Jacqueline de Bavière (en néerlandais : Jacoba van Beieren, en latin : Jacoba Bavariae), enfant unique de et de Marguerite de Bourgogne, est née le au Quesnoy et morte le à Teilingen, au nord de La Haye.

À l'issue d'une vie brève et tumultueuse, Jacqueline de Bavière, petite-fille de Philippe le Hardi et cousine de Philippe le Bon, premier et troisième ducs de Bourgogne de la maison de Valois, apporte contre son gré les comtés de Hainaut, de Hollande et de Zélande à l'État bourguignon en construction.

Biographie

Origines familiales et formation Elle est la fille de , comte de Hainaut, de Hollande, de Zélande et seigneur de Frise, et de Marguerite de Bourgogne, fille de Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne de la maison de Valois.

Jacqueline nait dans le comté de Hainaut, fief relevant du Saint Empire, au Quesnoy (aujourd'hui en France, dans le département du Nord), près de Valenciennes.

Jacqueline passe sa jeunesse avec sa mère au château du Quesnoy, près de la forêt de Mormal. Son père préfère le château de Bouchain, aussi en Hainaut, et est souvent parti, fréquentant notamment la cour du roi de France .

Fiançailles (1406) et mariage avec Jean de France (1415) Lors d'un de ces voyages, conclut avec un accord sur le mariage de sa fille avec le quatrième fils du roi, Jean de France. Cela donne lieu à des festivités à Compiègne, le , d'ailleurs en l'absence de Guillaume. Jacqueline n'a que 5 ans et son fiancé, 8.

Ensuite, Jacqueline et Jean gagnent sous la protection de Marguerite de Bourgogne Le Quesnoy, après un passage à Valenciennes, puis à Mons. Le roi de France voit dans cet éloignement un moyen d'assurer à son fils vie agréable et insouciante à l'écart des troubles de la guerre de Cent Ans et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. Il assure d'ailleurs l'entretien de son filsSury, ; G. Wymans, .

Cinq ans plus tard, le jeune couple étant sur le point d'atteindre l'âge nubile, le pape confirme le les dispenses de mariage que nécessite leur consanguinité aux et Acte cité par Wymans, .. En , donne à Paris des lettres pour l'accomplissement du mariage, l'.

Un contrat de mariage est conclu à La Haye, le à la demande de qui règle en particulier sa succession et le sort des pays de Hainaut, de Zélande, de Hollande, de la seigneurie de Frise et de leurs dépendances :

Reiffenberg et VandervinHistoire du comté de Hainaut, , Bruxelles, A. Jamar, . soulignent la place qu'a pu occuper dans ces tractations le traité de paix de Senlis du Léon Mirot, Autour de la paix d'Arras (1414-1415), Bibliothèque de l'École des chartes, 1914, , p. 253-327, ; Thomas Paul, Le texte authentique de la "Paix d'Arras" (4 septembre 1414), Revue du Nord, août 1914, , p. 193-215, .. Selon eux, le mariage a été conclu à l'occasion de la signature de ce traité qui réunit divers belligérants dont Guillaume de Hainaut, qui, ayant à se plaindre des dévastations causées en Hainaut par le duc de Bourbon, reçoit en indemnité la promesse d'un versement de de 18 sols parisis la pièceAccord de Paris du 20 janvier 1415, signalé par G. Wymans, et Sury, ..

Quoi qu'il en soit, Jacqueline et Jean de France sont mariés à La Haye le .

Printemps 1417 : veuve et orpheline de père Moins de deux ans plus tard, le , Jacqueline se retrouve veuve à 15 ans. Elle conserve les armes de son époux jusqu'en 1418.

À peine deux mois plus tard, le , elle hérite des titres de son père : elle devient comtesse de Hollande, de Zélande et de Hainaut et dame de Frise, in : Wymans, p. 288. (vidimus du 14 juin 1417 : des éléments de celui-ci seront repris dans un vidimus du 14 août 1418 et dans un autre du 29 novembre 1418)..

Le frère de , , prince-évêque de Liège, qui conçoit rapidement le projet de s'emparer aussi de l'héritage de sa nièce : dès 1417, il se fait reconnaître comme comte de Hainaut, de Hollande, de Zélande et seigneur de Frise par l'empereur Sigismond de Luxembourg.

Second mariage : (1418)

Le , Jacqueline se remarie à La Haye avec , duc de Brabant, son cousin germainHenri Pirenne, Histoire de Belgique, p. 446..

Celui-ci ne manque d’ailleurs pas, dès son mariage, de se présenter, , comme comte de Hainaut :

De même, en , il impute des frais de cérémonie dans « son pays hainuyer » sur les comptes du receveur de Hainaut :

En 1420, malgré l'opposition de sa femme et des États de Brabant, il conclut avec un accord de cession des provinces de Hollande, de Zélande et de Frise. En conséquence, Jacqueline se sépare de lui et tente de faire annuler son mariage en invoquant la proximité parentale.

Mariage caduc avec Humphrey de Gloucester (1423) et nouveau veuvage (1427) Mais la demande d’annulation s'enlise dans la procédure. Lassée des hésitations du VaticanLa question soulevait en effet des questions juridiques sur la succession par les femmes et des problèmes de loyauté, vu que l'empereur qui octroyait le titre de duc de Bavière à était lui-même couronné par le pape. et , en 1423, Jacqueline part en Angleterre à la cour de Catherine de Valois ( sœur de Jean de France son premier mari) et y épouse le duc Humphrey de Gloucester, fils du roi et frère du duc de Bedford, régent de France pour son neveu .

Toutefois son précédent mariage n’étant pas annulé, celui-ci reste caduc.

Elle revient en sur le continent à la tête d'un contingent de soldats pour tenter de reconquérir son héritage. Mais Jean de Bavière meurt alors très opportunément, peut-être d’un empoisonnement, le , sans laisser d'héritier. Jacqueline récupère les titres hérités de son père.

, son époux, décède à son tour le .

L'intrusion de Philippe le Bon Philippe le Bon, duc de Bourgogne depuis 1419, profite de la situation de Jacqueline (veuve, sans enfant) pour se faire reconnaître comme son héritier présomptif, en tant que cousin germain : ils sont tous deux des petits-enfants de Philippe le Hardi. Il est lui-même présent aux Pays-Bas en tant que comte de Flandre, titre acquis par son père Jean sans Peur.

Dès le , il a fait frapper à Gand des monnaies d'or sur lesquelles il se présente comme « héritier de Hollande ». Voir aussi ..

À partir de , il se présente comme « hoir » (héritier) du comté de Hainaut. Il prête serment à ce titre à la collégiale Sainte-Waudru de Mons. Il s'impose progressivement comme « régent » des possessions de sa cousine. Dans un document du , Philippe est présenté comme « bail, mambour et gouverneur » du comté de HainautVidimus, [s. d., fin juin 1427] relatant un parchemin de Mons du 23 juin 1427) cité par Wymans, p. 311.. Dans une lettre du , Philippe accepte le « bail, mambournie et gouvernement de la ville de Valenciennes », dont il s'engage à respecter les libertés et franchises, « en attendant l'annulation du mariage de Jacqueline de Bavière avec le duc de Gloucester »Copie du 4 novembre 1788, Archives municipales de Valenciennes, AA 2.. La cession de la propriété de la ville suit : par une lettre du , Jacqueline lui cède explicitement Lettre de Jacqueline de Bavière à , Archives municipales de Valenciennes, AA 3..

Le traité de Delft entre Jacqueline et Philippe (1428) Le , Jacqueline de Bavière et Philippe le Bon signent le traité de Delft, dit « de paix », par lequel celui-ci devient régent et héritier des biens de Jacqueline. Celle-ci ne peut pas se marier de nouveau sans l’autorisation de son cousin, mais reçoit en compensation le comté d'OstrevantSury, p. 189-190. Le comté d'Ostrevant est un territoire situé au sud de Douai, entre l'Artois, le Hainaut et le Cambrésis, correspondant à l'ancien pagus Ostrebannus. Voir Jules Viard, L'Ostrevant : enquête au sujet de la frontière française sous , Bibliothèque de l'école des chartes, 1921, tome 82, p. 316-329 ()..

Ces accords donnent les pleins pouvoirs à Philippe, qui les exerça aussitôt en Hainaut en nommant de nombreux officiers fidèles à sa cause, écartant ceux qui étaient restés attachés à Jacqueline :

Quatrième mariage : Vranck van Borselen (1432) thumb|right|Reproduction d'un portrait de Jacqueline de Bavière par Jacques Le Boucq dans le Recueil d'Arras, , f° 36.

Parmi ces fidèles de Philippe le Bon se trouve Vranck van Borselen, stathouder de Hollande et de Zélande, et chargé de surveiller Jacqueline. La duchesse et son gardien tombent amoureux et, en dépit du traité de Delft, se marient en sans autorisation ducale. Philippe le Bon l’ayant appris, fait incarcérer l’époux au château de Rupelmonde et le condamne à mort pour félonie, faisant de lui un otage au service de ses ambitions territoriales : Il propose en effet à Jacqueline de gracier Vranck si elle lui cède tous ses États à titre définitif, ce qu'elle accepte.

Transfert au duc de Bourgogne des possessions de Jacqueline (1433) Un traité est donc conclu à La Haye le . Jacqueline et son époux ne conserveront que les titres de comtesse et comte d’Ostrevant et recevront une rente annuelle, prélevée sur les revenus du comté :

Ainsi, dès 1433, l'héritage de Jacqueline de Hainaut est officiellement réuni aux autres possessions bourguignonnes du Nord. Le Hainaut devient un comté palatinSury, p. 191-192..

Une mort prématurée (1436) Jacqueline de Bavière, minée par l’ennui, le climat humide et peut-être par la tuberculose, meurt dans son château de Teylingen, situé au nord de La Haye, non loin du KeukenhofCélèbre parc floral qui lui servait de potager., le , à l'âge de 35 ans.

Vranck van Borselen organise de somptueuses funérailles. Elle est inhumée à La Haye dans la chapelle sépulcrale du château des comtes de Hollande et de Hainaut, la Hofkapel, aux côtés de ses grands-parents, le duc et Marguerite de BrzegSury, p. 138-139, 193-194 ; Guide ou Nouvelle description de La Haye et de ses environs, chez la Société des Libraires, à La Haye, (année 1785), p. 56 ; J.F. Le Petit, « La grande chronique de Hollande, Zélande, West frise, Overyssel et Goreningen jusqu’à la fin de l’année 1600 ». Tome 1, imp. J. Canin, Dordrecht, 1601, ..

Ascendance

Jacqueline de Hainaut dans les arts et la littérature Une vie courte et une destinée malheureuse ont fait de Jacqueline de Bavière un personnage romanesque. Sa vie a été largement colportée, avec toutes les déformations et légendes que cela peut faire naître. Plusieurs auteurs se sont aussi saisi de cette figure historique exceptionnelle. . . . .

Archives Objets thumb|right|Le sceau de Jacqueline de Bavière. . Sceau de Jacqueline de Bavière (avers), , Archives municipales de Valenciennes, 8 JJ (A 3) (1/1) avers, en ligne. . Tresse de cheveux de Jacqueline de Bavière, Rijksmuseum Amsterdam.

Documents Archives municipales de ValenciennesVoir https://archives-en-ligne.valenciennes.fr/. 8 JJ (A 1), Lettres patentes de Jacqueline de Bavière autorisant les confrères de Saint-Jacques à fonder un hôpital, [copies de 1619, 1778]. 8 JJ (A 2), Lettres patentes de Jacqueline de Bavière autorisant la fondation des trois premiers lits, . AA 2, Lettre de , duc de Bourgogne, par laquelle il accepte bail, mambournie et gouvernement de la ville de Valenciennes, dont il s'engage à respecter les libertés et franchises, en attendant l'annulation du mariage de Jacqueline de Bavière avec le duc de Gloucester, , copie du . AA 3, Lettre de Jacqueline de Bavière, comtesse de Hainaut, pour annoncer qu'elle cède à "la ville de Valenciennes et toute sa seignourie, droitures, possession et revenus..." comme elle l'a déjà fait pour le comté de Hainaut, la Hollande et la Zélande, , copie du . 8 JJ (A 3), Lettres d'amortissement accordées par Jacqueline de Bavière concernant la maison sise près de l'église Saint-Paul, acquise par les confrères de Saint-Jacques ; autorisant les donations à concurrence de 1000 livres ; accordant que les biens des malades qui y mourront reviennent à l'établissement, .

Documents signalés dans G. Wymans, Inventaire analytique du chartrier de la Trésorerie des comtes de Hainaut : 1176-1818, Bruxelles, A.G.R., 1985, lire en ligne.