Le gouvernement Cresson, dirigé par Édith Cresson, est le gouvernement de la République française du au . C'est le vingt-deuxième gouvernement sous la Cinquième République, et le troisième pendant la seconde présidence de François Mitterrand.

Ce gouvernement minoritaire à l'Assemblée nationale tout comme le précédent verrat rapidement une impopularité jamais observée pour un premier ministre au sein de son propre socle d'élus conduisant à une démission prématurée après moins d'un an d'exercice du pouvoir.

Edith Cresson fut le premier ministre le plus éphémère de la cinquième république jusqu'en 2017 et le gouvernement de Bernard Cazeneuve. Elle fut aussi la première femme à avoir dirigé un gouvernement français et sera la seule jusqu'à la nomination d'Élisabeth Borne en 2022.

Contexte de formation

Contexte économique

L'année 1991 est marquée par l'incertitude économique. Si les économistes prévoient que la bonne santé économique américaine et allemande tirera par le haut les exportations et les investissements français, la France traverse un passage à vide, accentué par l'attentisme des chefs d'entreprise et des investisseurs liés à la crise du Golfe.

Les dépenses fiscales françaises se raréfient du fait du ralentissement de l'activité. La diminution des rentrées des cotisations creuse le déficit de la Sécurité sociale, atteignant 30 milliards de francs environ.

Le chômage est reparti, connaissant une aggravation soudaine en mai, pour atteindre le chiffre de 2,7 millions de sans-emploi, soit une augmentation de 8,3 % en un an. La création d'emploi est au plus bas, avec une chute de 20 % sur l'année passée. Le taux de croissance du PIB en volume, qui était de 4,3 % en 1988, au sommet du cycle conjoncturel, passe à 2,4 % en 1990. Les experts prévoient une croissance de 2 % en 1991, qui se révèle en fait être de 0,8 %.

Choix des ministres Le président François Mitterrand, après avoir hésité à nommer Premier ministre Robert Badinter, Roland Dumas et Édith Cresson, choisit cette dernière. Les arguments qui pèsent en sa faveur sont sa personnalité anti-technocrate, et donc inverse à celle de Michel Rocard, le fait que le président ait apprécié sa gestion ministérielle, et que, après avoir nommé le plus jeune Premier ministre depuis le début de la Cinquième République, il ait voulu nommer la première femme à ce poste.

Du fait du poids du Président dans la Cinquième République, le Premier ministre ne dispose pas d'une liberté totale de nomination des membres du gouvernement. François Mitterrand impose Pierre Bérégovoy, Philippe Marchand et Roland Dumas dont Édith Cresson ne voulait pas, ainsi que Jean-Louis Bianco, pour le remercier de son travail en tant que secrétaire général de l'Élysée. Malgré sa proposition de nommer le fidèle d'entre les fidèles Pierre Bérégovoy gouverneur de la Banque de France, le président refuse, d'autant plus qu'il avait dépassé en 1990 l'âge limite de 65 ans pour être nommé à ce poste.

Édith Cresson essaie alors de scinder le Ministère de l'Économie et des Finances, et de confier les Finances à Dominique Strauss-Kahn, alors président de la commission des finances à l'Assemblée nationale. Toutefois, Cresson cède devant Bérégovoy et elle ne donne à Strauss-Kahn qu'un ministère délégué chargé de l'Industrie et du Commerce extérieur.

Lionel Jospin demande à conserver son ministère de l’Éducation nationale, selon lui parce qu'il souhaitait continuer son action, notamment le plan « Université 2000 », et selon Cresson, car ce ministère qui roulait désormais en pilotage automatique lui donnait le temps de s'occuper sa circonscription en vue des prochaines élections. Il refuse le maroquin d'un grand ministère des Affaires sociales que Cresson aurait créé pour lui. Le président accepte, mais refuse la nomination de Claude Allègre à un secrétariat d’État à l'Université, que Jospin réclamait, considérant Allègre comme trop proche de Michel Rocard. Le seul rocardien conservant un ministère est Louis Le Pensec. Michel Sapin, qui se considère comme un « rocardien proche de Mitterrand », devient ministre délégué à la Justice.

Édith Cresson obtient cependant l'entrée au gouvernement de Martine Aubry, auparavant directrice des relations sociales au sein de l'entreprise Pechiney. Aubry refuse ainsi une promotion de taille car le président Jean Gandois allait la nommer Directrice générale du groupe. Aubry s'était déjà illustrée en étant une des chevilles ouvrières des Lois Auroux.

Henri Emmanuelli, à qui Lionel Jospin rapporte que le Premier ministre pense à lui pour un secrétariat d'État au Commerce extérieur, refuse. Jean-Pierre Soisson est maintenu à la demande de François Mitterrand.

Féminisation du gouvernement Le gouvernement compte six femmes ministres : Martine Aubry, Edwige Avice, Frédérique Bredin, Élisabeth Guigou, Catherine Tasca et Véronique Neiertz, en plus d'Édith Cresson, elle-même Premier ministre.

Coalition Le gouvernement Édith Cresson est soutenu par une coalition gouvernementale de centre gauche, formée entre le Parti socialiste (PS) et le Mouvement des radicaux de gauche (MRG), qui dispose de 275 députés sur 577, soit 47,7 % des sièges de l'Assemblée nationale. La démission de Michel Rocard a provoqué le départ du centre droit du gouvernement. Édith Cresson n'est plus soutenue que par une coalition minoritaire au parlement, ce qui fragilise la politique gouvernementale du Premier ministre.

Composition initiale Édith Cresson est nommée le et les membres du gouvernement les et .

Premier ministre ImageFonctionNomParti80x80pxPremier ministreÉdith CressonPS

Ministres d'État ImageFonctionNomParti80x80pxMinistre d'État, ministre de l'Éducation nationaleLionel JospinPS80x80pxMinistre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et du Budget Pierre BérégovoyPS98x98pxMinistre d'État, ministre des Affaires étrangères Roland DumasPS103x103pxMinistre d'État, ministre de la Fonction publique et de la Modernisation administrative Jean-Pierre SoissonUDF-PR80x80pxMinistre d'État, ministre de la Ville et de l'Aménagement du territoire Michel DelebarrePS

Ministres ImageFonctionNomParti80x80pxGarde des Sceaux, ministre de la Justice Henri NalletPS120x120pxMinistre de la Défense Pierre JoxePS80x80pxMinistre de l'Intérieur Philippe MarchandPS80x80pxMinistre de la Culture et de la Communication Porte-parole du gouvernement Jack LangPS98x98pxMinistre de l'Agriculture et de la Forêt Louis MermazPS107x107pxMinistre des Affaires sociales et de l'Intégration Jean-Louis BiancoPS95x95pxMinistre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle Martine AubryPS115x115pxMinistre de l'Équipement, du Logement, des Transports et de l'Espace Paul QuilèsPS80x80pxMinistre de la Coopération et du Développement Edwige AvicePS120x120pxMinistre des Départements et Territoires d'outre-mer Louis Le PensecPS80x80pxMinistre de la Recherche et de la Technologie Hubert CurienDVG80x80pxMinistre des Relations avec le Parlement Jean PoperenPS144x144pxMinistre de la Jeunesse et des Sports Frédérique BredinPS80x80pxMinistre de l'Environnement Brice LalondeGE

Ministres délégués ImageFonctionMinistre de rattachementNomParti80x80pxMinistre délégué au BudgetMinistre d'État, ministre de l'Économie, des Finances et du BudgetMichel CharassePS112x112pxMinistre délégué à l'Industrie et au Commerce extérieur Dominique Strauss-KahnPS80x80pxMinistre délégué au Commerce et à l'ArtisanatFrançois DoubinMRG80x80pxMinistre délégué aux Postes et TélécommunicationsJean-Marie RauschDVD120x120pxMinistre déléguée aux Affaires européennesMinistre d'État, ministre des Affaires étrangèresÉlisabeth GuigouPS130x130pxMinistre déléguée à la Francophonie Catherine TascaPS120x120pxMinistre déléguéGarde des Sceaux, ministre de la Justice Michel SapinPS84x84pxMinistre délégué à la CommunicationMinistre de la Culture et de la Communication Georges KiejmanPS125x125pxMinistre délégué à la SantéMinistre des Affaires sociales et de l'Intégration Bruno Durieux UDF-CDS117x117pxMinistre délégué au TourismeMinistre de l'Équipement, du Logement, des Transports et de l'Espace Jean-Michel BayletMRG

Secrétaires d'État ImageFonctionMinistre de rattachementNomParti80x80pxSecrétaire d'État chargé des Anciens combattants et des Victimes de guerreLouis MexandeauPS80x80pxSecrétaire d'État chargé de l'Enseignement techniqueMinistre d'État, ministre de l'Éducation nationale Jacques GuyardPS80x80pxSecrétaire d'État chargé de l'Action humanitaireMinistre d'État, ministre des Affaires étrangèresBernard KouchnerDVG80x80pxSecrétaire d'État chargé des Affaires étrangèresAlain VivienPS80x80pxSecrétaire d'État chargé de la Ville et de l'Aménagement du territoireMinistre d'État, ministre de la Ville et de l'Aménagement du territoireAndré LaignelPS80x80pxSecrétaire d'État chargé de la DéfenseMinistre de la DéfenseJacques MellickPS110x110pxSecrétaire d'État chargé des Collectivités localesMinistre de l'IntérieurJean-Pierre SueurPS80x80pxSecrétaire d'État chargé des Grands travauxMinistre de la Culture et de la CommunicationÉmile BiasiniSE80x80pxSecrétaire d'État chargé des Affaires sociales et de l'IntégrationMinistre des Affaires sociales et de l'IntégrationKofi YamgnanePS80x80pxSecrétaire chargé de la Famille et des Personnes âgéesLaurent CathalaPS80x80pxSecrétaire d'État chargé des Handicapés et Accidentés de la vieMichel GillibertSE80x80pxSecrétaire d'État chargée des Droits des femmesMinistre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelleVéronique NeiertzPS80x80pxSecrétaire d'État chargé du LogementMinistre de l'Équipement, du Logement, des Transports et de l'EspaceMarcel DebargePS88x88pxSecrétaire d'État chargé des Transports routiers et fluviauxGeorges SarrePS120x120pxSecrétaire d'État chargé de la MerJean-Yves Le DrianPS120x120pxSecrétaire d'État chargé du Commerce extérieurMinistre délégué à l'Industrie et au Commerce extérieurJean-Noël JeanneneyDVG

Ajustements et remaniement

Ajustements du 25 mai 1991 Le , deux modifications de portefeuille sont effectuées :

François Doubin, ministre délégué au Commerce et à l'Artisanat, devient ministre délégué à l'Artisanat, au Commerce et à la Consommation. Véronique Neiertz, secrétaire d'État aux Droits des femmes, devient secrétaire d'État aux Droits des femmes et à la Vie quotidienne.

Rectificatifs publiés le 4 juin 1991 Deux rectificatifs aux décrets des 16 et sont publiés au JO du et sont relatifs aux intitulés de deux portefeuilles : la fonction de ministre de la Fonction publique et de la Modernisation administrative est rectifié en Ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l'administration ; la fonction de secrétaire d'État chargé des Anciens combattants est rectifié en Secrétaire d'État chargé des Anciens combattants et des Victimes de guerreDécret du 17 mai 1991 relatif à la composition du gouvernement (rectificatif).

Ajustement du 22 juillet 1991 Le , une modification de portefeuille est effectuée : Laurent Cathala, secrétaire d'État à la Famille et aux Personnes âgées devient secrétaire d'État à la Famille, aux Personnes âgées et aux Rapatriés.

Remaniement du 28 mars 1992 Jean-Pierre Soisson est élu président de la région Bourgogne. Certains pensent qu'il a été élu avec les voix du Front national qui ne dément pas. Le Jean-Pierre Soisson démissionne du gouvernement.

Répartition partisane

Parti Premierministre Ministresd'État Ministres Ministresdélégués Secrétairesd'État Total Répartition le 17 mai 1991 1 5 14 10 16 46 Parti socialiste 1 4 12 6 12 35 Association des démocrates 1 1 2 Divers gauche 1 2 3 Génération écologie 1 1 Mouvement des radicaux de gauche 2 2 Divers droite 1 1 Sans étiquette 2 2 Répartition le 2 avril 1992 1 4 14 10 16 45 Parti socialiste 1 4 12 6 12 35 Divers gauche 1 2 3 Génération écologie 1 1 Mouvement des radicaux de gauche 2 2 Association des démocrates 1 1 Divers droite 1 1 Sans étiquette 2 2

Actions

Politique industrielle et de l'emploi