vignette|droite|Madeleine Braun (PCF) est, avec Germaine Peyroles (MRP), l'une des deux premières vice-présidentes de l'Assemblée nationale en 1946. L'histoire des femmes à l'Assemblée nationale en France se rapporte à l'émancipation des femmes dans la vie politique législative française et, depuis 1945, leur participation aux élections de l'Assemblée nationale, par le vote et l'arrivée de certaines à la députation.
Histoire Révolution française Sous l'Ancien Régime, les veuves propriétaires de fiefs ainsi que les mères-abbesses avaient la possibilité de voter pour l'élection de leur représentant de la noblesse ou du clergé aux États généraux, mais sans être éligibles. Elles ont ainsi été régulièrement convoquées, de 1302 jusqu'à 1789. Mais c'est la Révolution française qui leur interdit le droit de vote par décret du Décret du 22 décembre 1789 relatif à la constitution des Assemblées primaires et des Assemblées administratives., même si cette interdiction n'est pas formellement inscrite dans le texte, ce dernier se bornant à définir le statut de « citoyen actif », excluant de fait les femmes. Robespierre et l'abbé Grégoire, pourtant favorables au suffrage universel, ou même Condorcet qui publia le un long plaidoyer en faveur du vote des femmesSur l'admission des femmes au droit de cité, Jean-Antoine-Nicolas de Caritat, marquis de Condorcet, in Œuvres de Concorcet, volume 10, paru dans le Journal de la Société de 1789 le ., ne peuvent pas empêcher la confirmation par la Constitution de 1791 de cette interdiction de voteTITRE III - CHAPITRE PREMIER. Section II. Article 7..
La femme de lettres Olympe de Gouges propose à l'Assemblée nationale, le , une Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne demandant le droit de vote et d'éligibilité dans ses articles 1, 6 et 10, mais qui ne sera cependant jamais adoptée. Pierre Guyomar présente le à la Convention nationale un texte sur l'égalité des femmesle partisan de l'égalité politique entre les individus ou problème très important de l'égalité en droits et de l'inégalité en fait, de Pierre Guyomar, député des Côtes-du-Nord à la Convention nationale, le lundi , in La mémoire des femmes : anthologie, par Paulette Bascou-Bance.. Jacques-Marie Rouzet, député de la Haute-Garonne à la Convention nationale, présente le un projet de Constitution française qui envisage que les « mères de famille jouissent des droits de citoyen ». Toutes ces initiatives n'apportent cependant aucun changement à la législation.
Deuxième et Troisième Républiques Le est publié un décret qui proclame dans son article 5 que . Aucune mention n'est faite sur la distinction par sexe, si ce n'est la mention .. Jeanne Deroin se porte candidate aux élections législatives françaises du 13 mai 1849, mais sa campagne est tournée en dérision par la presse ; elle doit s'exiler en Angleterre à la fin de la Deuxième République.
Au début du , plusieurs propositions de loi visent à accorder le droit de vote aux femmes. Le député de Vendée Jean-Fernand Gautret présente un projet le à la Chambre des députés afin que toutes les femmes, « majeures, célibataires, veuves ou divorcées » obtiennent droit de vote aux élections municipales. Jusqu'à l'aube de la Seconde Guerre mondiale, une soixantaine de propositions sont déposés à la Chambre, mais la question de l'éligibilité ne représente que 40 % des projets de loi. Paul Dussaussoy, député du Pas-de-Calais, présente, en , un projet de loi accordant le droit de vote aux femmes dans le cadre de ce qu'on appelle alors le petit suffrage, limité aux élections municipales et cantonales. Mais il faut attendre trois ans pour que le rapporteur, Ferdinand Buisson, député de la Seine, rédige un rapport de 420 pages, rendant un avis favorable. Cependant, avec la Première Guerre mondiale, le projet est abandonné. De 1919 à 1936, plusieurs lois sont adoptées par la Chambre des députés mais, par cinq fois, le Sénat s'y oppose. En 1927 et 1932, à une écrasante majorité, la Chambre adopte deux résolutions invitant le gouvernement à user de son influence auprès du Sénat pour que ces projets soient examinés. En vain. Le , les députés votent par contre 0 en faveur du droit de vote des femmes, un texte que le Sénat n'inscrira jamais à son ordre du jour« 33 premières députées », assemblee-nationale.fr, consulté le 28 février 2026.. Ce blocage s'explique par l'opposition du Parti radical, anticlérical, qui craint que les femmes voteront comme les curés, et par la défense du rôle traditionnel des femmes, cantonnées à la sphère familiale« Premières députées », L'Histoire, 20 octobre 2025..
La France accuse ainsi un retard par rapport aux autres pays européens, le suffrage féminin étant acquis par les femmes en Finlande en 1906, en Norvège en 1913, au Danemark et en Islande en 1915, au Royaume-Uni, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas et au Luxembourg entre 1918 et 1919Margaux Acosta, « Assemblée nationale : il y a 80 ans, les premières femmes élues députées », la-croix.com, 21 octobre 2025..
Gouvernement provisoire de la République La position isolée de la France en Europe et le rôle joué par les femmes dans la Résistance changent la donne. Après la déclaration du général de Gaulle du par laquelle il affirme que , Marthe Simard et Lucie Aubrac sont nommées membres de l'Assemblée consultative provisoire d'AlgerLucie Aubrac ne siégera finalement qu'à Paris à partir de 1944.. Cette même Assemblée, réunie à Alger, adopte par contre 16, le l'amendement Fernand Grenier instaurant le vote des femmes, à travers l'ordonnance du 21 avril 1944. Grenier souhaite ainsi . Des réticences demeurent toutefois, de la part des radicaux et de ceux qui craignent un déséquilibre en faveur de l'électorat féminin, le retour des prisonniers de guerre et des déportés étant toujours en cours.
Le droit de vote est finalement accordé aux femmes par le Comité français de libération nationale, avec cette ordonnance du , qui, dans son article 17, énonce que . Les premières élections qui permettent aux femmes de voter et d'être candidates se déroulent les 29 avril et 13 mai 1945, les premières municipales d'après-guerre.
Si l'Assemblée consultative provisoire siégeant à Alger du au ne comprend qu'une seule femme, Marthe Simard (Lucie Aubrac, nommée mais n'ayant pu se déplacer en Algérie, sera remplacée par son mari Raymond Aubrac), dans celle de Paris, du au , siègent douze femmes puis seizeDouze femmes sont déléguées en novembre 1944, auxquelles se joignent quatre femmes déléguées à partir du 20 juillet 1945, au titre des prisonniers et déportés. parmi les délégués : Lucie Aubrac, Madeleine Braun, Gilberte Brossolette, Marie Couette, Claire Davinroy, Andrée Defferre-Aboulker, Alice Delaunay, Martha Desrumaux, Annie Hervé, Marie-Hélène Lefaucheux, Mathilde Gabriel-Péri, Pauline Ramart, Marthe Simard, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Marianne Verger et Andrée Viénot.
Quelques mois plus tard, les élections législatives du , qui installent une assemblée constituante, sont ouvertes aux femmes et aux militaires, et permettent à (sur ) d'entrer pour la première fois de l'Histoire à l'Assemblée nationale : 17 sont communistes, 6 socialistes, 9 appartiennent au MRP (parti démocrate-chrétien de centre-droit) et une provient de l'éphémère Parti républicain de la liberté (PRL, droite). Parmi elles se trouvent des résistantes (Denise Ginollin), des avocates (Madeleine Léo-Lagrange), des bourgeoises et des femmes modestes.. Les premières femmes députées sont surnommées les « députettes » par leurs collègues masculinsPetite anthologie des députés poètes.. En 1946, Madeleine Braun devient la première femme vice-présidente de l'Assemblée nationale. La plupart des thématiques politiques sur lesquelles s'investissent les premières femmes députées sont genrées (santé, affaires sociales, etc.). Certaines posent un premier jalon dans leur carrière politique et deviendront plus tard ministres (Germaine Poinso-Chapuis, Marie-Madeleine Dienesch, cette dernière devenant aussi en 1967 la première femme présidente de commission). L'événement de l'élection de femmes parlementaires ne fait pas la une de l'actualité, qui se concentre sur les pénuries et la reprise de l'activité parlementaire après plusieurs années d'interruption dues à l'Occupation.
Le , des plaques en l'honneur des résistantes et premières députées Marie-Madeleine Dienesch, Rachel Lempereur et Marie-Claude Vaillant-Couturier sont dévoilées dans l'hémicycle du palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale« Olympe de Gouges entre enfin à l’Assemblée », lesnouvellesnews.fr, ..
Entre et , l'exposition « Députées en 1945 : de l'ombre à l’hémicycle » est installée au musée de l'Armée (Paris)« Députées en 1945 : De l’ombre à l’hémicycle », musee-armee.fr, consulté le 28 février 2026.. Le , l'Assemblée nationale organise une journée d'hommage et un colloque ; l'exposition « Résistantes et combattantes » est aussi inaugurée et des plaques dans l'hémicycles sont dévoilées en hommage à Germaine Poinso-Chapuis, Germaine Peyroles et Mathilde Gabriel-Péri.
Cinquième République Après les premiers scrutins d'après-guerre, le nombre de femmes députées baisse progressivement. Il faut attendre les années 1980-1990 pour retrouver le niveau de 1945, soit une trentaine d'élues. La loi de 2000 sur la parité change la donne, conduisant à un nombre toujours plus élevé de femmes élues, environ 200 en 2024.
Le , la députée Yaël Braun-Pivet, candidate à la présidence de l'Assemblée nationale pour l'alliance présidentielle Ensemble., devient la première femme élue présidente de l'Assemblée nationale..
Synthèse des femmes élues à l'Assemblée nationale depuis 1945 vignette|Plaque apposée sur les bancs de l'hémicycle en mémoire de Marie-Claude Vaillant-Couturier en 2016. Élection Législature Nombre de femmes Nombre total de députés Pourcentage Évolution octobre 1945 Première Assemblée constituante 33 586 5,6 %Nv juin 1946 Seconde Assemblée constituante 30 586 5,1 % 0,5 novembre 1946 I législature ( République) 42 619 6,8 % 1,7 juin 1951 22 627 3,5 % 3,3 janvier 1956 19 627 3,0 % 0,5 novembre 1958 I législature ( République) 8 579 1,4 % 1,6 novembre 1962 8 482 1,7 % 0,3 mars 1967 11 487 2,6 % 0,9 juin 1968 10 487 2,1 % 0,5 mars 1973 12 490 2,4 % 0,3 mars 1978 21 491 4,3 % 1,9 juin 1981 36 491 7,3 % 3 mars 1986 34 577 5,9 % 1,4 juin 1988 33 577 5,7 % 0,2 mars 1993 35 577 6,1 % 0,4 mai/juin 1997 63 577 10,9 % 4,8 juin 2002 71 577 12,3 % 1,4 juin 2007 107 577 18,5 % 6,2 juin 2012 155 577 26,9 % 8,4juin 2017 224.57738,8 % 11,9 juin 2022 215 577 37,3 % 1,5 juillet 2024 208 577 36,0 % 1,3 Source : Assemblée nationaleLes femmes élues députées depuis 1945
Orientation politique La féminisation du corps législatif s'est opérée jusqu'en 2012 surtout par la gauche : on compte ainsi dans la première Assemblée nationale constituante 17 députées communistes et 6 socialistes sur 33 députées au total, représentant ainsi 69,9 % des députées élues. Cette tendance se confirme par la suite, la première Assemblée de la République comptant 31 députées communistes et 3 socialistes, sur 42 députées, soit 80 % des députées élues. Cette tendance disparaît au début de la République, où l'on observe une baisse significative de députées élues (seulement 8 en 1958 et 1962), amenant à une quasi-égalité entre la droite gaulliste et la gauche. C'est pourtant à partir de 1981 que la tendance redevient bénéficiaire pour les élues de gauche, mais au profit des socialistes (27 députées) plutôt que des communistes (5 députées), le PCF entamant parallèlement un déclin dans sa représentation au sein de la vie politique française.