Louise Marie Thérèse Charlotte Isabelle d'Orléans, née le à Palerme (Sicile) et morte le à Ostende (Belgique), est une princesse française, devenue la première reine des Belges par son mariage en 1832 avec le roi des Belges .
Ancêtre de la dynastie régnant sur la Belgique, Louise est également l'ascendante de l'actuel grand-duc de Luxembourg, du prétendant au trône d'Italie, ainsi que du prince Napoléon.
Membre de la maison d'Orléans par son père le roi des Français , Louise est issue d'une fratrie de dix enfants élevés dans un esprit chaleureux en France à partir de 1817, lorsque son père revient définitivement à Paris. Elle grandit dès lors dans les diverses résidences royales. Sous la Restauration, les règnes de et de , la popularité de Louis-Philippe s'accroît. À l'issue de la révolution de Juillet de 1830, ce dernier devient roi des Français.
Louise reçoit une éducation pieuse, rigoureuse et libérale dispensée selon les préceptes émanant de son père, hormis ceux inhérents à la religion, domaine qui relevait du champ de compétences de sa mère Marie-Amélie. Douée pour les arts, elle laisse quelques œuvres picturales de bonne facture, sans toutefois égaler le talent artistique de sa sœur Marie.
En 1832, elle épouse le roi des Belges , un mariage politique, mais où la concorde règne entre les époux. Mère de trois enfants survivants : , Philippe et Charlotte, sa santé s'altère prématurément. Sa volumineuse correspondance, notamment avec sa mère, la place au rang des épistolières et offre un témoignage de première main de la vie politique européenne de son temps.
Louise joue un rôle discret à la cour de Belgique, mais elle devient rapidement un efficace soutien pour le roi qui la consulte en raison de son entendement avisé des questions politiques et diplomatiques. Louise exerce, à plusieurs reprises, un rôle de facilitatrice dans divers mariages concernant sa fratrie. Au point de vue de ses idées, elle fait figure de progressiste en s'opposant à la peine de mort.
L'exil de son père après la révolution française de 1848 et sa mort deux ans plus tard en Grande-Bretagne, altèrent la santé déclinante de la reine qui meurt le , à , à Ostende. L'historiographie retient d'elle le surnom de « Reine bien-aimée ».
Biographie Ascendance et contexte familial vignette|gauche|redresse|alt=Huile sur toile représentant Louis-Philippe, tête-nue, en habit noir sur un pantalon crème, Marie-Amélie en robe perle les cheveux recouverts d'un léger voile long, tenant Louise sur ses genoux et Ferdinand derrière elle.|Louis-Philippe, Marie-Amélie et leurs deux enfants Ferdinand et Louise vers 1813. Louise d’Orléans, princesse du sang royal de France, est la fille aînée et le second des dix enfants de Louis-Philippe d'Orléans (1773-1850), duc d'Orléans, , alors émigré en Sicile, et de son épouse la princesse Marie-Amélie des Deux-Siciles (1782-1866).
Par son père, Louise est la petite-fille de Philippe d'Orléans (1747-1793), dit « Philippe Égalité » qui vota la mort de et de la richissime Marie-Adélaïde de Bourbon, issue d'une branche légitimée. La mère de Louise, Marie-Amélie, est d'un rang plus élevé que son père puisqu'elle est fille du roi et de l'intrépide Marie-Caroline d'Autriche, sœur de Marie-Antoinette. vignette|alt=Six personnes autour d'une table, parmi eux cinq enfants et adolescents, Ferdinand en uniforme bleu, Louis et François en blouse grise, deux adolescentes aux robes claires et leur mère coiffée d'un imposant chapeau.|Louise (quatrième à gauche) et la famille d’Orléans vers 1825. Comme l'écrit l'historien Olivier Defrance, si le mariage entre Louis-Philippe et Marie-Amélie, conclu à Palerme le , n'est pas le résultat d'un « coup de foudre », il est toutefois célébré avec bonheur. Mia Kerckvoorde confirme que l'harmonie du couple persiste tout au long de leur mariage qui dure un peu plus de .
En 1814, les parents de Louise reçoivent officiellement du roi les apanages liés au titre de duc d'Orléans. Louise a un frère aîné, Ferdinand, duc de Chartres, puis duc d'Orléans (1810-1842) et huit frères et sœurs cadets : Marie (1813-1839), Louis, duc de Nemours (1814-1896), Françoise (1816-1818), Clémentine (1817-1907), François, prince de Joinville (1818-1900), Charles, duc de Penthièvre (1820-1828), Henri, duc d'Aumale (1822-1897) et Antoine, duc de Montpensier (1824-1890).
Premières années Entre Palerme, Twickenham et Paris vignette|gauche|alt=Gravure d'un bâtiment de style palladien composé de plusieurs pavillons aux façades couleur crème avec en avant-plan trois groupes de personnages richement vêtus devisant sur des pelouses, près de massifs végétaux et floraux.|Orleans House à Twickenham où vécut Louise de 1815 à 1817. Louise naît à Palerme, le à du matin. Elle est baptisée le lendemain à la chapelle palatine de Palerme ; ses parrain et marraine, absents à la cérémonie, sont le roi et la duchesse d'Angoulême Marie-Thérèse de France, fille du roi . Elle est tenue sur les fonts baptismaux par son oncle maternel le prince héréditaire François de Sicile et sa femme Marie-Isabelle, en présence de sa grand-mère maternelle Marie-Caroline reine de Sicile, de son oncle maternel Léopold de Sicile et de sa tante paternelle Adélaïde d'Orléans.
Louise et les siens s'installent en France en au Palais-Royal avant de devoir fuir de nouveau en raison du retour de Napoléon. En , les Orléans partent donc s'établir outre-Manche à Twickenham, à l'Orleans House, sur les bords de la Tamise. Après la bataille de Waterloo et la nouvelle chute de l'Empire en , Louis-Philippe décide cependant de ne pas rentrer immédiatement en France. Durant cet exil volontaire, le prince attend l'évolution favorable et pérenne de la situation politique avant de revenir définitivement en France en où sa famille le rejoint le suivant, d'abord au palais royal, puis peu après au château de Neuilly.
Une éducation rigoureuse, mais libérale vignette|alt=Huile sur toile représentant le roi Louis-Philippe, la reine Marie-Amélie, leurs huit enfants et Adélaïde, sœur du roi. Les hommes sont en habit, les femmes portent des tenues variées, robe noire, robes de couleur perle et de couleur ocre et mauve.|Louise (deuxième princesse assise à gauche) et sa famille vers 1830. À l'instar de ses frères et sœurs, Louise reçoit une éducation rigoureuse et libérale, calculée dans ses principes et la moindre de ses modalités par son père. Les enfants Orléans sont entourés d'affection chaleureuse. En famille, on se tutoie, signe d'intimité réelle, peu courante dans leur milieu. Les Orléans vivent dans une intimité souvent perçue comme « bourgeoise », notamment par l'aristocratie légitimiste qui s'étonne de leurs démonstrations d'affection mutuelle. Chacun a un surnom, celui de Louise étant : « Bobonne ».. Bien que les enfants passent beaucoup de temps ensemble, leur différence d'âge engendre des regroupements : les quatre aînés (Ferdinand, Louise, Marie et Louis) forment un premier cercle. La proximité avec leurs parents s'exprime lors de petites fêtes célébrant les anniversaires et les fêtes patronales. Les enfants sont parfois invités à se produire sur une petite scène de théâtre improvisée au château de Neuilly ou au château d'Eu, afin d'illustrer des proverbes ou des maximes à caractère moral.
Marie-Amélie trouve beaucoup de satisfaction à être avec ses enfants : ils jouent en toute liberté, mais leur mère est constamment proche d'eux : c'est en compagnie de sa progéniture qu'elle se promène, monte à cheval ou prend des bains de mer. Cependant, Marie-Amélie et ses enfants doivent composer avec Madame Adélaïde, la sœur de Louis-Philippe et sa véritable égérie. Son frère débute habituellement sa journée en la consultant sur tous les sujets.. Elle appartient à la « tribu » : Marie-Amélie a généreusement accepté la présence de cette « rivale » et les enfants lui sont attachés, bien qu'ils redoutent parfois son ingérence et son indiscrétion. À maintes reprises, Louise écrit :
Dans le système éducatif inspiré de celui dont il a bénéficié de la part de madame de Genlis, Louis-Philippe impose un programme scolaire qui occupe ses enfants à chaque instant : histoire, géographie et langues étrangères. Louis-Philippe, autrefois professeur lui-même lors de son exil en Suisse, se réserve les cours d'histoire, et insiste sur ses souvenirs liés à la Révolution. Il poursuit comme objectif de préparer les princes à affronter un monde en mutation. Cette vision libérale le conduit à inscrire ses fils au , alors que le roi y était réticent. Même si elles ne suivent pas directement l'enseignement public dispensé à leurs frères, les princesses Louise, Marie et Clémentine bénéficient de l'expérience que leurs frères acquièrent au contact de la société extérieure au palais.
Peu pieux, Louis-Philippe laisse à Marie-Amélie le soin de l'éducation religieuse. Cette dernière assiste parfois à leurs cours et reçoit hebdomadairement un rapport de plusieurs pages des divers précepteurs. Secondée par son aumônier, l'abbé Guillon, Marie-Amélie déplore toutefois qu'il ne soit pas un catéchiste de premier ordre capable d'inculquer la religion à ses enfants, telle qu'elle-même en avait été instruite. Elle se tourne progressivement vers Félix Dupanloup, alors vicaire de la Madeleine., qui avait acquis une solide réputation de pédagogue, pour instruire religieusement ses enfants. Louise apprend trois langues étrangères : l'anglais, l'allemand et l'italien. vignette|gauche|redresse|alt=Aquarelle er crayon noir sur vélin représentant une jetée de fleurs comprenant du muguet, des capucines et un bouton d'or. |Jetée de fleurs, aquarelle par Louise d'Orléans en 1828. Michelet instruit Louise en histoire et Redouté lui apprend l'art de peindre des fleurs et des paysages. Sans être aussi douée que sa sœur Marie, sculptrice de talent, Louise laisse quelques dessins qu'appréciaient ses professeurs Horace Vernet, Ary Scheffer et Paul Delaroche. En revanche, Louise qui a été initiée par le compositeur Daniel Auber et le pianiste Friedrich Kalkbrenner n'aime pas beaucoup la musique, hormis quelques airs militaires et les valses de Strauss. Elle ne prise pas non plus les sciences exactes. Les salons des résidences royales que fréquente Louise reçoivent maints visiteurs illustres, tels les hommes de lettres Benjamin Constant, Casimir Delavigne, François-Auguste Mignet ou encore le philosophe Victor Cousin.
Les exercices physiques et sportifs ne sont pas négligés : Louise excelle en équitation et monte audacieusement en amazone. Elle a également l'occasion d'effectuer quelques voyages, à vocation pédagogique, au cours desquels elle tient un journal. En , elle séjourne avec ses parents, sa sœur Marie et son frère Ferdinand, près du Mont-Blanc et visite le château de Coppet où résidait jadis madame de Staël. Après avoir visité un glacier, et admiré un panorama en relief de la Suisse, Louis-Philippe et les siens passent une nuitée dans une modeste auberge dans le canton de Genève, à Carouge..
À la fin , une nouvelle révolution éclate en France, chassant le roi du pays. Un nouveau régime s'installe sous la forme d'une monarchie constitutionnelle. Louis-Philippe devient le nouveau souverain. Le , il prête serment à la Charte et prend le titre de « roi des Français » pour se distinguer de ses prédécesseurs. Louise voit son statut évoluer : elle devient dès lors fille aînée du roi.
Un mariage politique Léopold, candidat patient
vignette|gauche|redresse|alt=Portrait, huile sur toile, d'un prince en buste portant un uniforme militaire : veste rouge, gilet doré orné de décorations et pantalon blanc. Le visage grave, cheveux noirs, il regarde vers sa droite.| roi des Belges par George Dawe.