Les Bretons (dits aussi « Bretons continentaux » pour les distinguer des Bretons insulaires de l'Antiquité et du haut Moyen Âge) sont, du point de vue géographique, les habitants de la Bretagne, région péninsulaire située dans le nord-ouest de la France métropolitaine, toutes origines et langues confondues. Du point de vue historique les Bretons sont un peuple localisé principalement en Bretagne sous l'autorité de comtes, de rois et de ducs jusqu'au . Ils doivent leur nom à des groupes brittophones qui émigrèrent du sud-ouest de la Grande-Bretagne en vagues successives à partir du jusqu’au dans l'Ouest de la péninsule armoricaine, renommée par la suite Bretagne d’après leur nom.

Du point de vue linguistique, le breton (), héritage de cette émigration, est une langue celtique parlée en Basse-Bretagne, qui compte en 2024 environ , tandis que le gallo est une langue romane parlée en Haute-Bretagne qui compte environ . Le breton est apparenté au cornique, dont il est très proche et, dans une moindre mesure, au gallois. Le gallo est quant à lui une langue gallo-romane de la famille des langues d’oïl, mais possédant quelques similitudes de vocabulaire et de prononciation avec la langue bretonne. Depuis la seconde moitié du , le français s'est imposé comme langue maternelle des Bretons.

Une forte émigration historique a engendré une diaspora bretonne à l'intérieur même des frontières françaises et dans l'outre-mer français ; celle-ci est principalement établie dans l'Île-de-France. De nombreuses familles bretonnes ont également émigré sur le continent américain, principalement au Canada (surtout au Québec) et aux États-Unis.

Étymologie Le nom des Bretons provient d'une racine indo-européenne *mŗ-to- « mort » > « mortel, humain ». Cette séquence *mrito- a ensuite régulièrement évolué en brito-, thème qui est à la source du nom des tribus belges Brittī, Britannī qui ont envahi la Grande-Bretagne, se désignant donc comme « Les Hommes ».

Histoire

Des Bretons insulaires aux Bretons continentaux thumb|left|140px|Établissements bretons au .

On nomme « Bretons insulaires » les Britanii qui, avant le , vivaient dans l'île de Bretagne.

À partir du , les Romains font progressivement appel à des contingents de Bretons insulaires pour protéger les côtes gauloises, et particulièrement celles de l'Armorique, des raids des pirates gaëls, frisons et saxons.

Au , les Angles, les Jutes et les Saxons, peuples germaniques venus du continent, contraignent les Bretons insulaires, à refluer vers l’ouest et le sud de leur île (pays de Galles et Cornouailles). Mais les Bretons émigrent aussi pour fuir les raids de Gaëls, autre peuple celtique venu d’Irlande. Par milliers de familles, des Bretons viennent s’installer en Armorique. Cet exode n’est pas massif, mais consiste plutôt en une longue série d’infiltrations. L’ouest de l'Armorique prit ultérieurement le nom de Bretagne en raison de cette immigration continue.

Il y avait une grande proximité entre les « Bretons insulaires » arrivant en Armorique et la population autochtone armoricaine : le breton et le gaulois armoricain étaient des langues celtiques apparentées :

Les deux populations se connaissaient assez bien pour pratiquer des échanges depuis plusieurs siècles et tant dans l’île qu’en Armorique, une partie des élites était plus ou moins romanisée et christianisée à la chute de l’Empire romain d'Occident (à quel point, cela est toujours en débat). Quoi qu’il en soit, l’immigration brittonique a re-celtisé l’Ouest de l'Armorique.

L’émigration des Bretons insulaires a dépassé l’Armorique, et des groupes ont débarqué aussi en Galice où fut fondé l'éphémère évêché de Britonia.

Cette immigration en Armorique entraîne la création de nouveaux royaumes plus ou moins légendaires : Bro Waroch, Cornouaille, Domnonée (qui s’est peut-être étendue de part et d’autre de la Manche à un moment de son histoire). Les relations entre les Bretons et leurs voisins francs, nouveaux maîtres de la Gaule, deviennent rapidement conflictuelles dès le haut Moyen Âge, entre vassalité, rébellion et relative soumission temporaire. Entre 753 et 825, six expéditions sont menées par les Carolingiens contre les territoires sous domination bretonne.

Langues

vignette|Signalisation bilingue dans une rue à Quimper.

L'existence de deux Bretagnes linguistiquement distinctes est attestée de bonne heure. Au , la chancellerie pontificale, qui demandait au clergé de parler la langue de ses ouailles, distingue la Brittania gallicana et la Brittannia britonizans, c'est-à-dire la Bretagne gallésante et la Bretagne bretonnante. La limite est régulière et frappe les observateurs par la netteté de son tracé : pour Gilbert Villeneuve qui parle de la Basse-Bretagne, « il n'y a absolument aucune nuance : on parle bas-breton, ou on ne le parle pas, point d'intermédiaire ». Quant à l'historien Pitre-Chevalier, il n'hésitait pas en 1845 à qualifier cette frontière de « muraille de Chine » de l'idiome breton. Cette limite linguistique a fluctué depuis l'émigration bretonne en Armorique au profit du gallo, puis du français et se dessine aujourd'hui comme ceci : .

Aujourd'hui, la langue maternelle de la majorité des Bretons est le français. D'autre part, aucun des deux parlers traditionnels de Bretagne, breton et gallo, n'ont de reconnaissance officielle, mais ils restent encore aujourd'hui utilisés au quotidien par une petite partie des Bretons, en particulier les plus âgés. Des actions sont mises en place par les pouvoirs publics pour la sauvegarde du breton, comme la signalétique bilingue, surtout présente dans l'ouest de la péninsule, sous l'impulsion d'organismes tels que l'Office public de la langue bretonne et Stourm ar Brezhoneg. Cette signalisation français/breton ne va pas sans controverse lorsqu'elle est installée en Bretagne gallèse. Depuis les jusqu'au milieu du , la politique scolaire des divers gouvernements français est considérée par les milieux militants comme ayant conduit à un véritable linguicide de la langue bretonne, en l'interdisant notamment dans les écoles, dans une optique proche de celle du Welsh Not au pays de Galles. Dans la filiation d'un arrêté vichyste du , autorisant l'enseignement facultatif des « parlers locaux » dans les écoles primaires, la loi Deixonne du , présentée par le député socialiste du Tarn Maurice Deixonne, mais préparée par les députés communistes bretons, autorise l'enseignement du breton ainsi que trois autres langues (l'occitan, le catalan et le basque). Une circulaire du ministre de l'Éducation nationale, François Bayrou, en date du , inscrit la découverte de la langue et de la culture régionale au programme scolaire. Aujourd'hui, le breton et le gallo sont enseignés dans certains collèges et lycées et des épreuves facultatives sont disponibles au baccalauréat.

Breton

vignette|Les différents tons de gris retracent le recul du breton au profit du gallo, puis du français ; la partie blanche n'a jamais été majoritairement bretonnante. La limite entre la Haute et la Basse-Bretagne a peu à peu glissé vers l'ouest au fil des siècles. À la fin de l’Empire romain, les Bretons insulaires, fuyant les invasions de l’île de Bretagne, s'installent dans l’ouest de l’Armorique où ils re-celtisent cette partie de la Gaule romaine faiblement romanisée. D'origine celtique brittonique, le breton peut être rapproché du cornique, ainsi que dans une moindre mesure du gallois, et se classe parmi les langues celtiques insulaires. Au , la plupart des habitants de la Bretagne étaient majoritairement bretonnants, à l'exception notable des régions situées autour de Nantes et de Rennes, où la langue romane était majoritaire. Au fil des siècles et ce dès le Moyen Âge, le breton a reculé vers l'ouest de la péninsule face au français et au gallo. Au , en Basse-Bretagne, Brest était presque entièrement étrangère au breton, les autres villes de Bretagne occidentale étant partiellement francisées. Jusqu'au milieu du , le breton était la langue maternelle de la majorité des habitants de Basse-Bretagne. Aujourd'hui, l'Unesco classe le breton, au même titre que le gallo, comme « langue sérieusement en danger ».

Gallo

Les habitants de Haute-Bretagne parlent traditionnellement le gallo, une langue d'oïl, qui présente cependant des éléments d'échanges avec le breton, notamment dans son vocabulaire et sa prononciation.

Français

Le français s'est progressivement imposé comme la langue des Bretons pour plusieurs raisons. À la suite de la bataille de Jengland-Beslé, Nominoë, ajoute à son domaine les marches de Bretagne, zone romane, comprenant notamment Rennes et Nantes. L’extension maximale de la majorité bretonnante s’étend à l’ouest de ces deux villes. C’est à partir de cette zone romane que le processus de francisation de la Bretagne va démarrer. Rennes va influencer les villes bretonnantes du Nord-Ouest qui franciseront à leur tour, les campagnes avoisinantes, tandis que Nantes francise les villes bretonnantes du Sud-Ouest. Le recul sera d'ailleurs plus rapide dans le Nord de la Bretagne, de Rennes vers Saint-Brieuc, que dans le Sud, de Nantes vers Vannes, car Rennes était un important carrefour de voies romaines. L’installation de la cour des ducs de Bretagne en zone romane (Nantes) facilite la francisation des élites.

Dès la fin du et bien avant l'union du duché de Bretagne au royaume de France, l'administration ducale abandonna le latin au profit du français, sans passer par le breton. Jusqu'au , les actes administratifs et juridiques sont rédigés en latin, puis le français concurrence le latin dans les actes de la chancellerie avant de le remplacer définitivement. L'historien Jean Kerhervé affirme n'avoir jamais retrouvé, au cours de ses dépouillements d'archives, un quelconque document financier en breton, contrairement à ce que disent d'autres.

Par ailleurs, aucun des derniers ducs de Bretagne ne s'exprima en breton et leurs efforts de centralisation s'appuyèrent exclusivement sur l'utilisation du français. Ainsi, Charles de Blois (1341–1364) devait-il recourir aux services d'un interprète lorsqu'il devait s'adresser à ses sujets de Basse-Bretagne. Toute l’attention des ducs de Bretagne est d’ailleurs tournée vers l’Anjou et le Maine où ils cherchent à étendre leur domaine, plutôt que vers l’Ouest. De sorte qu’au , le recul du breton en faveur du gallo et du français est déjà bien établi le long d’une ligne allant de Binic à Guérande.

Après l'union du duché à la France, l’Ancien Régime, faisant peu de cas des langues locales, accepta le breton comme il était : essentiellement une langue vernaculaire et utilisée pour le culte. L'usage du français, imposé dans les cours de justice et les actes officiels par l’ordonnance de Villers-Cotterêts fut de portée symbolique, car le duché de Bretagne avait abandonné le latin pour le français comme langue administrative plus d’un siècle avant le royaume de France. Ce recul multiséculaire du breton se poursuivra très progressivement jusqu’au basculement de la Basse-Bretagne vers le français dans les .

Au cours du , la conscription militaire et l’éducation obligatoire jouent un rôle important dans la promotion du français. Durant cette période, les « patois » sont déconsidérés par la classe bourgeoise, car perçus comme un signe de ruralité et d'analphabétisme ainsi que comme un facteur d’arriération économique et culturelle. Certains individus se montrent intransigeants avec les langues régionales, tel un sous-préfet du Finistère qui, en 1845, donna cette consigne aux instituteurs : . Ou, en 1897, cet inspecteur d'académie du Finistère qui écrivit à l'intention des enseignants de l'école primaire : .