vignette|Détail d'une photographie par Michel Berthaud (1887). La perle Régente ou perle de Napoléon est une perle d’eau de mer naturelle en forme de goutte blanche, de la taille d’un œuf de pigeon. Elle pèse . Elle est la cinquième perle du monde en taille mais la plus chère avec un prix de vente de de dollars entre 2005 et 2011 (année où la perle Pérégrine est vendue pour ).
Le commerce de la perle, à l'époque L'histoire de la perle, avant l'achat en 1811, par Napoléon , est incertaine. À cette époque, les principales régions productrices de perles dans le monde étaient, le golfe Persique et la mer Rouge dans le Moyen-Orient et le Golfe de Mannar au Sri Lanka, la région traditionnelle produisant des perles, (bancs de Pinctada radiata et de ), plaque tournante des marchés de perles du monde, depuis plus de . Ainsi, la perle Régente, trouve son origine dans l'une de ces zones traditionnelles de production de perles. Elle a finalement trouvé son chemin à Bombay, en Inde, le centre névralgique du commerce des gemmes et de bijoux, en Asie à cette époque, d'où elle aurait été exportée par un des agents commerciaux, alimentant régulièrement, les marchés de Londres et de ParisPendant des siècles, le commerce de la perle a joué un rôle important pour les pays proches du golfe Persique, et au début du , la région était le principal fournisseur mondial de perles naturelles. De 1850 à 1930, l'âge d'or des perles du Golfe Persique a été stoppé net, par le développement de l'industrie pétrolière, qui a contribué à la destruction des parcs à huîtres perlières, très fragiles.
Achat par Napoléon La perle Régente (ou Perle Napoléon), a été achetée le par Napoléon , au joaillier François-Régnault Nitot, pour le prix de -or (soit l'équivalent de )Le joaillier François-Regnault Nitot avait une politique de bas prix pour la royauté, car cela lui assurait un grand prestige parmi les plus riches d'Europe.
De la taille d'un œuf de pigeon, et d'un très bel orient (éclat), elle était alors la plus grosse perle connue en Europe, car elle pesait à l'origine , soit , et était la grande perle dans le monde et peut-être la plus grande perle de forme régulièreLa perle a perdu , (soit ), de son poids d'origine, à cause du re-polissage, tel qu'il est certifié par le laboratoire suisse Gubelin Gem Lab .
Elle avait été offerte par l'empereur à sa nouvelle épouse, l'impératrice Marie-Louise, comme la pièce maîtresse d'un diadème de perles, qui était le principal composant d'une parure de perles complète. Figurant parmi les joyaux de la Couronne de France, elle se transmit d'impératrice à reine et de reine à impératrice.
Napoléon III et Eugénie de Montijo vignette|Broche de l'impératrice Eugénie (1853). En 1853, à la demande de l'impératrice Eugénie, la perle est montée en broche au milieu d'un feuillage de brillants et de perles, par le joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnier (joaillier officiel de la Couronne), bijou qu'elle porta pendant plusieurs années..
Le , le Corps législatif vote la déchéance de Napoléon III, et la proclamation de la Troisième République. Le , l'impératrice Eugénie embarque depuis Deauville pour l'Angleterre, pour s'installer à Hastings, dans le Sussex, auprès de la reine Victoria, emportant avec elle ses bijoux, mais pas la broche Régente, qui se trouvait alors au Garde Meuble royal (Mobilier impérial).
La Troisième République L'invasion prussienne étant proche, les bijoux royaux sont confiés, début , au contrôleur général de la Banque de France, Léon Chazal., (fils d'Antoine Chazal), pour être transférés, par convoi ferroviaire, à l'arsenal de Brest.Les toiles les plus importantes du Musée du Louvre et du Musée du Luxembourg, avaient été aussi transférées, hors de Paris. Le , , dont celle contenant les bijoux sont transférées sur le navire-école « Borda », prêt à appareiller pour l'Angleterre, en cas de nécessité.
Le , François Jourde, le « ministre » des Finances de la Commune de Paris, découvre au ministère, un document relatif à la prise en charge des diamants de la Couronne, par la Banque de France, document co-signé le , par Gustave Rouland, le Gouverneur de la Banque de France. Il s'y rend aussitôt, accompagné de trois autres représentants de la Commune, Eugène Varlin, Charles Amouroux, et Charles Beslay, et ils découvrent qu'il n'y a aucune mention, à ce sujet, dans le registre des dépôts. En définitive, on découvre que celui-ci n'a jamais eu lieu, compte tenu que la caisse contenant les bijoux, a été directement transportée à Brest, par un convoi ferroviaire, avec l'encaisse de la Banque de France (or et billets de banque).
Le , un projet de loi est déposé par Hervé de Saisy, concernant l’aliénation, non seulement des joyaux, mais aussi du mobilier de la Couronne, et l’application du produit de la vente à la reconstruction des villes détruites durant la guerre franco-allemande de 1870. La commission d’initiative parlementaire s'accorde sur le principe de l’aliénation des joyaux, mais il reste sans suite.
Ce n'est que le , que Pierre Magne, le Ministre des Finances, prend conscience de l'existence des diamants de la Couronne. Le , une caisse marquée « chaînes d'assemblage », pesant , est retrouvée en rade de Brest, à fond de cale du « Borda ». Elle contient une seconde caisse pesant dont les scellés sont intacts. Le , la caisse quitte Brest et regagne le Ministère des Finances, à Paris. Le , la caisse est ouverte, et le contenu inventorié, en présence de Léon Chazal et de l'inspecteur des finances Vandermarcq. La Banque de France est alors déchargée de toute responsabilité.
En 1878, les bijoux sont exposés pour la première fois au public, lors de l'Exposition universelle de Paris.
Dans le cadre de la préparation de la loi sur l'aliénation des diamants de la Couronne, le gouvernement nomme en 1882 une commission d'expertise des diamants composée de cinq membres. Une estimation donne une valeur de à la collection, mais juge qu'une partie des diamants ne doit pas être vendue. Le , Benjamin Raspail fait voter par la Chambre, son projet de loi d'aliénation des diamants de la Couronne pour financer une caisse des invalides du travail contre le projet de Jules Ferry qui souhaite que cette vente alimente une caisse de dotation des Musées nationaux. Pour Jules Ferry, donner le produit de la vente aux invalides du travail ne serait . Le projet est alors porté au Sénat. Plusieurs années de discussion seront nécessaires pour obtenir un consensus, sur la vente de la totalité ou d'une partie des joyaux, et sur l'affectation du produit de la vente.
En 1884, les bijoux sont exposés de nouveau, dans la Salle des États, au Louvre, avec beaucoup de succès..
Le , le Sénat vote la loi sur la vente des joyaux de la Couronne suivant l'amendement Boulanger qui ne fixe pas l'affectation du produit de la vente. Le , la Chambre vote la loi, après avoir accepté le rapport du député Daniel Mérillon, qui propose de reprendre le texte déjà voté par le Sénat.
La loi relative à l'aliénation des diamants de la Couronne, du , co-signée par Jules Grévy, président de la République, et Sadi Carnot, ministre des Finances, est publiée le au Journal officiel (Texte en ligne sur Gallica). Une commission installée le décide des mesures à prendre pour les joyaux attribués au musée du Louvre, et conclut qu'ils doivent être exposés dans la galerie d'Apollon.
La vente de mai 1887 vignette|redresse|La princesse Zinaïda Nikolaïevna Ioussoupova en 1900 par Valentin Serov À l'occasion de la vente des bijoux, organisée du 12 au .., les joyaux de la Couronne vont être dispersés. Avant la vente dans la Salle des États, les joyaux sont exposés à partir du . A la demande des plus grands joailliers du monde entier, l'Administration des Domaines de l'État, a publié un catalogue de la vente. Les illustrations sont beaucoup trop petites, et à la demande des bijoutiers, des photos en taille réelle des pièces les plus importantes sont prises par le photographe Michel Berthaud (1845-1912) Photos en ligne sur Gallica.
Monsieur Jacques Rossel, agissant comme mandataire du joaillier Pierre-Karl Fabergé, (joaillier de la Couronne de Russie), achète la perle Régente en même temps que quatre autres perles, pour un montant total de (lot n°42). Karl Fabergé remonte la perle sur un pendentif pour le revendre au prince Nicolas Borisovitch Youssoupoff. Celui-ci l'offre à sa fille, la princesse Zénaïde. En 1914, Félix Youssoupoff, le fils de la princesse Zénaïde, l'offre en cadeau de mariage à son épouse, Irina Alexandrovna, (la nièce du tsar Nicolas II).
En , le prince Félix fuit la Russie, pour s'installer à Paris, emportant avec lui, une partie du trésor Youssoupov, y compris une autre belle perle « La Pélégrina », pesant , soit La perle « La Pélégrina », sera vendue par Christie's, à Genève, le 14 mai 1987. Espérant revenir en Russie, le prince Félix cache le reste des bijoux Youssoupov, y compris le pendentif « Régente », dans un mur de son palais Ioussoupov de la Moïka, à Saint-Pétersbourg..
Les bolcheviks Les bijoux sont pourtant découverts en 1925, par hasard, par les bolcheviks, en réparant un escalier. Une bonne partie des objets découverts est vendue, puis avec la Révolution russe, la trace de la perle Régente est perdue dans la tourmente de l'Histoire, durant plus d'un demi-siècle..
L'histoire de la perle Régente, après la Révolution d'Octobre, est incertaine, car les bijoux Youssoupoff incluant le pendentif, ont sans doute, été incorporés, aux joyaux de la Couronne russe. Ceux-ci avaient déjà été transférés en lieu sûr, en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, sous les voûtes de la chambre de diamant, dans le Palais d'Hiver à Saint-Pétersbourg. Ils sont ensuite entreposés dans les souterrains du palais du Kremlin, où ils sont découverts par les bolcheviks, dans les années 1920.
C'est le , par décret du Conseil des commissaires du peuple, qu'est constituée la , Institution pour l'enregistrement, la comptabilité et la centralisation du stockage des pierres précieuses et métaux précieux du pays. La Gokran venait en complément de la création plus ancienne, d'un état des valeurs de fonds de la Russie, institué par un décret de Pierre le Grand, en date du , par lequel .
Les joyaux de la Couronne, redécouverts en 1922, sont alors stockés dans neuf énormes coffres-forts, à l'Armurerie du Kremlin, à Moscou. La même année, le gouvernement communiste de Russie, dirigé par Lénine, ordonne l'inventaire et la photographie de tous les joyaux de la Couronne. La tâche, qui prendra près de quatre mois, est réalisée par cinq grands bijoutiers russes, sous la direction et la supervision du minéralogiste renommé, le professeur Alexandre Fersman, assisté par le directeur du Musée de l'Ermitage, SN Troinitzky et un célèbre critique d'art et peintre Alexandre Nikolaïevitch Benois. Après avoir terminé ses travaux, le comité d'experts publie un inventaire illustré en 1925, intitulé Le trésor de la Russie, de diamants et pierres précieuses., inventaire en , comprenant en particulier, une description détaillée, des bijoux de la dynastie des Romanov., et est créé le Fonds Diamant de l'URSS, (Алмазный Фонд СССР)Dans les ateliers spéciaux Gokhran, des bijoux uniques, sont démantelés pour pouvoir mieux vendre séparément, les diamants, les gemmes, les perles et les métaux précieux.
La jeune république socialiste russe, fondée par Lénine, à court de trésorerie, est contrainte de lever des fonds sur les marchés financiers internationaux, et en conséquence, adopte la mesure radicale, de la vente pure et simple, d'une partie significative des Joyaux de la Couronne russe (incluant probablement la collection de bijoux Youssoupoff). Un consortium d'acheteurs britanniques et américains est le premier, à bénéficier de la vente des joyaux de la Couronne russe..
Par la suite, de bijoux, sont proposées, le , à la vente aux enchères chez Christie's, à Londres., annoncée avec cette mention : ..