La Deuxième République, officiellement nommée République hellénique (en ), est le régime politique de type républicain qui est en vigueur en Grèce de 1924 à 1935.
Entre 1924, année où la Deuxième République hellénique est proclamée, et 1935, date à laquelle cette dernière est abolie, la Grèce connaît une forte instabilité politique. En un peu plus de dix ans, vingt-trois gouvernements, une dictature (celle du général Pángalos) et treize coups d'État se succèdent. En moyenne, chaque cabinet reste en place durant six mois tandis qu'une tentative de putsch est organisée toutes les quarante-deux semaines. Depuis la Première Guerre mondiale, les Grecs sont en effet divisés entre vénizélistes (favorables à la République) et anti-vénizélistes (partisans d'une restauration monarchique). Cette division conduit à des violences politiques, qui touchent aussi bien les élites au pouvoir que les simples citoyens, et notamment les représentants de la fonction publique.
Dans le même temps, la Deuxième République connaît de graves difficultés économiques. En effet, après la défaite militaire face à la Turquie (1922), le pays doit accueillir plus d'un million de réfugiés originaires d'Anatolie, ce qui représente un effort considérable. À partir de 1927, cependant, l'économie grecque commence à se relever. Une politique de développement est mise en œuvre, qui permet d'importants progrès dans l'agriculture et l'industrie, tout en creusant la dette nationale. La Grande Dépression brise cette dynamique de croissance, en limitant drastiquement les exportations, mais favorise finalement la production intérieure en rendant plus difficiles les importations. Ainsi, un début de reprise économique apparaît au moment où les républicains perdent le pouvoir au profit des monarchistes.
Au niveau international, la Deuxième République entretient des relations compliquées avec ses voisins, et particulièrement avec l'Italie fasciste, la Bulgarie et la Turquie. Après plusieurs crises violentes (Incident de Corfou et Incident de Pétritch), la Grèce signe des traités bilatéraux sous le gouvernement de Venizélos. Après le retour au pouvoir des monarchistes, la Grèce intègre le pacte balkanique, ce qui n'est pas sans soulever des critiques à l'intérieur du pays. Finalement, Athènes se rapproche de Londres par peur de l'Italie et de ses velléités expansionnistes.
Discrédités par leur implication dans les différents coups d'État, les républicains perdent progressivement du terrain face aux monarchistes et des voix de plus en plus nombreuses réclament le retour de . Le putsch du général Kondýlis et le référendum truqué qui s'ensuit mettent finalement un terme au régime républicain.
Politique intérieure Contexte politique et social Un échiquier politique bipolarisé
vignette|redresse|alt=photographie noir et blanc : portrait d'un homme à la barbe blanche|Elefthérios Venizélos (1919), principale figure politique grecque des débuts du . La politique intérieure grecque de l'Entre-deux-guerres (qui débute, à proprement parler, avec la fin du conflit avec la Turquie, en 1922-1923) est caractérisée par l'affrontement de deux blocs, dont la genèse remonte au « coup de Goudi » de 1909 et surtout au « Schisme national » de 1916. Cette période correspond, en effet, à la montée en puissance du Premier ministre Elefthérios Venizélos et de son mouvement politique, le vénizélisme. Comme d'autres partis de gauche de moindre importance (agrariens et communistes, par exemple), le vénizélisme est largement marqué par l'idéologie républicaine. Face à lui, se développe un mouvement anti-vénizéliste, qui regroupe principalement des monarchistes.
Chacun de ces deux blocs s'articule autour d'un parti principal, qui polarise d'autres formations, à l'existence parfois éphémère. Le cœur du mouvement vénizéliste est le Parti libéral, fondé et dirigé par Venizélos lui-même. Celui du mouvement anti-vénizéliste est le Parti du peuple, parfois appelé Parti populaire. Fondé par Dimítrios Goúnaris et présidé ensuite par Panagís Tsaldáris, celui-ci est parvenu à absorber les décombres des formations politiques traditionnelles lorsqu'elle se sont effondrées, au moment de l'avènement du vénizélisme. Composé de marchands, d'armateurs, de petits banquiers et d'industriels, le Parti libéral peut être considéré comme la formation politique par excellence de la bourgeoisie grecque.
Les formations politiques de la Deuxième République restent des structures clientélistes et caciquistes, et cela en dépit des tentatives, surtout du côté libéral, de se muer en partis de masse modernes, basés sur des groupements d'affiliés plutôt que sur des noyaux clientélistes fédérés autour de notables locaux. Ce caractère clientéliste et caciquiste est encore plus marqué dans les petits partis, dont les membres se limitent généralement à leur fondateur et à une poignée de notables issus de la même région. Le clientélisme est, en outre, plus accentué dans les partis de droite que de gauche, et ne se retrouve pas du tout au sein du mouvement communiste. Il est, par ailleurs, davantage présent à la campagne qu'à la ville, et plus courant en « vieille Grèce » que dans les territoires annexés après 1912.
La « Grande Catastrophe » et ses conséquences
vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc montrant une foule d'enfants en guenilles formant une file.|Enfants grecs et arméniens réfugiés à Athènes en 1923. L'échec militaire face à la Turquie lors de la guerre de 1919-1922 a une influence considérable sur la vie politique grecque sous la Deuxième République. La « Grande Catastrophe » empêche en effet la réalisation de la « Grande Idée ». L'irrédentisme cesse alors d'être le fil conducteur de la politique extérieure hellène. La défaite change en outre radicalement la composition de l'électorat du fait de l'arrivée de plus d'un million de réfugiés originaires d'Asie mineure. Cet afflux soudain favorise en effet la chute provisoire de la monarchie et fait de l'intégration des Micrasiates l'un des enjeux principaux de la politique intérieure hellène.
Pour le pays, l'arrivée des réfugiés n'a cependant pas que des conséquences négatives. L'établissement de Grecs d'Anatolie en Macédoine, région disputée avec la Yougoslavie et la Bulgarie, assure son hellénisation : si la population grecque y atteignait du total en 1913 (contre de musulmans), elle représente en 1926. Le même phénomène s'observe dans la cosmopolite cité de Thessalonique, encore majoritairement peuplée de juifs sépharades en 1912. Dans ces conditions, la Grèce devient l'un des États-nations où la proportion des () est la plus faible.
La progressive proclamation de la République Le coup d'État du 11 septembre 1922 et ses conséquences
Le désastre militaire en Anatolie aboutit, le , à un coup d'État organisé par les colonels Nikólaos Plastíras et Stylianós Gonatás. Arrivés au pouvoir, les putschistes présentent, le , un ultimatum au roi Constantin , qui finit par abdiquer en faveur de son fils Georges II. Dans les mois qui suivent, la junte militaire organise le procès de six personnalités accusées d'être responsables de la défaite face aux Turcs. Utilisés comme boucs émissaires, ces notables monarchistes sont finalement exécutés, ce qui permet à l'Armée d'être exonérée de toute responsabilité dans la déroute. Elle étanche, par ailleurs, la soif de vengeance des soldats et des réfugiés micrasiates. Cependant, elle perpétue également la division apparue pendant la Première Guerre mondiale entre vénizélistes et monarchistes.
À partir de , des officiers révolutionnaires se regroupent dans une ligue militaire, qui soutient l'abolition de la monarchie. Face à eux, les monarchistes s'organisent à leur tour. Le , des militaires royalistes tentent de prendre le pouvoir par la force, sans succès. Cet événement est suivi d'une purge qui touche plus d'un millier d'officiers monarchistes. Il met, par ailleurs, un terme aux ambitions électorales du général Ioánnis Metaxás, qui doit trouver refuge à l'étranger.
Le , la junte militaire organise de nouvelles élections législatives, boycottées par les « populistes » (monarchistes), ce qui aboutit à la mise en place d'une assemblée dominée par les différentes factions vénizélistes. Dans ces conditions, et en dépit de l'absence de majorité réellement républicaine au parlement, les militaires obligent Georges II à partir en exil, avant de céder le pouvoir à une assemblée constituante en janvier. Ayant remporté les élections de 1923, Elefthérios Venizélos se montre réticent vis-à-vis de l'abolition de la monarchie. Rentré en Grèce après la remise du pouvoir à l'Assemblée constituante, il quitte la direction des affaires après seulement dix-neuf jours à la tête du gouvernement, du fait de son opposition aux constituants.
La mise en place du régime républicain
Le démission et le départ en exil d'Elefthérios Venizélos ouvrent la voie au retour des militaires dans la vie politique nationale. Geórgios Kaphantáris, successeur de Venizélos à la tête du gouvernement, doit ainsi démissionner sous la pression de l'Armée. Dans le même temps, le Parti libéral se divise en trois entités : les libéraux-progressistes de Kaphantáris, les libéraux-conservateurs d'Andréas Michalakópoulos et le groupe de Themistoklís Sofoúlis.
Sous la pression des militaires, les membres de l'Assemblée constituante votent à la quasi-unanimité la proclamation de la République. Malgré les demandes des vénizélistes, qui souhaitaient soumettre la question du régime à un référendum populaire, les républicains radicaux obtiennent qu'elle soit d'abord soumise à un vote du parlement. C'est ainsi que sont proclamées la mise en place du régime républicain et la déchéance de la maison de Glücksbourg le .
Un plébiscite est, malgré tout, organisé le suivant afin de confirmer l'abolition de la monarchie. Lors de la campagne qui s'ensuit, la classe politique montre clairement sa fragmentation puisque les vénizélistes soutiennent la république tandis que leurs opposants prennent parti pour la monarchie. En dépit de la victoire du camp républicain, le Parti du peuple de Panagís Tsaldáris refuse de reconnaître la légitimité des nouvelles institutions, chose qu'il ne se résout à faire que huit ans après l'instauration de la République.
La dictature du général Pángalos et le gouvernement d'unité nationale Instabilité et dictature
Le changement de régime ne résout pas les problèmes socio-économiques du pays, dont les relations avec ses voisins continuent à être tendues. L'échiquier politique est toujours profondément fragmenté, et de nombreux partis restent de simples plateformes destinées à promouvoir des candidats sans véritable programme. La faiblesse des formations politiques conduit à la mise en place de coalitions fragiles, qui se succèdent dans un contexte de forte instabilité parlementaire. Après la démission de Geórgios Kaphantáris, Aléxandros Papanastasíou lui succède à la tête du cabinet, avec le soutien des partisans de Themistoklís Sofoúlis et d'Andréas Michalakópoulos. Le nouveau Premier ministre perd cependant l'appui des autres factions vénizélistes et d'importantes figures de l'Armée à cause de ses projets de réformes économiques et sociales. La présidence du cabinet passe alors à Sofoúlis, avant d'être transmise, en octobre, à Michalakópoulos, qui est finalement renversé.