vignette|Carte postale russe Koukryniksy (2003). Koukryniksy (en ) est le pseudonyme collectif de trois peintres et caricaturistes soviétiques : , né le à Tetiouchi dans l'Empire russe et décédé le à Moscou ; , né le à Toula dans l'Empire russe, et décédé le à Moscou ; , né le à Moscou dans l'Empire russe et décédé le à Moscou.
Histoire du groupe Le pseudonyme désignant ces trois artistes soviétiques est un acronyme réunissant le « Kou » de Kouprianov, le « kry » de Krylov et le « nik » et le « s » de Nikolaï Sokolov. Naissance La constitution du « trio » se fit progressivement. Tout d'abord, c'est en travaillant ensemble à la confection d'un journal mural aux Ateliers supérieurs d'art et de technique à Moscou que Mikhaïl Kouprianov, âgé de 19 ans et qui venait de terminer des études à l'école d'art de TachkentUne autre source indique Kazan, rencontra Porfiri Krylov, âgé de 20 ans, qui venait de terminer des études avec le Proletkoult à Toula. Dans cette célèbre école de la capitale, ils étudièrent avec, entre autres professeurs, Dimitri Moor et produisirent tous les deux sous les pseudonymes « Kukri » et « Krykup ». Dès 1923, ils eurent pour condisciple Nikolaï Sokolov, âgé de 20 ans, qui avait suivi une formation au studio d'Art du Prolekoult à Rybinsk et qui signait déjà ses œuvres avec le diminutif Knicks. Notoriété À partir de 1924, ils travaillèrent tous les trois pour des journaux comme la Komsomolskaya Pravda où ils furent publiés pour la en 1926, Literatournaïa gazeta, des magazines satiriques comme (Le fou), Smena, le Krokodil environ une dizaine de journaux, où ils créèrent surtout des caricatures sur la vie et les œuvres d'écrivains signées « Koukryniksy », réunion des trois pseudonymes, nom qu'ils gardèrent jusqu'à la fin de leur collaboration. Ils continuèrent de fréquenter les Vkhoutemas jusqu'en 1929 qui fut l'année de leur première participation à une exposition mais aussi l'année où ils créèrent les décors des tableaux 1 à 4 de la pièce de Vladimir Maïakovski La Punaise, dont la première eut lieu le .
Leur pseudonyme était justifié car leurs œuvres étaient réalisées en étroite collaboration, ce qui permit à chacun d'entre eux d'utiliser au mieux ses compétences. Ainsi ils adoptèrent une méthode de travail originale : en schématisant, l'un dessinait les corps, l'autre les visages et le troisième se chargeait du coloriage. La deuxième raison qu'ils avaient pour travailler ainsi était que, groupés, ne signant pas et ne réalisant pas individuellement les dessins, nul n'était l'auteur de l'œuvre complète et cela, pensaient-ils, les mettait davantage à l'abri des poursuites pour diffamation.
En 1931, Maxime Gorki les rencontra et reconnaissant leur talent satirique, écrivit à leur sujet un article dans la Pravda ; il leur conseilla d'étendre leur champ d'action aux sujets concernant la vie en Union soviétique et à l'étranger et organisa pour eux une exposition en 1932. La même année, leur talent fut utilisé pour imaginer les costumes et les décors d'une pièce de théâtre La Ville des fous d'après une histoire Mikhaïl Saltykov-Chtchedrine. L'année suivante les trois artistes étaient engagés comme collaborateurs attitrés par la Pravda. Le , ils furent contactés par Grigori Aleksandrov pour des projets de costume pour le film Joyeux Garçons mais comme ils étaient déjà occupés par un autre film, La Vie de Klim Samguine et qu'Alexandrov ne leur fournit pas le matériel afin qu'ils se mettent à l'œuvre, ils retournèrent le contrat et suggérèrent au réalisateur de s'adresser à .
En 1935, Jean Effel, qui avait passé cinq semaines à Moscou, les rencontra et devint leur ami intime et la même année, ils publièrent une série de dessins sur l'histoire de la Guerre civile russe où ils caricaturèrent les contre-révolutionnaires, les envahisseurs et les traîtres de tout poil. En 1936 et en 1937, ce fut au tour des fascistes espagnols et de leurs bailleurs de fonds, puis aux bourgeois pseudo-critiques de la Constitution soviétique d'être leur cible. En dehors de leur activité créatrice, en 1937, ils furent membres du jury et représentants du comité pour les affaires artistiques de l'URSS auprès du conseil des Commissaires du peuple pour l'édition d'un portrait de Staline lors d'un concours fermé, c'est-à-dire réservé à des artistes déjà connus ou sélectionnés, organisé par les éditions Iskousstvo.
Seconde Guerre mondiale Deux jours après l'invasion de l'URSS par les troupes nazies, à l'issue d'une réunion de l'Union des Artistes, il fut décidé de relancer les Affiches TASS. Dès que les artistes avaient terminé les dessins et le coloriage des illustrations, les affiches étaient fractionnées puis on découpait les pochoirs pour chaque couleur, jusqu'à 60 pour les affiches les plus complexes. Ceux-ci étaient ensuite envoyés à l'impression dans les imprimeries d'État des travaux d'Iskousstvo à Léningrad et à Moscou, où les différentes couleurs étaient successivement appliquées dans les espaces laissés vides par les pochoirs. On terminait l'affiche en ajoutant le texte. Réalisées dans les 24 heures, elles nécessitaient un graphisme relativement simple et jouèrent un grand rôle idéologique et psychologique pour soutenir, guider les citoyens et les soldats soviétiques dans la lutte contre l'envahisseur.
On arriva ainsi à en reproduire 100, puis 200, 400, 600, jusqu'à par jour, et ces « images » diffusées et affichées dans tout le pays, dans les magasins, les usines, sur les bâtiments publics, sur le chemin qu'empruntaient les troupes, très expressives, témoignent de l'acharnement de ces artistes à transformer l'ennemi terrifiant, incarnation de la mort, dirigé par des créatures démoniaques en ennemi vulnérable dont on peut rire ce qui pouvait procurer quelque soulagement dans un contexte aussi sinistre. Pendant la grande guerre patriotique, la production des Koukryniksy, 66 affiches, fut réalisée alors qu'ils étaient séparés et envoyés sur différents fronts comme artistes de guerre ce qui ne les empêcha pas d'envoyer régulièrement leurs dessins aux journaux auxquels ils collaboraient tout en signant avec le même pseudonyme et en conservant l'esprit de l'équipe dans leurs œuvres, malgré l'éloignement.
Leur travail commun fut couronné par le prix Staline en 1942 qu'ils obtinrent de nouveau en 1947, en 1949, en 1950, en 1951 et ils furent décorés de l'ordre de Lénine en avec d'autres célèbres collaborateurs de la Pravda à l'occasion de la sortie du numéro du quotidien. Néanmoins, leur grande importance ne doit pas faire oublier que beaucoup d'autres artistes de talent ont contribué à la lutte contre l'agresseur.
Peu de temps après, en septembre de la même année, s'ouvrit le procès de Nuremberg où ils furent invités. Dans les actualités filmées de l'époque, on peut les voir en train d'observer ce qui va leur servir pour croquer quelques caricatures : à savoir des dignitaires nazis sur les bancs des vaincus qui feront partie de la série Accusation publiée dans un livre de Boris Polevoï édité en 1967.
En 1947, ils furent nommés membres de l'Académie des arts de l'URSS, en 1958, Artistes du peuple, en 1965, ils reçurent à nouveau le prix Lénine pour leurs caricatures politiques, leurs affiches, et en 1975 ils furent récompensés par le prix d'État de l'URSS.
Après la guerre En 1972, Porfiri Krylov fut nommé Héros du travail socialiste et, en 1973, ce fut au tour de Mikhaïl Kouprianov et de Nikolaï Sokolov.
Ils vont ainsi poursuivre leur travail d'équipe et produire tous les trois, pendant plus de vingt-cinq ans au total, une quantité considérable de dessins, d'affiches, de cartes postales, de tableaux, d'illustrations de livres, tout en développant individuellement une production de portraits et de paysages. Bien que très incomplète, la liste des légendes de leurs dessins, des titres des livres qu'ils ont illustrés, des tableaux qu'ils ont peints, le tout classé chronologiquement, donne une idée du contexte historique et des thèmes développés par la propagande soviétique mais aussi par eux-mêmes car ils n'étaient pas que de simples exécutants. Pour apprécier leurs œuvres et l'effet qu'ils voulaient produire, il faut en effet les replacer dans leur contexte historique.
Œuvres La liste qui suit ne comporte que les œuvres signées par les trois artistes. Elles sont évaluées à près de 300. Les ouvrages et les expositions qui les présentent sont très éloignées dans l'espace et dans le temps.
Cette liste incomplète d'œuvres est nécessairement par ordre chronologique car leur travail dépendait de l'actualité. Le musée de la caricature à Krems an der Donau a présenté treize œuvres du au Le musée-réserve de Tsaritsyno a organisé une exposition consacrée au jour de la victoire : « L'histoire vue par les Koukryniksy de 1928 à 1945 », le . Du au , le Weltmuseum Wien en Autriche a organisé une exposition de 91 œuvres des Kukryniksy appartenant à la famille Mamontov qui en possède environ 200. Des posters des Kukryniksy sont présentés à l'exposition « Fenêtre sur la guerre » du au à l'Institut d'art de Chicago.
Les légendes de leurs dessins, quelquefois écrites par d'autres collaborateurs, donnent une idée du ton et des thèmes abordés par la propagande soviétique, du contexte idéologique et politique des époques successives et de la manière dont les évènements étaient perçus. Certaines affiches étaient de véritables bandes dessinées avec un texte plus ou moins important qui se trouvait placé sous les images comme on pouvait déjà en voir, bien avant eux, dans le Loubok. Les légendes proposées qui suivent sont souvent une adaptation ou un résumé du texte des bandeaux qui se trouvent fréquemment sous les images. 1920 Nous avons le quart des canons, des fouets et des mitrailleuses.. 1927 Alexandre Pouchkine dans les images de 1827. La PNL du . 1928 Nous sommes des marxistes, peinture.. Alexandre Voronski et Polonski. Cette caricature suggère que les opinions littéraires d'Alexandre Voronski et de reflètent celles de Léon Trotsky.. 1930 Illustrations pour Parodies écrit par Alexandre Arkhanguelskirussianartandbooks.comhttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/00721R-3.jpg. Illustrations pour Poupées anciennes écrit par Demian Bednyrussianartandbooks.comhttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/01696R-2.jpghttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/01696R-3.jpg. Nous allons anéantir la classe du koulak. Les puissances occidentales donnant à Hitler la Tchécoslovaquie, sur un plat. Sur le fanion : « À l'Est ».. Kacha humaine où trempent Voronski, Gorbov, et autres « Perevalistes ».. 1931 La « liberté » de la presse bourgeoise.. Caricature sur un poème de Alexandre Arkhanguelski : « Le général des armées défaites ». Postu literaturnom Na, .. « Alexandre Voronski, écrivain de fiction ». Poème de Alarikus. Postu literaturnom Na, .. 1932 Illustrations pour Koukryniksy. L'exposition de 6 ans d'activitéhttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/02489R-2.jpghttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/02310R-2.jpghttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/01205R-3.jpg. Illustrations pour Presque des portraits écrit par Alexandre Arkhanguelskihttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/03003R.jpghttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/03003R-2.jpg}http://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/03003R-3.jpghttp://www.russianartandbooks.com/russianart/images/items/03003R-4.jpg. Illustrations pour Sifflement écrit par Sergueï Chvetsov (critique, 1903-1969) La résolution de désarmement de la SDN, .. La ville de Gloupov. Affiche annonçant la représentation théâtrale, à Moscou, de la pièce « La ville de Gloupov », ville imaginaire décrite dans l'œuvre de Saltykov-Chtchedrine, Histoire d'une ville.. 15 années de pouvoir soviétique.. 1933 : Illustrations pour La Vie de Klim Samguine écrit par Maxime Gorki. Aquarelle noire.