L'Éthique des hackers (titre original : ) est un livre écrit par Steven Levy traitant de la . Il a été publié en 1984 à Garden City (New York) par Doubleday et dont la traduction est parue en France début 2013.
Levy y décrit les personnes, les machines et les événements qui vont former la culture des hackers et leur éthique. Une seconde édition a vu le jour en 1994, sous-titrée (« Épilogue : dix ans plus tard ») : l'auteur ajouta un épilogue pour l'occasionDell/Doubleday, New York NY, 1994 . Pour le en 2010, O'Reilly en publie une version mise à jourO'Reilly Media Inc., Sebastopol CA, 2010 .
L'éthique et les principes hackers selon Levy
L'idée principale de Levy est la notion d'« éthique hacker ». Cette éthique suit six principesVoir à ce sujet une explication de Michel Volle : : L'accès aux ordinateurs — ainsi que tout ce qui peut permettre de comprendre comment le monde fonctionne — doit être universel et sans limitationsNdT : sans distinctions d'usage ou d'usager. Il ne faut pas hésiter à se retrousser les manches pour surmonter les difficultés. Toute information doit être libre. Se méfier de l'autorité — encourager la décentralisation. Les hackers doivent être jugés selon leurs hacks, et non selon de faux critères comme les diplômes, l'âge, l'origine ethnique ou le rang social. On peut créer l'art et le beau à l'aide d'un ordinateur. Les ordinateurs peuvent améliorer notre vie.
Dans l'éthique hacker, les individus sont des acteurs du bien commun, un peu à la manière de Robin des Bois. Les communautés de hackers sont généralement fières d'être contre les membres de l'autorité qui entravent les libertés numériques. Les hackers se jugent entre eux par leur habileté, ce qui les oppose à d'autres formes de hiérarchie comme celle basée sur le diplôme des écoles et des universités. Certains hackers considèrent le hack comme une forme d'art, que l'on peut contester ou désapprouver.
Cette éthique, qui s'est popularisée par les « phreakers » pendant les années 1970 et 80, s'est répandue dans d'autres communautés. Pour Manuel Castells, professeur de sociologie spécialiste de la Silicon Valley, ce développement ne touche pas seulement une communauté numérique, mais aussi les grandes couches sociales, politiques et économiques. En un sens, le hacking peut toucher n'importe qui, même si la définition de Levy est différente des stéréotypes négatifs diffusés par les médias.
Préface Levy voulait écrire un livre sur les hackers car il les trouve fascinants, et donner, à l'opposé du préjugé courant, un portrait plus exact. Levy pense que les hackers sont plus « des aventuriers, des visionnaires, des têtes brûlées, [et] des artistes » que « des nerds exclus ou des programmeurs peu professionnels qui écrivent du code source illisible et non standard. ».
Pour son livre, Levy interrogea différents hackers actifs entre les années 1950 et 1990.
Qui est qui ? Levy commence par introduire les principaux hackers – John Draper (« Captain Crunch ») ; Bill Gates ; Richard Greenblatt ; Steve Wozniak ; Marvin Minsky ; Richard Stallman – et leurs principaux outils – Altair 8800, Apple II, Atari 800, IBM PC, PDP-1, TX-0...
La définition de est délicate et il différencie plusieurs époques.
Première partie : les vrais hackers Le Tech Model Railroad Club (TMRC) est un club de modélisme ferroviaire du MIT. Ses membres sont les premiers hackers : Peter Samson, Alan Kotok, Jack Dennis et Bob Saunders. Les membres du club étaient divisés en deux groupes : ceux qui s'intéressaient au modélisme et aux décors, et le sous-comité Signaux et Puissance (« ») chargé de créer les circuits électriques faisant fonctionner les trains. Ce sont ces derniers qui vont populariser le terme « hacker » ainsi que leur jargon, pour qu'il aboutisse dans le patrimoine de l'informatique et de la programmation. Au départ, ils utilisent un IBM 704, le mainframe de plusieurs millions de dollar du bâtiment 26, mais dont l'accès était limité aux personnes importantes. Le groupe s'intéresse réellement aux ordinateurs quand Jack Dennis, un des fondateurs du club, les initie au TX-0, un ordinateur de de dollars construit à crédit par le Lincoln Laboratory. Ils attendent souvent devant le TX-0 jusque tard la nuit dans l'espoir qu'une personne ayant réservé un accès ne vienne pas.
L'éthique hacker est un ensemble de concepts, d'opinions, et de mœurs provenant de la relation symbiotique entre hackers et machines. Il ne s'agissait pas de quelque chose d'écrit comme dans un manifeste, mais plus d'un credo commun et tacite. Le point central de l'éthique est de mettre à disposition toute information dans le but de comprendre comment le monde fonctionne, d'utiliser les connaissances actuelles pour créer de nouvelles connaissances. Tout ce qui empêche cela est rejeté. L'organisation idéale est un système ouvert que tout le monde peut diagnostiquer (debugger) et améliorer. Ainsi, la bureaucratie va à l'encontre des systèmes ouverts, autant que la culture IBM de l'époque. La valeur d'un hacker doit uniquement être appréciée en regardant ses hacks, et non par rapport à d'autres critères comme l'éducation, l'âge, l'appartenance ethnique, ou la position sociale ; tout ce qu'un hacker fait dans l'univers numérique peut être considéré selon des critères artistiques ou de beauté. Le plus beau code source est le plus esthétique et novateur, et il ne gaspille pas de mémoire informatique. Cet exercice d'optimisation de code est le « ». Une autre de leurs opinions est que les ordinateurs peuvent améliorer notre vie, même si l'on n'est pas un hacker. À l'époque, les ordinateurs étaient des outils mal compris et les hackers devaient en convaincre les autres, y compris leurs enseignants.
Beaucoup de ces hackers étaient alors passionnés par les opérateurs téléphoniques et la commutation téléphonique. Alan Kotok, estimé pour ses capacités à utiliser le TX-0 et travaillant pour Western Electric Company (usine de production de l'opérateur historique américain ), lit tous les renseignements techniques qu'il trouve sur le sujet avant de les tester sur le réseau. En , DEC donne au Laboratoire de recherche en électronique du MIT un second PDP-1. Six hackers — dont Kotok, Samson, Saunders, et Wagner — ont passé un total de 250 heures sur cette machine en une semaine pour réécrire le compilateur du TX-0 parce qu'ils n'aiment pas celui fourni. Cet exploit leur rapporte seulement mais ils avaient fini le compilateur. Steve « Slug » Russell apporte les graphismes 2D sur le PDP-1 grâce au jeu Spacewar! dans lequel deux vaisseaux spatiaux, contrôlé par des interrupteurs à levier, traversent l'écran en s'envoyant des torpilles. Son programme est amélioré par les hackers : par exemple, Samson remplace le fond figurant des étoiles – composé de points placés aléatoirement – par les vraies constellations, et fait défiler le fond pour suivre le mouvement des vaisseaux ; Dan Edwards ajoute un soleil et l'effet de l'attraction gravitationnelle ; Kotok et Saunders créent le premier joystick à partir de pièces récupéré au TMRC. Le jeu et le compilateur étaient facilement et librement accessibles pour tout le monde. Deux programmes de recherche sont lancés pour pouvoir exécuter deux programmes par deux personnes en même temps sur la même machine, préfigurant le temps partagé ; l'un par Jack Dennis sur PDP-1, l'autre par le professeur Fernando Corbató sur IBM 7090. Le MIT finit par être financé avec 3 millions de dollars par an par l'ARPA pour développer le temps partagé à travers le , dirigé par Dennis assisté de Minsky pour la partie Intelligence artificielle. Le Projet MAC élu domicile au neuvième étage du , qui sera bientôt le foyer de nombreux hackers.
Richard Greenblatt est un hacker né ; quand on lui demande si l'on nait hacker ou si on le devient, il répond « Si les hackers sont nés hackers, alors ils le deviendront, et s'ils le sont devenus, alors c'est qu'ils étaient nés hackers. »« ». C'est un enfant intelligent, jouant souvent aux échecs et fabriquant des appareils électriques très jeune. La première fois qu'il vient au MIT, c'est pour apparaître au palmarès du doyen, mais il abandonne son objectif en seconde année parce qu'il passait trop de temps à hacker les relais électriques du TMRC et programmer le PDP-1 ; il crée d'ailleurs un compilateur Fortran pour celui-ci. Bill Gosper est un génie des mathématiques. Il suit les cours de programmation de John McCarthy, et ceux d'intelligence artificielle de Marvin Minsky. Les hackers apprécient la cuisine chinoise. La plupart d'entre eux n'ont pas de relations sociales en dehors du groupe de hacking, et certains, comme Greenblatt, sont même connu pour leurs manquement à l'hygiène. Gosper tente d'obtenir son diplôme mais il doit aussi travailler pour rembourser les frais de scolarité que la Navy lui a avancés. Gosper n'aime pas la culture de la Navy qui n'autorise pas les programmeurs à approcher des ordinateurs, ainsi que l'UNIVAC qu'il utilise jusqu'à ce qu'il s'aperçoive qu'il est mal conçu. Il travaille pour une entreprise, puis sur le projet MAC. Greenblatt décide d'écrire un meilleur programme pour jouer aux échecs parce qu'il trouve que celui de Kotok manque de stratégie. Celui-ci fut suffisamment bon pour vaincre Hubert Dreyfus, un universitaire qui avait déclaré qu'aucun programme d'échec ne pourrait vaincre un enfant de dix ans.
La Midnight Computer Wiring Society est une « société secrète » créée par , un hacker très doué spécialisé dans les réseaux téléphoniques et la programmation, dans le but de hacker les ordinateurs du campus, même verrouillés, pendant la nuit. En effet, Nelson veut ajouter une instruction machine (« ») au PDP-1, mais l'administration du labo a interdit à toutes personne « non qualifiée » de toucher aux câblages des machines. Nelson pense vraiment que son instruction peut améliorer la machine, si bien que lui et quelques autres hackers vont câbler l'instruction pendant la nuit, non sans conséquences. Nelson modifie aussi le PDP-1 pour qu'il puisse composer des numéros et appeler sur le réseau téléphonique au moyen d'une blue box. Nelson et les autres ne pensent pas au profit qu’ils pourraient tirer d'appels internationaux, chose rare à l'époque, gratuits mais pensaient débugger le réseau et prévenir Bell s'ils trouvaient une ligne défectueuse.
« Gagnants » et « perdants » () sont deux qualificatifs utilisés par les hackers (les « Winners ») pour se différencier des autres étudiants moins doués pour le hacking travaillant un étage en dessous, qui sont plus soucieux de leur réussite scolaire et sociale. Parmi les gagnants, il y a même un adolescent de 14 ans en situation d'échec scolaire, David Silver, très doué pour la robotique. Les hackers étaient contre le temps partagé car ils considéraient que l'ordinateur doit être utilisé à son plein potentiel, ce qui n'est possible que par une seule personne à la fois. Les systèmes à temps partagé de l'époque étaient lents et amenaient beaucoup de restrictions aux usagers. Greenblatt est convaincu par que le temps partagé peut être utile, si bien qu'ils créent, avec Nelson, leur propre système d'exploitation pour PDP-6 : Incompatible Time-sharing System. Ce système permet à plusieurs personnes d'exécuter plusieurs programmes à la fois ; les usagers ont un accès complet à tous les fichiers présents sur le système, et il n'y a pas besoin de mot de passe. Il parodie et concurrence l'autre système d'exploitation développé sur le même campus : Compatible Time Sharing System.