Louis Delgrès, né le , à Saint-Pierre en Martinique, et mort le , à Matouba (commune de Saint-Claude) en Guadeloupe, est une personnalité de l'histoire de la Guadeloupe. Commandant de la Basse-Terre, abolitionniste, il est connu pour la proclamation anti-esclavagistes signée de son nom, datée du , haut fait de la résistance de la Guadeloupe aux troupes napoléoniennes.
Biographie Juridiquement Louis Delgrès est né « libre de couleur ». Il est, selon l'hypothèse la plus probable, le fils naturel d'Élisabeth Morin (dite Guiby), métisse, et de Louis Delgrès, créole blanc de Saint-Pierre (Martinique), d'ascendance bayonnaise, qui fut receveur du Roi et directeur des Domaines du Roi à Tobago. Les Archives nationales possèdent les dossiers de Louis Delgrès père, et de Louis Delgrès fils, chef de bataillon. Ces documents établissent avec une grande certitude la filiation entre les deux hommes.
Louis Delgrès fils vit avec ses parents en Martinique puis à Tobago .. Un document de indique qu'il est un excellent militaire et qu'il sait très bien lire, écrire et calculer. Ces indications révèlent la qualité de son éducation.
Carrière militaire Louis Delgrès commence sa carrière militaire le dans la milice, aux colonies. Il est bientôt nommé sergent, en garnison à la Martinique. Les conséquences des mouvements révolutionnaires dans les colonies françaises d'Amérique, notamment la révolution haïtienne, le poussèrent à affirmer ses opinions anti-esclavagistes et abolitionnistes tout en favorisant sa progression dans l'armée régulière.
Durant la Révolution Louis Delgrès s’inscrit dans le contexte de la Révolution française et de ses conséquences dans les colonies. Le , le « patriote » Louis Delgrès s'exile à la Dominique après la prise du pouvoir par les royalistes en Martinique. Le , Louis Delgrès participe à l'élection des députés des îles du Vent à la Convention nationale.
En , Louis Delgrès rejoint les rangs des républicains et monte à bord de la frégate la Félicité, navire commandé par Lacrosse. Il est alors élu provisoirement lieutenant par ses concitoyens. Il sert sous les ordres de Rochambeau et est nommé capitaine à titre provisoire. En , il est capturé par les Britanniques à la suite de leur débarquement pour la prise de la Guadeloupe, emmené en Grande-Bretagne mais il est rapidement libéré et rejoint la France.
À Brest, il reçoit son brevet de lieutenant, lors de la formation du bataillon des Antilles le . Le , Louis Delgrès arrive en Guadeloupe, en compagnie des commissaires de la Convention Gaspard Goyrand et Alexandre Lebas. Il quitte la Guadeloupe le pour reconquérir Sainte-Lucie sur les Britanniques. Il se distingue dans cette campagne et est grièvement blessé le . Le , il hisse le drapeau tricolore au morne Rabot.
Le , il est nommé capitaine par Goyrand. Le lendemain, il embarque pour Saint-Vincent, où il combat aux côtés des Garifunas (métis amérindiens caraïbes et noirs). Le , il est fait prisonnier et conduit dans les prisons britanniques. Le , il fait l'objet d'un échange de prisonniers : parti de Portchester (dans la baie de Portsmouth), il débarque au Havre.
Après les prisons anglaises En , Louis Delgrès est en garnison dans les casernes Martainville à Rouen. Puis, il est envoyé à l'île d'Aix. où il retrouve Magloire Pélage. En , il est en congé à Paris. Le , il est nommé chef de bataillon. Destiné à accompagner les agents de la Convention Nicolas-Georges Jeannet-Oudin, Étienne Maynaud de Bizefranc de Lavaux et René Gaston Baco de La Chapelle en Guadeloupe, il refuse cette nouvelle affectation car il lui est dû des arriérés de sa solde. Finalement, Victor Hugues lui fait une avance et il embarque le .
À son arrivée en Guadeloupe le , Louis Delgrès est aide de camp de Baco. En , il est aide de camp du capitaine général Jean-Baptiste Raymond de Lacrosse. Ce dernier le qualifie de sans-culotte, ce qui indique son profond engagement révolutionnaire en cette époque du Consulat. Mais, le , lorsque Lacrosse est emprisonné, il se rallie aux officiers rebelles. Il est nommé commandant de la place de Basse-Terre par le général Magloire Pélage tandis que Lacrosse est chassé hors de Guadeloupe et se réfugie sur l'île voisine de la Dominique.
Le , Louis Delgrès destitue les fonctionnaires blancs accusés de correspondre avec le général Lacrosse. Deux jours plus tard, il devient chef de l'arrondissement de Basse-Terre. Les 15 et , en collaboration avec le capitaine Massoteau, Louis Delgrès fait arrêter des officiers blancs.
Proclamation signée Delgrès du 10 mai 1802 vignette|Débarquement des troupes napoléoniennes à Pointe-à-Pitre lors de l'expédition Richepance de 1802 chargée de rétablir l'esclavage sur l'île. La situation à la Guadeloupe change à partir du , avec l'arrivée des troupes consulaires du général Richepance, envoyées par Bonaparte pour rétablir l'esclavage, validé ultérieurement par la loi du .. pour la Martinique, et de l'arrêté du (27 messidor an X) pour la Guadeloupe..
Les troupes coloniales furent la cible de dures vexations, puis des combats opposèrent non seulement les soldats métropolitains à ceux antillais, mais aussi entre les coloniaux. Les chefs militaires locaux se divisèrent alors en deux camps : si une partie, menée par les chefs de bataillon Louis Delgrès et Joseph Ignace, fait le choix de la rébellion, une autre partie, commandée par le chef de brigade Magloire Pélage, se soumet aux envoyés du gouvernement.
vignette|redresse=1.5|Proclamation du 10 mai 1802. Le , Louis Delgrès devient le chef de la résistance à Basse-Terre, faisant afficher sur les murs la proclamation À l'Univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoirCe texte est cité pour la première fois par Félix Longin dans ses Voyages à la Guadeloupe, 1848. .« Feu M. Longin, né à Caen en 1787, bachelier ès lettres et professeur distingué, s'embarqua au Havre, pour la Guadeloupe, le , alors que la France tressaillait encore des agitations amenées par la chute de l’Empire. Il y séjourna six ans. » .Le texte complet de la Proclamation à l'Univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoir rédigée par Monnereau et affichée sur ordre de Louis Delgrès est à lire sur wikisource. :
Ce texte affirme notamment que « la résistance à l’oppression est un droit naturel », faisant de cette proclamation un symbole majeur des luttes anticoloniales.
Le , Delgrès et ses troupes sont obligés de se replier au fort de Basse-Terre qu’ils doivent ensuite abandonner le (en s'échappant discrètement par la poterne du Galion à l'arrière du fort) pour se réfugier au pied de la Soufrière à Matouba, vers Saint-ClaudeDonnées commémoratives présentes sur l'historique du fort à Basse-Terre..
Le , se voyant perdus, Louis Delgrès et ses se suicident à l'explosif dans leur refuge de l'Habitation Danglemont à Matouba, en vertu de la devise révolutionnaire « Vivre libre ou mourir »..
Hommages alt=|vignette|Fort Delgrès : l'entrée principale. En 2002, le sacrifice de Matouba a été commémoré par la création d’un timbre à l'effigie de Louis Delgrès, et par la mise en place d’une stèle au fort de Basse-Terre qui porte dorénavant le nom de « fort Delgrès ». On peut lire sa proclamation au Champ d'Arbaud à Basse-Terre.
Plusieurs voies urbaines portent son nom : la rue Louis-Delgrès dans le de Paris, ainsi qu'à Vauréal, Basse-Terre, Sainte-Rose, Petit-Canal et Sainte-Anne ; la rue Delgrès aux Abymes, à Pointe-à-Pitre et au Petit-Bourg ; le boulevard Louis Delgrès à Baie-Mahault et à Goyave ; l'allée Louis Delgrès au Gosier. Trois établissements scolaires ont été nommés en son honneur : le lycée professionnel Louis Delgrès au Moule, le collège Louis Delgrès à Saint-Pierre, ainsi que l'école élémentaire Louis-Delgrès aux Abymes.
vignette|Plaque commémorative au Panthéon de Paris. Une inscription en sa mémoire a été placée dans la crypte du Panthéon à Paris :
En 2008, la région Guadeloupe a commandé en bronze de Louis Delgrès au sculpteur Didier Audrat sur les recommandations de l'historien guadeloupéen René Bélénus, dont 32 sont offerts gracieusement à chacune des communes de l'archipel. La première inauguration a eu lieu le à Saint-Claude..
Le groupe de blues Delgres a choisi son nom en hommage à Louis Delgrès..
Notes et références
Annexes
Bibliographie (poème).
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Articles connexes Joseph Ignace Toussaint Louverture Solitude (vers 1772-1802) Fort Delgrès Magloire Pélage Antoine Richepance Rétablissement de l'esclavage par Napoléon Bonaparte Joseph Serrant Napoléon Ier
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