Un super-héros ou superhéros (de l'anglais « super hero » ou « superhero »), au féminin une super-héroïne, est un personnage type de fiction que l'on retrouve principalement dans les comics, c'est-à-dire les bandes dessinées américaines, et dans leurs adaptations audiovisuelles.

Un super-héros est généralement un type de justicier costumé qui se distingue par des capacités hors du commun. Ces capacités dérivent le plus souvent de pouvoirs surhumains ou surnaturels, appelés super-pouvoirs. Toutefois, des personnages qui n'ont aucun pouvoir surhumain, mais sont simplement masqués, comme Batman ou Catwoman, sont parfois considérés comme des super-héros. À l'inverse, des personnages ayant des pouvoirs surhumains, comme Mandrake le magicien, sont parfois exclus de la catégorie des super-héros.

L’antagoniste du super-héros est le super-vilain (« super-vilaine » au féminin).

Caractéristiques

Base commune Un super-héros possède au moins deux des quatre caractéristiques suivantes (les deux dernières étant très souvent liées) : des capacités extraordinaires (force physique, rapidité, résistance à la douleur surhumaine) communément appelées super-pouvoirs ; une double identité (ou identité secrète) : celle d'un individu normal et celle, secrète, de super-héros. Il existe toutefois des super-héros dont l'identité réelle est publique, comme Captain America/Steven Rogers, les membres des Quatre Fantastiques ou Iron Man/Tony Stark ; un équipement de haute technologie lui permettant de rivaliser avec des êtres dotés de super-pouvoirs et d'accomplir des exploits a priori surhumains, quand bien même il ne possèderait pas de véritables super-pouvoirs (cyber-armure d'Iron-Man, bat-gadgets de Batman) ; le port, dans le cadre de ses aventures, d'un costume distinctif (le plus souvent collant au corps), qu'il abandonne quand il reprend son identité civile. D'après Will Eisner, les costumes en fibre élastique, les collants et la cape sont originellement les attributs des hommes forts de cirque comme celui de Barnum & Bailey, avant d'être repris dans les comicsEisner et Miller, entretiens recueillis par Charles Brownstein, Rackham, 2007, page 137..

La première caractéristique n'est ni nécessaire ni suffisante. Si Superman est le stéréotype du super-héros, Batman est le plus célèbre des héros dépourvu de super-pouvoirs. D'ailleurs, Batman se mesure souvent à des ennemis qui, eux, possèdent des pouvoirs surhumains. En fait, on considère qu'un personnage possède des pouvoirs dès qu'il possède un équipement lui donnant des capacités supérieures à celles des humains. Par exemple, l'anneau de Green Lantern est considéré comme lui donnant des super-pouvoirs ; la cyber-armure d'Iron Man présente un cas plus tangent, cet équipement étant d'une nature entièrement technologique et non suprahumaine, et ne faisant pas partie intégrante du corps du héros : les résultats sont cependant comparables. L'équipement de Batman, bien que plus sophistiqué que la normale, n'est pas considéré comme lui conférant des moyens d'action surhumains.

vignette|redresse=0.9|Le super-héros , créé par MLJ Comics en 1940.

Un super-héros porte, dans la grande majorité des cas, un costume spécial pour le distinguer des autres, pour l'aider à mieux combattre et/ou pour dissimuler son identité civile. Le costume est souvent représenté comme très moulant, montrant les détails des muscles du corps plus qu'il ne le pourrait dans la réalité, et est ainsi appelé collant. Le costume de Superman était inspiré de celui, moyenâgeux, porté par Douglas Fairbanks dans le film Robin des Bois. Dans le cas de Superman, le fait d'avoir un costume moulant a été justifié a posteriori en 1986 par le fait qu'un de ses pouvoirs serait d'avoir un champ de force à courte portée qui le protège, et donc des vêtements non moulants ne résisteraient pas au combat. Mais avant cette révision qui depuis a fait long feu, son costume était décrit comme indestructible car d'origine kryptonnienne. Dans d'autres cas, cela peut souvent se justifier par le fait qu'un costume de ce type gêne moins les mouvements, et est plus facile à cacher sous ses vrais vêtements sans avoir trop chaud. Le costume de Spider-Man est inspiré de ceux des catcheurs de l'époque. Toutefois, tous les super-héros ne portent pas de collant : Iron Man porte par exemple une armure de haute technologie, tandis que Batman porte une combinaison pare-balles.

Par son identité et son costume, le super-héros est un sous-genre du « vengeur masqué ». Zorro, malgré son identité secrète et son costume distinctif, n'est pas considéré comme un super-héros, car il combat à l'épée, d'une manière tout à fait normale pour son époque. La filiation du super-héros avec ce type de justicier masqué est cependant évidente, et fait l'objet d'un hommage explicite dans la mini-série Batman: Dark Knight, publiée par Frank Miller en 1986 : dans cette histoire, le jour tragique du meurtre de ses parents, le jeune Bruce Wayne sortait avec eux d'un cinéma qui projetait un film mettant en scène Zorro.

Il arrive qu'un héros soit décliné en plusieurs avatars : à Superman correspondront par exemple Superboy, puis Supergirl qui apparaissent dans des séries autonomes. Superman connaitra aussi un étrange double, « Bizarro », sorte de clone raté aux traits mal dessinés, pâle comme un linge, habillé comme lui, doté de super-pouvoirs équivalents. Le souci de ne pas laisser le super-héros monologuer pour expliquer ce qu'il fait conduit souvent à lui ajouter un jeune aide (faire-valoir, sidekick en anglais). Robin, compagnon de Batman, en est l'exemple le plus connu.

Certains personnages sont dotés de capacités hors du commun et ne s'en servent que dans le cadre de leur travail. Allison Dubois (Médium) peut communiquer avec les morts, mais elle travaille pour la police ; Chuck Bartowski (Chuck), qui travaille pour la CIA, possède toutes les informations gouvernementales dans sa tête, ainsi que la capacité d'acquérir ponctuellement des compétences (danse, langues étrangères, arts martiaux…) sans avoir à les apprendre, en « flashant ». Ils ne sont donc pas considérés comme des super-héros.

Univers vignette|upright=1|Couverture de Thor, God of Thunder #1, de Weird Comics (1940).

Les éditeurs d'histoires de super-héros ont rapidement été amenés à faire se côtoyer les personnages de leur écurie, aboutissant à la création progressive d'univers élaborés, dont l'univers DC et l'univers Marvel sont les principaux exemples. Superman et Batman partagent ainsi de nombreuses aventures. Au fur et à mesure que se développent les univers partagés, le héros peut devenir moins exceptionnel dans son monde. Dans une série comme la Légion des Super-Héros, l'équipe comprend des dizaines de personnages et est constituée en grande partie d'extraterrestres dont les super-pouvoirs sont innés et non acquis. L'équipe agit comme une force de sécurité officielle, mais il s'agit d'une série futuriste qui se déroule au trentième siècle. Dans Savage Dragon, Erik Larsen fait de son personnage un policier et le place dans un monde où les super-êtres foisonnent. Astro City est également un lieu où le surhomme est banalisé.

Les univers de super-héros peuvent se mêler à des thèmes mythologiques ou à des univers imaginaires très divers : des héros Marvel ou DC sont ainsi amenés à rencontrer des Dieux de l'Olympe ou d'Ásgard, ainsi que des personnages littéraires (Dracula, monstre de Frankenstein, Fu Manchu…). Alan Moore a créé des séries qui ne relèvent parfois que marginalement du genre. Il remonte aux sources du genre avec d'une part La Ligue des gentlemen extraordinaires qui met en scène des personnages tirés de romans populaires célèbres comme Hyde et l'Homme invisible, et d'autre part Tom Strong, un personnage dans la tradition des pulps et du Fantôme de la jungle. Promethea sert surtout à parler de magie et revêt presque un aspect didactique. Top Ten est indéniablement une série de super-héros mais les conventions sont bousculées puisque, dans cet univers, tous les habitants ont des super-pouvoirs ou des doubles identités, les justiciers sont interdits et l'ordre est assuré par la police, elle-même constituée de "super-héros". Cette série est la culmination de la banalisation du super-héros. Cette tendance est à rapprocher du réalisme magique, mouvement littéraire qui fait côtoyer des éléments mondains et extraordinaires comme s'ils étaient aussi banals que la réalité quotidienne.

Symbolique Dans son recueil De Superman au Surhomme, Umberto Eco fait remarquer que la plupart des histoires de super-héros évoluent hors du temps, puisque ceux-ci ne vieillissent pas et ont une vie toujours identique. Elles se situent également hors du monde, car malgré des super-pouvoirs parfois considérables, les super-héros modifient moins l'équilibre du monde qui les entoure que ce que l'on pourrait croire. Dans leur acception primordiale, les super-héros peuvent être utilisés comme des personnages symboliques, ou à la limite, parfois impliqués dans des histoires purement manichéennes qui sont destinées alors à un jeune public. L'archétype du super-héros a cependant connu de nombreuses variations.

Historique vignette|upright=1|Une bande dessinée mettant en scène les aventures du super-héros Blue Beetle (1939).

Les récits mythologiques ou légendaires mettent couramment en scène des personnages principaux accomplissant des exploits surhumains : c'est le cas de certains dieux ou demi-dieux païens comme Hercule dans la mythologie gréco-romaine, ou Thor dans la mythologie scandinave. Ces deux divinités ont d'ailleurs été plus tard mis en scène comme personnages de comics.

Des héros comme ceux de l'Iliade d'Homère, de la légende arthurienne, ou de Roland furieux de Ludovico Ariosto se voient prêter des capacités au delà de la normale, sans être nécessairement présentés comme surhumains. La figure du justicier est par ailleurs un archétype des récits légendaires et populaires, à travers des personnages familiers comme Robin des Bois.

Le personnage du surhomme en tant que héros moderne se retrouve en germe dans les romans-feuilletons du , comme Edmond Dantès dans Le Comte de Monte-Cristo et Rodolphe dans Les Mystères de Paris, qui trouvent leur prolongement dans d'autres personnages de la littérature populaire comme sir Percy Blakeney dans Le Mouron rouge, ou Fantômas (ce dernier étant un antihéros)Postface (Au fil du texte) à l'édition Pocket du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas, page 766. Umberto Eco voit tout particulièrement dans le comte de Monte-Cristo un prototype du héros surhumain, un personnage Umberto Eco, De Superman au surhomme, LGF - Livre de Poche, 1993, chapitre éloge de Monte-Cristo, p. 85-102. Monte-Cristo a en commun avec le super-héros le fait d'user d'une double identité et de posséder des capacités extraordinaires, bien que celles-ci ne soient pas surnaturelles et découlent de sa ruse comme de son immense fortune. Rocambole, un personnage de malfaiteur devenu justicier créé par Pierre Alexis de Ponson du Terrail, appartient à cette même catégorie de littéraire issu du roman-feuilleton.

D'autres personnages de fiction archétypaux et présentant des capacités d'exception, comme Sherlock HolmesRichard Reynolds, Super heroes: a modern mythology, University Press of Mississippi, 1994, page 124 ou TarzanSharon Packer, Superheroes and superegos: analyzing the minds behind the masks, Praeger Publishers, 2009, page 52, peuvent également être considérés comme des précurseurs de la figure du super-héros. On peut également citer le capitaine Nemo et Robur le Conquérant, créés par Jules Verne, qui ont en commun des doubles identités et un équipement futuriste qui leur permet d'accomplir des exploits extraordinaires.

Apparaissent aussi des personnages présentant des mutations naturelles (J.-H. Rosny aîné — Un autre monde, 1895), ou artificielles (H. G. Wells — L'Homme invisible, 1897 ou Maurice Renard — L'Homme truqué, 1921).