Un travail collaboratif est un travail qui n'est plus fondé sur l'organisation hiérarchisée traditionnelle, et est plus spécifiquement un mode de travail (éventuellement intégré dans un modèle économique de production) où collaborent de nombreuses personnes grâce aux technologies de l'information et de la communication, notamment les plateformes sur internet.

Les outils informatiques permettent de maximiser la créativité et l'efficience d'un groupe associé à des projets d’envergure même si elles sont très dispersées dans l'espace et le temps.

Le travail est souvent naturellement collectif et collaboratif, c'est-à-dire qu'il fait interagir plusieurs acteurs pour la réalisation de tâches qui visent à atteindre un but commun. Par exemple, le projet d'encyclopédie en ligne libre et multilingue Wikipédia est le résultat d'un travail collaboratif « en réseaux coopératifsGrassineau B (2009) La dynamique des réseaux coopératifs. L'exemple des logiciels libres et du projet d'encyclopédie libre et ouverte Wikipédia (Doctoral dissertation, Université Paris Dauphine-Paris IX). ».

Définitions

Pour certains consultants, il ne faut pas confondre « travail collaboratif » et « travail coopératif » : pour certains consultants, le travail coopératif est une coopération entre plusieurs personnes qui interagissent dans un but commun mais se partagent les tâches (cette approche ne tient pas compte des sens multiples du concept de coopération), les consultants considèrent que le travail collaboratif se fait en collaboration du début à la fin sans division fixe des tâches (ce qui peut bien sur être aussi le cas du travail coopératif). Il associe trois modalités d'organisation : il propose à tous et chacun, dans le projet, de s'inscrire dans un processus d'amélioration continue de chaque tâche et de l'ensemble du projet, il organise le travail en séquences de tâches parallèles (permettant un travail plus asynchrone), il fournit aux acteurs de chacune des tâches une information utile et facilement exploitable sur les autres tâches parallèles et sur l'environnement de la réalisation.

Le travail collaboratif, comme le travail collectif (dont il est une des variantes) n'est pas nécessairement synonyme d'efficacité, d'efficience, ni de rapidité. Son résultat dépend de la motivation de ses acteurs à collaborer, du nombre de ces acteurs, du temps qu'ils peuvent consacrer à ce travail et de leurs compétences. Il présente l'intérêt majeur d'associer les capacités de création et de potentiellement obtenir ce qu'il y a de mieux avec les ressources disponibles dans un groupe, si les éléments de ce groupe sont motivés.

Le travail collaboratif est l'une des dimensions importantes de l'apprentissage collaboratif, qui est par exemple encouragé dans certaines formes d'apprentissage en ligne, en particulier dans les « MOOC » dits connectivistes.

Avec un même outil informatique, le travail peut être totalement ouvert (exemple : les wikis du mouvement Wikimédia) ou semi-ouvert (exemple : un wiki de projet d'entreprise limité à un intranet et uniquement accessible avec mot de passe).

Prérequis Pour comprendre et apprécier cette catégorisation des modes de collaborations, voici quelques prérequis utiles : accepter l'idée que chaque activité est un projet ; accepter l'idée que dans un groupe de gestion de projet, la hiérarchie est basée sur le mérite (qualité et quantité des contributions), au moins un peu, et non pas seulement sur le statut professionnel (chef, sous-chef, assistant-e...). Par exemple, un photographe n'est ni spécialiste en rédaction ni en marketing, mais si ses idées rédactionnelles ou de stratégie de vente sont appréciables, elles devraient être considérées même si ce n'est pas son « métier ». Ainsi, chaque personne peut potentiellement donner le meilleur d'elle-même, sans limite artificielle de statut ; contribuer à la coordination de la réalisation d'un tel projet dans un groupe de travail, et proposer un espace de travail transparent, les traces de chaque contribution permettant à chacun de voir l'évolution de la collaboration jusqu'au résultat ; fonctionner par modération a posteriori plutôt que par validation a priori, c'est-à-dire corriger ce qui doit l'être après les contributions des différents intervenants plutôt que de bloquer leurs contributions par un système de validation où ils sont soumis au bon vouloir et à la réactivité d'un modérateur, administrateur ou supérieur hiérarchique.

Origine Le travail collaboratif et non financièrement rémunéré n'est pas nouveau en soi. Il est commun dans toutes les sociétés dites « primitives ». Les sociétés savantes l'ont abondamment pratiqué depuis le siècle des Lumières, mais il a pris une dimension nouvelle avec les possibilités ouvertes par l'informatique puis par l'Internet, les moteurs de recherche et les outils de traduction en ligne. Il est basé sur une logique de don facilitée par l'InternetGenthon G., Phan D., 1999, « Don et coopération dans Internet : une nouvelle organisation économique ? », in Terminal n°80/81, Éditions l'Harmattan, . ou d'intérêt mutuel.

Dans le domaine logiciel, il a par exemple accéléré et amélioré l'efficience de nombreux outilsHorn F., 1999, « L’importance du logiciel libre dans l’amélioration de l’efficience du logiciel », in Terminal n°80/81, Éditions l’Harmattan, ., en partie grâce au Zimmerman J.B., 1999, « Logiciel et propriété intellectuelle : du Copyright au Copyleft », in Terminal n°80/81, Éditions L’Harmattan, pp.151-166..

L'expression « travail collaboratif » aurait été introduite par Yochai Benkler, professeur de droit à l’université Yale, dans un essai intitulé Coase's PenguinCoase's Penguin écrit pour afin de mettre en lumière la propriété intellectuelle avec ce nouveau modèle de production.

Dans les années 1990, des premiers outils de travail collaboratifs ont été mis à disposition de tous avec par exemple les « » (si on ne tient pas compte des BBS de la fin des années 1970).

Périmètre Outre qu'il est une source de créativité et un outil d'amélioration continue permettant maintenant de s'affranchir de la distance géographique qui sépare les acteurs coopérant entre eux, dans le monde économique, le travail collaboratif, selon les objectifs recherchés, émerge principalement dans cinq grands domaines : les environnements bureautiques afin de mieux partager l’information créée et stockée sur les postes de travail ; la gestion documentaire qui vise à harmoniser la gestion des différentes versions de documents (classification, indexation, etc.) ; la gestion de projet, le plus souvent liée à un événement ayant un début et une fin, et permettant de conduire au mieux celui-ci ; la gestion des connaissances pour capitaliser sur les savoirs, notamment dans les organisations pour lesquelles l’innovation est clé ; la gestion des relations sociales pour valoriser les relations entre collaborateurs mais aussi avec l’externe et l’écosystème des entreprises.

Dans l'entreprise Dans l'entreprise, le travail collaboratif s'appuie sur des solutions « synchrones » (les réunions « audio » ou « visio » à distance, les web conférences, le chat électronique…) ou « asynchrones » (le partage de documents ou la rédaction collaborative de documents).

Le travail collaboratif prend souvent appui sur un dispositif sociotechnique. L'étude « Solutions de collaboration d'entreprise » menée par un cabinet d'analyse spécialisé note en effet que la mise à disposition d’outils appropriés, reposant notamment sur les technologies de l’information combinées à de nouvelles formes d’accès en ligne à la demande et d’usages en provenance du grand public, accélère et modifie sans conteste les modes de collaboration tant interne à une organisation qu’externe à celle-ciSource : étude de MARKESS International Solutions de Collaboration d’Entreprise.

Dans le monde scientifique De nombreux chercheurs et étudiants utilisent des outils collaboratifs, en particulier dans le cadre des sciences citoyennes, émergentes. Des tiers lieux dédiés au développement du travail collaboratif, avec par exemple des espaces de coworking (cotravail), ont été créés dans des universités, comme le PROTO204 au sein de l'université Paris-Sud.

Une cartographie des collaborations entre chercheurs montre des structures de réseaux différentes selon les pays, particulièrement centralisées autour de la région parisienne en FranceOlivier H. Beauchesne (2011) Carte des collaborations scientifiques à travers le monde , 3 juin 2011. Répertoire mondial des archives ouvertes scientifiques est un exemple de répertoire mondial d'archives ouvertes scientifiques.

Dans la gouvernance Diverses études ont conclu que certains outils collaboratifs ou démarches collaboratives pouvaient améliorer la démocratie participative, les « approches adaptatives » et même permettre de nouvelles formes de résilience des socio-écosystèmesBerkes, F., J. Colding, and C. Folke (eds.), Navigating social-ecological systems: building resilience for complexity and change. Cambridge University Press, Cambridge, UK, 2003 via une « cogestion adaptative » des sociétésBerkes, F., and C. Folke (eds.), Linking social and ecological systems: Management practices and social mechanisms for building resilience. Cambridge University Press, Cambridge, UK 1998 et de leur environnement, face notamment à un contexte écologique et climatiqueBerkes, F., and D. Jolly. 2001. Adapting to climate change: social–ecological resilience in a Canadian western Arctic community. Conservation Ecology 5 (2):18 [online]. [Available from: www.consecol.org/vol5/iss2/art18.] changeant, incertain ou à restaurer Per Olsson, Carl Folke and Fikret Berkes ; Research Adaptive Comanagement for Building Resilience in Social–Ecological Systems ; Environmental Management Volume 34, Number 1, 75-90, DOI: 10.1007/s00267-003-0101-7 (Article en ligne) ou avec des ressources naturelles fluctuantes (surpêche Berkes, F. 1989. Co-management and the James Bay Agreement E Pinkerton ; Co-operative management of local fisheries ; University of British Columbia Press Vancouver, Canada 189 208., déforestation, érosion et dégradation des sols, etc.), en s'appuyant éventuellement sur les savoir locaux et ancestrauxBerkes, F. 1999. Sacred ecology: Traditional ecological knowledge and management systems. Taylor & Francis, Philadelphia.Berkes, F., and C. Folke. 2002. Back to the future: ecosystem dynamics and local knowledge ; L. H. Gunderson C. S. Holling Panarchy: Understanding transformations in human and natural systems ; Island Press Washington, DC 121 146Berkes, F., J. Colding, and C. Folke. 2000. Rediscovery of traditional ecological knowledge as adaptive management. Ecological Applications 10:1251–1262. Une cogestion adaptative et plus collaborative est une des solutionsBuck, L. E., C. C. Geisler, J. Schelhas, and E. Wollenberg (eds.). 2001. Biological diversity: Balancing interests through adaptive collaborative management. CRC Press, New York proposées pour une gestion restauratoire et efficace de la biodiversité.

Exemples d'outils collaboratifs ou de projets construits avec de tels outils

Un grand nombre d'outils et de réseaux collaboratifs existent aujourd'hui, avec des niveaux très différents de collaborativité, certains ne permettant qu'un simple partage de données (images, photos, vidéo, textes), d'autres supportant des projets complexes, de grande envergure associant un grand nombre de contributeurs. Parmi les produits ayant été créés collaborativement, on peut citer :

les logiciels libres ; ProjectWise, un logiciel de partage d'information pour les projets d'ingénierie ; GNU/Linux, un système d'exploitation libre pour ordinateur ; Slashdot, un site d'actualité sur l'informatique ; Wikipédia, l'encyclopédie libre que chacun peut améliorer, avec sa base ressources média Wikimedia Commons et d'autres projets frères : Wikibooks, Wikiquote, Wikisource, Wikinews, Wikiversité,...