La classe Baltimore est une classe de croiseurs lourds de l'US Navy. 14 unités furent mises en service pendant ou juste après la Seconde Guerre mondiale. C'était les croiseurs les plus puissants autorisés par les traités de limitation des armements navals Washington de 1922 et de Londres de 1930. Ils étaient dotés d'une artillerie principale de , et d'un déplacement standard de . Leur mise en service par la marine américaine n'est intervenue qu'à partir de la mi-1943. Ils ont opéré principalement comme escorte des porte-avions rapides, aucun d'eux n'a été perdu, mais la moitié d'entre eux n'a pas participé à la Seconde guerre mondiale mais aux deux conflits suivants, guerre de Corée et guerre du Vietnam. Considérés comme très réussis, ils ont été, pour deux d'entre eux, les premiers croiseurs lance-missiles guidés au monde, et ont contribué pour la Marine des États-Unis, à la transition entre les bâtiments de surface porteurs de canons et les lance-missiles.
Conception et caractéristiques Le traité naval de Washington de 1922 avait fixé le calibre maximal de l'artillerie principale des croiseurs à et leur déplacement standard maximal à tonnes anglaises de . La classe Baltimore est en fait l'aboutissement de l'évolution des croiseurs, vingt ans après le traité de Washington, à la lumière de l'expérience acquise en matière d'emploi des croiseurs lourds en deux ans de guerre navale (bataille du Rio de la Plata, bataille du cap Matapan, bataille du détroit de Danemark).
Contexte Dans le respect des stipulations du traité de Washington sur le déplacement global des croiseurs, pour chaque état signataire du traité, la Marine impériale japonaise entreprit de construire, de 1922 à 1930, douze croiseurs censés respecter les limitations du traité, mais huit d'entre eux, puissamment armés de cinq tourelles doubles de dépassaient le déplacement maximal autorisé. LUS Navy était autorisée à en avoir dix huit, les deux premiers eurent dix canons d'artillerie principale (la ) et les autres trois tourelles triples, ce qui aboutit à des navires assez équilibrés respectant le déplacement maximal autorisé, correctement protégés et dotés d'une vitesse supérieure à 30 nœuds. La Royal Navy construisit treize croiseurs, armés de quatre tourelles doubles (la Classe County) et deux armés de trois tourelles doubles (les et ), bon marcheurs mais faiblement protégés, disposant ainsi, avec ceux de la de dix-huit croiseurs également. La France et l'Italie en construisirent sept croiseurs chacune, armés de quatre tourelles doubles mais donnant pour la plupart d'entre eux priorité à la vitesse sur la protection.
Le traité naval de Londres de 1930 limita le nombre des croiseurs armés de canons d'un calibre compris entre et (les “croiseurs lourds”) à ceux construits (ou en construction), mais autorisa de facto celle des croiseurs ayant un calibre inférieur pour leur artillerie principale (les “croiseurs légers”) dès lors que le déplacement était inférieur à . L'empire du Japon entreprit aussitôt la mise sur cale de croiseurs censés respecter le déplacement maximal autorisé, armés de cinq tourelles triples de mais dont toutes les autres caractéristiques étaient très proches de celles d'un croiseur lourd (la ). Les États-Unis avaient eux aussi entamé des études à l'instigation du Chef des Opérations navales, l'amiral Pratt, pour la construction de croiseurs disposant d'une importante artillerie de , respectant ainsi les stipulations du traité de Londres mais ayant des caractéristiques similaires aux croiseurs lourds, en matière de protection, de vitesse et de rayon d'action. Le General Board, qui était convaincu de la supériorité des croiseurs lourds sur les croiseurs légers, ne s'inclina que parce que le canon retenu de 152 mm/47calibres Mark 16US 6"/47 Mk16 Navweaps était beaucoup plus puissant que le canon qui équipait alors les croiseurs légers de la US 6"/53 Mk12 Navweaps, avec une cadence de tir plus de trois fois supérieure à celle des canons de US 8"/55 Mk9 Navweaps. Ce fut la dont les premières unités ont été mises sur cale en 1933, et qui ont été admises au service actif avant le début de la Seconde Guerre mondiale en Europe, et auxquels leurs cinq tourelles triples de faisaient faire jeu égal avec la . LUS Navy donnant alors la priorité aux grands croiseurs légers, conformément à l'esprit des traités de limitation des armements navals, a mis en chantier la . A contrario, l'empire du Japon, qui avait décidé de se retirer de ces traités à partir de 1936, a finalement équipé ses croiseurs des classes Mogami et Tone de canons de ce qui a abouti à une égalité du nombre des croiseurs lourds entre les deux marines.
Le et dernier croiseur lourd américain autorisé par le traité de Londres de 1930, l', a été construit, de fin 1935 au début de 1939, avec des caractéristiques très proches des croiseurs de la sous-, version améliorée de la , mais surtout il a été équipé d'un canon d'un nouveau modèle (203 mm/55calibres Mark 15)US 8"/55 Mk12-15 Navweaps mis au point vers 1933, plus léger que le canon en service sur les croiseurs du traité de Washington ( au lieu de ). C'est ce canon équipé d'un nouveau mécanisme de chargement permettant de tirer un obus de perforation super lourd de au lieu de 118, qui a armé la nouvelle classe de croiseurs, dont la conception a commencé en . L'objectif était de remédier aux problèmes de stabilité observés sur l', d'où une coque agrandie, allongée de et plus large de , avec un déplacement de Class Baltimore The Pacific War Online Encyclopedia, dès lors que les limitations du traité de Washington ne s'appliquaient plus. Seize unités ont été commandées. La première, mise sur cale le , a été lancée quatorze mois plus tard, et baptisée Baltimore.
Armement Artillerie principale L'artillerie principale de la classe Baltimore reprenait la disposition en trois tourelles triples, deux à l'avant et une à l'arrière, caractéristique des seize derniers croiseurs lourds de la Marine des États-Unis. Le poids du canon (17,4 t)était comparable à celui (18,7 t) du canon de 203 mm 2 GÔ (Mark II)Jap 8"/50 3ns Navweaps des croiseurs lourds de la Marine impériale japonaise, et un peu inférieur à celui (20,7 t) du canon de 203 mm/60 SK C34Ger 203 mm/60 SK C 34 Navweaps des croiseurs lourds de la Kriegsmarine. L'obus de perforation AP Mk 21 “super lourd” de utilisé avec ce canon surclassait l'obus japonais AP Type 91 de et l'obus allemand 20,3 cm Psgr L/4,4 de . La vitesse initiale de était inférieure à celle des canons japonais () et allemands () et la portée maximale de se trouvait donc inférieure à la portée maximale revendiquée par les Japonais () et les Allemands (), mais ce concept de portée maximale était assez théorique, car aux temps antérieurs à l'usage des radars de direction de tir, elle supposait des conditions de visibilité assez exceptionnelles au combat.
La capacité de pénétration de l'obus américain était assez sensiblement supérieure à celle des obus de même calibre des croiseurs existants dans lUS Navy ou les marines ennemies.
ClassePénétration d'un blindage verticalPénétration d'un blindage horizontal Classe Baltimore à , à et à à jusqu'à à Classe New Orléans à et à à et à Classe Takao à , à , et à Classe Prinz Eugen à et à à
vignette|Tir d'artillerie sur l' durant la guerre du Viêt Nam. On remarquera que les canons d'une même tourelle ont des élévations différentes L'artillerie principale de la classe Baltimore se caractérisait aussi par une installation des canons sur des berceaux indépendants au sein de chaque tourelle, ce qui était déjà le cas sur l'. L'élévation maximale des canons était de 41°, la vitesse de rotation des tourelles de 5,3°/s, et d'élévation des pièces de 10,6°/s. L'entraxe des canons accru (1,75 m au lieu de 1,17 m) réduisait sensiblement la dispersion des obus lors des tirs en salves.
Les trois tourelles des Baltimore avaient un poids total de quelque , contre pour les cinq tourelles des croiseurs japonais et pour les quatre tourelles du .
La cadence de tir était de 4 coups par minute, un peu mieux que pour la (3 à 4 coups par minute) et un peu moins que pour le (4 à 5 coups par minute)
Mais ce qui a fait la supériorité de la classe Baltimore ne tenait pas tant aux caractéristiques de ses canons qu'à la supériorité du radar de veille surface SG, d'une portée de 28 à selon la taille des buts marins et dont l'efficacité avait été démontrée par l' devant Guadalcanal en , et à la supériorité du système de contrôle de tir Mark 34 GFCS couplé au radar Mark 8US Radars Navweaps.
Artillerie secondaire et anti-aérienne L'artillerie secondaire de la classe Baltimore était exactement la même que celle de la , douze canons de 127 mm/38 calibres Mk 12US 5"/38 Mk 12 Navweaps en six tourelles doubles, disposées deux dans l'axe, à l'avant et à l'arrière entre les tourelles d'artillerie principale et la superstructure, et deux de chaque bord. L'artillerie anti-aérienne à courte distance comportait 48 pièces de 40 mm Bofors, en affûts quadruples (cinq de chaque bord et un sur la plage avant), un douzième entre les grues sur la plage arrière ou deux affûts doubles autour de la grue s'il n'y en avait qu'une, et 22, 24 ou 28 affûts simples de 20 mm Oerlikon. Là encore, on doit signaler la performance du radar SK de veille aérienne, qui repérait à un bombardier à moyenne altitude et l'excellence du système de conduite de tir Mark 37 GFCS, couplé avec le radar Mark 4. Mais dès 1944-45, cette artillerie anti-aérienne était jugée d'un calibre insuffisant pour arrêter des attaques-suicides d'avions de plus en plus lourds, ce qui va conduire à la mise au point d'un canon anti-aérien automatique de /50 calibres qui ne sera mis en service qu'en 1948US 3"/50 Navweaps
Installations d'aviation vignette|Deux OS2U Kingfishers à bord de l'USS Quincy en août 1944. Deux catapultes, deux grues sur les premières unités, une grue pour les suivantes, étaient installées sur la plage arrière. Les avions se trouvant dans un hangar sous le pont, un ascenseur les amenait à la hauteur voulue, où la grue les mettait en place sur les catapultes. Ces avions, des hydravions OS2U Kingfishers, puis ultérieurement des Curtiss SC-1 Seahawks avaient pour missions la reconnaissance, la lutte anti-sous marine et la récupération des aviateurs tombés en mer, mais l'importance croissante de l'aéronautique navale rendait ces matériels moins nécessaires.
Coque, protection, propulsion On l'a vu, par bien des aspects, les croiseurs de la classe Baltimore se situaient dans le prolongement des croiseurs lourds, tels que définis par les stipulations du traité naval de Washington, sauf en ce qui concerne le déplacement standard, que le traité fixait à anglaises de , dès lors qu'avec le déclenchement du conflit mondial, ces stipulations étaient caduques. On observera qu'en réalité, l'empire du Japon et le Troisième Reich allemand avaient secrètement enfreint cette limite. Le déplacement standard de -. indiqué pour la classe Baltimore est donc, sans surprise, à peine supérieur à celui indiqué pour les classes Myōkō () et Takao () et à peine inférieur à celui du ().
Les dimensions de coque de la classe Baltimore étaient de de longueur hors tout ( pour la longueur à la ligne de flottaison), un maître bau de et de tirant d'eau, de sorte que le rapport longueur/largeur, déterminant pour la vitesse, était de 9,35, supérieur à celui de la (9,02).