thumb|Le Joueur de Cornemuse d'Abraham Bloemaert, .
La cornemuse est un instrument de musique à vent qui se caractérise par la présence d'un réservoir d'air souple et des tuyaux. L'un d'eux est celui qui sert à remplir d'air le sac, un deuxième tuyau, indispensable lui aussi est celui, qui, percé de trous de jeu et muni d'une anche, produit la mélodie. La plupart du temps, on ajoute un, deux, trois, voire plus de tuyaux sans trou de jeu, appelés bourdons. Ces derniers font de la cornemuse un instrument au son continu (similaire au souffle continu). Les bourdons possèdent toujours une anche simple (de type clarinette), sauf sur la musette baroque. Sur certaines cornemuses, comme le uillean pipes irlandais, il y a en plus des bourdons (à anche simple), des tuyau semi-mélodiques (à anche double). Il existe donc de très nombreux types de cornemuses, c'est probablement l'instrument qui pour un même principe (un sac et des tuyaux anchés), se décline sous le plus grand nombre de types différents.
Selon les régions où l'on trouve la cornemuse, le tuyau mélodique possède une anche double de type hautbois (c'est le cas en Europe occidentale, sauf exception comme en Suède ou dans les Landes, ex. gaita) ou une anche simple de type clarinette (c'est le cas en Europe orientale, ex. gajda bulgare). Dans le bassin méditerranéen, la région du golfe arabo-persique, dans le Caucase, il n'y a pas de tuyau bourdon mais un double tuyau mélodique, toujours à anche simple (ex. mezoued). La répartition géographique de la cornemuse correspond à l'Europe entière jusqu'à l'Oural, au Caucase, au Maghreb, au golfe Persique et va jusqu'à l'Inde du Nord. Ajoutons que, sous le type bagpipe (cornemuse dite écossaise) on la trouve partout où les Anglais ont étendu leur empire colonial.
L'adjonction d'un réservoir (poche) à un hautbois à anche double ou à anche simple, constitue l'une des particularités de l'instrument et puissant, une autre étant l'adjonction de tuyaux complémentaires à anche simple ou double (semi-mélodique ou bourdon) amplifiant encore la puissance sonore et l'effet polyphonique.
Histoire vignette|gauche|Joueur de musette en 1372
Les origines de la cornemuse sont difficiles à déterminer étant donné l'absence de vestiges archéologiques. Une première théorie avance l'origine en Asie du Sud-ouest, de l’Inde ; son importation dans le bassin méditerranéen ayant suivi les caravanes durant l’Antiquité. La civilisation romaine aurait, ensuite, propagé l’instrument vers le reste de l’Europehttps://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04615238v1/document.
Une autre hypothèse veut que la cornemuse a une origine multiple, avec des développements parallèles mais indépendants entre eux, à différents endroits et différentes époques. Cela justifierait les nombreuses variantes et traditions de jeu.
vignette|Albrecht Dürer : joueur de cornemuse, gravure sur bois, 1514. Le joueur de cornemuse est appelé sonneur en France, mais aussi talabarder ou biniaouer en Bretagne. Il est appelé piper en Irlande et en Grande-Bretagne, píobaire en gaëlique irlandais, gaitero en Espagne, gaiteiro au Portugal.thumb|Attribué à Jan Massys, Joueur de cornemuse assoiffé.
Facture Les cornemuses sont constituées de plusieurs éléments, dont un hautbois à doigté complexe, équipé d’une anche double. Elles comportent également un ou plusieurs bourdons, qui sont des tuyaux complémentaires ajoutant de la profondeur et de la richesse au son de la cornemuse.
Tuyaux et réservoir thumb|right|Le joueur de cornemuse (flamande doedelzak), par Hendrik ter Brugghen.
Le tuyau mélodique est équipé d'une anche simple battante (une languette vibrante, comme sur la clarinette) ou double (deux languettes vibrantes, comme sur le hautbois). Ce dernier cas est le plus courant en France (sauf pour la boha landaise.) d'où son appellation de hautbois. On utilise également les termes de chalumeau, chanterelle, en anglais, en breton… Le terme « pied » est aussi utilisé pour parler du tuyau mélodique mais son usage n'est pas approprié dans tous les cas : le pied est, dans le cas de la cornemuse d'Auvergne (cabrette), l'ensemble « tuyau mélodique et tuyau bourdon » disposés parallèlement l'un à l'autre, ou bien, dans le cas de la musette baroque, c'est le double tuyau mélodique. Le terme pied ne devrait s'appliquer qu'à ces deux seules cornemuses où deux tuyaux parallèles (soit mélodique et bourdon, soit deux mélodiques) peuvent être démontés en un geste car ils sont fixés sur la même pièce de bois, elle-même reliée au réservoir. Dans tous les autres cas, on peut parler de hautbois, si le tuyau est bien muni d'une anche double. Car le tuyau mélodique peut être équipé d'une anche simple (gajda bulgare, boha landaise, sackpipa suédois). Ce cas est très fréquent pour les cornemuses de l'Est de l'Europe, en Suède, en Méditerranée, dans le Caucase, au Proche et Moyen-Orient et jusqu'en Inde (où on joue aussi la cornemuse écossaise laissée par les Britanniques).
Certaines cornemuses sont munies d'un second tuyau mélodique qui sert à accompagner et ornementer la mélodie principale, et que l'on appelle tuyau semi-mélodique pour cette raison (sauf sur la zampogna italienne où il est en deux parties, pour chacune des mains). Comme le tuyau mélodique, à côté duquel il est la plupart du temps placé (et même, il est souvent percé dans le même bloc de bois), il possède des trous de jeu. La hongroise, la boha landaise, sont équipées d'un tel tuyau. Il peut y avoir de un à quatre trous (voire cinq plus rarement, sachant que le tuyau mélodique en a toujours plus, c'est-à-dire au moins six et jusqu'à une douzaine sur le ). Les uilleann pipes irlandais, possèdent plusieurs tuyaux semi-mélodiques. Appelés en anglais, régulateurs en français, ils sont au nombre de trois, rarement quatre voire cinq. Ils permettent de réaliser des accords d'accompagnement et sont munis de clefs que l'on actionne avec le poignet de la main droite.
Le nombre de bourdons, ces tuyaux, qui servent aussi à l'accompagnement mais dont on ne modifie pas la note produite, donc l'accord, en cours de jeu, est très variable : de un à quatre, qui sont accordés le plus souvent à l'octave ou deux octaves sous la tonique du tuyau mélodique, mais aussi en quinte ou quarte. La cornemuse écossaise en a trois, certaines cornemuses de Serbie également. Mais toutes les cornemuses n'ont pas forcément un bourdon. C'est le cas par exemple du mezwed tunisien ou de la tsambouna grecque. Mais elles possèdent soit un double tuyau mélodique (deux tuyaux strictement jumeaux, placés côte à côte, les doigts bouchant deux trous à la fois), soit un tuyau semi-mélodique. thumb|Grande cornemuse d'Écosse
Par exemple, la cornemuse écossaise Great Highland Bagpipe comporte les pièces suivantes (globalement les mêmes sur toutes les cornemuses, dans le principe tout au moins) : tuyau mélodique (chalumeau ou levriad en breton ou chanter en anglais), réservoir d'air (poche), souche (pièce fixée sur la poche où viennent s'enficher les tuyaux), tuyau d'insufflation (appelé aussi porte-vent ou sutell, litt. "sifflet", en breton, ou encore bouffoir, de bouffer = souffler en vieux français, blowpipe en Anglais), bourdons ténors, bourdon basse, coulisse d'accord (on fait coulisser des parties du bourdon pour augmenter ou diminuer la hauteur de la colonne d'air et ainsi obtenir une note juste), cordons de maintien (spécifique à la grande cornemuse d'Écosse).
Le tuyau d'insufflation est muni d'un clapet anti-retour (soupape), permettant à l'air introduit dans le réservoir de ne pas en ressortir. Toutes les cornemuses ont au moins un tuyau mélodique, pour jouer la mélodie. La différence se fait sur la présence et le nombre de bourdons, la présence et le nombre de tuyaux semi-mélodiques, la présence d'un tuyau d'insufflation ou d'un soufflet.
Sur le réservoir sont fixées une ou plusieurs souches, ligaturées de manière étanche. Dans les souches, on vient introduire les tuyaux de jeu. les souches servent d'intermédiaire entre le réservoir et le tuyau : on peut ainsi détacher les tuyaux pour accorder les anches sans devoir tout défaire. Sur la "grande cornemuse d'Écosse" il y a une souche par tuyau de jeu alors que sur d'autres cornemuses, comme la zampogna, il peut y avoir une souche commune à plusieurs tuyaux. Dans certains cas (cornemuse de Turquie par exemple), le tuyau d'insufflation est raccordé directement, sans souche.
Le réservoir ou poche, ou sac, est généralement fait à partir d'une peau animale presque entière, telle que la chèvre (qui a donné son nom à l'instrument comme c'est le cas pour la cabrette auvergnate ou la koza polonaise) ou le chien (anciennement pour le biniou kozh). Il est aussi fait dans une pièce de cuir bovin ou ovin (ce qui est le cas dans presque toute l'Europe occidentale). Pour garantir l'étanchéité, cette peau est travaillée de différentes manières. Dans le cas de la peau de chèvre, il est fréquent que les poils qui ont été coupés court soient conservés à l'intérieur et enduits de sel qui absorbera l'humidité du souffle. Dans le cas de l'utilisation d'une pièce de cuir bovin ou ovin cousue, la surface intérieure est enduite d'une préparation à base de poix ou d'un produit adapté qui en assurent l'étanchéité et absorbent la condensation due au souffle (insufflation buccale). D'autres réservoirs encore peuvent être constituées d'une vessie (celles que l'on trouve dans la région de la Volga en Russie, par exemple.). Les poches les plus récentes ont une poche en matériau synthétique : gore-tex, ou en composite gore tex + cuir à l'extérieur en fonction des souhaits des musiciens. Les réservoirs en synthétique doivent être munis d'un système de récupération de la condensation due au souffle du musicien. Le caoutchouc a été abandonné car il vieillissait très mal et gardait l'humidité, nuisible aux anches et à l'hygiène bactérienne interne. Souvent, on glisse le réservoir dans un tissu que l'on appelle la robe ou la housse.
Anches
Les tuyaux sonnants de la cornemuse fonctionnent grâce à une anche qu'il est (parfois) nécessaire de mouiller quelques minutes avant de pouvoir jouer. Selon le type de cornemuse, on trouve des anches simples sur le tuyau mélodique et le ou les bourdons, comme sur le koziol polonais ; ou bien des anches doubles (par ex. certaines zampogna italiennes et la musette baroque). D'autres cornemuses, la plupart même, fonctionnent avec une anche double pour le tuyau mélodique, de perce conique, et une anche simple pour le ou les bourdons, de perce cylindrique. C'est le cas par ex. de la bagpipe, du sac de gemecs catalan, de la veuze nantaise, de la cabrette auvergnate, etc.
right|250px|thumb|Anches doubles (à gauche) et simples (à droite).
Les anches simples Elles sont constituées d'une section de roseau (Canne de Provence), fermée à une extrémité et fendue de sorte à dégager une lamelle qui est la partie vibrante, la longueur et le diamètre de l'anche donnent la hauteur de son. C'est sur ces paramètres qu'il faudra jouer pour accorder l'anche au moyen d'une bride en fil poissé qui permet de varier la longueur de la lamelle vibrante et donc hauteur de son et puissance sonore. Parfois la lamelle est faite dans une autre matière (comme du bronze sur la musette Béchonnet) et elle est alors liée par de la filasse ou du fil de chanvre poissé et enduit de poix sur le tube sur lequel on a pratiqué au préalable un orifice rectangulaire correspondant à la lamelle. Il existe sur le marché spécialisé, depuis une quinzaine d'années, un nombre important d'anches simples en matériaux synthétiques tels que ABS, avec lamelle en fibre de carbone, fibre de verre, polycarbonate ou même roseau (anches composites). Joseph Béchonnet, créateur de la musette du même nom au invente la première anche simple composite : corps en ébène creusé et lamelle en bronze comme sur un accordéon ou un harmonica.