Le Satyre fauve des Maritimes (Coenonympha nipisiquit) est une espèce de lépidoptères (papillons) de la famille des Nymphalidae et de la sous-famille des Satyrinae, étroitement apparentée au Satyre fauve (Coenonympha tullia) dont elle a longtemps été considérée comme une sous-espèce.

Endémique d'une petite région côtière du Canada entre le Québec et le Nouveau-Brunswick, le Satyre fauve des Maritimes est l'un des rares rhopalocères canadiens (avec le Cuivré des marais salés, Lycaena dospassosi) à vivre dans les marais salés, où sa chenille se nourrit de Spartine étalée. Avec seulement dix populations connues, il est considéré comme en danger de disparition et fait l'objet de mesures de conservation.

Systématique Découvert en 1939 par l'entomologiste canadien James Halliday McDunnough dans les marais salés près de Bathurst, au Nouveau-BrunswickMCDUNNOUGH, J. (1939). A new Coenonympha race from northestern New Brunswick, The Canadian Entomologist, vol. 71, .funet, le taxon nipisiquit a longtemps été majoritairement considéré comme une sous-espèce du Satyre fauve (sous le nom de Coenonympha tullia nipisiquit ou de Coenonympha inornata nipisiquit, selon que le taxon inornata était considéré comme une sous-espèce de Coenonympha tullia ou comme une espèce à part entière, respectivement), probablement à cause de leur ressemblance morphologiqueSEI, Makiri (2004). Larval adaptation of the endangered Maritime Ringlet Coenonympha tullia nipisiquit McDunnough (Lepidoptera : Nymphalidae) to a Saline Wetland Habitat, Entomological Society of America, , , ..

Des recherches récentes au niveau du génome de nipisiquit indiquent que ce taxon doit plutôt être considéré comme une espèce à part entière, appelée donc Coenonympha nipisiquit, qui aurait cohabité avec le Satyre fauve dans un habitat qui lui est propre (les marais salés). Les recherches de Sei et Porter indiquent que le Satyre fauve des Maritimes et le Satyre fauve auraient fort probablement divergé bien avant la dernière ère glaciaire Wisconsinien, quelque part entre l’interglaciaire Sagamonien et l’interglaciaire FarmdalienSEI, Makiri et PORTER, Adam H. (2007). Delimiting species boundaries and the conservation genetics of the endangered maritime ringlet butterfly (Coenonympha nipisiquit McDunnough), Molecular Ecology, , .. En 2006, dans la Gazette du Canada, le nom de Coenonympha tullia nipisiquit a été modifié pour Coenonympha nipisiquitGazette du Canada (2006). Décret modifiant les annexes 1 à 3 de la Loi sur les espèces en péril, Textes réglementaires 2006, partie II, , , ..

Cependant, Sei et Porter suggèrent de considérer les individus provenant du Québec et ceux provenant du Nouveau-Brunswick comme deux sous-espèces, étant donné leur divergence génétique considérée comme élevée. Ils proposent cela au niveau de leur statut de conservation notamment pour les programmes de réintroduction de l’espèce afin de ne pas les croiser, tant que des recherches plus poussées n’auront pas été faites pour déterminer s'il s’agit bel et bien de deux sous-espèces. En 1958, il y a eu un article sur la découverte probable de Satyre fauve des Maritimes dans l’État de New York, toutefois, aucune suite à cette découverte ne semble avoir été donnée. Il s’agissait probablement de Satyre fauveBROWN, F. Martin (1958). A New Subspecies of Coenonympha nipisiquit McDunnough from New York State, Journal of the New York Entomological Society, , , ..

Noms vernaculaires en français : le Satyre fauve des Maritimes, le Satyre des marais salés en anglais : Maritime Ringlet

Description Imago Le mâle du Satyre fauve des Maritimes mesure environ 32 à , tandis que la femelle mesure 33 à . Ses ailles de couleur brunâtre sont plus pâles au bout avec une bande de couleur crème. Une ligne ocre définit le haut des ailes supérieures. Les femelles ont généralement une petite tache jaune pâle avec un cercle noir à l’intérieur près du bout de l’aile supérieur, dans le haut. Certains mâles ont également cette tâche. Le corps et la tête du papillon sont velus et les yeux semblent gros par rapport à la grosseur de la tête.

Œuf, chenille et chrysalide Les œufs, de forme subconique avec 40 à 48 nervures verticales sont de couleur vert pâle lorsqu’ils sont pondus, mais ils deviennent beiges avec des taches brunâtres après 3 à 4 jours. Ils ont un diamètre d’environ et une longueur d’environ .

La chenille a 5 stades de développement entrecoupés de mues, durant lesquelles elle passe de à en moyenne. La larve qui sort de l’œuf est également beige avec trois bandes brunâtres sur le dos ainsi que deux queues brun rouge, mais sa couleur tourne au vert et jaune avec plusieurs bandes longitudinales de couleur vert foncé et vert pâle avec une fine ligne jaunes de chaque côté lorsqu’elle commence à se nourrir. La chenille possède une forme ressemblant à un cône inversé, sa tête étant de forme subglobuleuse.

La chrysalide est quant à elle de forme cylindrique et dodue, elle mesure 11 à de long et 4 à de largeWEBSTER, Reginald P. (1998). The Life History of the Maritime Ringlet, Coenonympha tullia nipisiquit (Satyridae), Journal of The Lepidopterists’ Sociaty, , , .. Lorsque la chenille forme sa chrysalide, celle-ci est en suspens sur un crémaster et attachée sur la tige d’une plante à l’aide d’un petit tampon de soie. Bien que les couleurs varient grandement d’un individu à l’autre, la chrysalide est généralement vert bleuté avec des traits noirs parfois en grande quantité parfois quasi absents.

Biologie Période de vol et hivernation

Son cycle de vie se déroule sur une année. Le papillon émerge entre la fin juillet et la troisième semaine d’août, il vit en moyenne , mais peut atteindre . C’est à ce moment qu’il se reproduit et que les femelles pondent des œufs qui prennent avant d’arriver à maturité. Ensuite, la larve éclot puis commence à se nourrir jusqu’à la mi-fin octobre, elle entre ensuite en hibernation à la base de la Spartine étalée, sous les feuilles mortes, pour tout l’hiver. Vers la fin avril-mai elle recommence son activité qui consiste principalement à se nourrir. La chenille vit avant de se transformer en chrysalide, soit une mue à l’automne et 4 au printemps et à l’été. Elle se transforme en chrysalide vers la mi-juin et le cycle recommence.

Reproduction Le Satyre fauve des Maritimes se reproduit à la fin de l’été, dès qu’il se transforme en papillon. Les femelles ne s’accouplent qu’une fois, généralement la journée de leur éclosion. Les mâles sillonnent les marais à la recherche des femelles fraichement écloses et s’accouplent plus d’une fois. Une fois que la femelle s’est accouplée, elle commence à pondre des œufs. Elle en pond tout le long de sa vie adulte, bien qu’elle en ponde plus les premiers jours, elle pourrait pondre de . La ponte a lieu après un bref vol (10 à ) qui se termine par une chute vers la base d’une plante de Spartine étalée, là où elle pond les œufs. La femelle dépose généralement ses œufs sur des feuilles (un œuf par feuille) flétries de Spartine étalée, près de la base de la plante. Elle peut déposer de sur un même plant. Normalement, la femelle reste près de son lieu de naissance les premiers jours après son accouplement, mais elle commence à s’en éloigner vers la fin de sa vie.

Plantes hôtes Ses plantes hôtes sont les jeunes pousses de feuilles, et parfois les feuilles matures, de la Spartine étalée (Spartina patens).

À stade adulte, il se nourrit de nectar, provenant principalement des fleurs de Limonium de Caroline (Limonium carolinianum), de Plantin maritime (Plantago maritima) et Verge d’or toujours verte (Solidago sempervirens). Les mâles adultes se nourrissent peu, les femelles se nourrissent peu au début de leur vie adulte, mais doivent se nourrir plus au fur et à mesure qu’elles vieillissent, probablement puisqu’elles épuisent graduellement leurs ressources d’énergie acquises à l’état de chenille à cause de la ponte.

Écologie et distribution Les populations répertoriées de ce Satyriné se limitent à 10 populations réparties au Nouveau-Brunswick et au Québec, Canada, soit dans la Baie des Chaleurs et la Gaspésie. Plus précisément, ces populations se situent au Parc Forillon, à Saint-Siméon-de-Bonaventure, à Saint-Omer et à Miguasha au Québec ainsi qu’à Rivière Peters, Pointe Daly, Pointe Carron, Rivière Bass, Rivière du Nord et Bas-Caraqet au Nouveau-Brunswick. 8 de ces populations sont naturelles et elles sont réparties sur , soit 4 au Québec et 4 au Nouveau-Brunswick et les populations réparties sur au Nouveau-Brunswick ont fait l’objet d’une réintroduction.

Biotope Le Satyre fauve des Maritimes s’observe dans les marais salés où l’on retrouve la Spartine étalée (Spartina patens), une plante, qui est l’hôte de la chenille, mais où l’on retrouve également le Limonium de Caroline et autres espèces qui fleurissent tardivement, le Plantin maritime et la Verge d’or toujours verte, qui fournissent du nectar au Satyre des marais salés à l’âge adulte. Son habitat est inondé lors des grandes marées, parfois à plus d’un mètre de profond. Les grandes marées se produisant au moins deux fois par mois (pleine lune et nouvelle lune) sur quelques jours. Cet insecte n’est pas très mobile et peut difficilement établir de nouvelles colonies dans des marais dont le milieu est adéquat, mais séparé du lieu de naissance par des milieux non adéquats, « la proportion d’individus immigrant dans d’autres marais ou émigrant d’autres marais est probablement très faible ». L’insecte s’observe dans plusieurs microhabitats typiques de marais salés tels que décrits par SeiSEI, Makiri (2009). Flight and Oviposition Behavior of the Adult Maritime Ringlet (Coenonympha nipisiquit McDunnough) Females in Response to Microhabitat, Journal of Insect Behavior, vol. 22, n° 2, .(Voir le tableau : Microhabitat des marais salés) + Microhabitats des marais salés Microhabitat Description 1 Mélange de Spartina patens, Spartina alterniflora, Glaux maritima, Plantago maritima et Linonium carolinianum (50 à 150 plantes/400 m), très humide. 2 Spartina patens (densité d’individu de 90 à 95 %, hauteur de 15 à ), Spartina alterniflora et Limonium carolinianum (50 à 150 plantes/400 m). 3 Spartina patens (densité d’individu de 90 à 100 %, hauteur de 30 à ), Solidago sempervirens et Limonium carolinianum (<50 plantes/400 m). 4 Spartina patens (densité d’individu de 90 à 95 %, hauteur de 20 à ), Solidago sempervirens et Limonium carolinianum (100 à 200 plantes/400 m). 5 Dominance de Distichlis gerardi (densité d’individu de 85 à 95 %), très humide. 6 Dominance de Juncus gerardi (densité d’individu de 85 à 95 %), Argentina egedii, Plantago maritima et Solidago sempervirens. 7 Spartina alterniflora (densité d’individu de 90 à 100 %) et Limonium carolinianum (<20 plantes/400 m), humide. 8 Festuca rubra (densité d’individu de 80 à 90 %), Glaux maritima, Plantago maritima, Argentina egedii, Solidago sempervirens et Ligusticum scothicum, sec. 9 Solidago sempervirens commun à abondant, Aster sp. , Ligusticum scothicum, Cuscuta sp. , Juncus gerardi et autres. 10 Plage, végétation variée. Selon SEI, la femelle tend à avoir une préférence pour les microhabitats avec la présence de Spartine étalée, elle ne distingue pas les habitats (microclimats, risque d’inondation, etc.) qui pourraient être moins bons pour le développement des larves; bien qu’au début de sa vie adulte elle reste près de son lieu d’éclosion, ce qui est normalement un bon lieu pour sa survie. Selon les recherches de SEI et PORTER, les habitats 1 et 2 seraient ceux dans lesquels la chenille survit le mieux, mais elle survit aussi dans les habitats 3, 4[SEI, Makiri et PORTER, Adam H. (2003). Microhabitat-specific early-larval survival of the maritime ringlet (Coenonympha tullia nipisiquit), Animal Conservation, vol. 6, .]. Protection