Les Gaëls (, plur. ; , plur. ) sont un groupe ethnolinguistique indigène au nord-ouest de l'Europe qui comprend les Irlandais, les Écossais et les Mannois de cultures gaéliques. Dans un sens plus restreint, le terme désigne, dans ces langues, les locuteurs des langues gaéliques..
La langue et la culture gaéliques sont originaires d'Irlande, mais se sont propagées en Écosse à l'époque du royaume de Dál Riata.
Bien qu'elles ne parlent pas l'irlandais ou le gaélique écossais, beaucoup de personnes se considèrent tout de même comme des Gaëls dans un sens plus large, en raison de leur ascendance historique et de leur héritage.
Parmi les Gaëls célèbres, on compte Brian Boru, Cúchulainn, Colum Cille, Granuaile, Oisín et Rob Roy.
En Écosse, les personnes qui parlent gaélique, tels les acteurs Tony Kearney, Caitlin Nic Aonghais, ou Daibhidh Walker, se définissent eux-mêmes comme des Gaëls.
Les Gaëls actuels continuent de promouvoir leur identité, notamment par le biais de l'initiative Colmcille, lancée en 1997 par la présidente irlandaise Mary Robinson (Máire Mhic Giolla Íosa), et le ministre écossais de l'Éducation, de l'Industrie et du Gaélique (Brian MacUilleim). Le rôle de cette initiative est « créer un espace insulaire commun où l'Écosse et l'Irlande puissent partager ce qu'elles ont en commun », en particulier les langues gaéliques. L'initiative Colmcille a notamment produit la carte Tír Cholmcille (« le pays de Colum Cille »), qui vise à changer la perception des relations entre l'Écosse et l'Irlande.
Étymologie et usage alt= Fondée à Oban en 1891, An Comunn Gàidhealach est une institution gaëlle et gaélique, qui fait la promotion de l'enseignement, de l'apprentissage et de l'utilisation de la langue gaélique, mais aussi de l'étude de la culture, de la littérature, de l'histoire, de la musique et de arts gaëls, notamment par le biais du Royal National Mòd.|vignette|Fondée à Oban en 1891, An Comunn Gàidhealach fait la promotion de la langue et de la culture des Gaëls, notamment lors du Royal National Mòd.|gauche Le terme Gaël est absent de la plupart des dictionnaires de français, mais on le trouve dans certaines encyclopédies. Le Grand Larousse universel fait par exemple la différence entre les adjectifs « gaël » et « gaélique » : le premier est « relatif aux Gaëls », les anciennes tribus celtiques qui s'étaient établies en Irlande, puis au nord des frontières de la Britannia romaine, alors que le deuxième est « relatif au gaélique », c’est-à-dire à la langue dite « gaélique ».
En réalité, il existe officiellement trois langues gaéliques, peut-être plus si l'on considère les variations dialectales.
En français, le gentilé Gaël est généralement utilisé pour désigner les tribus celtiques de l'antiquité mais il faut souligner que le mot est toujours en usage dans les langues gaéliques modernes, où il désigne les personnes de culture gaélique, ou dans un sens plus restreint, les locuteurs des langues gaéliques. Ainsi, dans une série de sketches télévisés produits par la chaîne BBC Alba, Torcuil's guide to being a Gael, le comédien Tony Kearney évoque ce qui signifie être un Gaëls au . De même, la chaîne de radio gaélique de la BBC s'appelle BBC Radio nan Gàidheal, ce qui signifie « radio des Gaëls ».
Gaélique L'origine des termes Gaël (irlandais) et Gàidheal (gaélique écossais) est incertaine.
Alexander MacBain relève les termes Góedel (vers 1100), Gaideli (cité dans les œuvres de Giraldus, étymologie qu'André Du Chesne cite aussi dans son Histoire d'Angleterre, d'Escosse et d'Irlande), et le gallois Gwyddel. Il cite Whitley Stokes (Urkeltischer Sprachshatz) qui donne le proto-gaélique *Goidelos ou *Geidelos, que Bezzenberger (Beitreige zur Kunde der Idg. Sprachen) compare au gaulois Geidumni et que Stokes compare avec le latin hoedus (« chèvre »), d'où le sens « gardiens de chèvres ». Petite curiosité à titre informatif : en Wallonie (Belgique), les habitants du village de Remouchamps ont pour habitude de s'appeler entre eux gad'lis, un mot wallon qui a perduré jusqu'à nos jours et signifie chevrier, gardien de chèvres.
Dans son œuvre, Celtic Culture: Aberdeen breviary-celticism, John T. Koch , professeur de langue et littérature celtiques affirme que la racine du mot Guoidel correspond au vieil irlandais fíad, au vieux breton guoid et aurait été emprunté au moyen gallois gŵyh signifiant « peuple de la forêt », « hommes sauvages » et par extension « guerriers ». tous signifiant sauvage, et donc Gaël signifierait peuple de la forêt ou sauvages.
Français En français, on considère généralement que les mots « gaël » et « gaélique » seraient dérivés des mots anglais Gaels et Gaelic.
Toutefois, les échanges diplomatiques entre la France et l'Écosse remontent au Moyen Âge et il est probable que les langues latines, françaises et gaéliques aient subi des échanges à l'époque de la Vieille Alliance entre les monarques de la maison de Dunkeld (gaélique écossais: Dùn Chailleann) et les premiers Capétiens. En effet, la première noblesse « anglaise » présente en Écosse n'était pas saxonne mais normande. Parfois éduquée en France, elle parlait l'ancien normand. Les mariages entre Gaëls et Anglo-Normands ont donc très tôt importé en France une certaine connaissance des Gaëls.
Dans la production écrite francophone, on trouve les mots Gaidel (gaélique écossais moderne: Gàidheal) et Gaidelach (gaélique écossais moderne: Gàidhealach) dès 1634, sous la plume d'André du Chesne, qui se demande si l'origine du terme ne serait pas gothique:
Anglais vignette|369x369px|Gravure des frères Dalziel illustrant le Rob Roy de Walter Scott. Surnom de Robert MacGregor, hors-la-loi et héros gaël de la fin du , Raibeart Ruadh (dont « Rob Roy » est la forme anglicisée) signifie « Robert le Roux » en gaélique écossais.
En anglais, le gentilé « Gael » a été adopté en 1810 à partir du gaélique écossais Gàidheal pour désigner les « membres de la race gaélique »..
L'emploi de ce mot s'est répandu en anglais sous l'influence de la littérature écossaise, notamment sous la plume de Walter Scott. Ils désignaient par ce terme les Écossais des Highlands.
Histoire
Période protohistorique Dans la seconde moitié du , pendant la période protohistorique que l’on appelle communément l'âge du fer, les ancêtres des Gaëls ont commencé à arriver en Irlande.alt= Le trésor de Broighter, exposé au Musée national d'Irlande, est un amas d'objets en or datant de l'époque de La Tène, au premier âge du fer. Il a été découvert en 1896 à Broighter (irlandais: Brú Íochtair, "lower fort") près de Limavady, dans le nord de l'Irlande.|vignette|Le trésor de Broighter, exposé au Musée national d'Irlande, est un amas d'objets en or datant de l'époque de La Tène. Il a été découvert en 1896 à Broighter (irlandais: Brú Íochtair, qui signifie « fort inférieur » ou « en contrebas ») près de Limavady, dans le nord de l'Irlande.Il n’existe aucune preuve d'une invasion ou d’une vague migratoire de grande échelle. Ces peuples, que les Grecs appelaient Κελτοί, c’est-à-dire des « Celtes », étaient issus d’une civilisation qui avait dominé l'Europe centrale et occidentale, et que l’on identifie aujourd’hui sous le nom de La Tène.
Le Grec Hécatée de Milet aurait dit, vers -530, que la colonie grecque de Marseille était une ville de Ligurie située « à proximité de la Κελτικά » (Gaule celtique). Cette citation incertaine serait la première apparition de la racine *celt-. La première mention certaine se trouve dans les Ἱστορίαι (Les Histoires) d’Hérodote, qui considère les « Κελτοί » comme un peuple.
Les langues gaéliques
Les Celtes qui émigraient sur l'île d'Irlande et dans la partie septentrionale de ce que l'on nomme aujourd'hui la Grande-Bretagne, parlaient une langue indo-européenne qui s’est différenciée des autres langues celtiques insulaires et qui a donné naissance aux langues gaéliques, aussi appelées langues celtiques « en Q », par opposition aux langues dites en P. Cette distinction repose sur le traitement du phonème indo-européen *kw: dans les langues en Q, ce phonème est resté inchangé, alors que dans les langues en P il a évolué vers le son /p/ : le mot « tête » se dit ceann en irlandais, mais penn en breton.
Toutefois, cette appellation est une convention externe aux langues gaéliques, car la lettre Q n’est utilisée qu'en mannois. En irlandais et en gaélique écossais, c’est la lettre C qui est communément utilisée pour représenter ce son. En effet, le c ne s’y adoucit pas devant les voyelles e et i, contrairement à ce qu’on observe en français.
La Tène et les premières tribus celtiques
On sait peu de choses de la civilisation de La Têne, mais les restes archéologiques montrent qu’elle était plus présente dans la moitié nord de l’Irlande (dans le Connaught et l’Ulster).
Bien que les sites archéologiques comme Tara (dans le Leinster) soient associés à la mythologie celtique, à cause des pratiques religieuses que les Gaëls ont entretenues sur ces lieux, ils sont en réalité bien antérieurs à la civilisation de La Tène, et n’ont donc pas été construits par les Gaëls. alt= Cartographie schématique de l'établissement des Gaëls d'Irlande, d'après Ptolémée.|gauche|vignette|Cartographie schématique de l'établissement des Gaëls d'Irlande, d'après Ptolémée. Vers 100 après J.-C., Ptolémée dresse une liste des peuples gaëls d'Irlande, vraisemblablement à partir des récits de marins gallo-romains et britto-romains qui connaissaient les fleuves de l'île et la géographie de sa côte est.
Parmi les noms de tribus celtes d'Irlande qu'il donne, on trouve les Robogdh, les Darini, les Nagnatae, les Voluntii, les Ebdani, les Cauci, les Auteini, les Manapii, les Gangani, les Usdaie, les Coriondi, les Vellabori, les Brigantes et les Iverni.
L'existence de la plupart de ces tribus est difficile à vérifier, mais certaines sont identifiables grâce à la chronologie dynastique irlandaise. On pense par exemple que les Robogdh étaient les fondateurs du puissant royaume de Dal Riata et que les Iverni n'étaient autres que les Érainn, qui avaient dominé le Munster à cette époque. Il est possible en effet que du nom de cette tribu vienne l'ancien nom grec de l'Irlande, Ἰουερνία, qui lui-même aurait donné son nom gaélique à l'île et à sa déesse protectrice, respectivement Éire et Ériu.
Les communications terrestres étaient difficiles. Les Gaëls n'avaient pas les moyens techniques des Romains. Des seigneurs de guerre établissaient des petits fiefs en construisant des mottes (dùin-chnuic) qui leur permettaient de contrôler autant de campagne et de côtes que possible à proximité. Cette pratique a conduit au développement d'une aristocratie militaire.
Le système de lois des Gaëls était très élaboré et possédait une caste de juristes. Leur société ne comptait pas moins de 27 castes d'hommes libres, parmi eux des « avocats », des druides et des bardes. Les bardes étaient aussi les gardiens de la généalogie et de l'histoire. Les Gaëls de l'époque pré-chrétienne n'avaient pas encore de littérature écrite. Leurs lois et leurs usages étaient conservés par la tradition orale. Même les rois ne pouvaient se soustraire à la loi. Les sagas, que l'on décrit aujourd'hui comme la mythologie irlandaise, ont été transmises oralement, de génération en génération.
Une forme très simplifiée d'écriture a émergé autour vers la fin du : les oghams. Cette forme d'écriture consistait à graver des lignes horizontales et verticales sur des supports en pierre ou en bois. Ceux qui ont survécu ont généralement une fonction commémorative. Il s'agit de monuments servant à rappeler le nom d'un individu, roi ou personnalité locale.
Relations avec l'Empire romain
La Gaélie échappe à l'empire Les Romains ont commencé la conquête de l’île de Grande-Bretagne en 55 av. J.-C.. Cent ans plus tard, ils avaient atteint les parties méridionales de l’Écosse, qui, à l’époque, étaient encore aux mains des Pictes.