Le château puis fort de Joux est un château fort français situé sur la commune de La Cluse-et-Mijoux dans le département du Doubs, en région Bourgogne-Franche-Comté. Il surplombe la cluse de Pontarlier ouvrant le passage vers la Suisse dans le massif du Jura.
Il fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le .
Histoire thumb|left|150px|La Cluse-et-Mijoux.|alt=
Le plateau de la Pelouse et la Rochette Dès l'Antiquité, il existait un péage dans la cluse et un guet en bois sur le plateau de la Rochette. Dans la guerre des Gaules, César parle d'une haute montagne défendue par cinquante hommes qui permettait d'entrer dans le pays des Séquanes, qui pourrait bien-être le guet nommé Iors par les Séquanes. C'est par là que s'exilèrent les Helvètes en avant d'être rejoints par César sur la Saône. C'est en 1039, à la mort de Conrad II le Salique et à l'avènement d'Henri III du Saint-Empire, que le château est désigné pour la première fois dans la Vita MathildisVita Mathildis Livre I Chapitre XII sous le nom de Miroaltum ; en effet, en 1227, Henri de Joux parle du « château de Joux également nommé Miroaz » et l'on retrouve des noms semblables dans les chartes des sires de Joux (Miroual, Miroal, Miroaz, Mirua, Mirowaldum, Miroaldum, Mirouhaut)Le château de Joux 18. Il fut ensuite toujours appelé indifféremment « Fort de Joux » ou « chasteau puis château de Joux ».
La montagne de Joux, séparée par une faille spectaculaire du Larmont, se divise en trois zones : La Rochette surplombe le village de la Cluse-et-Mijoux ; la Pelouse surplombe la Rochette ; et au sud - sud-ouest se trouve le Géran. Le fort de Joux fut bâti sur la Pelouse mais il existait dès le départ des fortifications et un escalier sur la Rochette qui permettaient de rejoindre directement le péage situé à l'endroit le plus étroit, où se trouve actuellement le blockhaus du Chauffaud. Il est probable que les seigneurs de Salins aient inféodé une vaste portion de leur territoire, qu'il tenait de l'abbaye territoriale de Saint-Maurice d'Agaune, à la maison de Joux et notamment le Val d'Usie. En effet en 941 ce monastère remettait en fief à Albéric de Salins tout le val composé de Goux-les-Usiers, Bians-les-Usiers et Sombacour. Grâce à Frédéric Barberousse, Empereur romain germanique, qui leur en confirme la charge au , les sires de Joux vont pouvoir considérablement agrandir leur domaine. Les propriétés de la maison de Joux s'étendent sur les montagnes de Mouthe, de Pontarlier et de Montbenoît, le long du Doubs depuis le mont d'Or près de Métabief jusqu'au mont de la Grande-Combe, ils possèdent la seigneurie d'Usie, celle de Cicon, de Lièvremont et de Naisey.
Le fief, n'étant pas masculin, passera par mariage dans les maisons de Blonay puis de Vienne. Jeanne de Blonay, veuve sans postérité de Gauthier II de Vienne-Mirebel († 1390), dame de Joux et sans héritier, le vendra à Guillaume (IV) de Vienne, premier chevalier de la Toison d'Or, en 1410. Le fils de ce dernier, également nommé Guillaume (V ou II), † 1456, était couvert de dettes, et les descendants de sa fille Marguerite, mariée à Rodolphe IV de Hochberg, n'ont pu recevoir le château de Joux alors qu'ils auraient dû en hériter. En effet, après la mort de sa fille survenue dès 1453, il dut vendre en 1454 le château au duc et comte de Bourgogne Philippe le Bon, qui avait déjà beaucoup investi dans sa réparation (Il a créé les foires de Saint-Luc et Saint-Georges à Pontarlier à cet usage en 1393). Dès 1475, Philippe de Hochberg (fils de Marguerite de Vienne et Rodolphe de Hachberg ; comme son père Rodolphe, il était comte de Neuchâtel et marquis/margrave de Rothelin) et ses descendants n'eurent de cesse de vouloir récupérer le château avec l'appui financier de Louis XI en profitant des différends de ce dernier avec le nouveau comte-duc, Charles le Téméraire, fils de Philippe le Bon ; ils y réussirent à plusieurs reprises, mais les ducs et comtes de Bourgogne récupérèrent finalement leurs biens au cours de nombreux procès et batailles.
Le site, édifié à l'entrée de La Cluse-et-Mijoux, voisine de Pontarlier (aussi appelée « le tournant » ou « l'embouchis »), commande l'unique route traversant les montagnes du Jura à cet endroit et facilite l'installation d'un péage qui garantit très vite un revenu régulier permettant de construire un château en pierre. La puissante maison de Joux apparaît au et descend des premiers Burgondes qui s'approprièrent ce lieu, le fief se compose à l'origine du château et de Saint-Pierre-de-la-Cluse (aujourd'hui le quartier Saint-Pierre), il s'agrandit à partir du au moyen d'abergements (concessions gratuites de terrain) tout d'abord vers La Cluse-et-Mijoux, puis vers la Chapelle-Mijoux, Les Verrières, Les Fourgs et enfin Oye-et-Pallet ; les sires de Joux vont ainsi devenir les propriétaires des « montagnes du Jura » se faisant d'ailleurs appeler « les puissants seigneurs à bannières du Jura » ou « les sires des forêts jurassiennes ».
Les sires des forêts jurassiennes
thumb|Vue depuis la cluse.|alt=
Les sires de Joux, descendant probablement de princes burgondes, étaient très riches grâce à leur péage qui se trouvait sur une des deux seules routes carrossables entre le comté de Bourgogne et la Suisse puis la Lombardie ; c'était la route du sel mais également la via Francigena. Les personnes qui dépendaient de l'abbaye de Montbenoît, de Pontarlier et des fiefs de Joux étaient exemptés de péage. Les sires de Joux possédaient en outre une poêle (permettant de faire évaporer la saumure et donc de récolter le sel) à Salins-les-Bains et à cette époque le sel était très précieux. Ils possédaient des mines de fer et d'argent, des fours à chaux, des verrières et leurs serfs produisaient une viande fumée réputée depuis l'Antiquité. En outre, ils mettaient à ban la rivière du Doubs et possédaient des bois de sapins et d'épicéas (nommés picées à l'époque) pour les charpentes. De plus, les pois blancs cultivés sur la plaine de l'Arlier étaient très réputés et s'exportaient également bien vers la foire de Beaucaire, vers la Lombardie ou dans le reste du Saint Empire.
Il est fort probable que les sires de Joux se rangèrent derrière Eudes II de Blois lorsque le royaume de Bourgogne fut donné à Conrad du Saint-Empire lors de la succession du roi Rodolphe en 1032. En 1039, Aldric de Joux et toutes les personnes qui étaient dans le château se firent couper le nez et les oreilles par Boniface III de Toscane et ses troupes lombardes afin qu'ils se souviennent qu'ils devaient allégeance à l'empereur du Saint-Empire romain germanique. En effet, ils avaient fortifié sans permission leur château. C'est probablement pour cela que les sires de Joux prirent toujours parti contre les Lombards guelfes et pour l'empereur (du parti gibelin, donc).
C'est ainsi qu'Amaury III, accompagné d'Othon de Champagne, fit allégeance en 1168 à Frédéric Barberousse, empereur du Saint-Empire. En 1175, lorsque les sires allemands furent las de combattre, il fut aux côtés de l'empereur jusqu'en 1183, il sera donc considéré comme ayant fait la troisième croisade organisée par Frédéric Barberousse qui y trouvera la mort en 1190. Pour récompenser sa fidélité, l'empereur lui remet le Val d'Usier et une bonne partie de la plaine de l'Arlier. Il entreprend la fortification de la roche surplombant le cours du Doubs à Pontarlier et notamment le quartier du « Morieux » devenant ainsi la « forte place du Molar ». En 1246 Amaury IV se voit contraint par (comte-régent de Bourgogne et baron de Salins) de traiter avec les « barons-bourgeois » de Pontarlier dans le cadre du « baroichage » de cette ville (une association d'hommes libres) : cet acte limite ses droits sur les forêts, le banvin et le baroichage de Pontarlier ; aussi en représailles Amaury IV exige des droits de péage exorbitants à ceux qui traversent ses terres pour aller chercher du sel à Salins ce qui ne manque pas de déclencher un important conflit avec Jean de Chalon, qui apportera la désolation sur les terres de Joux. En 1282, Henri II de Joux participa aux côtés des gibelins aux Vêpres siciliennes contre les Français après avoir réuni l'argent nécessaire et s'être préparé en 1281. Jean de Joux participa contre Philippe le Bel à la bataille de Mons-en-Pévèle où il perdit la vie avec son écuyer.
En 1410 Guillaume de Vienne achète le château et la seigneurie de Joux à Jeanne, fille d'Hugues de Blonay, seigneur de Joux, qui n'avait pas d'enfant. Il meurt en 1434 ; son château revient à son fils Guillaume II de Vienne dont Olivier de La Marche nous laisse le portrait de quelqu'un de joueur et très dépensier. Philippe de la Marche sera l'un des capitaine du château de Joux (1434-1437), il viendra accompagné de son fils Olivier qu'il confiera à Pierre de Saint-Mauris. Il sera scolarisé à l'école de Pontarlier qu'il quittera à l'âge de quatorze ans pour entrer comme page au service des ducs de Bourgogne. La fille de Guillaume II (ou V) de Vienne, Marguerite, épouse Rodolphe de Hochberg ; elle meurt en 1453 léguant le château à Philippe de Hochberg, son fils. Mais le château ne lui appartenait pas encore, son père étant encore en vie. En 1454, Guillaume II de Vienne, couvert de dettes, vend le château à Philippe le Bon, duc et comte de Bourgogne. Celui-ci en fait un poste frontière grâce à des travaux réalisés par les Pontissaliens et financés par les foires de Saint-Luc et Saint-Georges créées pour l'occasion. Le château prend de l'allure. Le comte-duc place un fidèle, le marquis/margrave de Rothelin, comme capitaine du château, son souhait étant de faire du château un poste frontière bien gardé (les Rothelin : Jean de Fribourg, † 1458, comte de Neuchâtel et de Fribourg, maréchal de Bourgogne pour le comte-duc, fut régent de Rothelin au nom de son cousin Rodolphe, † 1487, pendant la jeunesse de ce dernier qui sera d'ailleurs son héritier à Neuchâtel et Fribourg ; le fils de Rodolphe, Philippe de Hochberg.., † 1503, filleul du comte-duc Philippe le Bon dont il portait le nom, n'a pas rompu avec son fils Charles le Téméraire comme on le lit parfois, mais au contraire lui resta fidèle et le suivit à Morat, Grandson, Nancy, avant de refuser le parti de Marie et Maximilien et de se rallier à Louis XI en 1477, d'être nommé par lui maréchal de Bourgogne, de participer à la soumission de la Franche-Comté, d'épouser en 1478 Marie de Savoie, deux fois nièce du roi Louis, et de finir Grand-chambellan de France et gouverneur de Provence). vignette|Vue de l'intérieur du château