Le Vieux-Port de Marseille (en provençal lo Pòrt Vièlh selon la norme classique, lou Port-Vièi selon la norme mistralienneX. de Fourvières, Pichot tresorLe provençal pour les nuls, 2011, page 82Petit dictionnaire français-provençal de Jules Coupier, diffusion Edisud 1998, 2000) est le plus ancien , ainsi que le centre historique et culturel de la ville depuis sa fondation sur ce site durant l'Antiquité. Le port était le centre économique de Marseille jusqu'au milieu du , ouvert sur le commerce de la mer Méditerranée puis des colonies françaises. Les activités portuaires de commerce furent ensuite déplacées vers d'autres sites plus au nord : les bassins de l'actuel grand port maritime de Marseille.
Le « bassin du vieux port » est aujourd'hui un port de plaisance, partagé entre les quartiers Hôtel-de-Ville () au nord, Opéra () au sud-est, Saint-Victor () au sud et Le Pharo () au sud-ouest. C'est aussi un lieu de rassemblement populaire et l'un des symboles de Marseille. Le Vieux-Port est aussi un pôle intermodal de transport (au quai des Belges qui le longe à l'est et auquel aboutit la Canebière), avec une station de métro, de nombreux bus et plusieurs services maritimes dont le ferry.
Sur le Vieux-Port, existe aussi un petit marché où l'on peut retrouver, plusieurs fois par semaine, une vente directe de poisson frais.
Il est de nos jours ancré dans la culture populaire comme servant de cadre principal à la Trilogie marseillaise de Marcel Pagnol, avec les figures de César et Marius au « bar de la Marine », et celle de Fanny, la belle poissonnière amoureuse de Marius.
Situation géographique En 1805 le cartographe Henry Michelot décrivait le Vieux-Port ainsi :
Situé au bas de la Canebière, le Vieux-Port constitue le centre historique et géographique de la ville. Autour, de nombreux restaurants et bars font face à la mer ; au nord, le quai du Port, où se situe la mairie centrale de la ville, offre une vue panoramique sur la basilique Notre-Dame-de-la-Garde qui coiffe la partie sud de la ville ; ce quai jouxte le quai des Belges à l'est et fait face, au sud, au quai de Rive neuve.
Approche nautique Depuis le large, le phare de Planier signale l'approche de la baie de Marseille. L'approche se fait ensuite en contournant l'archipel du Frioul. L’Entrée sud qui mène à l’Avant-port Joliette est située entre l'extrémité de la digue du Large et la pointe de la Désirade, toutes deux signalées par des feux latéraux. La passe Sainte-Marie qui lui fait face mène au bassin de la Joliette du Grand port maritime, réservée aux cargos et ferrys. En serrant à tribord, il faut longer l'anse du Pharo (petit chantier naval) puis le petit port de la Réserve, pour enfin arriver dans le Vieux-Port. Le bureau du port (capitainerie) est situé à l'entrée, côté tribord.
Histoire
Antiquité
En 800 av. J.-C., les Ségobriges occupent ce territoire. Des vestiges de cette peuplade celte sont encore visibles à quelques kilomètres du Vieux-Port, à l'oppidum des Baou de Saint-Marcel. En 600 av. J.-C., les Phocéens débarquèrent dans la calanque formant aujourd'hui le Vieux-Port, la nommant Lacydon, mot grec désignant un marais salant.D'après Adrien Blès(2010), Lacydon viendrait du nom de la source près de l'église des Accoules. Elle serait attestée par des pièces de monnaie massaliotes (grecques) avec à côté de la légende « Lacydon » en lettres grecques, la figure d'un jeune dieu cornu, représentant non pas un port mais la divinité des Eaux et des Sources, portant sur le front une corne de taureau (A. Blès in La calanque du "Lacydon" devenue le Vieux-Port de Marseille : lire en ligne
Ils s’installent sur la rive nord de cette calanque de Lacydon et construisent des temples, un théâtre, une agora. La ville est protégée par des remparts dont certaines parties sont encore visibles au jardin des Vestiges situé au centre Bourse. Pour faire face à l’augmentation de la population, le tracé des remparts évoluera jusqu'au .
thumb|upright=1.8|Limite de l'ancien rivage du port de Marseille vers le .
Le fond du port est occupé par des marais qui sont asséchés progressivement dès l’occupation grecque ainsi que l’ont montré les fouilles archéologiques effectuées de septembre 1992 à mai 1993, avant la construction d’un parc de stationnement souterrain, place du Général-de-Gaulle.
La rive sud est occupée par des carrières d'où sont extraites les pierres qui servent à l'édification des remparts. C'est également la cité des morts, le lieu où sont inhumés les défunts.
Légende du Plan : 1. Jardin des Vestiges, 2. Musée d'histoire de Marseille, 3. Palais de la Bourse, 4. Église des Augustins, 5. Place du Général-de-Gaulle, 6. Opéra, 7. Palais de justice, 8. Fort Saint-Nicolas, 9. Palais du Pharo, 10. Fort Saint-Jean, 11. Église Saint-Laurent, 12. Hôtel de ville, 13. Place Jules-Verne, 14. Hôtel Daviel, 15. Église Notre-Dame-des-Accoules, 16. Place de Lenche, 17. Place des Moulins, 18. Hôtel-Dieu, 19. Église Saint-Cannat, 20. La Vieille Charité, 21. Cathédrale Sainte-Marie-Majeure de Marseille.
Moyen Âge
Durant le Moyen Âge, l'activité portuaire est principalement consacrée à la pêche et au cabotage, l'arrière-pays marseillais n'ayant pas de produits à exporter et la ville étant distante de la circulation commerciale du Rhône. L'activité de commerce du Vieux-Port reste ainsi inférieure à celle de Port-de-Bouc jusqu'au début du . L'économie portuaire évolue seulement à partir de 1282 autour des activités de guerre et de piraterieAlain Dervill, L'économie française au Moyen Âge, .
Sur la rive sud, entre les , est édifiée la très puissante abbaye de Saint-Victor de Marseille. À l’est de l’abbaye, on trouve des salines dès le . Elles font partie de la donation du comte Thibert à l’abbé de Saint-Victor au . Possessions de l’abbaye jusqu’à ce que celle-ci les vende en 1512 pour l’extension des tercenaux du roi Louis XII.
Dès le , les marais asséchés de la rive sud du port prennent le nom de plan Fourmiguier. Y sont installés des entrepôts, des chantiers de charpente et un chantier communal de constructions navales. Des cordiers s’y installent également et travaillent le chanvre pour la fabrication des élingues et cordages. C’est de ce chanvre, canebe en provençal que vient le nom de Canebière.
En 1265, le comte de Provence, Charles commande aux armateurs de la ville, une trentaine de galères complètement équipées. En 1291, Charles II aménage au sud-ouest du port un embarcadère militaire. En 1296, il obtient de la ville une concession sur le 'plan Fourmiguier afin d’y installer des chantiers navals. C’est l’origine de l’arsenal des galères.
En 1423, arrivant par la mer, le sac de Marseille est perpétré par les troupes du roi Alphonse V d'Aragon entre les 20 et . Les galères du roi d'Aragon investissent la tour Saint-Jean. Ils repartent entre autres avec la chaîne barrant l'entrée du Vieux-Port emportée en trophée. Cette dernière se trouverait sur le mur de la cathédrale de Valence (Espagne).
C'est seulement à partir de l'annexion de 1481 que Marseille s'ouvre sur un vaste arrière-pays et acquiert progressivement le rôle de grand port français. Les premiers quais sont ainsi construits en 1515, mais les grands navires évitent encore de mouiller dans le port.
En 1488 les Tercenaux (Arsenal des galères) sont établis, sur ordre de Charles VIII afin d’abriter les galères du roi : sur le plan Fourmiguier, le port militaire installé par Charles II est agrandi et englobe le chantier communal. C'est l’arsenal des Galères dont il reste aujourd'hui un pavillon sur le cours Estienne-d'Orves ; à la sortie du port, l’antique tour du roi René et l’hôpital de l’ordre hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem sont intégrés dans le nouveau fort qui, construit par le chevalier de Clerville, prend le nom de fort Saint-Jean ; sur l'autre rive, le fort Saint-Nicolas est construit autour de la chapelle de Saint-Nicolas par le même architecte.
À la fin du , dans le quartier de l’Hôtel de Ville, sont construites les deux plus vieilles maisons de Marseille, l’hôtel de Cabre et la Maison Diamantée. La loge des marchands, créée en 1599 fait construire la maison de Ville, l’actuelle mairie de Marseille. L’édifice est construit par les architectes Gaspard Puget et Mathieu Portal. Curiosité du bâtiment, il a deux niveaux mais l'escalier se trouve dans le bâtiment d’à-côté.
En 1666, le roi Louis XIV ordonne l’extension de la ville. Les remparts sont détruits, la ville s’étend sur toutes les rives du Vieux-Port.
Devant le fort Saint-Jean est construit, en 1719, la consigne sanitaire qui vient compléter le dispositif de quarantaine du Frioul. Ce dispositif sera impuissant à empêcher la peste de Marseille en 1720. Un deuxième bâtiment sera construit à l'identique en 1862.
: construction du nouveau port vignette|Le bassin de la Joliette, à la même époque. L'extension du port était envisagée depuis longtemps, mais au début du les projets ne se concrétisent pas, comme le projet de 1805 de construire un nouveau bassin vers le sud. Les seuls travaux sont des consolidations, la construction d'un bassin de carénage en 1829 (avec sa machine à vapeur en 1836). En 1833, l'ingénieur Poirel commence la construction de la digue d'Alger avec la nouvelle technique de grands blocs de béton, qui sont moins coûteux et bien plus résistants aux vagues que les anciens ouvrages de maçonnerieDir. Jean-Lucien Bonillo, Marseille Ville et Port, Parenthèses, 1991, .
Dans les années 1840, le trafic devient trop intense pour les capacités du port (encombrement, capacité d'accueil), et une extension paraît indispensable. Le trafic passe de en 1830 à en 1847. Des projets modestes d'extension se succèdent. centré|Plan d'un projet pour le « Dock de la Tourrette » au Vieux-port. Coupes transversale et longitudinale du quai et de ses bâtiments (1837).|alt=Plan d'un projet pour le « Dock de la Tourrette », dressé par l'administration des ponts et chaussées. Coupes transversale et longitudinale du quai et de ses bâtiments (1837). vignette|Plan d'un projet pour l'aménagement du dock de la Tourette au Vieux-port. Détails d'un des magasins. Elévation, coupe, plan (1837). Deuxième port de France, l'enjeu devient trop important et la décision échappe à la ville ; par la loi du 5 août 1844 le gouvernement ordonne la construction du bassin de la Joliette, au nord du port, à travers un ambitieux chantier ( de francs). La construction de la digue du Large reprend les techniques de blocs de béton. Les infrastructures de la Joliette commencent à être utilisée dès 1847, le bassin est achevé en 1853. Le port auxiliaire du Frioul est également agrandi. L'extension du port continue avec la loi du et du décret du qui ordonnent la construction des bassins du Lazaret et d'Arenc, puis la construction du bassin Napoléon (1859). Pour relier l’ancien et le nouveau port, la rue Impériale est tracée.
vignette|Le Quai de la Fraternité était desservi par l'ancien tramway de Marseille, entre 1910 et 1920.
vignette|La rive nord vue du pont transbordeur, juste avant la destruction de janvier 1943.
Le pont transbordeur
De 1905 à 1944, le pont transbordeur permettait la traversée. Entre la rive sud et la rive nord, en 1905, Ferdinand Arnodin propose la construction d’un pont transbordeur sous réserves d’une concession de 75 ans. Une nacelle suspendue sous le tablier du pont permet de traverser entre le fort Saint-Jean et le bassin de Carenage, à côté du fort Saint-Nicolas.
La halle aux poissons
Sur la rive sud, en 1909, est créée la halle aux poissons qui restera en activité jusqu’en 1975. Elle est alors convertie en théâtre (La Criée), et abrite deux salles de spectacle. Sa façade a été préservée.
La destruction du quartier du Vieux-Port