Série noire est un film néo-noir français réalisé par Alain Corneau, sorti en 1979.

Il s'agit d'une adaptation du roman A hell of a woman de Jim Thompson traduit en français sous le titre Des cliques et des cloaques écrite par Corneau et Georges Perec. Le film met en scène Patrick Dewaere dans le rôle principal d'un représentant de commerce à l'existence minable qui ne va pas hésiter à sombrer dans le crime et la folie par amour et pour sortir de sa condition.

Le film s'est monté après l'accord de Dewaere d'y jouer. Le tournage s'est déroulé de manière intense en six semaines avec un budget serré et des innovations techniques. Patrick Dewaere, qui se montre très impliqué, n'hésite pas à donner de sa personne pour livrer une performance bluffante et angoissante. Les autres rôles notables sont incarnés par Marie Trintignant, Myriam Boyer et Bernard Blier. Sorti en , Série noire est diversement accueilli par la critique et connaît une modeste mais correcte carrière en salles au vu du ton noir et pessimiste de l'œuvre. Depuis, le film, devenu culte, est salué comme une œuvre majeure du cinéma français par son style et son interprétation, notamment celle de son acteur principal.

Synopsis Fantasque et imprévisible, Franck Poupart subsiste en faisant de la vente en porte à porte dans la banlieue parisienne. Rêvant d'une autre vie, il vivote et mène une existence déprimante dans une grande demeure délabrée où règnent la crasse et le désordre avec sa femme Jeanne, une potiche. Le mariage s'étiole et le couple bat de l’aile.

Un jour, à la recherche d'un mauvais payeur — Andreas Tikides, immigré grec au chômage, brute assez simple d'esprit —, Franck se présente au domicile d'une vieille dame qui peut le renseigner. Au départ méfiante, celle-ci finit par lui donner l'adresse d'un gymnase où Tikides a l'habitude de s’entraîner à boxer. Franck en profite pour lui vendre une robe de chambre, tandis que cette dernière lui propose en guise de paiement quelques instants intimes avec Mona, sa nièce de seize ans. Alors que l'adolescente s'apprête à s'offrir à Franck, ce dernier, gêné, préfère ne pas profiter de la situation. Émue par cette manifestation de délicatesse, Mona lui fait promettre de la revoir.

De retour chez lui, Franck se dispute avec Jeanne, qui, lasse de sa morne vie conjugale et du caractère difficile de son mari, s'est résolue à le quitter. Par ailleurs, son patron, Staplin, qui a découvert que son employé a détourné de l'argent, n'hésite pas à le faire arrêter pour lui faire passer un petit séjour en cellule en guise de leçon. Mais, dès le lendemain, Franck est relâché, sa femme ayant remboursé Staplin.

Cependant il découvre ensuite que c'est en fait Mona qui a payé sa dette. Comme il s’enquiert de la façon dont elle a pu trouver l’argent, la jeune fille lui révèle que sa tante cache cent mille francs dans sa chambre et lui indique, à toutes fins utiles, que la vieille avare a une arme à feu. Franck met alors au point un plan pour voler l'argent, tuer la tante de Mona et égarer l’enquête sur un rôdeur. Pour cela, il retrouve Tikides, qu'il manipule, en lui faisant croire à son amitié au cours d’une beuverie.

Le lendemain soir, Franck se rend chez la vieille dame en compagnie de Tikides, non sans manifester quelques ultimes scrupules à entraîner celui-ci dans une aventure qu’il sait tragique. Après avoir intimé à Tikides de l’attendre dans la voiture, il s'en prend violemment à la vieille femme et la tue. Après avoir tout retourné dans la chambre de sa victime, il finit par trouver l'arme et le pactole. Il appelle alors Tikides et l'assassine de plusieurs balles pour faire croire qu'il a été abattu par la maquerelle, morte en chutant dans l'escalier durant le cambriolage qui aurait mal tourné. Puis, il donne ses consignes à Mona, brièvement horrifiée par le meurtre de Tikides, et s’enfuit.

Alors que tout semble s’annoncer favorablement pour lui, la névrose latente de Franck commence à s’accentuer et devient pour lui ingérable. En outre, il doit faire face au retour inattendu et encombrant au domicile conjugal de sa femme Jeanne, enceinte et à nouveau pleine de bons sentiments à son égard. Enfin, Staplin, intrigué par les bons résultats soudains de son employé, commence à avoir des soupçons quant à la provenance de l'argent.

Jeanne, qui a découvert le magot, se met à douter de son mari, qu’elle harcèle de questions et pousse dans ses derniers retranchements. Empêtré dans des explications de plus en plus confuses et invraisemblables, Franck finit par l'étrangler. Aussitôt après, Staplin débarque chez lui et le fait chanter afin de s'emparer du butin. Après avoir commencé à brutaliser Staplin, Franck n'a pas d'autre choix que de lui céder le fruit de son larcin. Ayant perdu l'argent et avec trois meurtres sur les bras, Franck étreint Mona, qui l'attend devant chez lui, en lui promettant un nouveau départ.

Fiche technique thumb|right|200px|Alain Corneau (ici à Cannes en 1990), réalisateur et co-scénariste du film. Titre : Série noire Réalisation : Alain Corneau Assistants : Laurent Ferrier, Pascal Ortega, Serge Frydman et Freddy Wong Scénario : Alain Corneau et Georges Perec, d'après le roman Titre original : A Hell of a Woman. Traduit par Gilberte Sollacarno sous le titre Des cliques et des cloaques aux Éditions Gallimard dans la collection Série noire, , en 1967. de Jim Thompson Dialogues : Georges Perec Photographie : Pierre-William Glenn Montage : Thierry Derocles Assistants : Christophe Loizillon et Chantal Ellia Son : Michel Desrois et Claude Villand Producteur : Maurice Bernart Responsable d'unité : Yvon Crenn Sociétés de production : Prospectacle et Gaumont Société de distribution : Gaumont Budget : 2 millions de francs. (soit environ en ) Pays de production : Langue : français Format : Couleur (Fujicolor) — 35 mm — 1,66:1 — son monophonique Genre : Drame et néo-noir Série noire, Time Out. Consulté le 11 novembre 2023. Durée : 111 minutes Dates de sortie : France : États-Unis : Classification CNC. : interdit aux moins de 12 ansInitialement interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie initiale en salles en France. (visa d'exploitation délivré le ) Affiche : René Ferracci (France)

Distribution Patrick Dewaere : Franck Poupart Myriam Boyer : Jeanne Poupart Marie Trintignant : Mona Bernard Blier : Staplin Jeanne Herviale : la tante Andreas Katsulas : Andréas Constantin Tikidès Charlie Farnel : Marcel, l'inspecteur de police Samuel Meck : le boxeur Jack Jourdan : l'entraîneur Fernand Coquet : le Hells Angel

Production Genèse et développement

En 1978, Alain Corneau a acquis la reconnaissance avec ses longs-métrages Police Python 357 et La Menace. Pour son prochain film, le réalisateur souhaite tourner un film dans la veine réaliste de Mean Streets de Martin Scorsese sans musique mais contenant les tubes de l'époque, dans des décors réels et avec des acteurs impliqués. À l'origine, Corneau ambitionne de collaborer avec l'auteur Jim Thompson pour adapter l'un de ses romans, Pop 1280 (qui sera finalement adapté par Bertrand Tavernier sous le titre Coup de torchon), mais le projet avorte.. Finalement, le réalisateur se porte sur un autre roman de Thompson, Des cliques et des cloaques, et commence l'écriture du script en collaboration avec Georges Perec. Adapter le roman de Thompson pour le grand écran posa de nombreux problèmes à Corneau et Perec, car les deux hommes durent réduire l'imposant récit du romancier pour un traitement cinématographique, puis s'employèrent à écrire une histoire adaptée au mode de vie français.

Pour le personnage de Franck Poupart, Corneau souhaite dès le départ que Patrick Dewaere l'interprète, quitte à renoncer à le tourner si l'acteur refuse de l'incarner. Les deux hommes se rencontrent dans un bistrot pour parler du projet. Dewaere s'est alors jeté sur le scénario, dont il a obtenu trois versions, et a contacté Corneau le soir même pour lui dire qu'il voulait absolument le rôle. Il s'agit en effet du projet que l'acteur attendait depuis toujours, du fait de sa parfaite adéquation entre le cinéma de genre et d'auteur, mais surtout à cause du personnage de Frank, un écorché vif comme lui. Dans une interview au magazine Première pour la promotion du film, Dewaere évoque son personnage qui est , ajoutant . Pour l'acteur, Série noire est , qu'.

Pendant les semaines précédant le tournage, le comédien n'a eu de cesse de parler du film et de son rôle, que ce soit à son entourage ou aux journalistes. Tellement obsédé par le film et son personnage, Dewaere vola un imperméable gris dans le Tati de Barbès alors qu'il se promenait dans le célèbre quartier parisien, pensant qu'il serait parfait pour habiller le personnage. L'acteur est tellement investi dans son personnage, en n'hésitant pas à utiliser ses souffrances les plus profondes pour au personnage, confondant ainsi de manière permanente réalité et fiction. Cet investissement hors normes lui a même fait perdre dix kilos en quelques semaines. Le rôle de l'énigmatique et taciturne Mona est confié à la jeune Marie Trintignant, dont l'expérience cinématographique s'est limitée à des participations aux films réalisés par sa mère, Nadine, qui est la compagne de Corneau. Le rôle de l'épouse de Poupart est confié à Myriam Boyer, avec laquelle Dewaere s'entendait très bien et dont John Berry, compagnon de Boyer, avait joué le père de Dewaere dans F... comme FairbanksGoogle Books (consulté le 23 avril 2020)..

Bernard Blier, choisi pour incarner le patron de Franck, est très curieux de travailler avec Dewaere, qui a tourné à deux reprises un film réalisé par son fils, BertrandLes Valseuses en 1974 et Préparez vos mouchoirs en 1978., devenu un ami de longue date de Dewaere, également dans le même état d'esprit que son aîné. Différents médias ont affirmé qu'Alain Chabat avait fait sa première apparition au cinéma dans ce film dans un rôle de Hells Angels (à environ ), ce que l'intéressé démentira .

Tournage

Série noire est tourné à l'automne 1978 en six semaines avec un budget de 2 millions de francs. Emission Affaires sensibles sur France-Inter le 11 février 2016, présentée par Fabrice Drouelle, de 18:45 à 23:00). Le film a été tourné principalement à Saint-Maur-des-Fossés et CréteilBande générique du film.. Myriam Boyer précise aussi combien le budget du film était « maigre », avec une équipe très réduite. Se montrant attentif aux remarques de Dewaere, Corneau abandonne l'idée d'improvisations, mais veut des situations spontanées, prises sur le vif. Il innove en tournant avec deux ou trois caméras avec très peu d'éclairages (le chef-opérateur Pierre-William Glenn va utiliser une pellicule plus sensible que la normale) et fait peu de prises. De plus, le son est enregistré en direct avec des micros haute fréquence sans fil portés par les acteurs..