thumb|Eisenhower et John Foster Dulles. Le colonel Foster plaidera coupable est une pièce de théâtre en cinq actes écrite par l'écrivain Roger Vailland pendant les événements de la guerre de Corée et parue aux Éditeurs français réunis en 1952.

Elle a été interdite dès sa première représentation au motif que le théâtre n'était pas utilisable, puis à nouveau quelques jours après en raison d'incidents causés par des manifestants souhaitant l'empêcher"Le théâtre communiste durant la Guerre froide", article de Patricia Devaux dans la Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine en 1997 , qui sont en réalité des mercernaires au service du préfet de Paris selon la presse de gauche.

Présentation et contenu L'histoire a été conçue dès , la « coalition anticommuniste américanisée » agissant en Corée suscitant alors l'espoir, à droite, que la guerre d'Indochine trouve une issue victorieuse pour la France. En 1950, Roger Vailland voyage en Égypte puis en Italie, lors d’un séjour sur l’île de Capri où il est hébergé par son ami l’écrivain Malaparte où il écrit sa pièce Le colonel Foster plaidera coupable. Une pièce d'humeur, une réaction contre la guerre de Corée et la répression anti-communiste qui agite la France. Du même coup, il envoie à Jacques Duclos alors emprisonné son adhésion officielle au Parti Communiste.

La pièce se déroule dans la partie sud d'une Corée en guerre, où des personnes que rien ne vouaient à se rencontrer, se rencontrent quand même dans ce contexte particulier d'une guerre à la fois totale et conventionnelle. Un riche négociant en grain exploitant durement ses employés joue un rôle important. Le colonel Foster croît à sa mission et son rôle humanitaire mais découvrer qu'elle est minée par un de ses lieutenants, raciste. Selon l'un de ses biographes, Alain Georges Leduc, ce titre serait dû à John Foster Dulles (1888-1959) ancien secrétaire d'état très lié au président Eisenhower.

Contexte La première interdiction le a lieu dans le contexte de conflit au sein de militaires participant à la guerre d'Indochine au sujet de celle d'une autre pièce Drame à Toulon, qui raconte l'affaire Henri Martin. L'Association nationale des Rapatriés d'Indochine a le annoncé que ses adhérents, marins, soldats et leurs familles, viennent d'écrire à dix ministres pour faire libérer Henri Martin, suscitant la réaction de l'Association des anciens combattants du Corps Expéditionnaire (CEFEO), qui à son tour écrit au gouvernement une lettre accusant Drame à Toulon de renfermer des pendant la semaine du , l'édition de mars de son journal mensuel Le combattant d'Indochine s'étant déjà réjoui ne risque plus d'être jouée. Peu après, au printemps 1952, débute une vaste tournée en province, en partant du Jura et de la Lorraine, financée par le Secours populaire, et cette association se mobilise contre. Début mai à Lunéville, elle obtient que la pièce soit interdite par le préfet de Meurthe-et-Moselle. L'Association triomphe et appelle la pièce . L'Humanité réagit avec beaucoup de vigueur et dénonce les . Des représentations sont prévues du 10 au dans les alentours de Belfort.

Le c'est dans cette ville qu'un groupe d'opposants promet d'envahir la où une polémique a opposé un élu au préfet sur une salle pour la pièce. Un groupe de militaires remonte le Boulevard des Vosges avec casques et gourdins en appelant à s'en prendre aux acteurs.

Censure Première interdiction le 9 mai 1952 Le , jour de la première représentation, la Préfecture de police interdit les représentations car la salle ne présenterait pas les . Pourtant, un spectacle pour enfants se déroulait dans ce théâtre . Par ailleurs, dans l'espoir de prévenir l'interdiction, le texte avait été allégé de .

Les travaux nécessaires à une meilleure protection contre les dangers d'incendie sont exécutés permettant à l'autorisation de réouverture d'être donnée le .

Générale du 15 mai 1952 La générale se déroule le sans incident. Dans la première édition de L'Aurore du - tirée plus d'une heure avant la fin de la représentation parut l'article titré « Une intolérable provocation ». Cet article, selon la gauche, appelait les groupes de choc fascistes et gaullistes à manifester leur hostilité, même si en réalité il s'est agi de policiers déguisés.

S'en prenant à André Marty et rappelant que dans cette Corée « mise à feu et à sang par l'agression communiste, des Américains et des Français tombaient chaque jour », Robert Lazurick en appelait aux autorités françaisesRoger Vailland ou Un libertin au regard froid, biographie consacrée à l'écrivain Roger Vailland, écrite par le journaliste et écrivain Yves Courrière en 1991 :

Le même jour parait France-Observateur, qui craint que cela soit prétexte à une perturbation générée non par des spectateurs mais des policiers. Une semaine après, l'hebdomadaire de gauche fondé par Roger Stéphane constate que cela s'est effectivement produit dès la représentation du surlendemain:

Seconde interdiction, le 18 mai 1952 Le , « les comédiens furent soudain attaqués par une vingtaine de gros bras, jusque-là tranquilles spectateurs, qui jaillissant les bousculèrent, les frappèrent à coups de ceinturon, détruisirent une partie du décor et jetèrent dans la salle des grenades lacrymogènes ».

Dans la bagarre, Claude Sautet, l'assistant de Louis Daquin, fut blessé au visage et conduit à l'hôpital, tandis que les gardes du corps de Jacques Duclos, numéro deux du PCF, présent dans une loge, sont obligés de le plaquer à terre.

Les faux contestataires s'en prenant aux comédiens"The Dancer Defects: The Struggle for Cultural Supremacy during the Cold War", par David Caute les prennent à partie, ce qui . Le lendemain, le préfet de Paris décide cette fois l'interdiction de la pièce pour risque de trouble à l'ordre public, et cette mesure ne sera levée que plus de sept ans plus tard, le .

Dans la première édition de L'Aurore du - tirée plus d'une heure avant la fin de la représentation parut l'article titré "Une intolérable provocation", qui d'après la gauche appelait les groupes de choc fascistes et gaullistes à manifester leur hostilité. S'en prenant à André Marty et rappelant que dans cette Corée mise à feu et à sang par l'agression communiste, des Américains et des Français tombaient chaque jour, Robert Lazurick en appelait aux autorités françaises:

Le même jour parait France-Observateur de Roger Stéphane, craint que cela soit prétexte à une perturbation générée non par des spectateurs mais des policiers, puis constate que cela s'est produit : . "Les comédiens furent soudain attaqués par une vingtaine de gros bras, jusque-là tranquilles spectateurs, qui jaillissant les bousculèrent, les frappèrent à coups de ceinturon, détruisirent une partie du décor et jetèrent dans la salle des grenades lacrymogènes". Dans la bagarre, Claude Sautet, l'assistant de Louis Daquin, fut blessé au visage et conduit à l'hôpital.

Au PCF, Raymond Guyot, responsable de la fédération de la Seine, proche de Maurice Thorez, s'indigne. "Contre les bandes de voyous et de bandits fascistes, une seule loi: pour un œil les deux yeux" écrit-il dans L'Humanité du "La mémoire ouverte" par Paul Noirot , dans un éditorial disant "Nous appelons tous les travailleurs, dans les entreprises et les quartiers, à faire face énergiquement, à protéger les locaux et les militants des organisations ouvrières et à organiser dans l’union la riposte de masse à toute provocation. Chassez les mouchards des entreprises ! Écrasez, partout où elles se trouvent, les bandes de voyous et de bandits fascistes""Pratiques politiques, stratégie et fonctionnement interne : l’exemple de 1952", article de Roger Martelli dans les Cahiers de l'Institut Maurice Thorez l*' trimestre 1979 . Le lendemain, le , le PCF apprend et révèle la visite en France du général Ridgway.

Représentations à l'étranger La pièce interdite en France sera entre-temps jouée à Bruxelles fin , la . Mais un garçon de courses apporta une gerbe de fleurs, un coup de téléphone anonyme indiquant qu'elle contenait une bombe au plastic et la salle fut évacuée précipitamment« LE COLONEL FOSTER arrêté par un réveille-matin », Le Monde du 28 mai 1952 à .

Elle sera reprise pendant six mois dans les pays de l’Est et débute , expérience qui inspirera en 1953 à Roger Vailland un ouvrage théorique : Expérience du drame.

Réactions de la presse La presse tout entière se déchaîne durant le mois de mai. Dans un premier temps, les journaux de tout bord politique, . commente Le Monde« Le colonel Foster plaidera coupable n'a pas été jouée hier soir », dans Le Monde du 10 mai 1952

Les réactions évoluent après la manifestation communiste interdite du 28 mai 1952, dénonçant la poursuite en Corée d'une guerre bactériologique, sans preuves, et protestant contre la venue à Paris du général américain Ridgway, qui s'achève par l'arrestation de Jacques Duclos, épisode connu comme "le complot des pigeons" et sont marquées par la mort de deux manifestantsMichel Winock - Le Siècle des intellectuels, aux Éditions Points en 1997 . Il rejoint en prison André Stil le rédacteur en chef de L'Humanité, arrêté plusieurs jours avant la manifestation, et des dirigeants syndicaux et organisations de jeunesse.

« Dans un temps où les partisans de la violence ont choisi de troubler l'ordre public, nous reconnaissons au gouvernement le droit d'interdire une politique », écrit Jean-Jacques Gautier, prix Goncourt et critique au Figaro, deux jours après. Dans Le Figaro aussi, Thierry Maulnier dénonce la stratégie du PCF consistant à utiliser le spectacle pour faire écho à « la campagne de haine féroce et stupide lancée contre " Ridgway la peste " ».

Conséquences Le PCF reste isolé, après les troubles causés par la pièce, dans un paysage politique français plus tendu, et son leader Jacques Duclos prononce l'été suivant un discours contre l'investiture à Pierre Mendès-France, pourtant opposé à la Guerre d'Indochine, en le présentant comme l'un des politiciens "Unité d'action de la classe ouvrière : base du rassemblement des forces populaires". Discours et rapport au Comité central des 16 et 17 juin 1953 à Issy-les-Moulineaux, par Jacques Duclos et Maurice ThorezLes anticolonialistes, 1881-1962, par Jean-Pierre Biondi, en 1992 chez Robert Laffon .

Bibliographie Roger Vailland, Le colonel Foster plaidera coupable, pièce en 5 actes, Les Éditeurs français réunis, 1952, 157 pages, réédition chez Grasset en 1998, 137 pages Roger Vailland, un homme encombrant, Alain Georges Leduc, éditions L'Harmattan, 2008

Notes et références

Liens externes Homme singulier, écrivain souverain

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