Reza Chah Pahlavi (en , [reˈzɑː ˈʃɑːhe pæhlæˈviː]), aussi écrit Rizā Shāh Pahlevi ou plus rarement , né le à Alasht et mort le à Johannesburg, est l'empereur de Perse (Iran) de 1925 à 1941 et le fondateur de la dynastie Pahlavi. À différentes époques, il est également connu sous les noms de Reza PahlavanEn persan پهلوان pehlevān signifie « champion, héros, homme fort »., Reza Savad-Koohi, Reza Khan, Reza Khan Mir-Panj, Reza (Khan) Sedar Sepah, Reza (Khan) Pahlavi, ayant d’abord été militaire, chef des armées, ministre de la Guerre puis Premier ministre avant d'être empereur entre 1925 et 1941.
Officier cosaque issu d’une lignée de militairesReza Chah Pahlavi., il passe son enfance dans une relative pauvreté, natif du village montagneux d’Alasht, dans le Mazandaran. Orphelin de père à huit mois et de mère à sept ans, il est recueilli par un de ses oncles avant d’intégrer la brigade cosaque. Sa grande taille et sa force de caractère lui permettent de grimper les échelons de la hiérarchie militaire. Il mène le coup d’État de 1921 et devient successivement commandant suprême des corps armés et chef du gouvernement de l’Empire perse sous le règne d’Ahmed Chah, dernier souverain Qadjar. La Constituante ayant voté la déchéance du jeune monarque le , Reza Khan est aussitôt élu et intronisé par le Parlement (Majles) le . Proclamé empereur (Chāhanchāh), il est couronné le . Contrairement aux Qadjar, la nouvelle dynastie n'est pas turcophone mais persanophone.; il a également un caractère non-clanique marqué « State, Legitimacy, and Charisma in Modern Iran », par Jamsheed Faroughi, 27 janvier 2007..
Son règne, extrêmement séculier et souverainiste, est marqué par une modernisation à grande échelle dans son pays, qui se trouve alors dans un état de « sous-développement abyssal », selon les mots de l'ambassadeur britannique de l'époque Percy Cox, avant l'arrivée au pouvoir de Reza Shah. Cependant, c’est un règne à deux aspects : d'un côté il modernise à grands pas la société pour la doter de services modernes, d'infrastructures correctes puis clairement bonnes, de codes de lois et de société inspirés de leurs équivalents européens, d'une relative émancipation des femmes, de la recherche d'une promotion de la culture ancienne iranienne ; de l'autre, il amène tous ces changements avec fermeté et parfois autoritarisme, son attitude notamment vis-à-vis des religieux et des traditions locales lui valant quelques ressentiments dans la population. Il œuvre par exemple pour supprimer le féodalisme et une grande partie du tribalisme iranien, afin d'unifier l'Iran. On lui doit également le changement du nom « Perse » en « Iran » en 1935.
En 1941, l’Iran, suspecté de progermanisme en pleine Seconde Guerre mondiale, est envahi par les troupes alliées, qui l’occupent pendant quatre ans et déposent le vieil empereur. Son fils Mohammad Reza lui succède, tandis qu’il est exilé par les Britanniques qui l’envoient à l’île Maurice, puis à Johannesburg, en Afrique du Sud, où il meurt en 1944. Mohammad Reza est renversé par la révolution iranienne en 1979. Le bilan de Reza Chah reste discuté et assez difficile à évaluer du fait que, contrairement à Mustapha Kemal (son modèle), son successeur a été renversé par une révolution qui aboutit à la mise en place d’un régime théocratique en totale contradiction avec les principaux aspects de son règne. Le régime de la république islamique d'Iran, où l’information est assez contrôlée, ne laisse transparaître de lui qu’une image extrêmement négative.
Biographie Jeunesse (1878-1891) Reza voit le jour à Alasht, une petite bourgade des environs de Savadkuh, dans les hauts du Mazandaran, une province montagneuse du Nord de l'Iran. Il est le fils d'Abbas Ali (1818-1878)« Reza Chah », sur iranchamber.com., militaire qui se bat à Herat (aujourd'hui en Afghanistan) en 1857, et de Nouch Afarine, une Géorgienne musulmane dont la famille avait été chassée du Caucase en 1828, après la guerre russo-persane..
gauche|vignette|La maison natale de Reza Khan dans les années 1960. Le grand-père de Reza, Morad 'Ali Khan, est un militaire qui a servi dans le régiment de Savad Kouh de l'armée. Il a eu trois fils, également militaires : Abbas 'Ali Khan, Cheragh 'Ali Khan et Fazl Allah Khan. Abbas Ali ayant eu entre cinq et sept épouses, on lui attribue environ . On ignore cependant (si elles ont existé) les relations entre Reza Chah et ses demi-frères et sœurs, même après son accession au pouvoir. La dernière femme d'Abbas Ali est Nouche Afarine, qu'il avait rencontrée lors d'un voyage à Téhéran.
Le lieu de naissance de Reza Savad-Koohi ne le destinait pas à un grand avenir : Alasht est une ville extrêmement misérable, mais la famille paternelle de Reza était cependant une famille de propriétaires terriens et de militaires. Il existait alors un fossé très important entre les notables de cette ville et ceux de Téhéran. Donald Wilber, qui a écrit une biographie de Reza Chah dans les années 1970, décrit la ville ainsi :
Quarante jours après la naissance du futur Reza Chah, chassée par sa belle-famille qui ne voulait pas d'une étrangère, Nouch Afarine quitte Alasht pour Téhéran avec son fils. En compagnie de son frère Hossein, elle entreprend la traversée du massif de l'Elbourz pour rejoindre son époux Abbas Ali, gravement malade, et son frère aîné Hakim Ali.
À ce sujet, une légende naîtra plus tard, sous le règne de la dynastie Pahlavi : alors que Nouche Afarine traversait à grand-peine la montagne avec son enfant, ce dernier, nourrisson, serait tombé malade et aurait manqué de mourir de froid. Sa mère s’arrêta à l’emamzadeh (sorte de mausolée réservé à un descendant du Prophète) d'Hachem, où l’enfant aurait été soigné et se serait remis miraculeusement, ce qui aurait été considéré comme un signe du destin.
Reza n'a que huit mois quand survient la mort de son père, et sept ans lorsque sa mère meurt à son tour. Son oncle, Hakim Ali, médecin-capitaine affecté au service de Kazem Khan, gouverneur militaire de Téhéran, se charge aussitôt de son éducation et lui assure une vie décente sur le plan matériel, voire confortable selon les critères de la Perse de l'époque.
Carrière militaire (1891-1921) vignette|Reza Savad-Koohi Khan, colonel de la brigade cosaque persane en 1917. En 1891, suivant les traces de son père, Reza se lance dans la carrière militaire : il intègre à la brigade cosaque persane, seule institution nationale jugée efficace et inspirant le respect en 1893-94. Il est ensuite très difficile de savoir, même en fouillant les documents administratifs, ce qu'a fait Reza entre 1894 et 1911. Quelques écrivains indiquent qu'il fut garde en faction devant l'ambassade allemande, belge ou néerlandaise, ou devant la demeure du prince Abdol Hossein Mirza Farmanfarma, mais ces écrits sont sujets à caution, la plupart ayant été écrits après l'avènement de la république islamique d'Iran.. « À cette époque, "l’armée perse" en général est, comme le reste du pays, dans un état de désorganisation avancée : la corruption règne, les soldats s’équipent eux-mêmes, on leur fournit parfois un cheval.. La brigade cosaque est le seul corps à peu près organisé et discipliné, et c’est probablement pour cela que Reza choisit de l’intégrer. On dit que Reza était froissé de ce que cette armée théoriquement iranienne fût commandée par des officiers russes et que l'on s'y exprimât en russe.
Contrairement à Mustapha Kemal, son futur modèle politique avec lequel il devait entretenir de bons rapports, Reza était relativement peu instruit. Il ne maîtrise aucune langue véhiculaire ou diplomatique (Mustapha Kemal parlait le français). Contrairement à ce qu'affirmait la propagande britannique dans les années 1920, Reza était semi-analphabète et apprit très tard à écrireUniversity Press of Florida: Great Britain and Reza Shah... S'il savait quelques rudiments de turc (ce qui lui sera utile en 1934), il n'était pas vraiment cultivé mais il avait un autre atout : il se remarquait par son allure, son autorité et ses qualités militaires qui faisaient de lui un exemple de bravoure et de détermination. Ce sont ces qualités qui lui permirent de grimper rapidement les échelons militaires.
C'est le même prince que celui dont il aurait été le garde, Farman Farma, qui, en 1911, le fit combattre dans les soulèvements de la fin de la révolution constitutionnelle, dans les tentatives infructueuses de Mohammad Ali Qâdjar de recouvrer son trône. Malgré tout, le prince l'élève au grade de lieutenant en 1911, avant qu'il n'atteigne l'équivalence du grade de capitaine en 1912. C'est un homme de grande taille, environ , une véritable force de la nature, également très au fait de l'emploi des mitrailleuses, dont il s'occupe en 1915. Lesdites mitrailleuses sont des Maxim, et Reza, qui n'a pas de vrai nom ou de patronyme officiel (voir #Nouveau nom) . Cette année-là, il aurait été promu colonel. En 1918, il est général de brigade (Sartip), dans une campagne des cosaques contre la troupe du bandit Na'eb Hosein dans le Kashan.
Selon l'avis du général Ironside, officier britannique chargé par le gouvernement de Téhéran de la réorganisation de la brigade cosaque, il devient ainsi le premier officier persan à commander ce corps armé en remplacement des Russes. En 1920, le précédent commandant, le général Vsevolod Starosselski, avait quitté la Perse, comme une bonne partie des officiers russes de la brigade cosaque, pour aller combattre les Rouges aux côtés des Blancs dans la guerre civile russe (1918-1924). Recherchant à l'époque un appui en Perse (voir plus bas), les Britanniques essaient de nommer à la tête de la Brigade un officier anglophile, mais ils y renoncent devant la popularité de Reza et l'hostilité de la troupe face à cette éventualité. Reza Khan devient donc le commandant de la brigade.
La marche vers le pouvoir (1921-1925) Profitant d'une situation confuse et complètement désordonnée, il entreprend un coup d'État dans la nuit du 20 au . Il entre à Téhéran, fort d'environ et sans effusion de sang. Il est nommé Sardar Sepah (« chef de l'armée ») par Ahmad Chah. Il devient très rapidement l'homme fort du pays et se consacre à réformer l'armée, l'ordre et la sécurité. Il donne aussi un nouvel élan au nationalisme iranien.
En , Ahmad Chah le nomme Premier ministre avant son départ pour l'Europe pour raisons de santé.
Le plan britannique (1917-1921) gauche|vignette|Seyyed Zia'eddin Tabatabaï, vers 1921. Les Britanniques, depuis le , avaient maintenu la Perse dans un très mauvais état, avec une certaine aide des Russes qui avaient grignoté tout au long du siècle passé des territoires perses, dont ceux dans le Caucase d'où sont originaires la famille de la mère de Reza ainsi que celle de sa femme Tadj ol-Molouk. La Perse servait pour les deux puissances d'État-tampon entre les empires des Indes et russe – sans parler des zones d’influence établies., évitant aux alliés d'entrer en conflit pour des problèmes frontaliers. Mais la révolution russe, puis l'incertitude que les Blancs puissent emporter la victoire dans la guerre civile (qui se terminera finalement en 1924 et sera gagnée par les Rouges) poussent le gouvernement de Londres à agir : la Russie bolchevique représente un danger pour le Raj britannique, car susceptible d'absorber la frêle Perse et de rejoindre directement les frontières indiennes, une action qui aurait de très nombreuses conséquences. Le Royaume-Uni tente alors de s'implanter en Perse. Par le traité anglo-persan de 1919, il souhaite établir une zone tampon sur les parties de l'empire Perse touchant la Russie, et imposer un protectorat de fait aux Perses, s’immisçant officiellement et fortement dans les affaires internes. Conspué par l'opinion perse, le traité est signé à contrecœur par Ahmad Chah, mais le Parlement refuse de ratifier le traité.