Paul Léautaud (pseudonyme : Maurice Boissard), né le à Paris , et mort le à Châtenay-MalabryArchives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance , avec mention marginale du décès ; ses parents sont : Firmin Léautaud, artiste dramatique, et Jeanne Forestier, également artiste dramatique (consulté le 19 mai 2012)., est un écrivain et critique dramatique français.
Son père est indifférent, sa mère est absente. Paul Léautaud quitte l’école à 15 ans, exerce de petits métiers et s’éduque seul en lisant tard le soir les grands auteurs. Connu des milieux littéraires en 1903 par Le Petit Ami, puis, en 1950, du grand public par ses entretiens radiophoniques avec Robert Mallet, il publia peu, ayant en horreur la . Il accepte, en 1907, un emploi alimentaire de secrétaire au Mercure de France. Chargé, , de la chronique dramatique sous le nom de plume de « Maurice Boissard », il s'y fait connaître par sa franchise, son esprit moqueur et subversif.
Solitaire, pauvre, recueillant les animaux abandonnés dans son pavillon de Fontenay-aux-Roses, il consacre 60 ans de sa vie à son Journal, qu’il qualifie de littéraire, dans lequel il relate, au jour le jour, sous l'impression, les événements qui le touchent.
Ses dernières paroles furent :
Marie Dormoy, dont il fut l'amant en 1933, fut sa légataire universelle et son exécutrice testamentaire. Elle contribua à faire publier et connaître son Journal littéraire après sa mort.
Biographie 1872 - 1890 : Enfance et jeunesse à Paris et Courbevoie
Paul Léautaud naît le , dans le premier arrondissement de Paris au de la rue Molière, de parents comédiens.
Son père, Firmin Léautaud (1834-1903), d’une famille de paysans de Fours dans les Basses Alpes, vient à Paris vers l’âge de 20 ans. Admis au Conservatoire, il obtient un deuxième prix de comédie, joue dans différents théâtres dont l’Odéon, puis entre, en 1874, à la Comédie-Française comme souffleur, emploi qu’il occupe durant 23 ans.
Les femmes se succèdent auprès de Firmin Léautaud. Parmi elles, Fanny Forestier, actrice, dont il a une fille, Hélène, morte en 1882 ; puis la jeune sœur de Fanny, Jeanne Forestier (1852-1916), chanteuse d’opérette, qui donne la vie à Paul en 1872, puis reprend ses tournées. Paul n’a jamais connu sa demi-sœur - et cousine germaine Hélène.
Firmin Léautaud met son fils en nourrice jusqu’à l’âge de 2 ans, puis le reprend et engage une vieille bonne, Marie Pezé, qui s’occupe de l’enfant pendant une dizaine d’années. « Maman Pezé », que Paul considère comme sa mère, l’emmène chaque soir coucher dans sa propre chambre, rue Clauzel, pour qu’il ne soit pas témoin des aventures de son père. Paul revoit, une huitaine de fois, lors de courtes visites, sa mère qui part ensuite à Genève, épouse en 1895 le docteur Hugues Oltramare dont elle aura deux autres enfants et ne reverra son fils que, vingt ans plus tard à l’occasion de la mort de sa sœur Fanny, à Calais, en 1901. Cette rencontre fournit à Paul Léautaud la matière des derniers chapitres de son livre en cours, Le Petit Ami. S’ensuit pendant six mois une correspondance émouvante, publiée au Mercure de France en 1956, Lettres à ma mère, entre la mère et le fils. Puis les lettres de Paul restent sans réponse.
Paul Léautaud grandit à Paris dans les quartiers Saint-Georges et Rochechouart. Il habite chez son père, puis rue des Martyrs.
Dès leur installation dans ce nouveau logis, Firmin remet une clef à son fils de :
Son père ne s’occupe guère de lui, mais il l’amène à la Comédie-Française dans sa boîte de souffleur et le laisse circuler dans les coulisses du théâtre. En 1881, Firmin Léautaud installe chez lui une bonne de 16 ans, Louise Viale, qu’il finira par épouser et dont il aura un fils, Maurice, demi-frère de Paul. Il renvoie Marie Pezé et quitte Paris pour Courbevoie.
Courbevoie Paul Léautaud fait alors ses études à l’école communale de Courbevoie dans l’indifférence paternelle. Il s’y lie d'amitié avec Adolphe van Bever . En 1887, à 15 ans, après son certificat d’études, Paul quitte l’école et exerce à Paris de petits métiers. C’est un jeune homme soumis et docile. Le soir, il rentre à la maison.; le salaire, à peine versé, est prélevé par son père.
1890 : Petits métiers à Paris En 1890, à 18 ans, il quitte Courbevoie et s’installe à Paris. En 1894, il devient clerc dans une étude d’avoué, l’étude Barberon, 17 quai Voltaire ; puis, de 1902 à 1907, liquide des successions chez M. Lemarquis, administrateur judiciaire, rue Louis-le-Grand. Son goût pour les lettres se dessine. Il consacre de longues soirées à la lecture : Barrès, Renan, Taine, Diderot, Voltaire et Stendhal qui est une révélation.
En septembre 1895, il porte un poème, Élégie, dans le goût symboliste de l’époque, au directeur du Mercure de France, Alfred Vallette qui le publie.
1895 - 1941 : Le Mercure de France thumb|En 1929 par Émile Bernard. vignette|Immeuble du Mercure de France, 26 rue de Condé ( arr.), ancien hôtel de Beaumarchais. Léautaud a son bureau au premier étage où il restera plus de 30 ans.
Le Mercure de France, est alors, non seulement une revue littéraire et une maison d’édition, mais un centre littéraire, un vivier de la génération symboliste, attirant les écrivains : Guillaume Apollinaire, Remy de Gourmont, Alfred Jarry, Henri de Régnier, Paul Valéry, André Gide.
Paul Léautaud a 23 ans. Alfred Vallette l’encourage, lui conseille d’écrire en prose, et ils passent ensemble les après-midi du dimanche. Paul se lie en particulier avec Rémy de Gourmont et Paul Valéry, alors inconnu. Au Mercure nait la longue amitié entre Léautaud et Valéry.
1899 : Poètes d'Aujourd'hui En 1899, il commence, avec Van Bever, l’anthologie Poètes d'Aujourd'hui pour rendre accessibles les poètes contemporains. Ils en choisissent trente-quatre et se partagent les notices. Léautaud fait découvrir le talent d’Apollinaire dont il publie, au Mercure , La Chanson du mal-aimé. Cependant, il prend ses distances avec la poésie et suit le conseil de Vallette d’écrire en prose.
1902 : Le Petit Ami En 1902, Léautaud apporte au Mercure une œuvre en grande partie autobiographique, Souvenirs légers, que Vallette, sur l’avis favorable d’Henri de Régnier, publie sous le nom de Le Petit Ami. Tiré à , il ne sera épuisé qu’en 1922. Le livre est pourtant bien accueilli par le milieu littéraire. Le jury Goncourt s’y intéresse. Octave Mirbeau et Lucien Descaves veulent lui donner le prix. Marcel Schwob introduit l’auteur dans son salon littéraire où il rencontre Gide et se lie avec Marguerite Moreno. Mais la forme du livre ne satisfait pas Léautaud : ) . Il s’opposera toujours à sa réimpression, réécrira les deux premiers chapitres et n’ira pas plus loin.
Il continue dans la même veine avec In memoriam, le récit de la mort de son père.
1907- 1941 : Secrétaire de rédaction au Mercure de France En 1907, Vallette, sous l’influence de Remy de Gourmont, lui propose une place de secrétaire de rédaction aux éditions du Mercure, 26 rue de Condé. Léautaud accepte pour assurer sa liberté d'écrivain : Journal, .. En 1911, il occupe son bureau, au premier, où il restera plus de trente ans, chargé de la réception des manuscrits et de la publicité. écrit son ami André Billy. La collaboration avec Valette se fait sans trop de heurts. Il y a entre eux une totale entente littéraire, tout au moins jusqu’en 1914, mais les questions financières les opposent, Léautaud trouvant qu’il en fait trop pour ses maigres appointements en 1923, soit environ de 2016 (Journal ). et ne se gênant pas pour s’absenter, Vallette tenant le raisonnement inverse.
En 1912, il s’installe dans le pavillon, au de la rue Guérard à Fontenay-aux-RosesSur les traces fontenaisiennes de Paul Léautaud, écrivain et ami des chats, où il restera jusqu’au Paul Léautaud à Fontenay-aux-Roses, film documentaire de Benjamin Roussel, 2009, découvrir en ligne. Intervenants : Philippe Barthelet, Loïc Decrauze, Philippe Delerm, Michel Déon, Isabelle Gallimard, Christian Marin, Jean Petit, Denise Rigal, Martine Sagaert.. Délabré et dépourvu de confort, ce pavillon a un grand jardin en friche (), peuplé d'animaux dont sa guenon Guenette, perdue et réfugiée dans un arbre en 1934.
1907 -1921 : Critique dramatique Les Chroniques de Maurice Boissard Pendant longtemps, Léautaud n’est connu qu’en tant que critique dramatique, le succès de Petit Ami ayant été oublié. Il tient la rubrique des théâtres au Mercure, de 1907 à 1921, sous le pseudonyme de « Maurice BoissardInspiré du prénom de son frère et du nom de sa marraine l'actrice Blanche Boissart, dite de la Comédie-Française (Ernest Raynaud, Jean Moréas et les Stances, avec un index de tous les noms cités, 1929, (lire en ligne). », présenté comme un vieux monsieur, n’ayant jamais manié une plume, n’acceptant de tenir la rubrique que pour aller au théâtre gratuitement, mystification éventée par Octave Mirbeau qui reconnaît le style de Léautaud à la troisième chronique.
Il s'y fait remarquer par son esprit d’indépendance, sa franchise brutale, son non-conformisme. Ses critiques sont, la plupart du temps, féroces et lui attirent des conflits avec les auteurs. Des lecteurs le trouvent immoral, scandaleux, subversif. Quand une pièce lui déplait, il parle d’autres choses, de lui-même, de ses chiens, de ses chats...
Les lecteurs adorent ou détestent ; écrivent au Mercure qu’ils n'achètent la revue que pour la rubrique théâtrale ou bien se désabonnent. En 1921, lassé par les récriminations des lecteurs et de son épouse, Rachilde, qui reproche à Léautaud d’éreinter les gens qui fréquentent son salon littéraire, Vallette lui retire la chronique des théâtres, mais crée pour lui la chronique Gazette d’hier et d’aujourd'hui dans laquelle il publie des essais, en partie repris dans Passe-Temps (1928).
Aussitôt, Jacques Rivière lui offre la rubrique des théâtres à la La Nouvelle Revue française et Gaston Gallimard lui propose d’éditer en deux volumes un choix de ses articles de critique dramatique du Mercure de France. Léautaud accepte, mais, négligeant, ne donne le texte du premier volume qu’en 1927 et celui du second qu'en 1943. En 1923, Rivière lui demandant la suppression d’un passage désobligeant sur Jules Romains, alors un des principaux collaborateurs de la NRF, Léautaud refuse et donne sa démission.
Maurice Martin du Gard lui offre alors la même rubrique aux Nouvelles littéraires et publie l’article refusé par la NRFJournal littéraire, 28 mars 1923, Mercure de France, 1998. Trois mois plus tard, il est sur le point de démissionner encore, n’admettant pas qu’on lui demande de supprimer la phrase : . Martin du Gard finit par céder, mais après d'autres menaces de censure, Léautaud quitte définitivement les Nouvelles littéraires six mois après le début de sa collaboration. Il écritLettre à Édouard Champion du , Correspondance générale, Flammarion, 1972. : vignette|Paul Léautaud, André Billy et André Rouveyre vers 1938.
Réduit à ses appointements du Mercure, Léautaud connait des moments difficiles :
1940 : Début de publication du Journal En 1939, Léautaud considère qu'il est temps de commencer la publication de son Journal dans le Mercure. Le directeur, Jacques Bernard, donne tout de suite son accord. La publication, pour la période allant de 1893 à 1906, commence le dans le Mercure, devenu mensuel, et se poursuit jusqu'au .
En 1939, Jean Paulhan lui demande de reprendre, cette fois sous son nom, dans la NRF, la chronique dramatique. Il accepte, mais, trois mois plus tard, survient une nouvelle rupture à la suite d’une chronique dans laquelle il traite le savant Jean Perrin de et de , pour avoir déclaré dans une réunion publique que .
En , Drieu la Rochelle lui demande de reprendre la chronique dramatique dans la NRF. Une première chronique paraît en , mais la suivante est refusée.
Toutes ces chroniques sont intégralement publiées chez Gallimard en 1958.
En , Jacques Bernard le renvoie du Mercure, .
1950 : La notoriété grâce à la radio