vignette|Première page du registre des baptêmes de l'église Saint-Gervais pour l'année 1865. Les registres paroissiaux et d'état civil à Paris sont des documents contenant les actes qui permettent d'établir officiellement la filiation des personnes nées, baptisées, mariées, divorcées, décédées ou inhumées à Paris, dans ses limites administratives variables au cours du temps. Depuis le , la capitale dispose d’une exceptionnelle quantité de registres paroissiaux du fait de sa taille et du nombre élevé de ses paroisses. L'ensemble est assorti de répertoires.

En , pendant la Commune, la plus grande partie des archives de Paris, dont son état civil, subit une catastrophe majeure : des incendies volontaires détruisent presque intégralement les registres paroissiaux du à 1792 et les registres d'état civil de 1793 à 1859, pourtant conservés sur deux sites différents. En quelques heures, les flammes anéantissent près de registres contenant plus de 8 millions de documents. Il en résulte une lacune béante et définitive, qui rend aujourd'hui difficile la recherche historique et généalogique à Paris.

Registres paroissiaux de l'Ancien Régime vignette|Préambule de l'ordonnance de Villers-Cotterêts.

Le plus ancien registre paroissial connu à Paris concerne la paroisse Saint-Jean-en-Grève. Au format d'agenda, rédigé en latin, il couvre la période d' à . Des registres de baptêmes sont ouverts dès 1525 dans les paroisses Saint-André-des-Arts et Saint-Jacques-la-Boucherie. Les premiers registres de sépultures, à Saint-Josse et Saint-Landry, datent de 1527.

En , François promulgue l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui demande aux curés de tenir, en langue française, un registre des baptêmes célébrés dans leur église (article 51) : Avant cette obligation légale, quinze paroisses parisiennes tiennent déjà des registres de baptêmes, trois des registres de mariages et une des registres de sépultures.

Présidé par le pape Paul III de 1545 à 1563, le concile de Trente demande lui aussi aux curés de tenir un registre des baptêmes administrés dans leur paroisse. Les noms des parrains et marraines doivent y figurer pour éviter les mariages de personnes liées par une parenté spirituelle (par exemple, un parrain et sa filleule ne peuvent se marier). Le concile prescrit aussi que le mariage, contracté librement devant un curé et deux ou trois témoins, soit précédé d'une publication des bans et inscrit dans un registre ad hoc. Il prône aussi l'union des enfants sans le consentement de leurs parentsJusqu’où remonter en généalogie ?..

En , l'ordonnance de Blois étend à toute la France l'obligation de tenir des registres pour les mariages et les sépultures. Par l'ordonnance de Saint-Germain-en-Laye d’, le « Code Louis » impose la tenue de ces registres en double exemplaire : le premier (la minute) reste dans la paroisse et le double (la grosse) est déposé au greffe du tribunal. À Paris, le greffe du Châtelet conserve le second exemplaire, dont les plus anciens remontent à 1668.

En 1790, la capitale compte une cinquantaine de paroissesLes anciennes paroisses parisiennes.. La loi du , votée par l'Assemblée constituante, réorganise la municipalité parisienne et la divise en quarante-huit sectionsFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues et monuments de Paris, Paris, Revue municipale, 1855, p. 102.. La ville devient alors chef-lieu du département de la Seine, qui comprend aussi un certain nombre de communes proches.

État civil créé par la Révolution (1792) vignette|gauche|Acte de décès de Louis XVII en date du .

Par la loi du , l'Assemblée législative pose comme principe que les municipalités recevront et conserveront les actes de l'état civilAbbé Migne, Encyclopédie théologique, tome 36, Paris, 1849, p. 105.. En conséquence, elle vote le décret du 20 septembre 1792 qui crée l'état civil. À partir du , on confie aux maires le soin de rédiger, en double exemplaire, les actes de naissance, de mariage et de décès (titres I à V). Ce décret impose aussi à toutes les paroisses catholiques de déposer en mairie leurs registres paroissiaux depuis l'origine (titre VI). Il fait partie des derniers textes votés par l'Assemblée législative qui, dès le lendemain, laisse place à la ConventionExtrait du procès-verbal de la Convention nationale, séance du ..

Conformément au décret du , les registres paroissiaux sont remis aux mairies des douze arrondissements créées à Paris par la loi du 19 vendémiaire an IV ()Histoire de l'arrondissement.. Le Palais de justice, sur l'île de la Cité, reçoit les doubles de ces registres avec ceux des communes du nouveau département de la Seine, qui conservent leur collection communale.

Bien qu'ils aient perdu, en 1792, leur rôle dans la tenue de l'état civil, les prêtres catholiques continuent d'enregistrer les baptêmes, mariages et sépultures qu'ils célèbrent. Appelés « registres de catholicité », ces cahiers sont conservés, à partir de 1793, dans chaque paroisse parisienne. La loi du a réduit à trente-trois le nombre des paroisses de la capitale : elle en a supprimé vingt-sept et en a créé neufParis compte actuellement cent treize églises paroissiales.Abbé Odon Jean Marie Delarc, L'église de Paris pendant la Révolution française, 1789-1801, Volume 1, Paris, Desclée de Brouwer et Cie, 1884-1887, .. La plupart des registres de catholicité parisiens commence au début du , à la suite du Concordat de 1801 signé entre Napoléon Bonaparte et le pape Pie VII. Ils sont tenus en deux exemplaires pour les baptêmes et les mariages mais en un seul pour les sépultures. L'article LV du Titre III du Concordat précise que « les registres tenus par les ministres du culte, n'étant et ne pouvant être relatifs qu'à l'administration des sacrements, ne pourront, dans aucun cas, suppléer les registres ordonnés par la loi pour constater l'état civil des FrançaisTexte intégral du Concordat de 1801.. » Ce sont pourtant ces registres confessionnels qui serviront, en grande partie, à reconstituer l'état civil parisien après la catastrophe de 1871.

Enceinte de Thiers (1844) - Réforme territoriale (1860) Sur proposition de l'homme politique Adolphe Thiers dont elle portera le nom, une enceinte est édifiée autour de Paris, de 1841 à 1844, par ordre de Louis-Philippe . En effet, le roi est convaincu que la défense du territoire suppose que la capitale ne puisse tomber aux mains d'armées étrangères, comme ce fut le cas en 1814 pendant la Bataille de Paris. Louis-Philippe veut donc ceinturer la ville de fortifications qui la rendront imprenable. Forte de cinquante-deux portes ou poternes, cette enceinte englobe non seulement la capitale mais aussi tout ou partie des communes limitrophes. Dans ces localités, les habitants échappent ainsi aux droits d'octroi qui frappent les Parisiens, auxquels le Mur des Fermiers généraux impose non seulement une limite administrative mais aussi une charge fiscale.

Par le décret du et la loi du 16 juin 1859, Napoléon III étend le territoire parisien jusqu'à l'Enceinte de Thiers. Le , la ville passe de douze à vingt arrondissements. Elle absorbe, totalement ou en partie, certaines communes de la proche banlieue.

Les 11 communes entièrement annexées sont, du sud-ouest au sud-est en passant par le nord et l'est : Vaugirard ; Grenelle ; Auteuil ; Passy ; Batignolles-Monceau ; Montmartre ; La Chapelle ; La Villette ; Belleville ; Charonne ; Bercy.

Les 13 communes partiellement annexées sont, du sud-ouest au sud en passant par le nord et l'est : Issy-les-Moulineaux ; Neuilly ; Clichy ; Saint-Ouen ; Aubervilliers ; Pantin ; Le Pré-Saint-Gervais ; Bagnolet ; Saint-Mandé ; Ivry ; Gentilly ; Vanves ; Montrouge.

Comme les vingt arrondissements nouvellement créés sont géographiquement différents des douze anciens, les originaux des registres paroissiaux allant jusqu'à 1792 et des registres d’état civil couvrant la période de 1793 à 1859 sont entreposés à l’Hôtel de Ville, avec ceux des communes limitrophes entièrement annexées. Tous les doubles, composant la « collection du Greffe », sont stockés au Palais de justiceLaurence Abensur-Hazan, Recherche ses ancêtres à Paris, Paris, Autrement généalogies, 2011, pp. 11-13.. Les communes partiellement annexées conservent leurs registres originaux mais leurs doubles sont remis au Palais de justice.

Destructions par la Commune (1871) vignette|gauche|L'hôtel de ville de Paris après sa destruction par des Communards en 1871.

Le , à l'initiative de l'anarchiste Jean-Louis PindyArticle sur Jean-Louis Pindy dans le Dictionnaire des militants anarchistes., des Communards mettent le feu à de nombreux bâtiments publics, dont l’Hôtel de Ville de ParisJean Favier, Paris deux mille ans d'histoire, Paris, éditions Fayard, 1997, p. 897.. L'état civil se trouve dans une annexe de l'Hôtel de Ville située 4 avenue Victoria, incendiée en premierFrédéric Fort, Paris brûlé : l'hôtel de ville, les Tuileries..., Paris, Lachaud Éditeur, 1871, p. 37.. Les originaux des registres d'état civil et des cahiers paroissiaux sont alors anéantis en quelques heures, de même que la collection complète de la Bibliothèque historique de la ville de Paris qui avait été transférée à l’Hôtel de VilleJean Dérens, Constitution d'un patrimoine parisien: la Bibliothèque historique depuis l'incendie de 1871, catalogue de l'exposition, Hôtel de Lamoignon du au .. Quelques jours auparavant, le , Louise Michel avait prononcé, au « Club de la Trinité », ces paroles prémonitoires : « Paris sera à nous ou n’existera plus ! »..

Le , au lendemain de la destruction de l'Hôtel de Ville, des Communards incendient le Palais de justice sur ordre du blanquiste Théophile Ferré. Le second exemplaire de l'état civil et des registres paroissiaux de Paris mais aussi de toutes les communes de la Seine disparaît alors à son tourArchives départementales de la Seine-Saint-Denis.. Outre les bureaux de l'État civil, une grande partie du Palais est détruite : les locaux affectés au Tribunal de Première instance ; le Parquet général ; le Parquet du procureur de la République ; les cabinets des juges d'instruction ; les deux salles des Cours d'assises, achevées deux ans auparavant ; une grande partie de la Cour de cassation ; la Cour d'appel ; la Salle des Pas-perdus et la Grand-chambre ; la Police correctionnelle ; les ArchivesPalais de justice de Paris....

vignette|La maison de l'écrivain Prosper Mérimée, 52, rue de Lille à Paris, totalement détruite par les incendies de 1871. Pendant ces journées de guerre civile qui mettront fin à la Commune, de nombreux autres bâtiments parisiens sont incendiés, parfois accidentellement du fait de l'artillerie des deux camps. En quelques heures, des siècles d'histoire sont anéantis alors que flambent le palais des Tuileries ; le Palais-Royal ; le palais d'Orsay, siège de la Cour des comptes ; le Ministère des finances ; le Palais de la Légion d'honneur, où disparaissent de nombreux dossiers de titulaires ; la Préfecture de police ; la bibliothèque du Louvre ; les Magasins généraux ; la gare de Lyon ; la maison de Prosper Mérimée située 52, rue de Lille, avec toute sa correspondance et une partie de ses livres.

D'autres bâtiments échappent à la catastrophe : les Archives nationales, sauvées par Louis-Guillaume Debock, qui empêche ses camarades communards d'y mettre le feuGeorges Bourgin, Comment les archives nationales ont été sauvées en mai 1871, Bibliothèque de l'école des chartes, 1938, vol. 99, pp. 425-427. ; le Musée du Louvre ; la Sainte-Chapelle, déjà arrosée de pétrole ; Notre-Dame, où les internes de l'Hôtel-Dieu éteignent un début d'incendie ; le Grenier d'abondance sur le bassin de l'ArsenalMaurice Griffe, Paris, 20 siècles d'histoire, Tableaux synoptiques de l'histoire, 2007..

Avant la destruction de l’Hôtel de Ville et du Palais de justice, les Archives de Paris disposaient, pour la collection municipale, de : registres paroissiaux antérieurs à 1792, comprenant 81 répertoires ; 47 registres de publications de bans ;