L'économie de la Tanzanie est, à bien des égards, typique d'un pays en voie de développement : essentiellement axée sur l'agriculture et l'industrie minière, elle dispose d'une base industrielle quasi inexistante et peu compétitive. Le tourisme y constitue une source appréciable et croissante de devises.
Mais le pays est également très différent de la plupart des pays africains, avec une présence marchande arabe et perse sur ses côtes datant des premiers siècles de l'ère commune, et une ville, Zanzibar, qui pendant plusieurs centaines d'années dominera l'économie de toute la région. Plaque tournante du commerce d'or, d'ivoire et d'esclaves, à l'interface des mondes africain, arabe et indien, son hinterland s'étend jusqu'à l'Afrique des Grands Lacs, à près de de distance. L'arrivée des Européens dans le sillage de Vasco de Gama au ne remet pas tout de suite cette domination en question, ceux-ci offrant même de nouveaux marchés pour une denrée locale appréciée, le clou de girofle.
L'installation progressive des empires coloniaux allemand puis britannique relègue cependant la région hors des grands axes de développement. L'accession à l'indépendance, en 1964, voit la jeune république unie du Tanganyka et de Zanzibar (son nom d'origine) se tourner vers un « socialisme africain » d'inspiration maoïste qui se révèle rapidement être un échec : plutôt que de décoller et se moderniser, l'économie du pays s'effondre. La remise en question qui s'ensuivra, à partir du milieu des années 1980, conduira progressivement le pays à revenir sur la scène économique régionale. La libéralisation franche opérée dans les premières années du , couplée à des efforts de gouvernance, permet l'arrivée massive d'investisseurs étrangers dans tous les secteurs de l'économie. Pour la première fois de sa jeune histoire, ce pays chroniquement sous-développé semble toucher les premiers dividendes de ses efforts.
Historique
La période précoloniale voit deux zones économiques se partager l'actuelle Tanzanie : à l'ouest, l'Afrique des Grands Lacs, où de petits royaumes bantous (Rwanda, Burundi, Buganda, etc.) règnent sur la région et opèrent un commerce limité. Sur la côte, c'est Zanzibar qui prend l'ascendant, d'abord comme avant-poste pour les marchands arabes et perses et centre des nombreux comptoirs sur la côte est-africaine qui donneront naissance à la culture swahilie. Entre les et (l'époque chirazie, ou zenj), le commerce côtier prospère et des échanges entre les deux régions s'opèrent, notamment d'ivoire et d'esclaves. Or, peaux de léopard, porcelaine de Chine et tissus d'Inde sont également échangés, et dès le les premiers bâtiments en dur apparaissent à Zanzibar pour stocker ces marchandises précieuses.
Le commerce avec la Chine est facilité au avec l'ouverture de routes commerciales maritimes directes avec cet empire mais les routes via le sous-continent indien reprennent leur activité avec l'isolationnisme promulgué par l'empereur Ming Zhengtong en 1443. À cette époque, Zanzibar constitue un sultanat prospère au côté des cités de Mombasa, Lamu, Kilwa Kisiwani et Malindi, plaques tournantes africaines du commerce entre ce continent et les Arabes, Perses et Indiens.
L'arrivée de Vasco de Gama en 1498 marque le début de l'ingérence européenne : dès 1525, la côte est aux mains des Portugais qui l'utilisent pour contrôler les routes commerciales vers les Indes ; Zanzibar passe graduellement sous le contrôle d'Oman, et les lusitaniens sont définitivement évincés en 1698. L'île s'oriente de plus en plus vers le trafic d'esclaves africains, vers le Moyen-Orient ainsi qu'à destination de ses propres plantations de canne à sucre et de clous de girofle.
La multiplication des échanges avec les puissances européennes (britannique notamment, avec lequel un traité commercial est signé en 1792) pèse cependant sur la traite arabe quand les Européens abolissent l'esclavage chez eux et imposent à Zanzibar des zones maritimes interdites aux navires négriers. L'économie locale se réoriente alors vers le giroflier et l'indigotier, et le surplus humain est ainsi directement absorbé par l'île, qui devient un des principaux fournisseurs mondiaux de ces épices. La signature de nouveaux accords commerciaux (États-Unis, 1833) accroît encore le rôle de carrefour économique de l'île, tant et si bien que le sultan d'Oman y déplace sa capitale en 1840, notamment pour appuyer ses revendications sur la côte. Le commerce des esclaves continue de croître, mais la guerre civile de 1856 et l'effondrement des cours du clou de girofle concourent à son abrogation en 1873 (il perdurera clandestinement jusqu'à la fin du siècle).
Suivant les traces des caravanes d'esclaves et d'ivoires qui allaient jusqu'aux confins de l'actuelle république démocratique du Congo, les Européens prennent pied dans la région du Tanganyika au cours du et contrôlent progressivement l'ensemble des comptoirs zanzibariens. Le déplacement du siège de la Compagnie britannique impériale d'Afrique de l'Est à Mombasa marque la fin de la domination économique de l'île sur les territoires alentour.
La colonisation allemande (1886-1919) marque l'apparition des premières cultures commerciales (café, thé, sisal) ainsi que du chemin de fer. Le territoire passe par la suite aux mains de Britanniques qui font venir de nombreux travailleurs du sous-continent indien, mais la crise de 1929 obère toute politique de développement en provenance de la métropole pour ce territoire sous-peuplé et éloigné.
Après les déclarations d'indépendance de 1961 (Tanganyka) et 1963 (Zanzibar), la république unie de Tanzanie naît en 1964 et, avec la déclaration d'Arusha, le régime se tourne vers un modèle économique socialiste pour son développement. L'économie se centralise, les coopératives sont abolies pour être remplacées par des fermes collectives. À Zanzibar, la situation est encore plus radicale, et nombre de propriétaires indiens et arabes sont expropriés.
En 1968, la Tanzanie, la Zambie et la Chine lancent conjointement la construction d'une ligne de chemin de fer entre la Tanzanie et la Zambie (le "Tanzam"), l'un des plus grands chantiers existant alors dans le monde. Celui-ci dure six ans, mobilisant 50 000 ouvriers chinois et 60 000 africains (le paludisme provoquera la mort de dizaines d'ouvriers). Plus de quarante ans après la fin des travaux, la solidité des infrastructures continue de susciter l'admiration.
La collectivisation des terres est un échec entaché de violences, la planification centralisée de l'économie est inefficace, et le projet de Communauté d'Afrique de l'Est avec le Kenya et l'Ouganda (1967-1977) ne mène à rien. Le premier, plus proche des Occidentaux, se méfie de l'influence exercée par la Chine maoïste sur son voisin, et le second est dirigé par le sanguinaire Idi Amin Dada, qui déclenchera un conflit fin 1978.
La guerre laisse le pays exsangue et couvert de dettes, sans industrie et avec une agriculture improductive. Le régime s'éloigne progressivement des mesures autoritaires prises dans les années 1960 et, avec l'aide de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international, se libéralise peu à peu : la propriété privée des moyens de production est réintroduite en 1984, les investissements redirigés vers les infrastructures et les cultures d'exportation. Nyerere, père de l'indépendance, se retire en 1985 et ses divers successeurs poursuivront la réintégration de l'économie tanzanienne dans l'économie mondiale, avec une politique ouvertement favorable aux capitaux étrangers depuis la fin des années 1990. Signe des temps, la Communauté d'Afrique de l'Est renaît de ses cendres en 2001.
Après l'élection de John Magufuli à la présidence en 2015, le pays a amendé les lois régissant l’attribution des contrats d'exploitation minière, se donnant le droit de les renégocier ou de les rompre en cas de fraude avérée. La nouvelle législation supprime par ailleurs le droit des sociétés minières à recourir à un arbitrage international. Le contentieux fiscal avec l'Acacia Mining, accusée d'avoir sensiblement sous-évalué durant des années sa production d'or, s'est finalement soldé par un accord. : la Tanzanie obtient 16 % des parts dans les mines détenues par la multinationale. En revanche, cette politique de lutte anti-corruption a aussi « effrayé les investisseurs, qui craignent désormais d'avoir affaire à la justice tanzanienne, et affaibli la croissance », selon Zitto Kabwe, l'un des responsables du parti d'opposition Chadema.
Avec l'une des plus fortes croissances économique du continent (5,8 % en 2018 et 6 % estimés pour 2019 selon le FMI), le gouvernement tanzanien s'engage dans un vaste programme de développement des infrastructures, en particulier ferroviaires. Le petit port de pêche de Bagamoyo, auquel 10 milliards de dollars d'investissement ont été attribués, devrait devenir le plus grand port d'Afrique en 2030.
Ressources naturelles
Le secteur minier correspond à environ 3 à 4 % du PIB tanzanien, une proportion que le gouvernement espère porter à 10 % d'ici 2025, notamment par le biais d'une libéralisation du secteur déjà largement entamée dans le courant des années 1990. Les investisseurs, attirés par la politique volontariste engagée au tournant du siècle, versent des royalties sur la valeur extraite (3 % sur la plupart des métaux, 5 % sur les diamants et pierres précieuses) mais ne sont soumis à l'impôt sur les sociétés que lorsque l'investissement initial a été couvert (une clause réévaluée depuis 2006). Les sommes versées au gouvernement sont tout de même passées de 2,2 à 68,9 millions de dollars annuels entre 1997 et 2005, tandis que la valeur exportée faisait un bond de 45 à 693 millions de dollars sur la période 1995-2004. Le secteur, ayant engrangé près de 2 milliards de dollars en 10 ans et désormais industrialisé et contenant plusieurs exploitations à grande échelle, souffre cependant toujours de nombreux désavantages, au premier rang desquels le manque chronique d'infrastructures, ainsi qu'un respect des normes environnementales et de sécurité « abyssal ». Une bureaucratie opaque constitue également un frein à l'investissement, mais l'obtention de licences d'exploration reste simple en comparaison de certains voisins, et le gouvernement semble s'être attelé à simplifier ses lois pour les mettre en ligne avec les besoins des communautés locales après avoir pendant longtemps placé le bien-être de celles-ci loin derrière les besoins d'investisseurs qui n'en demandaient parfois pas tant. De par sa jeunesse, le secteur minier tanzanien est qualifié par les experts d'« immature » : les besoins en formation et équipements sont encore énormes pour profiter, à volumes équivalents, de la même manière aux Tanzaniens qu'au Botswanais (autre nation au sous-sol riche). Enfin, l'industrialisation massive du secteur, si elle profite au pays par le biais d'entrée massive de devises, n'a pas d'effets aussi positifs en termes d'emplois, plusieurs centaines de milliers de petits exploitants artisanaux se retrouvant expropriés ou ne peuvent soutenir la concurrence technologique des grands groupes.
La Tanzanie dispose d'un sous-sol relativement riche et, surtout, encore largement sous - voire non exploité : métaux pauvres (fer, nickel) et nobles (or), diamants et pierres précieuses (dont certaines, telle la tanzanite, ne sont trouvées que dans la région), charbon, uranium, ainsi que divers minerais industriels comme le kaolin, le gypse ou les phosphates. Des dépôts de gaz, pétrole et cobalt ont également été repérés.