Sibiu ( ; ; ) est le chef-lieu du județ de Sibiu en Roumanie. Avec une population de . en 2011, c'est une des plus grandes villes de Transylvanie.
Fondée par des colons allemands au , elle fut le centre culturel traditionnel des Saxons (ainsi qu'il est d'usage d'appeler les Allemands de Transylvanie) et demeura presque exclusivement allemande jusqu'au milieu du ; ensuite, l'exode rural la peupla peu à peu de Roumains, jusqu'à devenir à majorité roumaine dans les années 1930. Elle est rattachée à la Roumanie depuis le .
Aujourd'hui, en particulier après l'exode massif des Saxons vers l'Allemagne, la ville est roumaine en très grande majorité (plus de 95 %). Cependant, Klaus Iohannis, ancien président de la Roumanie et d'origine allemande, a été maire de la ville de 2000 à 2014, élu à de larges majorités sous l'étiquette du Forum démocratique des Allemands de Roumanie (FGDR/DFDR).
La ville a une bonne santé économique. Le taux de chômage y est relativement bas, et la ville a su attirer de nombreux investisseurs étrangers, surtout allemands et autrichiens. Sibiu est une plaque tournante logistique, vers où convergent les principales voies de communication de Transylvanie ; de plus, la ville est desservie par un aéroport international (SBZ), avec des liaisons quotidiennes avec Bucarest, l'Italie, l'Autriche et l'Allemagne.
Préservée autant des ravages de la guerre que des plans d’urbanisme de l'ère Ceaușescu, elle a conservé des époques gothique, Renaissance et baroque nombre de monuments de l'architecture religieuse, civile et militaire, ainsi qu'une multitude de demeures anciennes. Sa désignation comme Capitale européenne de la culture pour l'an 2007, conjointement avec Luxembourg, a incité la municipalité à mener une campagne de restauration et d'embellissement de grande ampleur. Ses monuments, alliés à la richesse de ses musées (particulièrement la pinacothèque Brukenthal) et aux attraits de la région environnante, font de cette ville un centre touristique de premier ordre.
La vieille ville de Sibiu a été classée comme le « endroit le plus idyllique d'Europe à vivre » par le magazine américain Forbes en 2008..
Toponymie L'appellation ancienne en latin est plus rarement Par exemple dans Cezar Bolliac, 1855..
L'appellation ancienne en français est Sébeste ou Ceben. rappelant le nom de la rivière Cibin.
Le nom allemand de Sibiu, Hermannstadt (littér. « ville de Hermann »), remonte à 1366, tandis qu’une forme antérieure, Hermannsdorf (« village de Hermann ») se trouve mentionnée dans un document de 1321.. Une version apocryphe de l’origine du nom porte que la cité a été appelée d’après un certain cordonnier répondant au nom de Hermann..
Géographie vignette|Les clochers du centre-ville dans le couchant. Situation Sibiu est situé près du centre géographique de la Roumanie, dans le sud de la Transylvanie. Elle est traversée par la petite rivière Cibin, affluent de la rivière Olt, elle-même affluent du Danube qui y a creusé la dépression du Cibin aussi appelée dépression de Sibiu.
Placée sur le piedmont des Alpes de Transylvanie, la ville se trouve à des monts Cindrel (ou monts Cibin). Au nord et à l'est, Sibiu est contigu au plateau de Târnave (faisant partie du plateau transylvain), qui descend vers la vallée du Cibin par la colline Gușteriței.
Au sud-ouest de la ville de Sibiu le long des Alpes de Transylvanie, on trouve la région historique et ethnographique de la Mărginimea Sibiului (nom qu’on pourrait traduire par « en marge de Sibiu ») constituée de 18 localités à caractère pastoral et ayant toutes en commun un héritage ethnologique, culturel, architectural et historique.
Organisation administrative La ville se compose des quartiers et villages suivants : Orașul de Sus (Ville haute en français et Oberstadt en allemand) et Orașul de Jos (Ville basse en français et Unterstadt en allemand), qui constituent la vieille ville ; Valea Aurie (Val d’or en français et Goldtal en allemand), Hippodrom I-IV, Vasile Aaron, Piață Cluj (en allemand Konradwiese), Ștrand et Țiglari. ; les villages de Turnișor (en allemand Neppendorf) et de Gușterița (en allemand Hammersdorf), devenus faubourgs, font partie également de l’agglomération urbaine. La station de sports d’hiver de Păltiniş dans les monts Cindrel fait également partie administrativement de la ville de Sibiu.
Climat Le climat de Sibiu est tempéré-continental, avec une température moyenne de . La moyenne annuelle des précipitations est de et on compte par an environ de gel.
Histoire Dans l’Antiquité, Cedonia, castrum romain, se situait sur la route romaine qui reliait Romula, capitale de la province de Dacia Malvensis, à Apulum (nom actuel : Alba Iulia), capitale de la province de Dacia Apulensis. Dans l’actuel quartier de Gușterița, au nord-est de Sibiu, se trouvent les ruines de ce castrum romain, d’ailleurs figuré à cet endroit sur la table de PeutingerClaudiu Munteanu, Répertoire des découvertes monétaires de type PMS COL VIM, annales du Musée d'Alba-Iulia .
À partir du début du , les rois de Hongrie firent appel à des colons allemands appelés Saxons pour peupler la Transylvanie. Leurs privilèges et droits sont consignés en 1224 dans le diplôme « Andreanum ». Ils s’installèrent sur des terres royales (« Fundus Regius »), où selon la légende ils fondèrent sept cités dont Sibiu. Les premiers colons allemands atteignirent la région en 1143 et s’établirent sur la colline dominant la rivière Cibin, l’actuelle Ville haute. La première attestation écrite d’une implantation humaine se trouve sur un document du Vatican (une charte de 1191 du pape Célestin III), sous le nom latin de praepositum Cibiniensem ; un prieuré fut fondé, et le nom latin de Villa Hermanni est attesté à partir de 1223.
En 1241, la ville fut détruite lors de l’invasion mongole, mais se rétablit promptement. Son essor commercial, social et culturel en concomitance avec celui de l’Europe au Moyen Âge tardif et à la Renaissance commença alors : en 1292 fut créé le premier hôpital, en 1380 la première école, en 1494 la première pharmacie de Roumanie, et en 1544 le premier livre en langue roumaine fut édité.
vignette|Gravure sur cuivre figurant Hermanstatt (vers 1630). Au , Hermannstadt (nom allemand de Sibiu) évolua en un important centre commercial. La cité est une des villes allemandes les plus importantes de Transylvanie, voire sans doute la plus importante étant un centre commercial, administratif et ecclésiastique. Dans l’ancien Szászföld (cantons des Saxons transylvains), Sibiu était le chef-lieu de la (« chaire de Sibiu »), le plus important de ces cantons quant à la population et la superficie, s’étendant au sud jusqu’à la chaîne des Alpes de Transylvanie, et limité à l’est, au nord, et à l’Ouest, respectivement par les cantons de Nocrich/Leschkirch, de Mediaș/Mediasch et de Miercurea Sibiului/Reußmarkt. C’est ici que convergeaient les principales routes commerciales de Transylvanie, y compris celle vers le sud, en direction de la Valachie, par le défilé de la Tour rouge (en roumain : pasul Turnu Roșu ; en allemand Roter-Turm-Pass). Cette localisation à un carrefour de voies de circulation, pour être bénéfique au développement de la ville, lui a cependant valu en même temps de subir de façon répétée au cours de son histoire de violents assauts, notamment de la part des Turcs ottomans.
En 1442 eut lieu la bataille d’Hermannstadt entre l’armée du royaume de Hongrie et l’empire ottoman, lors de laquelle les forces hongroises commandées par Jean Hunyadi écrasèrent les Ottomans, eu égard à quoi le pape Eugène IV qualifia Hermannstadt en 1445 de « rempart et bouclier de la chrétienté ».
vignette|Carte de Hermannstadt aux environs de 1750. Sibiu possédait aussi les fortifications les plus amples de toute la Transylvanie. Face à la menace turque, la ville fit élever trois enceintes de murailles (qui ont été partiellement conservées jusqu’à aujourd’hui), avec et quatre bastions. À plusieurs reprises, Hermannstadt fut assiégée par les Turcs, mais résista ; jamais les Turcs ne parvinrent à s’emparer de la ville, ce qui lui valut le surnom de « bastion de la Chrétienté ».
Vers 1500, Hermannstadt comptait déjà quelque . Pendant la Réforme, les écrits de Martin Luther et de Philippe Mélanchthon parvinrent dans la ville à partir de 1523. En 1543 fut institué la profession de foi évangélique, après que les ordres se furent accordé mutuellement la liberté de culte..
Le se déroula la bataille de Șelimbăr au sud de Sibiu entre l’armée transylvaine d’André Báthory et l’armée valaque de Michel le Brave (en roumain : ) aidée de façon importante par des Sicules mécontents de la politique des Báthory. Cette bataille eut pour issue la victoire de la Valachie, et Michel le Brave, élu prince de Transylvanie, unit la Transylvanie à la Valachie.
vignette|Sibiu, vu de la colline de Gușterița (gravure du ). Cependant, les armées, de passage ou assiégeant la ville, ne laissaient de ravager les terres environnantes. Une seule fois, le souverain hongrois de Transylvanie, Gabriel Báthory, réussit au début du , usant de stratagème, à occuper la ville, à la piller et à reléguer hors des murailles tous les habitants allemands.
Durant son âge d’or, Sibiu comptait (ou corporations de métier). À la fin du , elle était réputée pour ses érudits et ses scientifiques. En 1782, le chimiste Franz-Joseph Müller découvrit le tellure et, en 1797, Samuel Hahnemann créa le premier laboratoire d'homéopathie du monde. Samuel von Brukenthal, gouverneur autrichien de Transylvanie, y rassembla la plus riche collection d'œuvres d'art de Roumanie. En 1817, cette collection sera à l'origine de l'ouverture du musée Brukenthal, premier musée de Roumanie.
La ville intra-muros était purement allemande jusqu’à la première décennie du . Ce n’est qu’après que la Transylvanie eut été rattachée à l’Autriche-Hongrie que les anciennes lois, selon lesquelles il était interdit à d’autres nationalités de s’établir dans la cité, furent abolies. Au , Hermannstadt pouvait s’enorgueillir d’être, parmi les villes d’Europe raccordées au système postal, celle située le plus à l’Est.
Sous le règne des empereurs d’Autriche, de 1703 à 1791 et de 1849 à 1867, Sibiu fut le siège du gouvernement autrichien de Transylvanie.
vignette|Porte Burger-Ocnei, œuvre de 1857 du peintre sibien Johann Böbel (1824-1887). Dans les années 1830, l’homme politique français Charles Lemercier de Longpré, qui visita l’Europe centrale, écrivit à propos de la ville : Charles Lemercier de Longpré, baron d'Haussez, Alpes et Danube ou voyages en Suisse, Styrie, Hongrie et Transylvanie, volume 2, Paris, Ambroise Dupont, 1837, (lire en ligne)..
vignette|Panorama de Sibiu (photographie de 1928). De 1867 à 1918, Sibiu faisait partie du Comitat de Szeben, incorporé à la Hongrie au sein de l’empire austro-hongrois. Dès 1867, la langue hongroise devint obligatoire en Transylvanie dans le cadre de la politique de magyarisation. Hermannstadt resta toutefois le centre politique des Saxons transylvains et siège de la Universitas Saxonum, sorte de parlement transylvanien, lequel se chargea jusqu’en 1878 de défendre les intérêts des Saxons de Transylvanie et constituait le symbole de leur unité et de leur indépendance politiques.
Au cours du , la Révolution industrielle amena des changements significatifs : avènement du chemin de fer, construction du premier pont en fer de Roumanie en 1859, première fabrique de voitures de Transylvanie en 1875, et premières centrales électriques de la Roumanie actuelle en 1896. Sibiu était en 1904 la deuxième ville d’Europe à adopter l’omnibus à traction électrique — un ancêtre des trolleys. Parallèlement, Sibiu prêtait attention à ses infrastructures touristiques avec l’ouverture du Musée d’histoire naturelle en 1895 et du premier jardin zoologique de Roumanie en 1928.
vignette|Foire animée à Sibiu (œuvre de Josef Lanzedelli, 1818).