbes-Leith, Turgot, Life of St Margaret, Queen of Scotland, passim; Baker, "'A Nursery of Saints", p. 129–132.. Toutefois, jusqu'à cette période, les moines gaéliques (appelé parfois Céli Dé) venus d'Irlande et d'Écosse ont souvent introduit leurs propres réformes ascétiques en Grande-Bretagne et en Europe continentale, où ils ont fondé plusieurs de leurs maisons monastiquesVoir, par exemple, Dumville, "St Cathróe of Metz", p. 172–188 ; Follett, Céli Dé in Ireland, p. 1–8, 89–99..
Depuis la fin du , divers princes gaéliques ont essayé d'intégrer les principes de la réforme grégorienne, comme Muirchertach Ua Briain, Toirdelbach Ua Conchobair, Edgar d'Écosse et Alexandre d'ÉcosseJohn Watt, Church in Medieval Ireland, p. 1–27; Veitch, "Replanting Paradise", p. 136–66. Benjamin Hudson insiste sur l'unité culturelle entre l'Écosse et l'Irlande à cette période, en évoquant l'exemple de la coopération entre David I, l'instigateur de la réforme en Écosse, et son équivalent irlandais saint Malachy, ce qui montre que dans le contexte gaélique la réforme instiguée par David est une réforme typiquement anglo-normandeHudson, "Gaelic Princes and Gregorian Reform", p. 61–82.. En effet, le monde gaélique n'a jamais été déconnecté de ses voisins anglais ou du continent. Ainsi les guerriers et hommes d'Église gaéliques ont régulièrement voyagé à travers l'Angleterre et le continent. Le prédécesseur de David, Macbeth d'Écosse, a utilisé des mercenaires normands avant même la conquête de l'AngleterreBarrow, Beginnings of Military Feudalism, p. 250., et les exilés anglais après la conquête normande se sont réfugiés auprès des cours de Malcolm III d'Écosse et Toirdelbach Ua Briain, roi d'IrlandeÓ Cróinín, Early Medieval Ireland, p. 277..
Gouvernance et féodalisme thumb| Tapisserie de Bayeux montrant des chevaliers normands au combat un demi-siècle avant le règne de David. L'arrivée de nombreux chevaliers étrangers et l'introduction du système féodal et des relations clairement définies entre les seigneurs et leurs vassaux qui vont avec révolutionne la façon avec laquelle le royaume d'Écosse est gouverné. La multiplication de nouvelles mottes castrales occupées par des agents royaux chargés de surveiller le bon fonctionnement des nouvelles institutions judiciaires et des shériffdoms, chargés de l'imposition et de l'application de la loi, contribue également à rapprocher l'Écosse du « modèle européen » Haidu, The Subject Medieval/Modern, p. 181Moore, The First European Revolution, p. 57.
Le féodalisme militaire L’Écosse à cette période s'essaie à de nouvelles pratiques en matière de gouvernance, et importe de nombreux chevaliers venus de l'étranger, et notamment de France. On place souvent le commencement du féodalisme au règne de David. Geoffrey Barrow écrit que le règne de David a vu « une révolution dans les lois dynastiques écossaises » ainsi que des « innovations fondamentales dans l'organisation militaire » et « dans la compositions et les caractéristiques dominantes de la classe gouvernante »Barrow, Balance, 9–11.. On définit parfois ces changements comme « la construction de châteaux, l'utilisation d'une cavalerie professionnelle, les frais liés aux chevaliers » ainsi que l' « hommage et la loyauté ». David établit des seigneuries féodales à large échelle sur sa principauté de Cumbrie pour les principaux membres de son entourage militaire français qui lui permet d'assurer son pouvoir. De plus, d'autres seigneuries plus petites ont également été créées. Un exemple en est Freskin. Ce nom apparaît dans une charte signée du petit-fils de David, Guillaume d'Écosse pour le fils de Freskin, William, qui se voit offrir Strathbrock dans le West Lothian et Duffus, Kintrae, et d'autres terres en Moray, « que son père possédait du temps du roi David » G.W.S. Barrow, The Acts of William I King of Scots 1165–1214 in Regesta Regum Scottorum, Volume II, (Edinburgh, 1971), no. 116, p. 198–9; trs. of quote, "The Beginnings of Military Feudalism" in Barrow (ed.) The Kingdom of the Scots, 2nd Ed. (2003), p. 252.. Le nom de Freskin est d'origine flamandeSee Barrow, "The Beginnings of Military Feudalism", p. 252, n. 16, citing T. Forssner, Continental Germanic Personal Names in England, (Uppsala, 1916), p. 95; J. Mansion, Oud-Gentsche Naamkunde, (1924), p. 217; and G. White (ed.), Complete Peerage, , vol. xii, pt. I, p. 537.</ref>, et d'après Geoffrey Barrow, « c'est presque sûr que Freskin appartenait à un groupe de colons flamands qui vint en Écosse au milieu du et que l'on pouvait rencontrés dans l'Ouest Lothian et la vallée de la Clyde » G.W.S. Barrow, "Badenoch and Strathspey, 1130–1312: 1. Secular and Political" in Northern Scotland, 8 (1988), p. 3.. Freskin fait construire un château dans le lointain territoire de Moray, et comme il n'a aucun lien avec les grandes familles de la région, il doit uniquement son pouvoir au roi, ce qui le place encore plus fermement sous l'autorité de ce dernier. Cette acquisition de terre ne semble pas unique et fait vraisemblablement partie d'une politique de David pour mieux contrôler le Moray après la mort du mormaer Angus de MoraySee Richard Oram, "David I and the Conquest of Morns flamandsay", p. & n. 43; see also, L. Toorians, "Twelfth-century Flemish Settlement in Scotland", p. 1–14.. thumb|Le château de Duffus, peut-être commencé par Freskin.
Anglo-normandisation du gouvernement Petit à petit au cours du règne de David, le gouvernement de l'Écosse, ou plutôt de la partie de l'Écosse effectivement administrée par le roi, se rapproche du gouvernement anglo-normand. Les nouveaux sheriffdoms permettent au roi d'administrer des territoires éloignés. Au cours du règne de David, des shérifs ont ainsi été établis dans les principaux territoires royaux, chronologiquement à Roxburgh, Scone, Berwick-upon-Tweed, Stirling et PerthMcNeill & MacQueen, Atlas of Scottish History p. 193. Un contrôle judiciaire est également mis en place sous le règne de David, par l'établissement d'institutions judiciaires, une au nord de la Forth et une au sud de cette rivière et à l'est de Galloway. Bien que ces institutions sont d'origine anglo-normande, elles forment une certaine continuité avec els institutions gaéliques qui les précédaient. Ainsi au nord de la Forth c'est le mormaer Causantín of Fife qui devient judex magnus, illustrant la théorie de « l'équilibre entre l'ancien et le nouveau monde » soutenue par BarrowG.W.S. Barrow, "The Judex", in Barrow (ed.) The Kingdom of the Scots, (Édimbourg, 2003), p. 57–67 and "The Justiciar", also in Barrow (ed.) The Kingdom of the Scots, p. 68–111..
David I et l'économie right|thumb|Pièce en argent de David I. Les mines d'Alston