Lutte ouvrière (LO) est un parti politique français trotskiste d'extrême gauche. Il s'agit du nom d'usage de l'Union communiste (trotskyste), principale organisation du regroupement international Union communiste internationaliste.

Communiste, révolutionnaire et internationaliste, LO défend les idées du trotskisme en France et met l'accent sur le rôle central de la classe ouvrière.

Arlette Laguiller est la porte-parole du parti pendant . Elle est la première femme à se présenter à une élection présidentielle en France, en 1974, et brigue la présidence de la République jusqu’en 2007 . Elle réalise son meilleur score en 2002, arrivant en cinquième position avec 5,72 % des suffrages exprimés.

Les actuels porte-paroles de LO sont Nathalie Arthaud (candidate aux élections présidentielles de 2012, 2017, 2022 et 2027), et Jean-Pierre Mercier.

Historique Mouvements antérieurs Premières initiatives de Barta

Lutte ouvrière prend ses origines en la personne de David Korner, plus communément appelé « Barta ». D’origine roumaine, celui-ci commence son activité politique en Roumanie au sein du Parti communiste roumain, au tout début des années 1930. Il part en 1933 étudier à Paris, où il découvre le trotskisme. En 1935, en Roumanie, il fonde une première formation, le Groupe bolchévik-léniniste, avant de partir définitivement de son pays d'origine en 1936 avec trois autres militants roumains : Klara Feigenbaum, alias Irène, Marcoux et la compagne de ce dernier..

Le projet des quatre militants est initialement de participer à la révolution sociale espagnole de 1936, mais ils s'installent finalement en France car Léon Trotski a de l'espoir quant à l'évolution de la situation politique et sociale dans ce pays. Ils rejoignent le Parti ouvrier internationaliste (POI), qui vient d'être fondé par des trotskistes exclus de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO). Ils vont ensuite, sur les conseils de Trotski, rejoindre le Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) de Marceau Pivert, où il existe une tendance défendant des positions internationalistes.

La signature du Pacte germano-soviétique, puis l'entrée en guerre de la France à la suite de l'invasion de la Pologne, font que tous les partis politiques communistes sont officiellement interdits et doivent continuer dans la clandestinité. Déjà indisposé par l’état d’esprit « petit-bourgeois » qui règne dans la Internationale à ce moment où éclate la Seconde Guerre mondiale, Barta se retire du PSOP à la suite d'un désaccord personnel lors d'une réunion du comité central du parti. Avec Irène, il fonde alors un journal, baptisé L'Ouvrier, qui connaît trois numéros et dont la publication est stoppée lorsque Irène est enfermée trois mois à la prison de la Petite Roquette en raison de son militantisme. En détention, Irène rencontre Lucienne, puis, quelques mois plus tard, Barta et Irène font la connaissance de Jacques Ramboz, un militant des Jeunesses communistes, déçu du chauvinisme du Parti communiste.

Groupe Lutte de classe ou groupe Barta

Barta rédige en un manifeste trotskiste et internationaliste au sujet de la guerre, La Lutte contre la deuxième Guerre impérialiste mondiale. Il y exprime l’intention d’établir et sa volonté de se consacrer à la propagande contre la . Ce texte est considéré comme l'élément fondateur de la tendance politique qui naît à la suite de Barta.

Constitué de Barta, Irène, Lucienne et Ramboz, le groupe se renforce avec l’arrivée de Mathieu Bucholz, un camarade de classe de Ramboz au lycée Michelet de Vanves. Bucholz est en contact avec la résistance et aide le groupe à obtenir de faux papiers. Il apporte également d'autres militants, comme son propre petit frère ou d'anciens camarades de classe membres des Jeunesses communistes, à l’instar de Pierre Bois et son frère Jean.

Après la rupture du Pacte germano-soviétique le et l'invasion de l'Union soviétique par les troupes allemandes, le groupe tire à un tract, titré « Vive l'Armée rouge ! », qui appelle à la mobilisation aux côtés de l'armée soviétique afin de défendre l’héritage de la révolution d'Octobre en URSS face à l'impérialisme, et ce bien que l'URSS soit sous la coupe de la bureaucratie stalinienne..

Sous l’Occupation, usant de faux papiers pour nombre de ses activités, le groupe démarre la diffusion des premiers numéros de La Lutte de classe en .. On se réfère dorénavant à la petite organisation comme le groupe Lutte de classe, également appelé groupe Barta. En 1944, deux organisations trotskistes, le POI et le Comité communiste internationaliste, négocient pour se réunir au sein du nouveau Parti communiste internationaliste mais le groupe Lutte de classe refuse d'y prendre part.

Quelque temps après la Libération, Mathieu Bucholz est assassiné par des membres du Parti communiste français et des FFI qui l’accusent en façade d’être un nazi mais lui reprochent surtout ses activités militantes oppositionnelles à la politique du Parti communiste. C'est ce crime qui conduit Robert Barcia alias Hardy, ami de Bucholz, à intégrer le mouvement trotskiste.

Militantisme en entreprise et crise

Dans les premières années d'après-guerre, le groupe décide de commencer un travail de militantisme en entreprise, au côté de la classe ouvrière. L'organisation fait en sorte que plusieurs de ses militants soient embauchés chez Renault au sein de l'usine de l'île Seguin. Comptant alors une dizaine de militants, le groupe se fait désormais appeler « Union communiste ».

Le travail d'agitation démarre avec la publication d'un bulletin d'entreprise, La Voix des travailleurs de chez Renault. Finalement, une grève très suivie commence chez Renault en 1947 : l'une de ses principales figures est Pierre Bois, militant du groupe et employé dans l’entreprise depuis 1946. Cette grève est décidée et menée par les ouvriers indépendamment des consignes de la CGT, Bois en devenant le dirigeant pratique et Barta le dirigeant politique. Une attaque de tuberculose empêche Hardy d'y participer. Le mouvement social entraîne une série d'autres grèves en France et la démission du gouvernement Ramadier des ministres appartenant au Parti communiste français.

À la suite de la grève, ne pouvant continuer à militer au sein de la CGT, le groupe organise son propre syndicat, le Syndicat démocratique Renault (SDR). Bien que cette formation ait de 1947 à 1949 de l'influence au sein de l'usine, des tensions apparaissent : Bois et Barta s’opposent sur l’orientation du groupe et, à la suite d'un conflit au sujet de la rédaction d'un tract du SDR, le groupe se scinde en deux fractions à la fin de l’année 1949. La lassitude s’empare de la plupart des militants, qui cessent peu à peu toute activité, et la scission entre le groupe constitué autour de Bois et celui de Barta est consommée en 1950, entraînant la disparition du SDR et de l’Union communiste.

Voix ouvrière Constitution d'une nouvelle organisation Démissionnaire à l'été 1948, Hardy reparaît en 1950. En compagnie de Pierre Bois, toujours actif chez Renault, et d’Irène, il tente pendant cinq ans de reconstituer un groupe. Des étudiants, sympathisants et militants du PCF et de la SFIO, ainsi que des pionniers du mouvement de jeunesse sioniste de gauche Hashomer Hatzaïr, viennent renforcer les rangs.

En 1954, Pierre Bois est contacté par l’organisation révolutionnaire Socialisme ou Barbarie pour lancer un bulletin d'information ouvrière au sein de l'usine Renault : c'est la naissance de Tribune ouvrière. Rapidement, le groupe décide d'un changement de format avec un bulletin recto-verso comportant un éditorial politique au recto et de courtes brèves sur le quotidien des conditions de travail au sein de l'entreprise au verso. Ce format est alors généralisé à l'ensemble des différentes entreprises où les militants du groupe se trouvent.

La feuille prend le nom de Voix ouvrière en . À ce moment, cette presse militante existe dans plus de groupes industriels français : en plus de Renault, c’est le cas notamment chez Citroën, la Société des usines Chausson ou la SNCF. À la même période, Barta consent à aider à la rédaction de onze numéros du nouveau La Lutte des classes, avant de couper définitivement contact début 1957, entraînant la fin de la parution de cet organe militant.

Développement et extension C'est le qu'a lieu l'assemblée générale actant de la création de l'organisation Voix ouvrière, rue Serpente à Paris..

De 1959 à 1961, des bulletins de Voix ouvrière sont aussi édités par des militants du PCI lambertiste dans leurs entreprises respectives, en collaboration et en accord avec l'organisation.

À l'occasion des élections législatives de 1962, l'organisation recommande de voter pour les candidats du PCF afin que la classe ouvrière puisse exprimer .

Le , l'organisation lance un journal bimensuel Voix ouvrière de quatre pages, contenant une sélection des différentes brèves des bulletins Voix ouvrière ainsi que l'édito national. En , la parution devient hebdomadaire et quatre pages d'analyse politique sont ajoutées au journal. En , les militants de l'organisation éditent désormais d'entreprises. La charge de travail étant plus grande pour Voix ouvrière, il est décidé d'abandonner les locaux situés à Corbeil-Essonnes et place Jacques-Bonsergent () pour de nouveau locaux rue du Château-Landon (également ). Cette période de croissance de l'organisation fait aussi que sont ouvertes dans .

Aux élections législatives de 1967, un appel à l’abstention est lancé aux militants et sympathisants.

Mai 68 et dissolution À la suite du meeting de Charléty tenu à l'issue de Mai 68, Hardy constate un engouement pour les idées révolutionnaires aussi bien au sein de la jeunesse étudiante que chez les ouvriers. Il propose alors une union avec les deux autres principaux groupes trotskistes, le Parti communiste internationaliste (PCI) et la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), dans le but de fonder un parti révolutionnaire commun, mais cette proposition est refusée.

Après Mai 68, comme tous les mouvements se réclamant du trotskisme et d'autres formations d'extrême gauche en France, Voix ouvrière est interdite et dissoute par décret du président de la République, en application de la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées. Par ailleurs, le responsable de publication du journal, Maurice Schrœdt, est enfermé neuf jours au fort de Vincennes.

Débuts de Lutte ouvrière En continuité de Voix ouvrière Malgré la dissolution de Voix ouvrière, le mouvement se reforme une semaine plus tard sous un nouveau nom, Lutte ouvrière (LO). Cette réactivité est due au fait que la direction de l'organisation a toujours envisagé la possibilité d'une dissolution depuis la guerre d'Algérie. Les bulletins dans les entreprises et le journal continuent de paraître sous le nouveau nom. Parallèlement, plusieurs militants rejoignent le Parti socialiste unifié (PSU) pour obtenir une couverture au cas où la répression politique envers Lutte ouvrière reprendrait.

Pour l’élection présidentielle de 1969, la Ligue communiste présente Alain Krivine et refuse aux autres organisations d'extrême gauche de s'associer à sa candidature. Néanmoins, Lutte ouvrière prend la décision de mener une campagne de soutien à Krivine. Celui-ci arrive en septième et dernière position du premier tour avec 1,06 % des suffrages exprimés..

Lutte ouvrière continue sa croissance et organise en 1971 la première « fête de Lutte ouvrière » sur un champ de la commune de Presles, en banlieue parisienne.

Premières participations électorales