Miguel Angel Félix Gallardo né le dans l'État de Sinaloa au Mexique est un trafiquant de stupéfiants mexicain, ex-chef du cartel de Guadalajara. Surnommé El Padrino (« Le Parrain »), il a été condamné à 37 ans de prison à la fin des années 1980 pour diverses charges, dont l'assassinat de l'agent de la DEA Kiki Camarena en 1985.

Jeunesse Né dans un ranch à Bellavista dans les environs de Culiacán, la capitale du Sinaloa, Félix Gallardo vit son enfance dans une famille d'exploitants agricoles. Son père Ramón Félix et sa mère, Justina Gallardo Gastelum ont eu neuf enfants An Encyclopedia of Mexico's Crime and Drug Wars. Jouissant d'une bonne éducation, il décroche un diplôme dans les cours préparatoires de l'Université de Culiacán, puis entame des études de commerce. Avant de rejoindre la Police Fédérale Judiciaire dans le Sinaloa en 1966, il est gérant d'un petit commerce de pneus à Bellavista. Il travaille également comme garde du corps pour le gouverneur Leopoldo Sánchez Celis (1963-1968), son parrain de noces qui devient son protecteur Luis Astorgan, « Géopolitique des drogues au Mexique », Hérodote, 1/2004 (N°112), p. 49-65. DOI : 10.3917/her.112.0049.Gustavo Castillo García, Félix Gallardo acusa al extinto González Calderoni de repartir plazas a narcos, La Jornada, 9 février 2009 Astorga, Luis (1999); "Cocaine in Mexico: A Prelude to 'los Narcos in Gootenberg, Paul (ed.) Cocaine: Global Histories; Routledge; p. 187. Les liens politiques du gouverneur permettront à Félix Gallardo de construire et fiabiliser son organisation. Il est également le parrain de l'un des fils de Celis, Rodolfo..

Carrière criminelle Début Le mandat du gouverneur Celis se déroule de 1963 à 1968 et à son terme, Gallardo se retrouve sans emploi en même temps qu'un autre garde du corps, Pedro Avilés Pérez. Avilés introduit son collègue dans le monde des trafiquants de drogue et bientôt Gallardo fait la connaissance d'un trafiquant d'opiacés, Eduardo Fernández.

Au sein de cette organisation, il recrute des membres pour étendre les activités et envoyer des cargaisons d'héroïne et de marijuana aux États-Unis. Gallardo établit des liens avec le nouveau gouverneur du Sinaloa, (mandat de 1969 à 1974). Ces appuis politiques lui permettront d'échapper aux diverses procédures lancées contre lui. La première en 1971 pour trafic de drogue est classée sans suite. Malgré 14 mandats d'arrêts délivrés durant sa carrière criminelle, Gallardo ne sera jamais vraiment inquiété jusqu'à la seconde moitié des années 1980 et l'affaire Camarena.

Les activités de Gallardo oscillent entre les états du Sinaloa et de Jalisco, mais son influence s'étend notamment grâce à des contacts avec les Colombiens noués dès 1975 et une série d'évènements qui lui permettront de reprendre des parts du marché.

Liens avec la Colombie Grâce à Juan Ramón Matta Ballesteros, chimiste hondurien associé au trafic de cocaïne depuis Medellín vers Miami, Gallardo s'introduit progressivement dans ce marché en plein boom. Mais la DEA s'intéresse de près à ces nouveaux narcotrafiquants et dès la fin de 1975, le nom de Gallardo apparaît sur les rapports de l'agence, même s'il n'est encore qu'un rouage intermédiaire. En parallèle, Gallardo utilise ses qualités d'entrepreneur pour fonder une société immobilière, Immobiliaria Delia, et acquérir une série d'entreprises à Culiacán et Guadalajara qui lui serviront de façades pour le blanchiment d'argent. Il s'associe également avec des institutions bancaires comme la Banco Mexico Somex dont il est actionnaire et conseiller régional. Celle-ci est alors dirigée par Mario Ramón Beteta (PRI), qui a été ministre du Budget, directeur de l'entreprise d'État pétrolière Pemex et gouverneur de l'État de Mexico. Félix Gallardo est aussi lié à Arcadio Valenzuela, président de l'Association des banquiers du Mexique de 1980 à 1982, et actionnaire de la banque Banpacífico de Guadalajara, contrôlée par Valenzuela.

Un parrain, Alberto Sicilia Falcón, tombe dans les radars de la DEA et connaît des déboires judiciaires dès 1975. Falcón, qui a des liens avec la Colombie et écoule la marchandise vers les États-Unis, est définitivement mis hors-circuit lors de l'opération "CENTAC 12" durant l'été 1976. Gallardo se rend vite compte que la culture et le transport de marijuana ne sont pas pratiques et que la cocaïne a un potentiel commercial nettement supérieur. De plus, les expéditions policières contre les récoltes dans le nord du Mexique avec l'opération Trizo, puis Condor, mettent en péril l'approvisionnement. L'appui de Matta Ballesteros permet à Gallardo de faire une première commande de cocaïne auprès des Colombiens en 1977. Cette cargaison d'environ 300 kilos, destinée au marché de la Californie et de l'Arizona, transitera pour moitié par Tijuana où une saisie record pour l'époque de 141 kilos sera effectuée par la DEA. L'agence américaine ne fera le lien entre cette saisie et Gallardo qu'en 1979.

L'implication de Gallardo dans les nouvelles routes apparaît toutefois de plus en plus visible même s'il ne reste qu'un intermédiaire dans la nébuleuse des narco-trafiquants. Pour s'assurer une meilleure protection à la suite de l'opération de la DEA, il déménage de Culiacán à Guadalajara. A la fin de 1977 à Altata, Gallardo invite en grande pompe l'un des membres du cartel de Medellin, José Gonzalo Rodríguez Gacha. Les Colombiens sont satisfaits des propositions de Gallardo et apprécient sa discrétion et son expérience. De plus, Gallardo a déjà en place des filières pour la partie ouest des États-Unis alors que les cartels colombiens n'avaient accès au travers de Falcón qu'à la Floride et la côte est dont New York. Les deux parties conviennent de livraisons d'environ 2 tonnes par mois transitant par le Mexique vers les États-Unis avec des commissions allant jusqu'à 30%, la distribution finale en terrain américain revenant aux Colombiens.

Les autorités continuent à mettre la pression au travers de l'opération Condor et le , Avilés est tué dans une fusillade avec la police à Culiacán. Gallardo profite de cette disparition pour s'associer avec Rafael Caro Quintero et Ernesto Fonseca Carrillo, un employé d'Avilés surnommé Don Neto. Les trois associés reprennent en main tous les axes laissés par la dissolution du réseau de Falcón et Avilés. Cette étape essentielle assure les fondations de l'organisation qui va devenir le puissant cartel de Guadalajara.

Fondation du cartel de Guadalajara Avec la relocalisation des trafiquants à Guadalajara, le Sinaloa étant devenu moins propice au développement serein de ses activités, la fin de l'année 1978 marque le début du cartel de Guadalajara. Vu l'importance de la voie mexicaine pour l'acheminement des cargaisons de Colombie et face à la menace accrue de la DEA no et des autorités mexicaines, Gallardo réalise qu'un tel trafic ne peut durer si des ententes entre les différentes organisations du Mexique ne sont pas établies. Avec Caro et Fonseca, il met d'accord les différents chefs et les associe dans une organisation informelle qui ne porte pas encore le nom de cartel de Guadalajara, même si les principaux intervenants sont déjà présents. Les familles déjà en place gardent le contrôle de leurs territoires avec des rétributions en fonction des marchandises transitant par leur zone. A la tête d'une fortune déjà conséquente de par son statut d'homme d'affaires, possédant des appuis politiques vitaux et des contacts privilégiés avec la Colombie, Gallardo endosse naturellement le rôle de chef de cette nouvelle entité.

En plus de Fonseca et Caro, le cartel compte des membres de première importance :

Juan José Esparragoza Moreno (El Azul), un ancien membre de la Dirección Federal de Seguridad, Pablo Acosta Villarreal (El Zorro de Ojinaga) qui gère les territoires proches de la frontière texane, Amado Carrillo Fuentes (El Señor de Los Cielos) envoyé à Ojinaga pour contrôler le transport de cocaïne, Héctor Luis Palma Salazar (El Güero Palma) chargé du Sinaloa, Joaquín Guzmán (El Chapo), collaborateur de Palma, les frères Arellano qui tiennent Tijuana.

Ayant la mainmise sur les territoires jouxtant la moitié ouest de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, le cartel de Guadalajara assure ainsi l'écoulement de la cocaïne fournie par le cartel de Medellin de Pablo Escobar. Le cartel du Golfe de Juan García Ábrego, l'autre principale organisation de narcotrafiquants du Mexique, s'est quant à elle associée avec les concurrents d'Escobar, le cartel de Cali. Le cartel de Guadalajara ne délaisse toutefois pas totalement les autres substances puisque Caro continue à gérer d'immenses champs de marijuana.

Toutefois la DEA surveille de plus en plus les agissements de Gallardo dans le cadre de la lutte contre la drogue lancée par le président Ronald Reagan. Une poignée d'agents de la DEA dont Enrique Camarena est envoyée au consulat des États-Unis à Guadalajara au début de 1982. Leur mission consiste d'abord à collecter le plus d'informations sur le réseau de Gallardo qui est une figure publique du Jalisco avec des ramifications dans de nombreux secteurs. Puis la DEA, avec la participation des autorités locales, tente de saper l'économie du cartel en s'attaquant aux champs de marijuana de Caro au nord du Mexique : celui de Fresnillo au printemps 1984, puis à Búfalo le où le plus grand champ de marijuana jamais cultivé est détruit par les autorités mexicaines dans le cadre de l'opération Pacifico. Une véritable armada composée de 500 hommes et 15 hélicoptères met un terme à cette exploitation employant et produisant une valeur marchande de près de 8 milliards de dollars US Mexican Cartels: An Encyclopedia of Mexico's Crime and Drug Wars - Page 67.

L'affaire Camarena

Caro, excédé par les coups de la DEA, veut obtenir des informations sur l'avancée des investigations. L'agent Enrique Camarena est enlevé par des hommes du cartel le , interrogé et torturé pendant près de 30 heures avant d'être assassiné. Le rôle exact de Gallardo et la nature des ordres qu'il a donnés dans le cadre de cette disparition demeurent incertains. Il aurait participé à des réunions où le problème de la DEA a été évoqué, dont une fin où le nom de Camarena aurait été mentionné. Il est donc vraisemblable que Gallardo ait été au moins au courant des projets funestes de son associé.

La découverte du corps de Camarena en provoque l'indignation aux États-Unis et la DEA, extrêmement remontée, ne lâchera plus le cartel de Guadalajara. Elle lance l'opération Leyenda destinée à venger son agent et mettre un terme aux agissements de Gallardo et ses sbires.. La panique s'empare des membres du clan de Guadalajara : Fonseca et Caro prennent la fuite, mais sont arrêtés quelques semaines après. Gallardo reste intouchable, fort de ses appuis politiques dans les hautes sphères de l'administration mexicaine. Il perd dans la bataille un allié crucial, la DFS, qui lui servait de service de renseignements et qui est dissoute en .

Chute Fortement affaibli par les efforts conjoints des autorités mexicaines et de la DEA, le cartel géré par Gallardo s'effrite progressivement entre luttes internes, arrestations et pertes de soutiens politiques. De plus en plus discret, il se réfugie dans sa contrée natale du Sinaloa à Mazatlán avant de revenir à Guadalajara au début de 1987. Espérant continuer à bénéficier de la clémence de ses amis du gouvernement, il hésite à se rendre, puis se ravise sur les conseils de son avocat. Mais l'empire de Gallardo se réduit de jour en jour et les autorités lui tendent un piège. Le secret de l'opération nommée Taurus, planifiée pendant trois mois, est gardé entre la DEA et un petit groupe d'officiels mexicains. .