Un site exceptionnel alt=carrières d'Oncin|vignette|carrières d'Oncin Les carrières de calcaire d’Oncin ou de Glay sont situées dans le Beaujolais méridional, à l’extrême nord de la commune de Saint-Germain-Nuelles. Alléon Dulac dans son mémoire de 1765 en a décrit 19, regroupées dans deux ensembles proches topographiquement mais bien individualisés : 8 sont dans les Monts-d’Or, aux portes de Lyon, et les 11 autres dans le pays des Pierres Dorées. Les carrières d'Oncin qui font partie de ces dernières se recommandent particulièrement à l’attention par divers caractères exceptionnellement réunis. Elles sont les seules à se dresser sur un site perché à 427 mètres d’altitude d’où l’on découvre un vaste panorama. La durée de leur exploitation est parmi les plus longues, du XVe siècle jusqu’en 1947. Le front de taille est parfaitement conservé. Leur visite peut être complétée par celle du hameau de Glay en contrebas où était concentré le peuple des carriers. Pour toutes ces raisons, le département du Rhône et la communauté de communes du Pays de l’Arbresle se sont joints à la commune de Saint-Germain-Nuelles pour leur mise en valeur. Les travaux ont été terminés en 2005 par la fin de l’aménagement de l’aire d’accueil desservie par une bonne route. Des panneaux explicatifs sur le métier de tailleur de pierre, son outillage, les méthodes d’extraction, le paysage, la faune et la flore ont été installés. Les seules carrières de la région aujourd’hui encore en activité sont celles qui alimentent l’usine des ciments Lafarge sur la commune de Châtillon-d’Azergues dont l’accès est évidemment interdit au public. Mais cette entreprise est, en collaboration, à l’origine du musée des Pierres Folles sur la commune de Saint-Jean-des-Vignes dont la visite pourra compléter celles de nos carrières.

Les conditions géologiques alt=coupe géologique des carrières d'Oncin|vignette|coupe géologique des carrières d'Oncin Il y a environ 170 à 174 millions d’années, à l’époque du Jurassique moyen ou Dogger des coraux vivaient dans une mer bordière de faible profondeur. L’étage géologique correspondant est appelé aalénien du nom d’une ville allemande du Bade-Wurtemberg. Les calcaires d’Oncin sont les fossiles d’animaux marins de la famille des crinoïdes ce qui leur vaut l’appellation de bioclastiques (débris d’êtres vivants). Pour être plus précis, Ils en sont les tiges et les bras articulés entre eux de ces animaux d’où le nom d’entroques. Ils sont disposés en bancs de 10 à 40 cm d’épaisseur bien marqués au sommet et jointifs et plus compacts à la base. Leur belle coloration jaune est due à la présence d ’oxyde de fer. Leur exondation hors des fonds marins et leur soulèvement ne se sont pas faits sans déformation de leur disposition originelle horizontale et ils se présentent en strates inclinées vers l’est (le pendage des géologues) de 5 à 10 degrés.

Des carriers-paysans alt=cadastre de Glay en 1829|vignette|cadastre de Glay en 1829 Si l’intérêt de cette étude porte sur l’activité des carrières, il importe de souligner que nous avons affaire à un monde de paysans pour lesquels « les travaux des champs étaient prioritaires ; ceux-ci terminés, on allait à la carrière ». C’était aussi une occupation permanente alors que les commandes de pierre variaient selon les aléas du marché avec des hauts et des bas. Les semailles permettaient de s’assurer une existence autarcique. Mais cette terre calcaire du Beaujolais convenait aussi très bien à la culture de la vigne qui y a conservé une grande importance. Chaque propriété était formée de parcelles allongées dans le sens de la pente comme le révèle le plan cadastral de 1829. La qualité de laboureur est le signe manifeste d’une certaine aisance et d’une certaine fierté. Le tissage apportait un complément de revenus apprécié. Il s’agit, dans les temps anciens du chanvre cultivé dans les chènevières. Les consoles sur certaines façades à Glay et à Conzy en témoignent encore : c’est sur elles qu’on posait les perches servant à faire sécher les fils après le teillage avant tissage. Au , la référence aux peigneurs de chanvre est une banalité. Au , la soierie lyonnaise a dispersé ses ateliers dans l’ensemble de la région dont celle de l’Arbresle et dans le trousseau de la future épouse figurait régulièrement un métier à tisser. alt=maison Rivière|vignette|maison Rivière alt=maison Pignard|vignette|maison Pignard L’autarcie n’est cependant synonyme d’isolement. Les contacts étaient nombreux avec les villages des alentours et particulièrement ceux dans lesquels on exploitait d’autres carrières comme Chessy, Bagnols, Theizé, Charnay, Châtillon. Sans aller jusqu’à parler d’endogamie, c’est là qu’une partie de la jeunesse trouvait sa conjointe. Le propriétaire exploitait habituellement sa propre carrière. Son fils était encouragé à se former au métier en étant intégré dans l'équipe. Ainsi le métier de carrier s'est transmis de génération en génération au fil des siècles dans les mêmes familles. Il y a 11 Rivière connus dont les quatre générations descendant de Pierre-Paul. Très fournie est celle des Pignard. On n'en comptait pas moins sept pour celle des Sourd, originaires de Theizé mais tôt installés à Glay ou celle des Merlin, « très ancienne famille qui aura donné des tailleurs de pierre pendant plus de 200 ans ». Pour être venue plus tardivement dans la confrérie «puisqu’il suffit de remonter simplement trois générations pour trouver l’arrière-grand-père Jean-Claude né en 1798, premier mentionné tailleur de pierre à Glay » celle des Dessainjean y a tenu cependant une place exceptionnelle. Le propriétaire pouvait aussi embaucher du personnel et former des apprentis. . Les brevets entre les parties étaient enregistrés devant notaire.

Travaux en carrière Avant d’être en mesure d’extraire la pierre, il fallait procéder à la découverte, c’est-à-dire arriver jusqu’à la roche saine. Ces travaux préliminaires pouvaient être plus ou moins importants suivant la quantité de terre et de mauvaise pierre à enlever avant d’atteindre le premier banc de roche. Comme ils ne requéraient aucune qualification particulière, ils étaient le plus souvent confiés à des manouviers ou terrassiers payés à la journée. Pour que toutes les conditions d’extraction soient réunies, il fallait d’abord pouvoir accéder au front de taille par son propre chemin ; disposer d’aisances c’est-à-dire d’un espace suffisant pour « ébaucher, tailler la pierre  jusqu’aux finitions de détail avant sa livraison au client » ; construire une loge, petit bâtiment servant d’abri pour le travail et l’entreposage des outils, parfois même avec une forge ;  s’assurer de pouvoir trouver un déversoir, c’est-à-dire un terrain pour y décharger les compres, c’est-à-dire toute la terre et la mauvaise pierre qu’il fallait avant d’atteindre la bonne roche ainsi que le marrain c’est-à-dire les déchets de pierre provoqués par la taille. On imagine aisément que ces conditions n’étaient pas toujours faciles à réunir. C’était le cas particulièrement pour les déversoirs. Un débordement éventuel vers l’extérieur était plus ou moins préjudiciable selon qu’il s’agissait de vierre paquerrage (prairie naturelle non entretenue) ou de vigne. Il était parfois nécessaire d’ériger des murs de part et d’autre de ce , en déversoir. Au moment de signer un contrat de vente, « ledit l’acquéreur fera bastir et construire un mur dans la feste de Saint-Jean-Baptiste prochaine et en cas que les compres et marrins viennent dans la terre du vendeur...ledit acquéreur fera entrer ses compres et marrins en sa perrière (carrière) ». Malheureusement des éboulements pouvaient se produire. Ainsi les 6 et , en récidive d'un premier incident, .

Le  contact avec le banc de roche alt=méthodes d'extraction|vignette|méthodes d'extraction Une fois évacuées terre et mauvaise pierre et atteint le premier banc de roche, l’extraction peut commencer. La méthode va évoluer au fil des siècles. Cela commence par l’extraction par gradins. Ces derniers forment des surfaces de dénivellement partant de la partie supérieure de la carrière, semblables à des marches. Le front de taille recule au fur et à mesure de la multiplication du nombre de ces gradins. Tel qu’on l’observe aujourd’hui, tel il était déjà au début du XXe siècle. Au fur et à mesure de la multiplication des gradins, compte tenu du pendage, il peut se faire qu’on se trouve de plus en plus éloigné du banc royal, celui de la meilleure qualité. Mieux vaut alors, plutôt que d’avoir à enlever 10 à 12 mètres de terres et de pierres impropres à la taille, changer de méthode et passer à l’extraction par tunnels. Il est possible qu’on y ait eu déjà recours dès les années 1750-1780. Celle-ci comporte deux phases. On commence par creuser des galeries horizontales qui conduisent au cœur du banc royal. Leur entrée est encore visible actuellement au bas du mur de taille. Il y en avait trois dont une a été dégagée en 1997. Des deux autres, la plus profonde à gauche s ’enfonce à 26 mètres contre 16 pour celle de gauche. La progression a été stoppée parce qu’on s’est trouvé en présence d’une veine de mauvaise qualité. L’extraction proprement  dite se fait ensuite par le creusement de puits jusqu’à une profondeur qu’on peut évaluer à 10 ou 12 mètres, ce qui imposera d’avoir à remonter les blocs de pierre une fois découpés par une grue. Les anciens ancrages faits de barres de fer pour fixer les grues sont encore visibles. La progression dans les galeries comporte des risques d’éboulement Il faut donc en renforcer le ciel (le toit)  au fur et à mesure,  ce qui se fait par une sorte de cintrage : ce ciel est renforcé par des arches maçonnées qui viennent s’appuyer sur la partie supérieure du bon banc.Le découpage des blocs

Une strate géologique est composée de bancs parallèles. A Oncin ces bancs ne sont pas très épais à la différence de ceux de Villebois, dans le Bugey, où ils atteignent de  0,4  à 1,20 mètre.  Il faut d’abord délimiter les dimensions horizontales des blocs à extraire ce qui se fait en délimitant des tranches, l’une parallèle au front de taille, les deux autres perpendiculaires. Ces tranches se faisaient à l’aide de longues barres d’acier appelées aiguilles pour obtenir une saignée verticale. Ce travail était confié à des trancheurs. Il faut ensuite séparer ce compartiment de roche de la roche en place par une action verticale de rupture. Des différentes méthodes la plus employée consistait à enfoncer des coins de bois très secs, à les battre à refus, puis à les asperger d’eau pour qu’ils se gonflent. Les carriers procédaient à cette opération en fin de journée. Lorsqu’ils revenaient le lendemain matin, ils   trouvaient le bloc rompu. Mais il ne semble pas que cette méthode ait été pratiquée à Glay. L’emploi de la poudre dans ce genre d’opération n’était pas recommandé car il se faisait toujours au détriment de la pierre. L’effort de la poudre occasionnait un ébranlement général dans le bloc et il en résulte des fissures imperceptibles mais qui ne sont pas moins nuisibles lorsqu’on en vient à tailler les parties des blocs séparés.

De la loge   au client