Une Nouvelle-Calédonie pour tous (UNCT) est un ancien parti politique de Nouvelle-Calédonie formé le par des dissidents du parti historique de la lutte contre l'indépendance en Nouvelle-Calédonie, le Rassemblement pour la Calédonie dans la République (RPCR) du député Jacques Lafleur. Menés par Didier Leroux, ils ont tous soutenu la candidature de Jacques Chirac à l'élection présidentielle d'avril-, alors que Jacques Lafleur (qui a pourtant toujours été proche du président fondateur du RPR) avait appelé à voter pour Édouard Balladur. Le nom du parti reprend d'ailleurs le slogan de campagne de Jacques Chirac, « La France pour tous ». Très présent sur la scène politique locale entre 1995 et 1999, il a pendant cette période constitué la principale force d'opposition au RPCR au sein du camp anti-indépendantiste. En 1999, après de mauvais résultats aux élections provinciales de cette année, il se fond avec d'autres partis anti-Lafleur dans un nouveau mouvement, l'Alliance.
Les élections provinciales de 1995 L'UNCT est créé en vue des élections provinciales du , pour lesquelles elle présente des listes en Province Sud et dans les Îles Loyauté. Dans le Nord, elle préfère soutenir une autre dissidence du RPCR, le mouvement « Développer ensemble pour construire l'avenir » (DECA) du maire de Koumac Robert Frouin. L'ancien sénateur Dick Ukeiwé, figure historique du RPCR avant sa rupture avec Jacques Lafleur en 1993, soutient la liste UNCT D. A. CHAPPELL, « New Caledonia », Political reviews • melanesia
La campagne entre l'UNCT et le Rassemblement est particulièrement violente, Jacques Lafleur et ses partisans réservant l'essentiel de leurs attaques à ce nouvel adversaire qui quant-à-lui critique « la régression démocratique, le mépris des minorités, la dérive affairiste et le verrouillage de l'information » du RPCR qu'il rebaptise « Rassemblement pour la conservation de la royauté »« Calédonie - Le vote sanction », Le Point, 05/08/1995.
Les dirigeants de l'UNCT sont alors surtout : Didier Leroux, son président, homme d'affaires local (à l'origine dirigeant de deux sociétés de grossistes-répartisseurs pharmaceutiques qui s'est ensuite diversifié dans la manutention portuaire, l'agroalimentaire ou le transport aérien, il est le beau-frère de Vincent Bolloré), il a dirigé la Fédération patronale de Nouvelle-Calédonie de 1979 à 1992 et a été élu au Conseil de la Région Sud ainsi qu'au Congrès du Territoire sous les couleurs du RPCR de 1985 à 1988, en plein cœur des Évènements politiques qui ont opposé violemment, de 1984 à 1988, partisans et opposants de l'indépendance. Il mène la liste UNCT en Province Sud. Denis Milliard, avocat qui fut ministre RPCR du Travail et de l'Emploi, chargé de la Fonction publique, au sein du gouvernement local présidé par le sénateur Dick Ukeiwé de 1984 à 1985, puis élu au Conseil de la Région Ouest et au Congrès (toujours comme membre du parti de Jacques Lafleur) de 1988 à 1989. Il est en deuxième position de la liste UNCT en Province Sud. Sonia Lagarde, commerçante dans le centre-ville de Nouméa et jusque-là militant du RPCR. Elle est en troisième position de la liste UNCT en Province Sud. Thierry Valet, professeur d'anglais au lycée Jules-Garnier de Nouméa. Il est en quatrième position de la liste UNCT en Province Sud. Cawidrone Wakanumune, agriculteur et militant associatif de Maré, élu (RPCR) du Conseil de la Région des Îles Loyauté et du Congrès du Territoire de 1988 à 1989, présent en troisième position de la liste RPCR (qui n'avait obtenu alors que deux élus) aux élections provinciales de 1989 aux Îles Loyauté. Il est la tête de liste de l'UNCT dans cette dernière province. Bernard Ukeiwé, conseiller municipal de Lifou de 1986 à 1995, et élu au Conseil de la Région Îles Loyauté ainsi qu'au Congrès du Territoire (sous les couleurs du RPCR) de 1988 à 1989, il est le fils de l'ancien sénateur et député européen Dick Ukeiwé qui fut une figure historique du RPCR. Il est en deuxième position de la liste UNCT aux Îles Loyauté. Goïne Ferdinand Wamo, ministre RPCR de la Jeunesse et des Sports, chargé de l'organisation des Jeux du Pacifique de 1987, dans le gouvernement local présidé par le sénateur Dick Ukeiwé de 1984 à 1985, il est élu sous l'étiquette du Rassemblement à l'Assemblée territoriale en 1984 puis au Conseil de la Région des Îles Loyauté ainsi qu'au Congrès du Territoire de 1985 à 1989 (il était d'ailleurs tête de liste en 1985). Il était encore en quatrième position de la liste RPCR aux élections provinciales de 1989 dans les Îles Loyauté. Il est en de la liste UNCT dans les Îles.
Les deux listes UNCT réunissent au total voix et 11,73 % des suffrages exprimés (mais surtout 19,44 % du vote anti-indépendantiste). Dans le Sud, elle se positionne comme la deuxième force politique, derrière le RPCR, avec suffrages (17,53 %) et 7 sièges sur 32. En revanche, aux Îles Loyauté, elle ne réussit pas à franchir la barre des 5 % des inscrits pour obtenir au moins un élu (avec 515 voix, soit 4,98 % des suffrages et la dernière position). Avec 7 sièges sur 54 au Congrès du Territoire, elle se place comme deuxième parti non-indépendantiste et dispose d'un rôle de pivot. Ils s'engagent dans une opposition systématique au RPCR, ayant régulièrement des débats houleux avec ce dernier, et forme une alliance de gestion avec le FLNKS (qui totalise 24 sièges sur 54, 26 en comptant les élus de DECA proches de l'UNCT) I. LEBLIC, « Chronologie de la Nouvelle-Calédonie ». Tout en permettant à Pierre Frogier, du Rassemblement, d'accéder au « perchoir », cette alliance porte à la Richard Kaloï, de l'UC, et ne laisse au parti de Jacques Lafleur qu'un seul des sept postes restant du bureau (revenant au sénateur Simon Loueckhote), contre deux autres à l'UC et un chacun pour le Palika, le Rassemblement pour une Calédonie dans la France (RCF, mouvement anti-autonomiste de Claude Sarran associé au Mouvement pour la France MPF de Philippe de Villiers), DECA et l'UNCT (en la personne de Denis Milliard). Le FLNKS et l'UNCT obtiennent de plus à eux deux plus de présidences de commissions que le RPCR. De même, les deux formations occupent le Congrès le pour réclamer d'être mieux considérée par le Rassemblement. L'UNCT se dote de plus d'un organe de presse, Le Quotidien calédonien, fondé par Didier Leroux le .
Les élections législatives de 1997 Après la dissolution de l'Assemblée nationale par Jacques Chirac le et l'organisation d'élections législatives anticipées pour le et le suivant, l'UNCT décide d'avancer deux candidats face aux sortants du RPCR. Didier Leroux se présente dans la (à savoir Nouméa, l'île des Pins et les Îles Loyauté) face à Jacques Lafleur et Thierry Valet dans la seconde (le reste du Territoire, à savoir toute la Grande Terre, à l'exception de Nouméa, ainsi que les îles Belep) face à Pierre Frogier.
Dans un contexte de boycott du scrutin par les indépendantistes (même si dans la le Palika et l'USTKE appellent à voter pour le candidat indépendant, mais pourtant loyaliste, Philippe Pentecost), les deux candidats UNCT réalisent des scores plutôt honorables. Didier Leroux arrive ainsi en deuxième position avec voix et 19,6 % des suffrages exprimés mais ne peut empêcher que Jacques Lafleur soit réélu dès le premier tour (et avec le plus haut score relatif de France, soit 63,07 %).. Thierry Valet pour sa part, malgré la concurrence du candidat DECA (qui partage pour l'essentiel le même électorat que l'UNCT), arrive en troisième place, avec 1 556 votes (6,73 %), derrière Pierre Frogier (56,57 % des suffrages exprimés mais seulement 24,63 % des inscrits, il est donc mis en ballotage) et Philippe Pentecost (27,65 %). Pour le second tour, l'UNCT appelle à voter pour Pentecost mais Frogier est assez largement réélu (par 60,99 % des voix contre 39,01 %)..
L'opposition à l'Accord de Nouméa puis la fusion dans l'Alliance Didier Leroux estime que ses propositions sont trop peu prises en compte lors des réunions préparatoires (auxquelles l'UNCT est invitée à partir d'avril 1998) afin de trouver une solution consensuelle plutôt que le référendum d'autodétermination. Il reproche notamment aux signataires des accords de Matignon de ne pas laisser assez de place aux petits partis, et refuse finalement de participer aux négociationsR. BERTRAM, P. DE DECKKER, Gouverner la Nouvelle-Calédonie: l'accord de Nouméa à l'épreuve de son premier gouvernement, éd. L'Harmattan, coll. « Mondes océaniques », 2009, p.89. Or, deux élus du groupe UNCT au Congrès du Territoire (Thierry Valet et Jean-Claude Legras) choisissent de rester à la table des discussions. L'accord de Nouméa est finalement signé le , et Valet et Legras quittent l'UNCT le même mois pour créer le parti « Renouveau ». Celui-ci constitue avec les indépendantistes modérés de la Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI), afin de défendre l'idée du dialogue et de la fin de la confrontation politique traditionnelle entre partisans et opposants de l'indépendance, un groupe commun au Congrès qui forme alors un « pacte d'amitié » avec le RPCR.
L'UNCT par la suite s'oppose à l'accord de Nouméa et au projet de loi organique qui en découle, parce qu'il lui reproche non seulement d'avoir été préparé sans consulter les petits partis, mais aussi de risquer de renforcer l'hégémonie du RPCR sur les institutions et de faire trop de concessions aux indépendantistes. Le , elle présente les « modifications majeures » qui doivent être apportés à l'accord pour l'empêcher d'appeler à voter « non » au référendum local pour sa ratification. Le parti demande la diminution des pouvoirs des Provinces par rapport au Territoire, un contrôle et des voies de recours face aux futures lois de pays, la nomination d'un médiateur, mais aussi l'abandon de l'irréversibilité des transferts de compétences, de la restriction du corps électoral pour les provinciales de 1999 et des trois référendums d'autodétermination prévus dans 15 à 20 ansLa Lettre Calédonienne, 09/1998. Finalement, n'ayant pas obtenu satisfaction, le mouvement appelle le à voter « non » au référendum du , dénonçant un déficit de démocratie et l'impression que ces accords ne peuvent plus être modifiés et précisant que : « Ce n'est pas un non de refus d'un accord, mais de refus de cet accord et des dispositions qu'il nous prépare, c'est-à-dire une future république bananière ». L'allié traditionnel de l'UNCT, le DECA, est divisé sur la question : Robert Frouin appelle aussi à voter pour le « non », Delin Wéma pour le « oui » La Lettre Calédonienne, 10/1998. Le jour du scrutin, le « oui » l'emporte avec 71,86 % des suffrages exprimés et une participation de 74,23 %. Mais le « non » est légèrement plus élevé (quoique toujours très minoritaire) dans la Province Sud, avec 37,01 % des voix s'étant porté sur ce choix. Didier Leroux affirme le soir du scrutin que la victoire du « oui » est selon lui plus le fait du FLNKS que du RPCR, et estime « avoir atteint son objectif, car Calédoniens ont clairement demandé, en votant non, que ces accords soient améliorés ». Et lors du vote pour que le Congrès du Territoire donne son avis sur le projet de loi organique, l'UNCT s'abstientLa Lettre Calédonienne, 11/1998. Toutefois, la position du parti contre l'accord de Nouméa l'affaiblit quelque peu face à un Jacques Lafleur qui, au contraire, a reconquis sa popularité liée à l'image « d'homme de paix » née de la signature des Accords de Matignon, et alors que l'accord de Nouméa est finalement accepté par une très large majorité des Néo-calédoniens et notamment des anti-indépendantistes.