Thurstan (1070 – ) est un fils de prêtre qui devient archevêque d'YorkThurstan est la version anglicisée d'un ancien prénom normand, aujourd'hui patronyme courant sous les formes , Tostain, , etc. Il est issu du vieux prénom norrois Thorsteinn, signifiant « pierre de Thor ».. Il sert les rois d'Angleterre Guillaume II et Henri I avant d'être élu archevêque à York en 1114. Une fois élu, sa consécration est reportée durant cinq années au cours desquelles il combat les tentatives de l'archevêque de Cantorbéry de soumettre York à son autorité. Il est finalement consacré par le Pape Calixte II à Reims en 1119, et doit rester sur le continent jusqu'en 1121, lorsqu'il est autorisé à retourner en Angleterre. En tant qu'archevêque, il installe deux nouveaux évêques dans sa province. À la mort d'Henri I, Thurstan prend le parti du neveu d'Henri, Étienne de Blois, pour lui succéder au trône. Il a aussi pris une part importante à la défense de la partie nord de l'Angleterre contre les attaques écossaises, en participant à l'organisation des forces anglaises lors de la bataille de l'Étendard. Peu de temps avant sa mort, Thurstan démissionne de sa fonction et prend les habits de moine de l'abbaye de Cluny.

Jeunesse Thurstan naît vers 1070 dans la région du Bessin en Normandie. Il est le fils de Popelina et d'un chanoine de la cathédrale Saint-Paul à Londres nommé Anger, Auger ou AnsgarL'ancien prénom Anger et / ou Auger donne aujourd'hui les patronymes Anger (sans /s/) cf. et Auger cf. . Ils trouvent leur origine dans le nom norois Ásgeir ou franc Ansgar pour le premier et parfois même explication pour le second, mais plus souvent du nom franc Adalgarius / Algarius, même nom de famille que Augé, Augey, Auguier, etc. cf. Albert Dauzat, Noms et prénoms de France, Larousse 1980. p. 16.. Avant 1104, son père se voit confier la prébende de Cantlers par Maurice, évêque de Londres, et toute la famille se rend en AngleterreBurton, « Thurstan (c.1070–1140) », Oxford Dictionary of National Biography, Online Edition consulté le 11 novembre 2007. Son frère, Audoen, devient plus tard évêque d'ÉvreuxHollister Henry I p. 242–244Spear, « The Norman Empire and the Secular Clergy », Journal of British Studies, p. 5Keats-Rohan, Domesday Descendants, p. 151.

right|thumb|L'abbaye de Cluny, que Thurstan a visité et dont il a fait le vœu d'en devenir moine. Tôt dans sa carrière, Thurstan est responsable de l'administration de la prébende de dans le diocèse de Londres, et il entre au service de Guillaume II puis d'Henri I en tant que clerc du roi. À cette époque, il visite Cluny, et il émettra plus tard le souhait de devenir moine dans cette abbaye. Thurstan devient également aumônier d'HenriFrank Barlow, The English Church 1066–1154, p. 83, et c'est ce dernier qui obtient son élection comme archevêque d'York en Fryde, Handbook of British Chronology, p. 281. Il est ordonné diacre en et prêtre le par Rainulf Flambard, qui est alors évêque de DurhamMason, « Flambard, Ranulf (c.1060–1128) », Oxford Dictionary of National Biography.

Controverse et exil thumb|left|Henri I d'Angleterre, portrait issu de l'Histoire d'Angleterre de Cassell en 1902. L'archevêque de Cantorbéry, Ralph d'Escures, refuse de consacrer Thurstan tant que ce nouvel élu n'a pas prêté serment de se soumettre à Cantorbéry. Il s'agit en fait d'un nouvel épisode d'un long conflit qui oppose Cantorbéry et York, débuté en 1070Barlow, English Church 1066–1154, p. 39–44. Thurstan refuse de se soumettre, et demande au roi la permission de se rendre à Rome pour consulter le Pape Pascal II à ce propos. Henri I ne l'autorise pas à faire ce voyage, mais même sans appel personnel de la part de Thurstan, Pascal II statue en sa faveur. Lors du concile de Salisbury en 1116, le roi anglais ordonne à Thurstan de se soumettre à Cantorbéry, mais plutôt que d'obéir, Thurstan démissionne publiquementCantor, Church, Kingship, and Lay Investiture, p. 305–309. Alors qu'il est en route pour le concile, Thurstan reçoit des lettres de Pascal II qui soutiennent la cause d'York, et l'autorisent à être consacré sans prêter serment. Le Pape envoie des lettres similaires à Ralph d'Escures lui ordonnant, en tant qu'archevêque de Cantorbéry, de consacrer Thurstan. Lorsque ces lettres deviennent publiques, il est de nouveau considéré comme l'archevêque et sa démission est oubliée.

Durant les trois années qui suivent, les nouveaux papes, Gélase II et Calixte II soutiennent également Thurstan, et le il est finalement consacré par Calixte à ReimsHollister, Henry I, p. 269–273. Calixte avait auparavant promis à Henri I qu'il ne consacrerait pas Thurstan sans sa permission, qui ne lui a pourtant jamais été donnée. Contrarié, le roi refuse d'autoriser Thurstan à rentrer en Angleterre, et Thurstan reste quelque temps sur le continent en compagnie du nouveau pape. Alors qu'il voyage avec le pape, il rend visite à Adèle de Blois, la sœur du roi Henri, qui est également sa sœur spirituelle. À la même époque, Calixte émet deux bulles en faveur de Thurstan, une qui défait York de la suprématie de Cantorbéry pour toujours, et l'autre demandant au roi d'autoriser Thurstan à retourner à York. Le pape menace l'Angleterre d'un interdit si sa bulle n'est pas prise en compte. Finalement, les amis de Thurstan, dont Adèle, finissent par le réconcilier avec Henri, et il rejoint le roi en Normandie. À Pâques 1120, il escorte Adèle au monastère de Marcigny, lorsqu'elle se retire des affaires activesLoPrete, « Anglo-Norman Card of Adela of Blois », Albion, p. 588. Il est rappelé en Angleterre au début de l'année 1121.

Archevêque Une des principales faiblesses de l'archevêché d'York est son manque d'évêques suffragantsRose, « Cumbrian Society » Studies in Church History, p. 124. Thurstan entreprend de recréer l'évêché de Galloway, ou Whithorn, en 1125. Il est possible qu'il ait trouvé un compromis avec Fergus de Galloway qui règne sur la région, dans ce qui est maintenant l'Écosse. Ainsi, Thurstan s'assure un nouveau suffragant, et Fergus obtient un évêque dans son territoire, où les affaires religieuses étaient auparavant gérées par les évêques écossais. Le premier évêque est un natif de la région, . Cela provoque la colère de Wimund, évêque des Îles, qui avait précédemment juridiction sur Galloway, mais il ne parvient pas à remettre en cause cet évêché. Cet évêque supplémentaire est d'une importance capitale dans la lutte entre York et Cantorbéry quant à la primauté, qui est principalement une bataille de prestige entre les deux sièges. Le nombre d'évêques dépendant de chacun est un important facteur pour faire la réputation de l'un ou l'autre des siègesBarlow, The English Church 1066–1154, p. 40–41. En 1133, Thurstan, qui a reçu l'autorisation papale de fonder un nouveau diocèse, consacre au diocèse de Carlisle.

Thurstan refuse d'accepter que le nouvel archevêque de Cantorbéry, Guillaume de Corbeil, soit son supérieur, et ne le consacre pas. Le conflit entre les deux hommes se poursuit, et ils se rendent tous les deux à Rome par deux fois pour soutenir leur position devant le pape. En 1126, le pape Honorius II prend une décision en faveur d'YorkDuggan, « From the Conquest to the Death of John » dans Lawrence, The English Church & the Papacy in the Middle Ages, p. 98. Il appuie sa décision sur le fait que les documents de Cantorbéry sont vraisemblablement contrefaitsPoole, Domesday to Magna Carta, p. 184.

thumb|Monument sur le site de la bataille de l'Étendard, où les troupes de Thurstan ont défait les Écossais. Thurstan prend le parti d'Étienne d'Angleterre après la mort d'Henri en 1135, et apparaît à la première cour de celui-ci à Pâques au palais de WestminsterPowell, The House of Lords, p. 64. Thurstan négocie une trêve à Roxburgh en 1138 entre Anglais et Écossais. C'est également lui qui rassemble l'armée qui défait les Écossais à la bataille de l'Étendard le près de NorthallertonBarlow, The Feudal Kingdom of England 1042–1216, p. 211Huscroft, Ruling England 1042–1217, p. 73. Thurstan ne prend pas directement part à la bataille, mais crée l'étendard qui a donné son nom à la bataille, en mettant un mât de bateau dans une charrette et portant haut la bannière de Saint-Pierre d'York, Saint Jean de Beverley, et Saint Wilfrid de Ripon sur ce mât. Les Écossais avaient envahi le pays dans l'idée d'aider Mathilde l'Emperesse, la fille d'Henri I et la rivale d'Étienne, à monter sur le trône d'AngleterreDavis, King Stephen, p. 36–37. Le Thurstan démissionne de sa fonction et entre dans l'ordre des clunisiens à Pontefract (dans l'actuel Yorkshire de l'Ouest) et y meurt le . Il est enterré dans l'église de Pontefract.

Héritage Thurstan a donné des terres à plusieurs églises de son diocèse et fondé divers établissements religieux. Il fonde la première abbaye du Yorkshire, le couvent Saint-Clément, entre 1125 et 1133Bartlett, England Under the Norman and Angevin Kings, p. 438 Il a aussi aidé à la fondation de l'abbaye cistercienne de Fountains en offrant le site aux moines qui avaient été expulsés de l'abbaye Sainte-Marie d'YorkBurton, Monastic and Religious Orders, p. 70. Thurstan a, à plusieurs reprises, aidé l'ermite Christina de Markyate et tenté de la persuader de devenir la mère supérieure du couvent de Saint ClémentBarlow, The English Church 1066–1154, p. 203. Il est le patron du prieuré augustin de Hexham, fondé par son prédécesseur à York, et il a participé à la fondation du prieuré de Bridlington, un autre établissement augustinBurton, Monastic and Religious Orders, p. 48. C'est un réformiste sincère, qui s'oppose à l'élection d'hommes qui ne conviennent pas à des fonctions épiscopales. Quand le pape Innocent II demande à Thurstan ce qu'il pense de l'élévation d'Anselm de Saint Saba, qui était abbé de Bury Saint Edmunds, à la fonction d'évêque de Londres, Thurstan réplique que « si l'on considère sa vie et sa réputation, il conviendrait mieux de lui retirer sa fonction d'abbé plutôt que de le promouvoir évêque de Londres »Appleby, The Troubled Reign of King Stephen, p. 106–107. Anselm est toutefois confirmé dans ses nouvelles fonctions.

Le neveu de Thurstan est , qui devient archidiacre d'York, et est accusé en 1154 du meurtre de Guillaume d'York, un des successeurs de Thurstan à YorkGreenway, Fasti Ecclesiae Anglicanae 1066-1300: Volume 6: York: Archdeacons: Richmond.

Notes et références Notes

Références

Bibliographie

British History Online Archbishops of York consulté le British History Online Prebendary of Cantlers consulté le British History Online Prebendary of Consumpta consulté le

Burton, Janet « Thurstan (c.1070–1140) » Oxford Dictionary of National Biography Oxford University Press, 2004 consulté le 11 novembre 2007

Charles Duggan, « From the Conquest to the Death of John » dans C. H. Lawrence, The English Church and the Papacy in the Middle Ages Stroud: Sutton Publishing réimprimé en 1999

C. H. Lawrence, The English Church and the Papacy in the Middle Ages Stroud: Sutton Publishing reprint 1999

J. F. A. Mason « Flambard, Ranulf (c.1060–1128) » Oxford Dictionary of National Biography Oxford University Press 2004 Online Edition accessed 21 January 2008

Liens externes

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