La bataille de Stonne, opposant les Allemands aux Français et se déroulant du au , est une des plus importantes batailles de la bataille de France.

Pendant plusieurs jours, l'infanterie et les blindés des deux camps s'affrontent, avec de lourdes pertes, pour le contrôle du village de Stonne et de la ligne de crête sur laquelle il est situé. Dominant en hauteur la tête de pont allemande de Sedan au nord, une attaque française depuis cette ligne aurait pu déboucher contre elle et menacer ainsi la progression des Allemands vers la Manche.

Cette bataille est parfois évoquée comme le « Verdun de 1940 ». Les attaques françaises à Stonne furent considérées comme les plus dangereuses de la campagne de l'ouest, le village en lui-même changera de camp dix-sept fois en seulement trois jours.

C'est finalement une victoire opérationnelle des Allemands, malgré des pertes importantes pour leurs troupes. Les forces allemandes écartent la menace sur le flanc de leur axe d'attaque principal, dont la direction réelle a aussi été masquée un temps aux Français par la bataille.

Contexte historique

Le , le Troisième Reich lance une grande offensive sur les Pays-Bas, le Luxembourg, la Belgique et la France dans ce qui sera appelé la bataille de France.

Les Allemands appliquent le plan jaune : leur groupe d'armées B attaque les Pays-Bas et avance dans la plaine belge, y attirant ainsi l'aile marchante des Franco-Britanniques qui suivent le plan Dyle-Bréda prévu dans le cas d'une telle offensive allemande dans les pays neutres. Dans le même temps, le groupe d'armées A allemand, avec en premier échelon ses formations de chars (la et la ), lance l'attaque principale au centre de la ligne de front, à travers les Ardennes, et atteint ainsi la Meuse le 12 au soir, la franchissant en force le lendemain.

Prélude à la bataille Tête de pont allemande à Sedan

thumb|gauche|Attaque allemande en France (« Fall Gelb » ou « Plan jaune ») du au Ainsi, le XIX. Armee-Korps (mot.) de Heinz Guderian (dépendant de la Panzergruppe von Kleist) traverse la Meuse autour de Sedan dans l'après-midi du 13 avec trois divisions blindées face au d'armée français ( CA du général Grandsard, relevant de la de Charles Huntziger). Les Allemands forment une tête de pont qu'ils étendent encore pendant la nuit, à l'aube du 14 celle-ci est comprise entre les rivières Bar et Ennemane, profonde jusqu'au sud du bois de la Marfée, sur la ligne d'arrêt.

Réaction française : montée en ligne du d'armée Les Français se préparent à contre-attaquer pour le lendemain afin de repousser les Allemands de l'autre côté de la Meuse. La prévoit ainsi que ce soit le fait de sa réserve : le corps d'armée ( CA, de Jean Flavigny) qui dispose de cinq divisions (notamment la cuirassée ( DCr) et la d'infanterie motorisée). De son côté le CA s'apprête à mener sa propre contre-attaque, mais sans coordination aucune avec celle du , alors qu'ils se fixent les mêmes objectifs : en effet la semblant estimer le CA comme n'étant plus opérationnel, n'a pas tenu compte de sa présence pour préparer l'attaque du CA. Pourtant, seule l'attaque du CA a lieu, mais elle échoue. Le CA qui a subi de nombreux retards (notamment du fait de la lenteur des transmissions) pour gagner le front voit son attaque finalement annulée, manquant selon l'auteur allemand Karl-Heinz Frieser l'occasion idéale. Le CA se place alors en défense face à la tête de pont allemande, les chars sont ainsi dispersés pour constituer des « bouchons ».

Protéger le flanc sud de l'offensive allemande vers la Manche : prendre les hauteurs de Stonne La tête de pont allemande de Sedan s'est agrandie dans la journée du vers le sud, sous l'impulsion de Guderian qui fait pousser la Panzerdivision (de Ferdinand Schaal) et l'Infanterie-Regiment Grossdeutschland (IRGD) vers le sud, tandis que ses deux autres divisions blindées traversent la Bar et le canal des Ardennes, le XIX. Armee-Korps (mot.) se réorientant vers l'ouest, son objectif lointain étant la mer. Toutefois les Allemands ont bien détecté les blindés du CA qui constituent une menace sur le flanc de la progression de leur corps d'armée.

Le au soir, Guderian fixe les ordres pour le lendemain à la 10. Panzer-Division et à l’IRGD : ces unités doivent atteindre et tenir « la ligne canal des Ardennes - Stonne - Meuse au sud de Villemontry » afin de protéger le flanc sud de son corps d'armée qui progresse vers l'ouest. Par ailleurs, ces unités passent temporairement — le temps que les blindés français ne représentent plus un danger sur le flanc sud — sous contrôle du XIV. Armee-Korps (mot.) (de Gustav Anton von Wietersheim) qui relève le XIX. Armee-Korps (mot.) dans la tête de pont de Sedan pendant que celui-ci poursuit l'offensive vers l'ouest.

Par cet ordre, cette volonté de pousser vers le sud alors que l'offensive principale est orientée vers l'ouest, Guderian s'oppose à ce qui a été planifié, et ainsi à ses supérieurs, comme Ewald von Kleist qui prévoyait de s'arrêter sur la ligne Noyers-Pont-Maugis - Chéhéry. Si Guderian tient tant à ce que les Allemands prennent et tiennent les hauteurs de Stonne, c'est non seulement pour que la tête de pont soit suffisamment grande pour l'écoulement des troupes et profonde (deux à trois fois plus profonde) pour éviter les tirs d'artillerie française sur les points de franchissement sur la Meuse, mais c'est aussi qu'il a dans l'esprit le plan opérationnel proposé par Erich von Manstein, qui prévoyait une défense active, par l'offensive, du flanc sud de l'attaque, et non passive comme ce qui était prévu par le plan final de Fall Gelb qui n'a pas retenu cet aspect des idées de Manstein. Cette défense par l'attaque doit ainsi empêcher la contre-attaque française contre la tête de pont.

Ordre de bataille La bataille mobilisa au total pas moins de et allemands, et françaisJean-Paul Autant et Jean-Pierre Levieux : La Bataille de Stonne Mai 1940, Un Choc frontal durant la campagne de France, France Europe éd. 2010.Dominique Lormier : La bataille de Stonne : Ardennes, mai 1940, Paris, Perrin, 2010.Site arquus-defense.com, page sur la Bataille de Stonne, 14 au 25 mai 1940..

Forces françaises corps d'armée ( CA) cuirassée ( DCr) (dite lourde, équipée de 39 chars B1 Bis) de chars de combat ( BCC) de chars de combat ( BCC) (dite légère, équipée de chars H35 et H39) de chars de combat ( BCC) bataillon de chars de combat de la gendarmerie ( BCCG) de chasseurs portés d'artillerie tractée tous terrains d'infanterie motorisée ( DIM) 6e groupe de reconnaissance de division d'infanterie ( GRDI) d'infanterie ( RI) d'infanterie ( RI) d'infanterie régiment d'artillerie divisionnaire 242 régiment d'artillerie lourde divisionnaire de chars légers ( BCL) Divers groupes de reconnaissance dont le de reconnaissance de corps d'armée

Forces allemandes vignette|Stonne - XIV. Armee-Korps (mot.) 10. Panzer-Division (10. PzD) Panzer-Brigade 4 Panzer-Regiment 7 (3 bataillons de chars soit au : 80 Panzer I et II, 45 Panzer III et IV, 9 chars de commandements) Panzer-Regiment 8 (3 bataillons de chars soit au : 77 Panzer I et II, 45 Panzer III et IV, 9 chars de commandements) Schützen-Brigade 10 Schützen-Regiment 69 Schützen-Regiment 86 Artillerie-Regiment 90 (trois groupes) Panzer-Aufklärung-Abteilung 90 (groupe de reconnaissance) Infanterie-Regiment Grossdeutschland (IRGD)

VI. Armee-Korps 16. Infanterie-Division 24. Infanterie-Division

Déroulement de la bataille vignette|droite|Monument commémoratif de la bataille.

Une partie du plan initial de Guderian prévoyait une feinte vers le sud et derrière la ligne Maginot, pour masquer l'intention de pousser vers la Manche. Le général Franz Halder avait abandonné le plan, mais Guderian le ressuscita et ordonna à la Panzer-Division et au Infanterie-Regiment Grossdeutschland (IRGD) d'attaquer à travers le plateau de Stonne. Dans ce petit village, une bataille acharnée de deux jours a eu lieu au cours de laquelle les Allemands se sont retrouvés face à face pour la première fois avec le char français lourd B1-Bis de .

Première attaque allemande , vignette|gauche|Carte de l'attaque initiale allemande à Stonne, 15 mai 1940 La bataille de Stonne commence donc le matin du lorsque l’IRGD et des chars du II./Panzer-Regiment 8 repoussent, en lui causant des pertes, le I/ RI et le GRDI de Stonne. Dans cette action, les Allemands perdent sept chars et les Français des automitrailleuses de découverte. Par ailleurs la défense française retient l'attaque allemande sur le reste de la ligne de crête (bois du Mont-Dieu, bois de Raucourt).

Première attaque française , Le village est aux mains des Allemands, mais ils sont chassés par une première contre-attaque française à , depuis l'ouest, par les chars légers H39 de la 1/ BCC, plusieurs chars sont à nouveau détruits de part et d'autre.

Seconde attaque allemande , Sans aucune infanterie en soutien, le I/ RI étant épuisé et manquant de munitions et d'essence, les chars français se replient ; à Stonne est aux mains des Allemands.

Seconde attaque française , Les chars lourds B1 de la 3/ BCC (capitaine Caravéo) repoussent à leur tour les Allemands à , également sans infanterie pour l'appuyer, la compagnie retourne finalement en arrière, pour ravitailler.

Troisième attaque allemande , Les Allemands réinvestissent alors Stonne à , cette fois avec l'appui des canons antichars de la Panzer-Jäger-Abteilung 521.

Troisième attaque française , Apprenant que les Allemands sont revenus, le capitaine Caravéo repart à l'attaque et reprend le village à , mais trois B1 sont détruits ou immobilisés, dont un par des tirs répétés d'antichars allemands ( PaK 36) dans la grille de ventilation.

Quatrième attaque allemande , vignette|Repli de la 3/, Toujours sans soutien d'infanterie, les chars français se replient à nouveau, toujours pour ravitailler, laissant Stonne aux Allemands à .

Quatrième attaque française , Le I/ RI prépare une attaque appuyée par le I/ RI et des chars des 3/ BCC, 1/ BCC et 2/ BCL. À les Français réoccupent Stonne après de violents combats. L'attaque française inquiète les Allemands qui craignent qu'elle se poursuive vers Maisoncelle-et-Villers, mais les Français se contentent, une fois Stonne repris, de le défendre.

Pendant ce temps, à la suite d'un rappel à l'ordre venant du général Alphonse Georges (commandant le front du nord-est) que le CA doit attaquer et non défendre, Flavigny prépare une offensive contre la tête de pont de Sedan dans la journée, mais l'action est repoussée à plusieurs reprises, il faut en effet regrouper les unités après les avoir dispersées la veille pour la défense.

Cinquième attaque allemande , C'est ainsi que lorsque les chars quittent Stonne pour se ravitailler et participer à l'offensive prévue par Flavigny, une attaque allemande du I./Infanterie-Regiment 69 et de l’IRGD reprend le village à l'infanterie française à . Ceci contrarie l'attaque française qui doit notamment démarrer de Stonne, elle est ainsi annulée : la tête de pont de Sedan ne sera plus menacée, ce selon l'auteur Karl-Heinz Frieser les Allemands remportent ainsi une victoire opérationnelle, les combats à Stonne et ses environs ne seront plus désormais que d'ordre tactique.

Cinquième attaque française , vignette|gauche|Attaque française le à Le village changera encore deux fois de mains le . L'un des chars B1-bis Eure de la 1/ BCC de la DCR, commandé par Pierre Billotte, s'est montré invulnérable aux tirs antichar allemands et a subi 140 coups sûrs. Parvenant au sommet de la butte, il débouche dans le village où il découvre treize chars de la 10e Panzer-Division deux Panzer IV et onze Panzer III) arrêtés sur les bas-côtés de la route : il les détruit l’un après l’autre ainsi qu'un certain nombre de canons antichar.. Le reste des forces allemandes, surprises par cette contre-attaque, s’échappe par le flanc Nord de la butte.

Sixième attaque allemande ,