Yves du Liscouët, né vers 1550 à Boqueho (actuel département des Côtes-d'Armor) et mort en novembre 1594 à Crozon (actuel Finistère), seigneur du Liscouët et du Bois de la Roche, est un noble français originaire de Bretagne de l'époque des guerres de Religion (1562-1598).

Époux d'une protestante et lui-même converti au protestantisme, il est surtout connu pour son rôle de chef militaire au service du roi Henri IV (Henri III de Navarre jusqu'en 1589) pendant la huitième guerre de Religion (1585-1598), menée contre la Ligue catholique.

Il apparait, notamment dans un ouvrage du ligueur Jean Moreau (vers 1550-1617), chanoine à Quimper, comme qui écument la province à cette époque, comme Guy Eder de la Fontenelle, René de Grézille (La Tremblaye) ou Anne de Sanzay de la Magnane. Un épisode emblématique de ce type d'actions est le pillage du manoir de Mézarnou, situé entre Brest et Morlaix, le , quelques semaines avant sa mort lors du siège du fort Crozon.

Sa vie (1550-1594) Il naît vers 1550 au Liscouët en Boqueho (actuelles Côtes-d'Armor).

Protégé du roi Henri III de NavarreEn 1579, Henri de Bourbon, futur Henri IV (1589), est seulement roi de Navarre, depuis 1572, sous le nom d'Henri III ; dans le royaume de France, il est premier prince du sang, c'est-à-dire que si le roi de France Henri III meurt sans laisser de fils, la couronne de France doit échoir à Henri III de Navarre. Ce qui aura lieu en 1589., il épouse en 1579 Philippe Maridor (1553-1631« Philippe de Maridor, épouse d'Yves du Liscouët » sur le site Protestants bretons. Selon cet article, le mariage a lieu au Mans et Philippe est la fille d'Anne de Gouyon-Matignon, originaire de Bretagne et protestante. Voir « Anne de Gouyon-Matignon » sur le même site), protestante, dame d'honneur de Jeanne d'Albret (reine de Navarre de 1555 à 1572), dont il aura cinq enfants. Il s'est probablement converti par amour à la religion réformée (protestantisme calviniste), mais cela reste controversé.

Seigneur du Bois de la Roche en Coadout (actuelles Côtes-d'Armor), .

En 1590, année qui suit l'avènement d'Henri III de Navarre comme roi de France sous le nom d'Henri IV, il est au camp de Mantes (), dans l'armée royale. Un peu plus tard la même année, il est nommé gouverneur de Saint-Brieuc. Par la suite, il commande les troupes royales (les « royaux ») en Bretagne pendant la huitième guerre de Religion (1585-1598), face aux troupes de la Ligue catholique, soutenue par le roi d'Espagne Philippe II.

Le , il est nommé maréchal de camp.

Il est tué le lors du siège du fort CrozonJ. Baudry, La Fontenelle le ligueur et le brigandage en Basse-Bretagne pendant la Ligue 1574-1602, 1920, consultable en ligne sur Galllica..

Le siège de Carhaix (septembre 1590) En , il assiège et prend Carhaix, mais y perd la main droite, ce qui le rend furieux.

Jean Moreau (vers 1552-1617), chanoine du diocèse de Cornouaille, écrit dans ses mémoires : « Les royaux, pour la grande tuerie qu’ils en avaient faite le jour précédent, pensaient tout le pays vaincu, et ne croyaient pas que personne davantage eût osé bouger, ». Le combat qui s’ensuit est confus. Les paysans cornouaillais parviennent à entrer dans la ville, mais sont arrêtés par les tirs de mousqueterie. Liscouët, à la tête d’une unité de cavalerie, parvient à les contourner et à les attaquer sur leurs arrières. L’engagement est meurtrier, mais les royaux mettent en déroute leurs ennemis. Dans cet engagement, Yves du Liscouët est grièvement blessé : « [il] y eut la main droite entièrement coupée d’un coup de hache par le col du bras, et tomba ladite main à terre, et l’on assure que ce fut le prêtre Linlouët qui lui donna ce coup. Depuis, il fut surnommé le "manchot du Liscouët" ».

Ses exactions (1592-1594)

Se comportant plus comme un bandit que comme un chef de guerre, il assiège et prend Quintin en , Corlay le ., Châteauneuf. Dans cette localité, il « y fit beaucoup d'insolences et de cruautés. Plusieurs des habitants et réfugiés y furent tués, les autres qui pouvaient payer rançon retenus prisonniers, et fit mettre le feu aux plus belles maisons de la ville, qui causa grande ruine » écrit le chanoine Moreau. Il prend un moment Tréguier et en 1594 Landerneau.

D'autres chefs de guerre en même temps bandits écumèrent la région à cette époque comme Guy Eder de la Fontenelle, la Tremblaye ou Anne de Sanzay de la Magnane.

Le pillage du manoir de Mézarnou ()

Le manoir de Mézarnou (actuelle commune de Plounéventer, Finistère), entouré de douves, était au cœur d'un vaste domaine qui couvrait à l'origine 17 ha et était entouré d'un mur d'enceinte, fut pillé le par Yves du Liscouët pendant les guerres de la Ligue alors que son hôte, Hervé de Parcevaux, et cousin d'Yves du Liscouët, le recevait à souper, tuant deux domestiques et violant, avec ses hommes, les femmes présentesArthur Le Moyne de La Borderie, Le Pillage du château de Mézarnou en 1594, suivi de La requête de Hervé Parcevaux, seigneur de Mézarnou, 1860.. Hervé de Parcevaux fut emprisonné à Brest pendant deux semaines et libéré après le versement d'une forte rançon de écusPillage du manoir de Mézarnou par Du Liscouët, consultable ..

La paix revenue, Hervé de Parcevaux intenta en 1603 un procès à la veuve d'Yves du Liscouët. Dans sa requête il exposa toutes les circonstances du pillage et fit monter la valeur de ce qui avait été pris chez lui à la somme de 70000 écus. Ce procès dura longtemps, puisque 20 ans après, on voit Françoise de Parcevaux, petite fille d'Hervé, s'en occuper encoreVoir la version archivée (site Multimania, « Commune de Plouneventer »..

Dernières campagnes : de Morlaix à la pointe des Espagnols (été-automne 1594)

Pendant l'été 1594, il participe au siège de Morlaix sous les ordres du maréchal d'Aumont, puis durant l'automne au siège du fort Crozon et de la pointe des EspagnolsLa pointe des Espagnols est l'extrémité de la presqu'île de Roscanvel, elle-même partie Nord de la presqu'île de Crozon. Cette pointe contrôle l'accès au port de Brest., où le roi d'Espagne Philippe II, allié de la Ligue, a fait débarquer des troupes qui occupent notamment le fort de Roscanvel.

Yves du Liscouët est tué au cours de la cinquième semaine du siège (le , selon le récit du chanoine Moreau), du côté de CrozonVoir la version archivée (revue de la Société de l'histoire du protestantisme français, 1992, n° 38, article de Jean-François Tulot, « Bois de la Roche »)..

L'église de Coadout près de Guingamp porte les armoiries d'Yves de LiscouëtVoir la version archivée (site du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier)..

Notes et références Blog d'Erwan Chartier-Le Floch sur Overblog Chanoine Jean Moreau, Henri Wacquet (publié par), Mémoires du chanoine Jean Moreau sur les guerres de la ligue en Bretagne, Quimper, 1960.

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