La bibliothèque Sainte-Geneviève (BSG) est une bibliothèque interuniversitaire et publique française située au 10, place du Panthéon, dans le de Paris. Elle occupe au cœur du Quartier latin un bâtiment édifié entre 1843 et 1850 par l'architecte Henri LabrousteLabrouste, Henri (1801-1875), dans Le Dictionnaire, ENSISB, 2015. à l'emplacement de l'ancien collège de MontaiguYves Peyré, La bibliothèque Sainte-Geneviève à travers les siècles, Paris, Gallimard, 2011, , , agrandi depuis. Elle est l'héritière de la troisième plus importante bibliothèque d'Europe, en son temps, que l'ancienne abbaye Sainte-Geneviève de Paris voisine, transformée en École centrale à la Révolution, abritait au dernier étage de ce qui est aujourd'hui le lycée Henri-IV.
C'est aujourd'hui une bibliothèque d'État à la fois interuniversitaire (universités Paris-I-Panthéon-Sorbonne, Paris-Panthéon-Assas, Sorbonne-Nouvelle, Sorbonne Université et Paris-Cité) et publique, accessible à toute personne majeure ou titulaire du baccalauréat. Ses collections sont encyclopédiques et totalisent environ deux millions de volumes répartis en trois fonds : la Réserve, principalement pour les fonds anciens, rares et précieux ; le Fonds général comprenant les ouvrages, périodiques et autres documents publiés de 1811 à aujourd'hui ; la Bibliothèque nordique (accès au 6 rue Valette), proposant un très riche fonds finno-scandinave dont l'origine remonte aux collections de l'abbaye.
Histoire Bibliothèque de l'abbaye Sainte-Geneviève Première bibliothèque () vignette|gauche|Feuillet enluminé du Manuscrit 143 : Pontifical de Guillaume Durand de Saint-Pourçain, 1357, réserve de la bibliothèque Sainte-Geneviève.
La fondation d'une basilique dédiée aux apôtres Pierre et Paul, au début du , par Clovis est à l'origine de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris. Inhumée dans la crypte en 502, sainte Geneviève a donné son nom à la basilique, à l'abbaye et à la bibliothèque. L'existence d'une bibliothèque dans l'abbaye n'est attestée qu'au , avec un manuscrit, aujourd'hui à la bibliothèque municipale de Soissons, portant son ex-libris. On peut cependant imaginer que la première basilique disposait de quelques manuscrits pour le culte, Clotilde ayant commandité une Vie de sainte Geneviève dix-huit ans après la mort de cette dernière.
En 831, apparaît la première mention objective de livres sous forme du legs de trois ouvrages à l'abbaye par Angésise, abbé de Fontenelle. Une cellule fait probablement office de scriptorium, sans que l'on puisse vraiment parler d'atelier. Le développement culturel propre à l'époque carolingienne est freiné par les invasions vikings. L'abbé Étienne de Garlande, un proche de Louis VI le Gros, héberge Pierre Abélard sur les terres de l'abbaye de 1108 à 1113. Le est marqué aussi par la réforme de Suger : la communauté adopte la règle de saint Augustin qui insiste sur la nécessité d'entretenir une bibliothèque ainsi qu'un atelier de copistes. Au , un catalogue fait ainsi état de 226 volumes (les livres liturgiques en sont exclus)Bibliothèque nationale de France (BnF), ms lat. 16203, fol. 71v.. La guerre de Cent Ans, puis les guerres de religion provoquent un coup d'arrêt dans l'enrichissement de la bibliothèque. Abbés et bibliothécaires s'engagent en politique. De très précieux manuscrits sont vendus. Au début du , la bibliothèque est à reconstituer presque intégralement.
Refondation et développement (1624–1790) C'est le cardinal François de La Rochefoucauld, évêque de Senlis, entré en possession de l'abbaye en 1619, qui réinstitue véritablement la bibliothèque en 1624, à laquelle, après un dépôt initial de 600 volumes, il lègue en 1640 l'ensemble de ses collections et archives personnelles. Les collections s'accroissent ensuite jusqu'à la Révolution française, sous l'impulsion de ses bibliothécaires successifs. Jean Fronteau exerce ses fonctions de 1648 à 1662, mais, à partir de 1654, il n'est présent qu'une partie de l'année en raison du semi-exil auquel il a été condamné pour fait de jansénisme. Il est un acteur majeur dans la controverse touchant l'auteur de l'Imitation de Jésus-Christ, dont la bibliothèque actuelle possède plus de mille éditions. En 1660, Claude Du Molinet fonde un cabinet de curiosités attenant à la bibliothèque et en dresse le catalogue.. À sa mort, en 1687, la bibliothèque compte , dont 400 manuscrits, et plusieurs milliers d'estampes. Au fil du temps, la bibliothèque s'enrichit en effet de nombreux dons : notamment de Gabriel Naudé en 1653, et surtout, en 1710, celui de l'archevêque de Reims, Charles-Maurice Le Tellier, qui lègue sa collection de manuscrits et environ , parmi lesquels 500 volumes à l'origine des collections de l'actuelle Bibliothèque nordique. Avec ce fonds, Le Tellier a également introduit la classification alphabétique de Nicolas Clément, encore partiellement en usage de nos jours.
Au , la bibliothèque est, parmi les premières à Paris, ouverte au public. La seconde moitié du siècle est marquée par la personnalité de son bibliothécaire, le père Alexandre-Guy Pingré (1711–1796), membre de l'Académie des sciences, qui accroît considérablement les collections scientifiques de Sainte-Geneviève. En outre, c'est à son entregent que la bibliothèque, devenue propriété nationale en 1790 avec l'abbaye, doit d'avoir survécu à celle-ci et échappé à la dispersion de ses collections.
Bibliothèque d'État vignette|Palier des escaliers principaux.
Cohabitation avec le futur lycée Henri-IV (1790–1842) La bibliothèque bénéficie, comme la Bibliothèque nationale (BnF), la Mazarine et l'Arsenal, des confiscations révolutionnaires et des prises de guerres napoléoniennes, s'enrichissant d'une sélection d'environ de provenances variées. Sa mission collective et publique est confirmée, ainsi que sa portée nationale.
Rebaptisée « Bibliothèque du Panthéon » ou « Bibliothèque nationale du Panthéon »Voir les mentions apportées sur des périodiques de l'époque , comme ici avec le Journal de physique, de chimie, d'histoire naturelle et des arts, Volume 50, pour « L. Cotte, l'un des conservateurs de la Bibliothèque nationale du Panthéon » (). jusqu'à la Restauration, elle passe, à la mort de Pingré, sous l'autorité de l'administrateur Pierre Daunou, qui lance l'établissement du catalogue des incunables (publié seulement à la fin du siècle), puis celui du catalogue général (en trente-trois volumes). À cette époque, la bibliothèque bénéficie toujours de dons réguliers et, pour pallier la faiblesse de ses crédits, devient, par décret royal en 1828, attributaire d'un exemplaire du dépôt légal en théologie, philosophie, droit, médecine et sciences.
Construction du nouvel édifice par Henri Labrouste (1843–1850) Cependant, elle est à l'étroit dans des locaux vétustes, au dernier étage de l'ancienne abbaye devenue lycée. En 1842 elle est installée, à titre provisoire, dans une partie de l'ancien collège de Montaigu, devenu hôpital, puis prison, et destiné à la démolition dans le cadre de l'aménagement de la place du Panthéon conçue par Jacques-Germain Soufflot. La nouvelle bibliothèque est édifiée à son emplacement, sur une étroite parcelle de sur , de 1843 à 1850. Henri Labrouste (1801–1875) est nommé en 1838 architecte de l'ancienne bibliothèque Sainte-Geneviève. En tant qu'expert, il préconise la construction d'un nouvel ensemble. Brouillé contre la toute-puissante Académie d'architecture, il en reçoit lui-même, contre toute attente, la commande et présente rapidement un projet, approuvé en juillet 1843 et confirmé par la loi du relative à la bibliothèque Sainte-Geneviève. La première pierre du bâtiment est posée le par Pierre Sylvain Dumon, ministre de l'Instruction publique. Une médaille due au graveur Jean-Baptiste-Jules Klagmann, montrant l'intérieur de la bibliothèque projetée, est frappée pour commémorer la cérémonie. Des exemplaires en sont conservés au musée Carnavalet (ND 1952) et à la bibliothèque Sainte-Geneviève.
Ce premier édifice spécifiquement destiné à l'accueil d'une bibliothèque, innovant par son architecture, est terminé en 1850 et inauguré le .
Évolution du statut de la nouvelle bibliothèque (depuis 1851) vignette|220px|La nouvelle bibliothèque en 1859.
Traitée comme une bibliothèque d'envergure nationale depuis 1830, la bibliothèque Sainte-Geneviève a gardé son caractère pluridisciplinaire et ses collections patrimoniales. Elle a tendu au fil des années vers la précision thématique. En 1925, elle est rattachée à la Réunion des bibliothèques nationales de Paris (regroupant de nouveau la Bibliothèque nationale, la bibliothèque de l'Arsenal et la Bibliothèque Mazarine). En 1928, elle est rattachée à l'université de Paris, les étudiants constituant alors la plus large part de son public, ce qui lui apporte un soulagement budgétaire. La fin de l'université de Paris en 1970, conséquence immédiate des revendications de contre la Sorbonne, et sa partition en neuf universités font, dès 1972, de la bibliothèque Sainte-Geneviève un établissement interuniversitaire pour lequel est rappelée l'obligation de maintenir le caractère public et encyclopédique qui est sa spécificité. Cinq universités, celles de l'université Paris-I, de l'université Paris-II, de l'université Paris-III, de l'université Paris-IV et de l'Université Paris-VII sont parties au contrat et l'une d'entre elles, Paris-III, est l'université de rattachement de la bibliothèque.
La bibliothèque, avec ses aménagements et décors d'origine, est classée au titre des monuments historiques par arrêté du Arrêté du 3 septembre 1992 ..
En 2015, François Michaud, conservateur général, alors directeur de la bibliothèque Sainte-Barbe voisine, est nommé directeur en remplacement d'Yves Peyré, qui prend sa retraite au . Cette nomination relance le projet de fusion de la bibliothèque Sainte-Geneviève et de la bibliothèque Sainte-Barbe, projet déjà évoqué en 2013. par l'Agence d'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (AERES) (actuel Haut Conseil de l'évaluation de la recherche et de l'enseignement supérieur (HCERES)).
En , un nouveau projet de réorganisation de ses services par l'université de rattachement provoque l'émoi d'enseignants-chercheurs ; une tribune de ces derniers comprenant de nombreuses personnalités (Isabelle Barbéris, Belinda Cannone, Nathalie Heinich, Catherine Kintzler, Perrine Galand-Willemen, Jesper Svenbro, Lawrence M. Principe, François Ploton-Nicollet, etc.) et dénonçant la baisse des moyens est publiée...
Directeurs de la bibliothèque Sainte-Geneviève vignette|457x457px|Liste des administrateurs et directeurs de la bibliothèque Sainte-Geneviève.
Administrateurs, puis conservateurs et directeurs de la bibliothèque Sainte-Geneviève Alexandre Guy Pingré (de 1790 à 1796) Guillaume Antoine Le Monnier (de 1796 à 1797) Pierre Daunou (de 1797 à 1798) Louis Cotte (de 1798 à 1802) Pierre Daunou (de 1802 à 1804) Étienne Pierre Ventenat (de 1804 à 1808) Joseph Flocon (de 1808 à 1832) B. de Lancy (de 1832 à 1856) Frédéric de Brotonne (de 1856 à 1865) Ferdinand Denis (de 1865 à 1885) Henri Lavoix (de 1885 à 1897) Charles-Émile Ruelle (de 1898 à 1906) Charles Kohler (de 1906 à 1917) Charles Mortet (de 1917 à 1923) Richard Cantinelli (en 1924) Amédée Boinet (de 1925 à 1926) Henri Girard (de 1926 à 1935) Victor Chapot (de 1935 à 1940) Guy de Valous (de 1940 à 1961) Marguerite Wintzweiller (de 1961 à 1968) Madeleine Boy (de 1968 à 1977) Françoise Gastinel (de 1977 à 1979) Paul Roux-Fouillet (de 1979 à 1987) Geneviève Boisard (de 1987 à 1995) Nathalie Batalin-Jullian (de 1995 à 2006) Yves Peyré (de 2006 à 2015) François Michaud (de 2015 à 2024) Cécile Bajard (depuis 2025)
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