L'abbaye Notre-Dame et Saint-Paul de Bellevaux est une ancienne abbaye de prémontrés située dans la commune de Limanton, dans le département la Nièvre.

Fondée à la fin du , dans le sud-est de l'ancien diocèse de Nevers, elle prospère rapidement dans son environnement local et régional grâce à son temporel étendu et à son rayonnement funéraire ; son abbatiale étant considérée comme la nécropole du Bazois.

Unique établissement prémontré implanté en Nivernais, il s'agit de la seule des quatre implantations de l’ordre en Bourgogne possédant un bâti médiéval encore en élévation.

Localisation L'ancienne abbaye est localisée dans la vallée du Veynon, au lieu-dit Belvaut sur la commune de Limanton, à neuf kilomètres de Moulins-Engilbert et à environ cinquante-trois kilomètres de Nevers.

Toponymie On relève les mentions suivantes : Sancti Pauli Bellaevallensis (1193), Abbatia Belle Vallis (1194), Ecclesia Bellevallensis (1218), Ecclesia Bellevallis (1233), Belevaus (1265), Bellevaux (1284), L'église de Belle Vox (1300), Couvent de Belle Vaux (1375), Bellevault (1407), Bellevaulx (1462), Nostre Dame de Bellevaulx (1481), Belvaux (1699), Belleveaulx (1709), Belleveau (Cassini)..

Du latin belle vallis, le nom de l'établissement est sans doute une référence au site où il est implanté, une « belle vallée » traversée par le Veynon.

Historique

Moyen Âge L'origine de l'abbaye de Bellevaux est assez mal connue.

Le monastère est peut-être fondée en 1152 par Guillaume III, comte de Nevers, comme abbaye-fille de Neuffontaines dans le lieu appelé alors Gaudiacum, ou bien elle doit sa fondation en 1188 à Rocelin de Marmagne et à son épouse Damerone qui embrasse la vie religieuse, ce qui est confirmé par l'obituaire de l'abbaye de Floreffe. À l'origine, Bellevaux aurait donc été un monastère double.

L'historien de l'ordre Prémontré, Norbert Backmund propose deux hypothèses sur la fondation. :

ou bien le comte de Nevers fonde Bellevaux ensemble avec un établissement de sœurs, mais pour un autre ordre, comme celui des Augustins. Le monastère aurait été insuffisamment doté, ce qui expliquerait une nouvelle fondation par Rocelin en 1188 au sein de l'ordre de Prémontré ; ou bien Bellevaux n'a jamais été un monastère double et Damerone entra dans un autre établissement féminin appartenant à un autre ordre, ou encore dans un monastère dépendant de Bellevaux et assez proche, comme Aubeterre ou Neuffontaines.

Les propositions de Backmund restent à nuancer, tout d'abord car cet éventuel établissement féminin n'a laissé aucune trace dans les sources : le premier document émanant de l'abbaye de Bellevaux remonte à l'année 1193, il est alors fait mention d'une « église pauvre », dans laquelle se trouvent des « fratribus ibi in servientibus ». De plus, l'affiliation de Bellevaux avec Aubeterre et Neuffontaines est probablement incertaine : certes ces trois établissement appartiennent au même ordre monastique et à la même province (l'Auvergne) mais leurs relations et réseaux doivent faire l'objet de recherches plus approfondies. vignette|Donation de 1193 ; ADN : H 260/1.|335x335px Le premier acte écrit concernant Bellevaux remonte à l’année 1193. Il s’agit d’une donation de Hugues II de Blain, seigneur de Château-Chinon faite à son retour de croisade. Pour le remède de l’âme de son frère Seguin, décédé au-delà des mers – in transmarinis partibus – Hugues laisse aux religieux les dîmes de tous les hameaux qui entourent son fief.

Au cours du , la noblesse comtale montre à plusieurs reprises de l’intérêt pour le monastère prémontré. C’est le cas en 1240, lorsqu’à la demande de l’abbé Jean, le comte Guy IV de Forez et sa femme Mahaut de Courtenay prennent les biens de l’abbaye situés dans leur territoire sous leur protection.. Dans une autre charte datée de la même année, l’abbé obtient du comte, de la comtesse et de leurs vassaux : la promesse formelle de ne détruire par le feu ou autrement aucune maison sauf les forteresses, dans toute l'étendue de leur comté.. En 1257, cette même comtesse laisse dans son testament 100 s. à l’abbaye..

À partir de la seconde moitié du , l’abbaye de Bellevaux poursuit son développement et étend son rayonnement. Cet essor est porté par une communauté qui gère bien son temporel (entre échanges et acquisitions) et attractive dans le domaine funéraire. En effet de nombreux seigneurs locaux fondent des messes et/ou choisissent via leurs testaments de se faire enterrer dans l’église abbatiale. Les exemples ne manquent pas, ils offrent des actes variés apportant de multiples détails sur ces personnages, sur l’abbaye et sa renommée. Cette dernière devient une nécropole de premier plan dans le Bazois, où plusieurs familles de l’aristocratie locale se font inhumer. C’est le cas notamment de certains seigneurs de Châtillon qui délaissent le prieuré qu’ils ont fondé, pour l’abbaye de prémontré avec laquelle les relations sont plurielles depuis le .

Quelques exemples :

en 1293, Hugues de Verrières seigneur de Solières (commune de Saint-Péreuse) laisse à l'abbaye une rente annuelle et perpétuelle de 40 s. pour célébrer chaque année son anniversaire dans l’église. Il lègue aussi aux religieux 15 l.t. en échange d’une messe à dire durant l’année suivant son décès. Enfin il donne à l’abbaye le meilleur palefrenier ou cheval qu'il aura le jour de sa mort, avec l'armure assignée à son corps ; et il a voulu et ordonné que ledit palefrenier ou cheval soit amené à ladite église le jour de sa mort, avec son corps. Concernant la commémoration funéraire, le testateur choisi d'être enterré dans l’abbatiale, devant un autel dédié à la bienheureuse Marie car c’est devant celui-ci que reposent ses épouses autrefois bien-aimées ;

le , Robert de Châtillon teste et élit sa sépulture dans l’abbatiale, à côté de celle de son père et de sa mère et de sa femme, Marguerite de Courtenay. Il veut qu'à la tête de son monument soit élevé, un autel de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et qu'une tombe de pierre avec arcature soit mise sur son tombeauEmile de Corberon, Les sires de Châtillon-en-Bazois, Nevers, G. Vallière, 1911, p. 22. ; en 1375, Guy de la Tournelle, seigneur de la Maison-Comte lègue en 1375 une rente annuelle et perpétuelle de 40 s. pour son anniversaire et celui de Marguerite de Frasnay son épouse, ainsi que 100 s. pour l’anniversaire de feue noble dame Jeanne de Ville-Cendrier, sa première femme ; en juin 1378, Bureau de Maison Comte (archidiacre d’Avallon, chanoine d’Autun et neveu d’Étienne de Mornay chancelier de France) teste et lègue à l’abbaye – où ses parents et ses frères sont enterrés – pour une pitance et une messe solennelle pour lui et les siens, la somme de trois francs d’orCharmasse Anatole de, Cartulaire de l’Église d’Autun, Autun, Dejussieu, 1865, t. III, p. 334-338..

Époque moderne Le , trois religieux sont présents dans l'abbaye, l'abbé Hélin de Lamoignon est absentADN : 24 F/32 et 1 J 469/24 : Charles de Morel, prieur ; Claude Prud'homme, sacristain ; Pierre Minot, religieux. Trois ans plus tard, Pierre Minot n'est pas mentionné comme religieux de Bellevaux.

En février 1615, l'abbé Blaise Cornu fait faire un nouveau terrier de l'abbaye. Dès les premières pages, l'état du monastère est évoqué : Le tènement du lieu seigneurial de l'abbaye Notre-Dame de Bellevaulx, tout ainsi qu'il est de présent et ainsi qu'il s'étend et comporte, tant en chastel, maison, fossé, granges, étables, prés, terres, bois, buissons et autres dépendantes, le moulin banal proche ladite abbaye, avec la justice haute, moyenne et basse dudit Bellevaulx, auquel lieu ledit sieur abbé y fait faire l'expédition des jours par ses officiers :

Premièrement, l'abbaye dudit Bellevaux s'étend et comporte en le chœur de l'église de Notre-Dame de Bellevaulx, et le surplus de ladite église étant en ruine. Plus une cuisine sur laquelle il y a trois petites chambres, lesquelles ont été édifiées par ledit sieur abbé depuis un an en ça, étant bâtie par appentis. Et à l'entrée du portail et pont-levis de ladite abbaye y a aussi une étable à loger quatre chevaux, qui est aussi en ruine, le tout est fermé de muraille et partie fossoyé.

Et en la basse cour de ladite abbaye y a aussi une grange, partie de laquelle est couverte d'esseaune et l'autre partie de paille, le tout fort en ruine, comme aussi y a en ladite abbaye et basse cour une autre grange fort en ruine et dénuée de muraille, porte et couverture. Plus une petite maison où demeure le métayer de ladite abbaye, étant en ladite basse cour, laquelle maison est fort dénuée, tant de couverture, murailles que portes. Plus le colombier étant en ladite basse cour, fort dénuée, avec le jardin et vigne contenant quatre boisselées de terre ou environ, et laquelle basse cour soulloit être murailles et fossés, étant de présent toute en ruineADN : H 260/3. Le , sous l'abbatiat de Michel-Celse-Roger de Bussy-Rabutin, Edmond Martène, religieux bénédictin effectuant une tournée à travers la France dans le but de rassembler des matériaux pour la nouvelle édition d'une Gallia Christiana, s'arrête une journée dans l'abbaye. Voici en intégralité le récit de son passage : Après y avoir demeuré deux jours (à l'abbaye du Réconfort ndlr), j'en partis le 21 octobre pour aller à Corbigny, qui n'est qu'à deux lieues de-là ; comme j'y arrivai de bonne heure, je travaillai le reste de la journée, et le jour suivant j'allai à l'abbaye de Bellevaux, de l'ordre de Prémontré dans le diocèse de Nevers. J'y trouvai cinq religieux de la commune observance, mais qui vivent fort bien. Il y avait un bon vieillard, qui avait beaucoup contribué au rétablissement de cette maison, et qui paraissait avoir de la religion. Ils furent tous ravis de m'avoir ouvert leurs archives, lorsque par les découvertes que j'y fis ils apprirent que leur fondateur était un seigneur de Marmagne, qui avait embrassé la vie religieuse lui et sa femme dans leur monastère. Car anciennement les monastères de Prémontré étaient doubles, et proche du monastère des hommes, on en bâtissait un de femmes. La joie qu'ils avaient de savoir qui était leur fondateur fit qu'ils me pressèrent beaucoup de rester encore chez eux ; mais après avoir pris toutes les connaissances dont j'avais besoin, j'en partis incessamment pour retourner à Corbigny.. En 1768, tenue de prononcer la fermeture des établissements comptant moins de neuf religieux, la commission des réguliers décide de supprimer l'abbaye Bellevaux où vivent trois religieux. Mais cette mesure n'aboutie pas sans que l'on sache pourquoi.

La Révolution Dès l'automne 1790, l'abbaye de Bellevaux est saisie comme bien national : elle compte alors trois religieux, le prieur Gilbert Desmazières, Paul Dubois (60 ans) et Jean-Baptiste Raux (41 ans) et ses revenus sont estimés à 2565 livresADN : 1 Q 874.

Le , Gilbert Desmazières, refuse l'entrée des représentants du district de Moulins-Engilbert chargés de l'inventaire des biens du monastère. Le lendemain, il accepte de signer le procès-verbal d'inventaire, sur lequel il fait noter sa protestation et demande à être jugé par une « nouvelle législature approuvée par le roi étant libre ». L'administration du district et celle du département transmettent cette « opposition séditieuse » à l'Assemblée nationale. Par peur de poursuites judiciaires, l'ancien prieur se rétracte le . Les lenteurs de la nouvelle administration font que sa rétractation parvient à l'Assemblée en même temps que sa protestation initiale. L'affaire est finalement classée sans suite et Gilbert Desmazières quitte Bellevaux quelques semaines plus tard.

Les deux autres chanoines de Bellevaux prennent le parti de la Révolution et deviennent prêtres constitutionnels :

Paul Dubois est le premier à quitter Bellevaux en janvier 1791. On le retrouve successivement curé de Maux en 1791, curé de Limanton l'année d'après puis vicaire de Moulins-Engilbert, Sermages et Commagny. Il meurt à Moulins-Engilbert en 1814, âgé de 84 ans.