Gauliga (au pluriel Gauligen) fut le nom générique désignant les plus hautes divisions sportives dans l'Allemagne nazie. Il fut exigé et appliqué par les ordres du DRL/NSRL, le « ministère des Sports » du III Reich entre 1933 et 1945. Le terme « Gauliga » s'appliqua essentiellement aux plus hautes divisions de football et resta employé malgré le changement de nom en Sportbereichesklasse apparu en 1939.

Nom Le mot allemand Gauliga est composé de Gau qui désigne une « région » et Liga « ligue ». Au pluriel, on dit Gauligen. En général de nos jours, ce terme n'est plus employé en Allemagne car il est trop rattaché à la période du nazisme. Toutefois, certains sports ont encore des Gauligen comme la Gymnastique et le Fistball.

Origines Dès son arrivée au pouvoir, Hitler et son parti nazi (NSDAP) transformèrent l'Allemagne en un État totalitaire. Les Nazis redéfinirent l'organisation interne du pays. Un des changements notables fut la subdivision de l’État en « Gaue ». De nombreuses zones occupées par l'armée allemande furent incorporées au Grand Reich. Les Gaue étaient dirigées administrativement par un Gauleiter, pratiquement toujours choisi parmi les plus fidèles de l'idéologie nazie.

Voir la page: Divisions administratives de l'Allemagne nazie

Les Gauligen furent instaurées en 1933 par le régime nazi en remplacement des Berziksliga (ou Berziksklasse) de la République de Weimar. Avant cette mise en œuvre, les plus hautes divisions du football allemand étaient gérées par région par leurs fédérations respectives. Il y avait, par exemple, la Nordeutschen Fussball Verbandes, la Verbandes Süddeutscher Fussballvereine ou encore la Verband Brandenburgischer Ballspielvereine, …

Le , les Nazis incendièrent le Reichstag. La dictature hitlérienne étendit ses fléaux sur l'Allemagne. Peu après, les responsables de l'association Rotsport (d'obédience communiste) sont arrêtés. Ensuite, ce fut au tour de l'ATSB (ligue ouvrière) de voir ses compétitions interdites. La Deutscher Fussball Bund (DFB), la fédération allemande de football, ne fut pas épargnée.

Le , le Parti nazi plaça l'officier SA Hans von Tschammer und Osten au poste de « Commissaire du Reich pour l’Éducation physique et les Sports » (en , il fut nommé Reichssportführer (« Ministre des Sports du Reich ») à la tête du Deutscher Reichsausschuss für Leibesübungen (DRL). Les anciennes structures sportives nationales, puis régionales, furent supprimées (Gleichschaltung). Les Nazis installèrent leur propre organigramme. Le sport en général et le football en particulier devinrent d'importants outils de propagande. Parmi les premières règles imposées, il y eut l'uniformisation du statut de tous les clubs et l'interdiction d'avoir des membres juifs.

Voir la page: Ministère nazi des Sports.

Généralités

L'instauration des Reichsgaue (« Régions du Reich ») fit partie de la politique nazie afin d'obtenir un meilleur contrôle de toutes les parties du pays. Ces Gaue remplacèrent les anciens États, comme l’État libre de Prusse ou la Bavière.

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L'instauration des Gauligen sonna comme une déception pour plusieurs dirigeants du football allemand dont les sélectionneurs de l'équipe nationale Otto Nerz et Sepp Herberger„Fußball ist unser Leben“ - Beobachtungen zu einem Jahrhundert deutschen Spitzenfußballs (in German) author: Peter März, publisher: Die Bayerische Landeszentrale, accessed: 24 June 2008 qui espéraient une "Reichliga", un championnat unifié comme en connaissait déjà l'Angleterre ou l'Italie. Peu avant l'arrivée au pouvoir du Parti hitlérien, la DFB envisageait sérieusement de mettre sur pied un championnat national professionnel joué en une seule grande ligue. Une réunion spéciale devait être tenue les 28 et dans le but d'instaurer une « Reichliga professionnelle ». Mais un mois avant la date prévue, la réunion fut annulée car le professionnalisme n'était pas du tout conforme à l'idéologie nazieSport und Kommerzialisierung: Das Beispiel der Fußballbundesliga Article on the Bundesliga and its predessesors, accessed: 20 April 2009.

La performance décevante de l'équipe d'Allemagne lors de la Coupe du monde 1938 rouvrit le débat sur la création d'une Reichliga. En août 1939, une réunion fut tenue afin de créer un système de ligue autour de six gauligen comme transition vers un championnat unifié. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale mit fin au projetEn fait, l'Allemagne ne connut pas de championnat unifié avant 1963 avec la création de la Bundesliga. Et cela fut pour des raisons similaires à celles évoquées en 1939 : une Coupe du monde décevante (1962 au Chili).

Début 1935, avec le retour de la Sarre, les frontières de l'Allemagne commencèrent de s'étendre. La politique expansionniste du régime nazi puis la Seconde Guerre mondiale amenèrent d'autres régions au sein du III Reich. Ces régions furent à leur tour rebaptisée « gau » et qui eurent donc, pour la plupart, leur gauligaDerErsteZug.com. Fußball, by Tait Galbraith. Accessed 15 May 2008.

Lorsque la Guerre 1939-1945 débuta la pratique du football devint accessoire, et surtout de nombreuses équipes connurent une pénurie de joueurs, puisque ceux-ci étaient incorporés dans la unités de la Wehrmacht, des SS, de la Luftwaffe ou de la Kriegsmarine. Les Gauligen se scindèrent en sous-groupes afin de faciliter les déplacements. Ceux-ci devinrent de plus en plus ardus et risqués au fil que le conflit avança. De nombreux clubs fusionnèrent ou créèrent des Kriegsgemeinschaften (association de guerre) en raison du manque de joueurs. La compétition perdit en qualité au fil du temps et au fur et à mesure des fluctuations dans les effectifs des équipes et de qui pourrait se présenter pour jouer ou non.

La dernière saison 1944-1945 ne fut jamais terminée, en grande partie parce que le territoire allemand passa sous contrôle des armées alliées. La reddition sans condition du régime nazi, le mit fin à toutes les épreuves sportives. Le dernier match officiel des Gauligen fut joué le .

Finances Contrairement aux ligues actuelles qui bénéficient de plusieurs sources de revenus, les Gauligen n'avaient pour seules rentrées que la vente des tickets d'entrée aux matches. Si de nos jours, dans la grande généralité des casIl existe des exceptions, par exemple en Coupe de Belgique, où la recette est partagée entre les deux clubs dans le cas d'un tour joué en une seule manche. des cas, l'équipe à domicile conserve la recette d'un match, cela se passait totalement différemment pour les gauligen.

Pour les rencontres de la saison régulière, les matches de Coupe ou pour toute partie à enjeu, la recette était partagée entre la Fédération nationale qui en recevait 5 %, le club visité et le club visiteur. Le club « à domicile » avait droit à 10 % pour l'emploi de son terrain et 5 % de frais administratifs. Les 75 % restants étaient partagés entre les deux clubs.

Ces rapports changeaient pour les matches de phase finaleDès ses origines, le Championnat d'Allemagne désigna son vainqueur à la suite d'un tour final regroupant les meilleures de leur région. Celles-ci devinrent donc « Gau » sous le régime nazi. Cela dura jusqu'en 1963 et la création de la Bundesliga pendant laquelle les rencontres étaient disputées sur « terrain neutre ». 15 % des rentrées étaient alloués à la location du terrain, aux frais administratifs et aux coûts des déplacements des équipes concernées. Le reste était partagé entre les clubs en lice et la Fédération nationale (DFB).

Pour les demi-finales et la finale, d'autres clés de partage étaient mises en place. En demi-finale, chaque club recevait 20 % du revenu net (c'est-à-dire dont la location du terrain, les frais administratifs et coûts de déplacement avaient été déduits). Pour la finale, chaque finaliste ne recevait que 15 % des rentrées nettes.

Influence des Nazis sur le football Dès sa prise de pouvoir, le Parti nazi contrôla toutes les disciplines sportives qui furent placées sous la direction du « Reichssportführer », Hans von Tschammer und Osten. La Deutscher Fussball Bund (DFB) tomba totalement sous la coupe de la dictature hitlérienne.

En 1935, une Coupe d'Allemagne fut créée et nommée « Tschammer Pokal ». Elle fut l'ancêtre de l'actuelle DFB-Pokal. Les Nazis interdirent toutes les associations sportives ouvrières (Arbeiter Sportvereine) et toutes les associations sportives juives. Dès 1933, les clubs juifs furent bannis des toutes les compétitions de football et durent jouer entre eux. À partir de 1938, tous les clubs sportifs juifs furent interditsJewish Teams Worldwide at RSSSF.com.

Après l'annexion de l'Autriche en 1938, un club comme l'Austria Vienne, qui avait de fortes connexions avec la communauté juive, fut persécuté. De nombreux dirigeants de ce club, dont son président Emanuel Schwarz, n'eurent d'autre choix que de s'exiler pour survivre au régime naziFußball unterm Hakenkreuz - »Wer's trotzdem blieb« - die Austria (in German) author: David Forster and Georg Spitaler. En Allemagne, des clubs comme le VfR Mannheim, le VfB Mühlburg, le 1.FC Kaiserslautern, les Stuttgarter Kickers, l'Eintracht Francfort et le FSV Francfort, qui connurent le succès avant 1933 en bénéficiant de l'apport de membres de la communauté juive, se retrouvèrent rapidement impopulaires auprès des Nazis. Même après le renvoi des membres juifs, ces clubs restèrent peu appréciés des dirigeants politiques hitlériens. Les joueurs du Bayern Munich, par exemple, furent fortement critiqués pour avoir honoré leur président Landauer, lors d'un match amical au Servette Genève en Suisse„Fußball ist unser Leben“ - Beobachtungen zu einem Jahrhundert deutschen Spitzenfußballs - Juden und Fußball (en allemand) auteur : Peter März, publisher: Die Bayerische Landeszentrale..

Les sports en général et le football en particulier furent employés pour faire la propagande du parti. H. von Tschammer ordonna que les joueurs des clubs des anciennes associations ouvrières, désormais interdites, passent vers des clubs approuvés par les Nazis qui ne voulaient pas perdre les meilleurs joueurs du pays. Sous les ordres de von Tschammer, les critères de performance restèrent toutefois préférés aux critères politiques. Malgré cela, le nombre de joueurs et de clubs actifs déclina dans des régions comme la Ruhr où les mouvements ouvriers étaient traditionnellement fortsDietrich Schulze-Marmeling. "Fußball unterm Hakenkreuz". ak - Zeitung für linke Debatte und Praxis..

Le fait que certains grands joueurs comme ceux de Schalke 04 Tibulski, Kalwitzki, Fritz Szepan et Ernst Kuzorra portaient des noms à faible consonance allemande et étaient d'origine polonaise fut ignoré par les Nazis. Au contraire, des joueurs comme Szepan représentèrent l'Allemagne lors des Coupes du monde 1934 et 1938Dirk Bitzer, Bernd Wilting. Stürmen für Deutschland: Die Geschichte des deutschen Fußballs von 1933 bis 1954. Campus Verlag, pp. 60-64. Google Books.. Par contre, des joueurs juifs comme les anciens internationaux Gottfried Fuchs et Julius Hirsch ne furent plus les bienvenus. Si G. Fuchs, qui avait inscrit le total incroyable de 10 buts contre la Russie en 1912, s'exila au Canada, J. Hirsch périt à Auschwitz.

Dans les territoires occupés L'attitude des Nazis concernant le football et ses clubs dans les territoires occupés varia grandement. Les clubs polonais ou tchécoslovaques ne furent pas autorisés à participer aux Gauligen. Par contre, cela fut différent dans des régions comme l'Alsace, la Lorraine et le Luxembourg. Certains clubs furent incorporés à une Gauliga sous la forme allemande de leur nom.

Les clubs tchécoslovaques firent partie d'un championnat qui leur était propre, le « Championnat de Bohême-Moravie », qui se jouait parallèlement à la « Gauliga de Bohême-Moravie ». Celle-ci était réservée aux clubs de souche allemandeBohemia/Moravia and Slovakia 1938-1944. RSSSF.com. Accessed 31 May 2008..

Championnats d'Allemagne 1933-1945