Le régime communiste de Roumanie () est le nom employé en Roumanie pour désigner l'État communiste sous la gouvernance du Parti communiste roumain (du au ). Cette période peut être divisée en trois phases qui correspondent aux trois régimes constitutionnels successifs : du au , les 34 derniers mois du royaume de Roumanie (sous occupation soviétique depuis le ) ; du au , la République populaire roumaine ( ou RPR) ; du au , la république socialiste de Roumanie ( ou RSR) .

Le régime communiste de Roumanie a été mis en place par le coup d'état du Parti communiste roumain soutenu par l'Armée rouge le ; la République a été créée le lors de l'abolition du royaume de Roumanie et de l'abdication du roi Michel. Le régime s'effondra à la chute du bloc de l'Est, lorsque le coup d'État de décembre 1989 mit un terme à la dictature communiste et aux fonctions du président Nicolae Ceaușescu, mais la forme d'État républicaine fut conservée. redresse|gauche|vignette|La statue de Staline à Bucarest est restée en place onze ans (1951-1962). Elle était surnommée Davaï tchas (« file ta montre ») dans l'humour populaire, en référence aux mœurs des soldats de l'Armée rouge durant l'occupation de la Roumanie par l'Union soviétique et à la direction de son bras tendu vers la grande horloge publique située de l'autre côté de la placeSource : son neveu Radu-Alexandru Tănase sur L'homme qui joua sa vie sur scène ..

Généralités L'ensemble de la période allant du au est désignée sous le nom de « Roumanie communiste » Comisia Prezidentiala pentru Analiza Dictaturii Comuniste din Romania - (Commission présidentielle pour l'analyse de la dictature communiste en Roumanie) RAPORT FINAL - (coord.) Vladimir Tismaneanu - rapport final en langue roumaine ou, plus rarement, de « Roumanie socialiste »Adrian Neculau, vie quotidienne en Roumanie sous le communisme, L'Harmattan, 2008. S'auto-désignant comme une , la Roumanie demeura politiquement alignée sur l'URSS jusqu'en 1964, date à laquelle elle prit une posture plus indépendante, tout en continuant de faire partie du bloc de l'Est. Durant cette période le pays connait un régime totalitaire d'inspiration marxiste-léniniste, caractérisé parArchie Brown, The Rise and Fall of communism, Vintage Books, 2009, page 105 ; Jean-François Soulet, Histoire comparée des États communistes de 1945 à nos jours, Armand Colin, coll. « U », 1996, pages 11-42 et Alexandre Zinoviev, Le Communisme comme réalité, Julliard, 1981, page 58. : sur le plan juridique, la position constitutionnelle de jure du Parti communiste roumain comme « parti unique et organe dirigeant de l’état », interdisant de facto la constitution d’associations, syndicats ou autres structures sociales indépendantes du pouvoir, et imposant un courant de l’autorité et de légitimité (souveraineté), allant du sommet (le Comité Central) vers la base (les autres structures du parti, les citoyens) ; sur le plan politique la privation des libertés individuelles, en s'appuyant sur un outil policier très développé, sans garde-fou judiciaire. La présence massive d'une police politique secrète infiltrant toute la société : la Securitate dont l’activité s’étendait à la censure, à l’écoute aléatoire et sans contrôle juridique des conversations téléphoniques, à l’ouverture du courrier, au maillage territorial, institutionnel et professionnel systématique du pays par un réseau d’informateurs permanents et payés ou bien occasionnels et menacés, à la pratique courante d’arrestations arbitraires, de tortures en cours d’interrogatoire et d’internement psychiatrique et de déportation des citoyens arrêtés, avec ou sans « jugement », dans les réseaux de camps de travaux forcés de la steppe du Bărăgan ou du canal Danube-Mer Noire. Jusqu’en 1964, la Securitate fut aussi coutumière des exécutions extra-judiciaires ; sur le plan économique, une stricte planification d’état, impliquant non seulement les orientations macro-économiques et le commerce international, mais aussi tous les aspects de la production, de la distribution et de la consommation. En outre, l'économie communiste roumaine a été marquée par une forte campagne de nationalisation et centralisation de toutes les actions économiquesCioroianu, p. 78. Cette logique s’est déclinée au mépris des ressources disponibles, des possibilités techniques, de l’environnement et des besoins de la population, interdisant toute forme d’autogestion et induisant des inégalités entre la bureaucratie du Parti et de l’État qui disposait d’un niveau de vie comparable aux classes moyennes d’Europe occidentale, et le reste de la population aux prises avec une pénurie permanente d’énergie, de denrées, de produits finis et de services (ce qui encourageait le développement d’une économie informelle, mais spéculative) ; sur le plan culturel, un strict contrôle des activités artistiques, littéraires, scientifiques et muséologiques, des médias et des droits des citoyens roumains à l’opinion, à l’expression et à la formation de clubs, associations ou amicales ; une violation permanente de la liberté de circulation, tout déplacement nécessitant des autorisations et divers visas préalables pour changer d’emploi, de domicile, de résidence à l’intérieur du pays, et encore plus pour voyager hors du pays, et surtout dans les pays non-communistes ; enfin une violation du droit de propriété, se manifestant non seulement au niveau des entreprises mais aussi des simples citoyens par la nationalisation généralisée sans compensation des moyens privés de production, et une confiscation systématique des propriétés des citoyens considérés comme « ennemis de l’ordre socialiste » (dușmani ai orânduirii socialiste), soit de par leur activité passée, soit du simple fait de l’origine sociale dite « bourgeoise-latifundiaire » (clasa burghezo-moșierească) de leurs ancêtres. L’État s’est approprié tous ces biens par simples décrets, le plus important étant le décret de 1950 - Texte du décret disponible sur le site de la Chambre des Députés roumains - Texte intégral du décret comprenant les annexes: plus de propriétaires et adresses précisées, ou même sans décret par voie de coercition, plus de immeubles dont plus de ont été démolisIl est difficile de trouver des sources sûres mais il semble que l'ordre de grandeur soit celui-ci : Gheorghe Țară, député et représentant de la « Commission Abus » de la Chambre des Députés, dans son intervention lors du premier Congrès international des propriétaires de Roumanie (Bucarest, les 15-17 septembre 2000), cite des données statistiques de 1994, sans préciser la source exacte (il s’agit, selon G. Țară, de immeubles expropriés, dont démolis). D'autres évoquent des chiffres encore plus importants. Source: - The Roof over Our Head: Property Restitution in Romania (page 184).. gauche|180px|vignette|Représentation officielle de Nicolae Ceaușescu, dans le style du réalisme socialiste. Sur le plan idéologique et éthique, ce régime a tourné le dos à l’idéal communiste dont il se réclamait : deux dictons populaires de l’époque de la dictature communiste étaient que PCR signifiait pile, combinații, relații soit « piston, magouilles, relations », et que dans ce régime, toutes les briques de l’édifice sont théoriquement égales, mais pratiquement celles d’en bas doivent supporter le poids de celles d’en hautBancuri din iepoca odiosului (Blagues de l'époque de l'odieux), éd. Orientul Latin, Braşov, 1992Dana Maria Niculescu-Grasso, Bancuri politice, éd. Fundaţia Culturală Română, Bucarest 1999..

Sur le plan étatique et pratique, les crimes de ce régime contre l’humanitéLe « crime contre l’humanité » est une incrimination créée en 1945 dans le statut du Tribunal militaire de Nuremberg, établi par la Charte de Londres du Tribunal militaire international (art. 6, c) pour désigner une (cité par Jean-Philippe Feldman, article « Crime contre l'humanité » dans le Dictionnaire de la culture juridique, dir. Denis Alland et Stéphane Rials, éd. PUF, 2003). ont fait plus de deux millions de victimes officiellement reconnues par l’Institut national de recherche historique sur les crimes du régime communiste créé par la loi .724 du Voir sur , soit environ 11 % de la population du pays pour une moyenne de 122 victimes politiques par jour (mais en fait, bien plus dans les années 1945-1955 et 1979-1989, et bien moins dans les années 1965-1975)Détails sur .

Symboles du régime Le régime communiste de Roumanie utilisa successivement quatre drapeaux et armoiries : +Drapeaux et armoiries successifs du régime communiste de RoumanieDrapeauxArmoiriescentré|sans_cadre|200x200pxDrapeau de la République populaire roumaine (janvier à ).centré|sans_cadre|134x134pxBlason de la République populaire roumaine (janvier à ).centré|sans_cadre|200x200pxDrapeau de la République populaire roumaine (mars 1948 - 24 septembre 1952).centré|sans_cadre|142x142pxBlason de la République populaire roumaine (mars 1948 - 1952).centré|sans_cadre|200x200pxDrapeau de la République populaire roumaine (24 septembre 1952 - 28 juin 1965).centré|sans_cadre|142x142pxBlason de la République populaire roumaine (1952 - 28 juin 1965).centré|sans_cadre|200x200pxDrapeau de la république socialiste de Roumanie (28 juin 1965 - 22 décembre 1989).centré|sans_cadre|143x143pxBlason de la république socialiste de Roumanie (28 juin 1965 - 22 décembre 1989).

Bilan et mémoire du régime

vignette|Réseau de prisons et de camps en Roumanie et RSS moldave (1945-1989)Romulus Rusan, Cronologia și geografia represiunii comuniste în România. Recensământul populației concentraționare (1945-1989), Fundația "Academia Civică", Bucarest 2007, . vignette|droite|Le « mur des arrêtées » du régime communiste en Roumanie, dans le Mémorial de Sighet. gauche|vignette|Tag anti-totalitaire sur un mur à Bucarest vignette|Tag dénonçant le monopole de la nomenklatura sur l'économie pendant la transition, sur un mur à Bucarest Depuis la chute de la dictature communiste en 1989, un grand nombre d’ouvrages historiques est paru et un « Mémorial de la Résistance et des victimes du communisme » a été fondé en 1993 par d’anciens dissidents à Sighetu MarmațieiVoir et consultés le 1-er août 2011., dévoilant au grand jour les crimes de ce régime, mais sans susciter d’indignation dans l’opinion du pays et internationale, ni aboutir à une « lustration ».

La « Commission historique d’investigation et d’analyse des crimes du régime communiste ». coordonnée par et mise en place en 2005, a rendu ses conclusions en 2007 : elle impute au régime en soit environ 11 % de la population, en tenant compte non seulement des directement dues à la répression (exécutions, morts en détention pour motifs politiques) mais aussi de celles dues à la pénurie institutionnalisée, aux disettes provoquées par les réquisitions, au manque d'énergie et donc de chauffage, au manque de sécurité dans le travail, à l'emploi massif des prisonniers pour les travaux dangereux et de grande envergure, et au manque de soins aux plus faibles dû à l'indigence des fournitures médicales et pharmaceutiques.