L’église Saint-Sulpice est une église paroissiale catholique, dédiée à saint Sulpice le Pieux, évêque de Bourges. Elle se situe dans la commune française de Saint-Sulpice-de-Favières, dans le département de l'Essonne, en Île-de-France.

Chaque voyageur remarque la disproportion éclatante entre la taille du village, qui a toujours été modeste, et la splendeur et les dimensions de l'église. Elle ne s'explique que par sa vocation d'église de pèlerinage, l'un des plus importants du diocèse de Paris dont la paroisse faisait partie, et par l'impulsion du pouvoir royal, sachant que le pèlerinage avait les faveurs de Saint Louis.

Édifiée pendant les dernières années de sa vie, et non achevée à sa mort, l'église est l'un des principaux édifices gothiques rayonnants de la région, et son architecte connaissait les grands chantiers royaux de son époque. Les travaux s'arrêtent toutefois avant la fin du , et quand ils reprennent au siècle suivant, ce n'est que pour édifier la façade occidentale : la nef reste inachevée, ou bien est détruite partiellement sous les guerres de religion. Le plan de l'église est simple, sans transept ni déambulatoire, mais l'architecture est très élaborée, en évitant autant que possible les murs pleins, en y substituant de vastes verrières, ou des arcatures plaquées. Les collatéraux dépassent une hauteur de sous voûtes, ils sont à eux seuls plus élevés que beaucoup d'églises rurales. Le chœur est particulièrement élancé et lumineux, culminant à une hauteur de . La minceur des supports et la belle sculpture des chapiteaux contribuent aussi à l'élégance de l'église. Son abside avec claire-voie et des fenêtres sur trois niveaux superposés sont particulièrement remarquables.

Au moment de son classement au titre des monuments historiques, par la liste de 1840., l'église tombe presque en ruines. Elle a été restaurée pendant le dernier quart du , et fait toujours la fierté du village et de la paroisse. L'église reste un lieu de culte vivant, où des messes sont célébrées plusieurs fois par semaine.

Situation

L'église Saint-Sulpice est située en Île-de-France, dans le département de l'Essonne, sur le versant sud de la vallée de l'Orge, au centre du bourg de Saint-Sulpice-de-Favières, sur la place de l'Église. La place proprement dite forme le parvis, devant le portail occidental. C'est en même temps un carrefour vers où débouchent plusieurs rues du village : la rue aux Fèves, venant du sud-ouest, où se situe la mairie, et se poursuivant vers le nord-est ; et le chemin du Néflier, venant du sud-est.

La place de l'église se prolonge aussi devant l'élévation méridionale de l'église, où elle devient une rue, et près du chevet, celle-ci rejoint la rue du Four-à-Chaux, l'une des rues principales du village, qui passe devant le chevet. Dans cette rue se situent le presbytère, à côté du clocher et de la chapelle des Miracles, ainsi que le cimetière, déjà à l'extérieur du village, vers le nord-ouest. De trois côtés, l'église est donc dégagée d'autres bâtiments. Ce n'est pas le cas le long de son élévation septentrionale, qui jouxte le presbytère et une propriété privée.

Contexte historique : les origines de l'église vignette|redresse|La chapelle des Miracles reste de l'église des années 1175/80.

Les documents manquent sur l'histoire de cette église. Cependant, chaque auteur qui a écrit sur l'église reprend une citation de l'abbé Claude Chastelain, grand voyageur, qui dans le Journal de ma vie (1683) qualifie l'église Saint-Sulpice de Favières de plus belle église de village de tout le royaume..

Elle est située dans un village de taille modeste, mais un important pèlerinage y est attesté depuis le , ce qui a motivé le remplacement de l'église des années 1175/1180 par une autre avec un chantier commençant vers 1260.

Le village ne s'est alors plus appelé Favières. L'ajout du terme Saint-Sulpice au nom de la commune peut correspondre à saint Sulpice-Sévère, biographe de saint Martin de Tours, ou à saint Sulpice de Bourges, dit saint Sulpice le Pieux, évêque de Bourges. Sur ce point, l'église possède encore des reliques de l'évêque de Bourges. Ce sont ces reliques qui font précisément l'objet du pèlerinage.

Les différentes parties de l'église peuvent être datées par l'analyse archéologique, en les rapprochant aussi d'autres édifices présentant des éléments comparables. Sa chapelle des Miracles, située au nord du chœur n'est pas très ancienne, car elle n'est pas mentionnée par l'abbé Lebeuf, prêtre jésuite, historien et érudit français. Tout le reste de l'église est encore plus récent. Elle est dédiée à Marie (mère de Jésus).

Le chœur d'une précédente église, dont on ignore la dédicace, reposait au même endroit dans le dernier quart du , puisqu'alors une cure est mentionnée. On rencontre aussi l'appellation « église de 1100 », ce qui peut être une référence à la chapelle des Miracles. Pourtant, l'architecture gothique de l'église ne correspond pas à l'ancienneté révélée par l'étude. Le style gothique rayonnant de l'église est incontestablement l'œuvre d'un architecte expérimenté, qui connaît les principales réalisations de son époque.

Pour les principaux édifices rayonnants d'Île-de-France dont Saint-Sulpice-de-Favières fait partie, on suppose qu'il existe des liens avec la cour royale. Thierry Mariage a démontré des analogies évidentes avec la Sainte-Chapelle de Saint-Germain-en-Laye, et l'abbé Lebeuf rappelle que La Vie de Saint-Louis par Guillaume de Saint-Pathus fait allusion au pèlerinage de Saint-Sulpice-de-Favières.

C'est peut-être l'attachement des rois de France au pèlerinage qui explique que la paroisse appartient au diocèse de Paris (jusqu'à la Révolution française), alors que les villages voisins font tous partie de l'archidiocèse de Sens ou du diocèse de Chartres.....

Historique Deux campagnes de construction Hormis la chapelle des Miracles, qui provient de la précédente église, on n'identifie que deux campagnes de construction : la première porte sur quasiment toute l'église, y compris le clocher, et la seconde seulement sur le portail occidental, daté du .

Pendant tout le premier chantier, l'architecte n'a pas changé, ou tout au moins, l'on n'a pas changé de parti, et le projet initial a été réalisé presque jusqu'au bout.

On constate néanmoins une évolution de la sculpture des chapiteaux, d'est en ouest, sachant que la construction débute par le chevet, et dans le chœur du bas vers le haut.

Mais l'unicité stylistique est parfaite, et tout porte à croire que l'église s'est construite dans un délai relativement bref, compris entre vingt et trente ans : (Yves Sjöberg).

Interruption des travaux Vers 1280 / 1290, les travaux s'interrompent vraisemblablement. Dans cette période tombe le début du règne de Philippe le Bel (1285).

Il ne s'intéresse peut-être pas à l'église de Saint-Sulpice-de-Favières, mais quoi qu'il en soit, les fonds se sont épuisés, et le financement du chantier n'est plus assuré. Il a dû avaler des sommes colossales, car comme l'observe l'abbé Lebeuf, ... vignette|redresse|Mur haut de la nef avec la date de 1697 sous la corniche de plâtre.

Toute la question est de savoir si la nef était achevée au moment de l'interruption du chantier : ses parties hautes sont effectivement incomplètes, avec des murs lisses à la place du triforium, absence de l'étage de fenêtres hautes, et absence de voûtes.

D'après la tradition orale locale, un incendie au ou aurait dévoré la toiture de la nef, et provoqué l'effondrement des voûtesYves Sjöberg est sceptique face à l'hypothèse d'un incendie, car l'événement n'a pas laissé de traces dans les archives. Il pense plutôt que la nef serait resté inachevée, ce qu'il explique par la guerre de Cent Ans, qui commence bientôt après l'achèvement du portail, sans exclure catégoriquement la destruction des parties hautes. Thierry Mariage est tout au contraire persuadé que la nef avait la même élévation que le chœur, mais les preuves qu'il cite ne paraissent guère suffisantes : il y a les murs hauts de la nef, en moellons de grès du pays, matériau habituellement utilisé pour les églises de la région, alors que tout l'intérieur de l'église est en pierre calcaire ; il y a les faisceaux de colonnettes sans emploi, et dont la corniche de plâtre défend de dire s'ils ont été arasés ou non ; et la charpente de la nef et l'arc-doubleau vers le chœur, refaits en 1684. Les murs de grès peuvent tout aussi bien avoir été prévus comme provisoires, ou s'ils résultent de la grande campagne de restauration des années 1680, ceci ne prouve pas qu'ils remplacent un triforium. Des colonnettes sans emploi sont un signe caractéristique de l'inachèvement, et la réfection d'une charpente ne prouve rien d'autre que le besoin de remplacer la charpente précédente. Il est donc peut-être plus prudent de s'en tenir à la conclusion d'Yves Sjöberg : ....

Des cas comparables existent dans la région : la nef absente de Saint-Martin-aux-Bois, et les parties hautes du chœur de Cormeilles-en-Parisis. En 1652, sous la Fronde, les tirs des troupes de Turenne mettent le feu au presbytère, provoquant l'effondrement de la toiture de la nef. C'est à cet incendie que l'abbé Lebeuf semble faire allusion.

S'agissant de l'église Saint-Sulpice, vu qu'il écrit seulement une centaine d'années plus tard que la date de l'incendie prétendu, son affirmation que les murs de l'église sont restés indemnes a une certaine crédibilité. D'autre part, l'incendie fournit l'explication pour le remplacement de la charpente après 1681.

Restauration de l'église vignette|Plaque commémorative pour le père Fernand Boulard. Apparemment, rien n'est entrepris dans un premier temps pour remettre en état l'église, qui est alors très délabrée.

Sa restauration est lancée par l'abbé François Bouvier, quand celui-ci est nommé curé de la paroisse en 1672. Il dépense la somme de livres, et est aidé par son ami le président à mortier du Parlement de Paris, Guillaume I de Lamoignon. Le président meurt en 1677 et son fils Chrétien-François I de Lamoignon poursuit son engagement pour la restauration de l'église, car sur le doubleau entre nef et chœur, les armes de la famille sont associées à l'année 1684.