Un chien ou chienne guide d'aveugle est un chien d'assistance mis à la disposition d'une personne déficiente visuelle pour faciliter sa vie quotidienne, notamment ses déplacements. Il s'agit d'un chien formé dans une école spécialisée, puis remis gratuitement à son futur maître.

Le chien guide d'aveugle apporte à son maître son éducation et son travail de guidage, l'autonomie dans ses déplacements, la sécurité, la fluidité, un meilleur relationnel, une présence rassurante à ses côtés permettant de rompre avec la solitude au quotidien.

vignette|Paul Corteville et Dickie, première chienne guide d'aveugle de France.

Historique vignette|Affiche allemande de 1921 représentant un chien guide d’aveugle. L'homme a toujours compris que le chien pouvait lui être d'une aide précieuse quotidiennement, Montaigne (1533-1592) déjà en témoigne :

Centre de formation vignette|Un voyageur et son chien guide d'aveugle à leur descente d'avion à Montréal, en 1941.

vignette|Blason des chiens guides d'aveugle des Flandres à Wasquehal. vignette|Statue d'un chien guide d'aveugle dans le Jardin zoologique de Berlin.

En Allemagne En Allemagne, le premier centre de formation de chiens guides d'aveugles voit le jour en 1915. Il est fondé par monsieur Kraemer pour faciliter la vie des invalides de guerre. Fédération Française des Associations Chiens guides d'aveugles (archive.org).

En Belgique En Belgique, en 1885, Léonard Simonon, lui-même aveugle, fonde à Ghlin une école privée pour les enfants aveugles. Outre un enseignement de base, les élèves y reçoivent une formation à des métiers adaptés. Mais l’école manque de moyens. Pour contribuer au financement de celle-ci — devenue entre-temps Institut Provincial —, Léonard Simonon fait appel à la générosité publique. Cette initiative donne naissance à ce qui, au fil des années, deviendra la fondation Les Amis des Aveugles, constituée en association sans but lucratif depuis 1929. Dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’association s’installe dans le domaine provincial Le Château de la Barrière, où elle déploie différentes activités et octroie des aides matérielles et financières, afin de soutenir les anciens élèves dans leur insertion sociale et professionnelle. L’association fonde un centre de formation de chiens guides, ainsi qu’un foyer accueillant des aveugles accidentés du travail et victimes de la guerre.. À partir des années 1950, ses offres de services s’intensifient en Wallonie et se développent en Flandre.

Au Canada Au Québec, depuis 1981, la fondation Mira forme des chiens guides pour enfants aveugles.

Aux États-Unis Aux États-Unis, Dorothy Harrison Eustis fonde l’organisation The Seeing Eye en 1929.

En France En 1951, Paul Corteville, un ouvrier textile originaire de Roubaix en vacances en Normandie, se lie d’amitié avec René Blin, un aveugle.. Passionné par le milieu canin, Corteville a entendu parler d’expériences de chiens guides d’aveugles aux États-Unis, en Angleterre et en Allemagne. Pendant un an, de façon empirique, il met au point une technique de dressage qui lui permet, en 1952, d'offrir à son nouvel ami, Dickie, la première chienne guide de France. Par la suite, consacrant toutes ses ressources personnelles et son temps libre à cette cause, il fonde en 1958 l’Association des chiens guides d’aveugles de Roubaix, et réussit à offrir six à sept chiens par an à des aveugles. En 1966, André Dhondt filme à Wasquehal le dressage de Flika par Paul CortevilleLe dressage de Flika par Paul Corteville-film tourné à Wasquehal par André Dhondt en 1966. (youtube.com). En 1972, grâce à un élan de solidarité suscité par Le Parisien libéré, Paul Corteville met sur pied l’École des chiens guides d’aveugles de Wasquehal., qui est reconnue d'utilité publique en 1973. L’Association Chiens Guides d’Aveugles Centre Paul Corteville s’étend sur 14 départements (ceux des Hauts-de-France, de la Normandie et une partie de la Champagne-Ardenne). Pour mener à bien ses missions, la structure dispose de deux centres d’éducation : le premier à Roncq (59), près de Lille, et le second à Honguemare-Guenouville (27), près de Rouen. En 2021, les centres Paul Corteville comptent une cinquantaine de salariés et fédèrent plus de 200 personnes bénévoles. Depuis sa création, près de ont été remis gratuitement.

L'école des chiens guides d'aveugles du Sud, est fondée à Sospel, près de Nice.

Créée en 1972 par Albert Plécy, rédacteur en chef du Parisien Libéré, et reconnue d'utilité publique en 1981, la Fédération nationale des clubs et écoles de chiens guides d'aveugles (FNECGA) — qui, en 2002, deviendra la Fédération française des associations de chiens guides d'aveugles (FFAC) — regroupe :

dix écoles de chiens guides d'aveugles (à statut associatif) ; un réseau d'élevages ; l'Association nationale des maîtres de chiens guides d'aveugles ; La Fondation Frédéric Gaillanne / Mira Europe, chiens guides pour enfants (12 ans / 18 ans).

Le centre MIRA Europe et la Fondation Frédéric Gaillanne forment des chiens guides pour enfants à L'Isle-sur-la-Sorgue dans le Vaucluse. C'est la seule école de ce type en France et en Europe.

Au Royaume-Uni Au Royaume-Uni, un centre de formation de chiens guides d’aveugles est fondé en 1931.

En Suisse En Suisse, le centre L’Œil qui voit est fondé à Vevey, en 1929.

Formation et remise au maître Naissance du chiot

Les écoles font attention à sélectionner des chiens de bon pedigree pour servir de parents aux chiots, qui naissent dans les nurseries des écoles mêmes ou dans des centres d'élevage. Ces chiots sont gardés pendant deux mois dans la nurserie, temps durant lequel ils restent près de leur mère tout en étant « manipulés » par des humains, afin de les habituer aux contacts avec l'homme.

De même, il n'est pas rare de leur faire écouter des enregistrements de bruits de la vie courante (bruits de voitures, crissements, claquements, sifflements, etc.) afin d'empêcher toute phobie future, surtout celle de l'homme. Le chiot doit être à l'aise dans n'importe quelle situation. C'est ce que l'on appelle la sociabilisation.

La famille d'accueil Passé ces deux premiers mois, le chiot est placé en famille d'accueil. En effet, sa formation à l'école ne commence pas tout de suite, mais une fois achevée sa sociabilisation au cœur de cette famille, dans laquelle le chiot doit recevoir une bonne éducation. Celle-ci inclut obéissance, savoir-vivre et apprentissage d'un certain vocabulaire : « assis », « debout », « couché », etc. Le sujet doit progressivement s'habituer à ce qui sera sa vie future, c’est pourquoi il est indispensable que la famille d’accueil soit très mobile, prête à jouer avec son chien, le solliciter souvent, etc. En effet, ces quelques mois sont d’une importance capitale concernant le développement psychologique du sujet. Pendant toute cette période en famille d’accueil, un suivi régulier est effectué par les éducateurs de l’école afin de vérifier le bon développement du chien, et corriger des erreurs éventuelles. À partir de six mois, le jeune chien va régulièrement à l'école pour des stages progressifs. À un an, il retourne à l'école pour être éduqué et, à cette occasion, est définitivement séparé de sa famille d'accueil, ce qui constitue généralement une épreuve, aussi bien pour les humains que pour le chien.

Le rôle de la famille d'accueil est primordial, car le caractère du chiot est encore très malléable lorsqu'il arrive en famille. Cette importante mission de sensibilisation conditionne les aptitudes du futur chien guide. Par cette action bénévole, les familles contribuent directement à l'action des écoles, pour offrir des chiens guides de qualité, au caractère souple, social et équilibré.

Les familles d'accueil sont essentiellement choisies en fonction de deux critères, d'une part, un lieu de résidence proche de l'école, d'autre part, une disponibilité suffisante d'au moins un membre de la famille.

L’éducation C'est à l'école que commence l’éducation spécifique du chien : obéissance, évitement des obstacles, cheminement sur les trottoirs ou les routes de campagne, franchissement des passages piétons, présentation des portes et des escaliers, utilisation des transports en commun.

Cette formation dure environ six mois, pendant lesquels le futur chien guide est confié à un éducateur unique, simultanément chargé de trois à quatre « élèves ». L’éducation comprend trois étapes successives basées sur le renforcement positif : sensibilisation à l'obstacle, apprentissage renforcé à l'obstacle, responsabilité et prise d'initiatives.

Le parcours d’obstacles est la partie la plus impressionnante de l’éducation du chien. C'est en effet au cours de cette étape que l’éducateur apprend à son élève, non seulement à éviter certains obstacles, mais aussi à adopter un comportement particulier en présence d’autres. Concernant l’évitement, le chien doit non seulement savoir passer à côté d’objets de la vie courante (bornes, poteaux, etc.), mais ne pas oublier qu’il est accompagné d’un maître qui, lui aussi, doit passer à côté de ces mêmes objets. C'est ainsi que le chien doit éviter des obstacles en hauteur qui pourtant ne le dérangent pas, tels que des branches d’arbres. Quant aux comportements spécifiques à adopter, le chien doit par exemple se coucher devant un grand danger (tel qu’un trou profond), ou encore, chercher des passages piétons et les indiquer à son maître.

À l'école, le futur chien guide doit apprendre à obéir à son maître et à contrôler ses envies : ainsi, on pourra lui apprendre le sens des mots et , ainsi que , mais également, à rapporter un objet tombé à terre, ou à s'abstenir de s’arrêter devant un morceau de viande.

La formation à l'intérieur se concentre sur les obstacles tels que l'ouverture des portes, le passage à travers des espaces étroits, ainsi que la montée et la descente des escaliers. En plus des friandises pour chiens, de nombreux dresseurs utilisent un « cliqueur », comme moyen de renforcement positif pour que l'élève sache qu'il a bien fait.

Pour la plupart des chiens, il est difficile de résister à l'envie de saluer un congénère ou à courir après un chat. Mais pour un chien guide au travail, un tel comportement doit être évité à tout prix : courir vers un autre animal de compagnie pourrait en effet sérieusement blesser son propriétaire. Pour préparer ces animaux à d'inévitables rencontres comme celles-ci, l'école possède un groupe de « chiens de distraction ».

La journée du chien guide à l'école est bien sûr complétée par de la détente et du repos.

Au terme de ces six mois de formation, le chien doit passer un test avant de pouvoir être remis gratuitement à un aveugle.

A disposition du maître La personne aveugle à qui l’on remet le chien doit avoir un train de vie compatible avec celui d’un chien pour pouvoir se voir remettre un tel animal. En effet, elle doit être relativement dynamique afin que le chien puisse sortir très régulièrement, que son environnement familial et professionnel le lui permette et qu’elle soit suffisamment indépendante pour qu’en cas d’indisponibilité de son chien, elle soit capable de se déplacer seule.

La motivation principale est bien souvent la recherche d'une aide permettant d'accéder à l'autonomie. Le chien guide procure sécurité et confort de déplacement, tout en devenant un compagnon et un vecteur de communication appréciable.

Une fois son éducation terminée, le chien guide est remis à la personne aveugle ou mal-voyante. L'éducateur accompagne la nouvelle équipe formée, équipe « maître et chien guide », au cours d'un stage de remise. Ce stage se déroule une semaine à l'école et une au domicile du nouveau maître de chien guide pour permettre au chien guide de s'adapter à son nouveau maître, à son quotidien et à ses parcours, et au maître de s'habituer à ce nouveau compagnon de vie et de route.