La peinture à l'huile (souvent sur toile) est une peinture dont le liant ou véhicule est une huile siccative qui enveloppe complètement les particules de pigment.
On appelle aussi « peinture » les travaux d'enduction d'une surface par ce genre de produit. Les autorités normatives françaises demandent qu'on dise peinturage, mais ce terme n'a jamais prisAFNOR d'après .. La « peinture à l'huile » est donc aussi l'activité de nombreux artistes peintres passés et présents, ainsi qu'une technique picturale.
Enfin, une « peinture à l'huile » est un tableau peint avec cette technique.
L’huile de lin fut utilisée jusqu’au milieu du pour tous les revêtements de protection et de décoration qui devaient résister à l'eau.
La peinture à l’huile est considérée en Occident comme la technique reine dans le champ des Beaux-Arts. Des œuvres exposées depuis cinq cents ans et plus sont encore en bon état. Mais cette appellation recouvre une grande variété de procédés, et l’usage de nombreux médiums combinés.
La formulation des peintures à l'huile affecte la facilité d'application et l'aspect de l'ouvrage terminé et s'adapte à l'ouvrage envisagé. Les pigments et les charges déterminent l'opacité ou la transparence de la pellicule de peinture sèche ; les médiums à peindre lui donnent une consistance plus ou moins liquide ou pâteuse, influant sur son état de surface.
La fabrication de la peinture, à partir d'ingrédients achetés chez les apothicaires, est demeurée le domaine des ateliers d'artistes jusqu'à la fin du , pour être progressivement remplacée par des produits industriels. Au milieu du , l'invention du tube de peinture souple a facilité la peinture de plein-air et la peinture d'amateur.
La peinture à l'huile a supplanté la technique de la tempera à la fin du Moyen Âge ; les primitifs flamands en ont généralisé l'usage, qui s'est ensuite répandu en Occident. À partir du , les artistes se répartissent entre deux approches : la superposition de couches transparentes ou glacis, et le travail en pâtes opaques. Au fil des époques, la technique de la peinture à l'huile a connu des changements considérables, liés aux progrès techniques et aux évolutions esthétiques. La peinture d'un seul coup, alla prima, autrefois caractéristique des pochades, a supplanté la lente superposition de couches transparentes.
Histoire Bien qu'aujourd'hui, la peinture à l'huile désigne exclusivement celle , autrefois, le mot « huile » désignait aussi bien les huiles « fixes » ou grasses que les huiles dites « essentielles », ou volatiles que nous appelons essences. L'« huile » de la peinture pouvait être toute espèce de liant non aqueux ; voir encore .. L'intérêt de l'huile grasse et de diverses résines pour la peinture était connu dès le , mais son emploi malaisé, la consistance de la peinture, la nécessité d'attendre longuement entre chaque couche, s'opposaient à son emploi.
Vasari attribue au peintre flamand Jan van Eyck (1390-1441) l'invention de la peinture à l’huileVies, 1550, d'après ., suivi par de nombreux autres auteurs (1684) ; doute déjà, voir aussi .. Il est certain que le procédé existait avant lui.. Le moine Theophilus Presbyter mentionne ses difficultés au . Van Eyck l'a perfectionné associant des résines transparentes, durables et souples, à l'huile, entraînant son adoption générale. Ce procédé a permis d'utiliser l'huile pour des commandes pérennes, et plus tard de peindre sur toile tendue sur châssis et non plus sur panneau. Il est vraisemblable que le modèle oriental des laques chinoises ait influencé les artistes européens.
L'avènement de la peinture à l'huile en Occident a été progressif. Les peintres du Moyen Âge utilisèrent la tempera qu'ils recouvraient parfois d'une couche huileuse protectrice. Au fil des générations, cette couche d'huile s'est progressivement chargée en pigment donnant ce que l'on peut qualifier de premier glacis. On retrouve d'ailleurs dans les tableaux des frères Van Eyck, sous d'innombrables couches de glacis cette sous-couche a tempera. Les panneaux destinés à être peints étaient imprégnés de plusieurs couches de colle et d’enduit, lorsque le bois était imparfait, ce qui était souvent le cas dans les pays du sud (Italie, Espagne) ; ils étaient préalablement marouflés d’une fine toile afin de limiter les effets de dilatation ou de rétraction du bois.
Le passage de la tempera à l'huile voit aussi le passage du bois à la toile. Le bois avait pour inconvénient de limiter les dimensions des tableaux, d'une part à cause de la grandeur maximale qui pouvait être atteinte avec des planches, d'autre part par le poids des œuvres.
La toile montée sur châssis fait son apparition à partir du . On en trouve les premières utilisations sur des volets d'orgue à Venise. Ce sont d'ailleurs les Vénitiens qui diffuseront cette pratique en Italie dans le courant du et en Flandres par Rubens. La toile, généralement de lin, doit être recouverte d’une couche d’enduit qui permet à la peinture de s’accrocher. La peinture à l'huile qui produit un film souple convient parfaitement à ce support souple, qu'il est alors possible de rouler pour son transport.
Jusqu'au , les peintres prépareront leurs couleurs dans leurs propres ateliers. Les procédés sont issus de l'expérience, relèvent d'un savoir transmis par l'apprentissage dans l'atelier d'un maître, et varient de l'un à l'autre, par le choix des huiles, essences et résines, et les méthodes de préparation et d'application. La formulation varie selon l'usage qu'on en fait. Le précepte gras sur maigre en témoigne : les fonds se peignent avec des mélanges plus riches en résine (maigres), le dessus et notamment les glacis peuvent incorporer plus d'huiles (au sens moderne du terme, grasses). Van Eyck superpose de fines couches transparentes sur un fond clair, et utilise plus de résines que d'huile grasse. Rubens emploie du blanc, opaque, pour les lumières. Léonard de Vinci utilise moins de résines, et peint en couches très fines de pâte lisse et opaque. Titien abandonne les résines, sauf pour les glacis, peint opaque, revient sur ses peintures après des mois de séchage. Watteau peint plus rapidement, avec beaucoup de siccatifs, d'où un noircissement progressif des tableaux. Cette tendance s'amplifie au . .
Composition
Les couleurs à l'huile sont composées de pigments qui forment la matière colorée et d'un liant composé d'huile de lin purifiée ou d'œillette qui les lie et les agglomère. Le diluant ou solvant de la peinture à l'huile est l'essence de térébenthine ou l'essence de pétrole (ou des équivalents modernes non allergènes).
L'huile utilisée est généralement l'huile de lin ou l'huile d'œillette, voire l'huile de carthame ou de l’huile de noix. Ce que l'on appelle « séchage » est en réalité un phénomène de siccativation ou oxydation de l'huile, qui se polymérise et durcit, sans changer l'aspect de l'œuvre, et en quelque sorte, emprisonne les pigments et permet la conservation de la peinture.
La dénomination « huile sur toile » recouvre une très grande variété de techniques, impliquant de nombreux produits combinés : Les huiles peuvent être cuites dans différentes conditions, additionnées de résines naturelles en proportions variées, ce qui modifie la transparence, la viscosité et la siccativité, formant des vernis gras et des médiums, ces huiles peuvent enfin s'intégrer dans des émulsions, historiquement à base de jaune d’œuf (tempera grassa), ou de méticellulose, ce qui permet de combiner tout matériau hydrosoluble, comme la gomme arabique par exemple. C’est la combinaison des qualités de ces matériaux qui permet une bonne conservation dans le temps.
La peinture à l'huile est une technique lente à sécher (on devrait dire siccativer), par opposition à la peinture acrylique ou à l'aquarelle, qui sont des techniques aqueuses. Cette particularité permet à l'artiste de prendre le temps de mélanger ses couleurs, de récupérer une erreur et de retravailler son motif pendant plusieurs jours jusqu'à obtenir le fondu, le modelé de la forme, la touche qu'il désire.
Des substances visant à accélérer le séchage, parfois toxiques comme la céruse, pouvaient s'ajouter aux huiles naturellement siccatives. Les frères van Eyck créèrent la technique associant des résines transparentes, durables et souples, à l'huile.
Il est également possible d'obtenir des effets de matière ou de reliefs avec une pâte assez consistante. L'utilisation d'une spatule appelée aussi couteau permet d'obtenir du relief et d'augmenter ainsi la matière de l'œuvre.
On peut améliorer la consistance de la pâte par l'ajout de médiums à peindre, eux-mêmes fabriqués à partir du liant (huile) et de solvant (essence) auxquels on rajoute, éventuellement, pour améliorer la souplesse du film, une résine. Le médium rend la matière plus malléable et donc plus facile à étaler. La présence de résines ne change pas la dénomination courante de peinture à l'huile.
Les médiums à peindre permettent aussi de respecter la règle du « gras sur maigre » (propre à la peinture à l'huile) qui veut que chaque couche de couleur soit plus grasse que la précédente afin que l'accroche soit solide et durable. L'explication en est très simple : les couches maigres, qui mettent peu de temps à sécher, entreraient en conflit avec les précédentes plus grasses et toujours en train de sécher, provoquant un phénomène variant entre la peau d'orange et celle du reptile au cours de la mue… À éviter, selon les traditions. Dans les premières étapes, la pâte sera donc maigre, par adjonction d'essence et progressivement deviendra plus grasse, par ajout d'huile ou de médium. L'œuvre sera finalement vernie grâce à un vernis à retoucher puis un vernis définitif.
L'utilisation de résines (gomme dammar, gomme mastic, térébenthine et térébenthine de Venise…) rend la peinture durable. Sans ces médiums la couche picturale se dégrade rapidement.
Broyage vignette|droite|Graines de lin. En peinture à l'huile, on appelle broyage le mélange du pigment en poudre avec le liant. Broyer un matériau, c'est le réduire en poudre ; autrefois, cette opération se faisait sur une pierre polie, avec adjonction d'un liquide pour maintenir la poussière de pigment. Pour la peinture à l'huile, on broyait généralement à l'eau, puis on laissait sécher les pains de poudre pigmentaire, avant de les broyer à nouveau, avec de l'huile ; certains pigments comme le massicot ou le minium devaient se broyer directement à l'huile pour ne pas perdre leur couleur.
Jusqu'au , les peintres, ou leurs élèves, broyaient eux-mêmes les pigments en poudre avec le liant et ils les employaient rapidement. Chacun développait sa technique, à base de différentes huiles, plus ou moins jaunissantes, utilisées crues ou cuites. Ainsi l'huile de lin, siccative et peu jaunissante, fut adoptée devant l'huile d'œillette et l'huile de noix, plus claires, mais moins siccatives. À partir du des marchands de couleurs préparent les pâtes à peindre qu'ils vendent avec d'autres fournitures pour artistes et pour peintres décorateurs.
Au , le commerce des couleurs se transforme en une industrie. Les couleurs fines, pour artistes, se vendent dans des vessies de porc puis dans des tubes de peinture souple à partir de 1841. Aujourd'hui, la fabrication des couleurs à l'huile est principalement industrielle (Lefranc et Bourgeois, Sennelier, Winsor et Newton, Talens). Quelques fabricants ont gardé ou repris des manières traditionnelles afin de produire des couleurs plus proches de celles d'autrefois (Leroux, Blockx, Old Holland, Isaro, Michael Harding). Les peintures à liant résine ont supplanté la peinture à l'huile pour les usages de protection et de décoration.