Johann Friedrich Karl Asperger, dit Hans Asperger Prononciation en allemand autrichien standardisé retranscrite selon la norme API. (né le à Hausbrunn et mort à Vienne le ), est un psychiatre autrichien, auteur d'une étude pionnière sur l'autisme. Son nom a été donné au syndrome d'Asperger, une forme d'autisme remise en lumière en 1981 par Lorna Wing.
Son rôle dans l'Autriche annexée par les nazis est longuement resté méconnu, jusqu'à l'étude de documents d'archive. Ceux-ci démontrent qu'Hans Asperger, qui travaillait sous la direction de son ami Franz Hamburger, a collaboré avec le gouvernement nazi, bénéficié d'avancées de carrière grâce à la fuite des médecins juifs, et a participé à la sélection d'enfants envoyés vers Am Spiegelgrund, où certains d'entre eux ont été tués. La question de son adhésion personnelle à l'idéologie nazie reste controversée, notamment en raison de ses convictions religieuses catholiques.
Sources D'après le Herwig Czech (2018), un historien de la médecine spécialisé dans les persécutions sous le nazisme., les informations biographiques disponibles à propos de Hans Asperger sont limitées. La préface à l'édition française du livre Les Enfants d'Asperger précise ainsi que . En dépit de son rôle dans l'étude de l'autisme, les documents d'archives le concernant ont longuement été ignorés. Aussi les diverses opinions émises à son sujet restaient-elles invérifiables. La majorité des informations disponibles se sont longtemps limitées à sa conférence de 1938 sur les « psychopathes autistes », sa thèse postdoctorale de 1944, et diverses sources primaires émanant de lui ou de ses proches après la Seconde Guerre mondiale, notamment une interview radiophonique donnée en 1974. Certaines informations biographiques proviennent de sa fille Maria Asperger-Felder, qui les a délivrées en 2006, à l'occasion de ce qui aurait été le anniversaire de la naissance de son père. Selon Czech, ces sources Version originale : ..
Il a longtemps été cru que les archives du travail d'Asperger et de ses collègues, publiées entre 1928 et 1944, avaient été détruites pendant la Seconde Guerre mondiale ; ce n'est pas le cas, ces documents étant conservés aux archives d'État de la ville de Vienne.. Les premières analyses de ces documents remontent à 2005, lorsque Michael Hubenstorf étudie l'histoire de la clinique pédiatrique de l'université de Vienne, découvrant des informations jusqu'alors inconnues à propos de la carrière d'Asperger, et notamment ses liens étroits avec le directeur d'Am Spiegelgrund, Erwin Jekelius, ainsi que son travail sous la direction d'un idéologue nazi et membre du NSDAP, Franz Hamburger.. Alors que les informations biographiques disponibles en langue allemande ont commencé à souligner sa position ambiguë vis-à-vis du régime nazi dès les années 2000, ces mêmes informations n'ont été traduites en anglais qu'une dizaine d'années plus tard.
Biographie
Hans Asperger naît à Hausbrunn, en Autriche, le Entre 1938 et 1945, du fait de l'Anschluss, sa nationalité est allemande., et y passe son enfance. Il est l'aîné d'une fratrie de trois enfants. Son frère cadet meurt peu après la naissance. Son frère benjamin, Karl, plus jeune que lui de quatre ans, meurt sur le front soviétique pendant la Seconde guerre mondiale.
Hans décrit sa mère comme pieuse et aimante, tandis que son père, Johann Asperger, qui exerce comme comptable mais provient d'une famille d'agriculteurs, est au contraire très strict. Il grandit dans la religion catholique.
Décrit comme , Hans est, notamment d'après sa fille Maria Asperger-Felder, un enfant distant, doué pour les langues, connu pour beaucoup lire et pour fréquemment citer des poèmes, en particulier ceux du poète autrichien Franz Grillparzer, dont il cite souvent les textes à ses camarades de classe, malgré leur indifférence à ce sujet. Il passe pour un enfant qui a des difficultés à se faire des amis d'après Lyons et Fitzgerald, information contredite par Sheffer qui souligne sa fréquentation régulière de mouvements de jeunesse. D'après sa fille, de 1916 à 1928, il suit une éducation orientée vers l'humanisme, apprend la philosophie occidentale, le latin et le grec ancien.
Hans Asperger devient membre du (dans le groupe des , qui organise des activités à l'extérieur telles que la randonnée et l'alpinisme), un mouvement catholique conservateur de jeunesse qu'il soutient durant toute sa vie. Ce mouvement entretient des liens étroits avec la et les jeunesses hitlériennes à partir des années 1930.
Études
vignette|Franz Chvostek junior, l'un des professeurs de Hans Asperger.
Hans Asperger assure avoir découvert sa future vocation de médecin en disséquant le foie d'une souris pendant sa deuxième année de lycée. Il passe et réussit son examen de fin d'études secondaires le , avec une mention et la note dans toutes les matières.
Il quitte sa ville natale en 1925, à l'âge de 19 ans, et part suivre des études de médecine à Vienne, payées par son père. Il attribue les hautes attentes de son père à la frustration de ce dernier de n'avoir pas pu poursuivre des études. Étudiant à l'université de Vienne, Hans y obtient le diplôme de médecin le . Il a notamment pour professeurs Clemens von Pirquet, Franz Chvostek junior et Franz Hamburger.
Vie privée Hans Asperger se marie en 1935 avec Hanna Kalmon, qu'il a rencontrée durant une randonnée en montagne, et avec laquelle il a cinq enfants, quatre filles et un fils : Gertrud (née en 1936), Hans (né en 1938), Hedwig (née en 1940), Maria (née en 1946) et Brigitte (née en 1948). En 1961, Gertrud Asperger termine son doctorat à Innsbruck. Une autre de ses filles, Maria Asperger Felder, devient une pédopsychiatre renommée. Hans Asperger et sa fille sont également .
Carrière professionnelle avant l'Anschluss D'après Czech, .
Après la mort de Clemens von Pirquet en 1929, Franz Hamburger écarte les médecins juifs de la clinique, et tente également d'en écarter les femmes. Hans Asperger obtient ainsi son premier poste en , grâce à la « purge » des médecins juifs, en tant qu'assistant de Hamburger à la clinique pédiatrique universitaire de Vienne. Il travaille alors pour différents services. Czech souligne les changements apportés dans la direction : Sous l'influence de Franz Chvostek junior, la clinique de Vienne devient un .
Erwin Lazar meurt en 1932, et Hans Asperger prend sa suite en ou en 1935, à la tête du département de (ou : pédagogie curative) à la clinique pédiatrique de Vienne. Il rejoint une équipe expérimentée, composée du psychiatre George Frankl (qui est juif), du psychologue Josef Feldner et d'une religieuse, sœur Viktorine ZakSœur Viktorine Zak est coauteur d'un livre à propos d'Erwin Lazar et autrice d'un article , paru en 1932 dans .. L'ascension très rapide d'Asperger à la tête d'un service de pédiatrie, malgré son peu de publications et l'existence de candidats plus qualifiés, est facilitée par la politique anti-juive. L'équipe compte également, d' à , un jeune médecin spécialisé dans les troubles gastro-intestinaux, Erwin Jekelius, qui deviendra plus tard un artisan majeur de l'extermination nazie. La pédagogie employée au est inspirée par Erwin Lazar, le fondateur de la clinique ; Asperger poursuit et développe cette approche. Il est influencé par deux pédagogues, Jan-Daniel Georgens et Johann Heinrich Deinhardt, qui ont fondé un institut spécialisé en 1856.. Il s'intéresse particulièrement à « l'enfant psychiquement anormal ».
vignette|gauche|L'université de Vienne au début du . En plus de Hamburger et Jekelius, Asperger fréquente d'autres idéologues nazis, notamment Erwin Risak, qui a étudié avec lui en 1931 et avec lequel il a co-écrit un article l'année suivante. Il n'existe cependant pas de preuve documentée qu'Asperger ait rejoint des groupes de sympathisants nazis avant 1938.
Sa carrière s'effectue entièrement au de Vienne, à deux brèves exceptions. En 1934, il est invité à travailler quelque temps à la clinique psychiatrique de Leipzig, avec Paul Schröder. Il est également invité trois mois, pendant l'été 1934, à l'hôpital psychiatrique de Vienne, dirigé par Otto Pötzl (qu'il qualifiera par la suite d'). Il rejoint l'association des médecins allemands en Autriche, une association nationaliste et antisémite, la même année. Carrière professionnelle après l'Anschluss
vignette|Dossiers médicaux et photographies d'enfants qui ont été « euthanasiés » (assassinés) à Am Spiegelgrund.
La relation de Hans Asperger avec le régime nazi est depuis longtemps l'objet de controverses. Sur la base de leurs études respectives des archives, l'historien médical Herwig Czech.. et la professeure d'histoire contemporaine américaine Edith Sheffer, dans son ouvrage Les Enfants d'Asperger., concluent qu'Hans Asperger a activement collaboré avec le régime nazi.
Les Allemands annexent l'Autriche en 1938 (Anschluss). En , Asperger soumet le texte de sa thèse d'habilitation : , supervisée par Franz Hamburger, au journal , qui le publie en 1944. Cependant, une partie de son travail, constituant le premier exposé public à propos d'autisme dans l'Histoire, a été présentée à l'université de Vienne le .
Sa position de médecin à Vienne rend Hans Asperger décisionnaire dans le cadre d'examens de mineurs : il peut les défendre s’il pense qu'ils s'intégreront au Volk (la communauté nationale de l'Allemagne nazie), ou au contraire envoyer vers le ceux qu’il pense trop déficitaires, et donc inaptes à l'intégration. Am Spiegelgrund, créé en dans les locaux de l'hôpital psychiatrique Steinhof de Vienne, est dirigé par Erwin Jekelius, un ancien collègue d'Asperger à la clinique universitaire devenu un artisan majeur de la politique d'extermination, de jusqu'à la fin de l'année 1941.
Durant les deux dernières années de la Seconde Guerre mondiale, à partir d', Asperger est médecin pour la Wehrmacht. Il suit neuf mois de formation à Vienne et à Brünn, puis est envoyé avec la division d'infanterie en Croatie, en , dans le cadre d'une . Le , dans lequel Asperger travaillait avant son service militaire, est détruit en 1944 par un bombardement, dans lequel la sœur Viktorine Zak trouve la mort.
Démonstrations de loyauté envers l'idéologie nazie D'après Czech, à première vue, Asperger semble avoir personnellement une certaine distance avec l'idéologie nazie. En effet, il n'est pas membre du NSDAP, alors que la plupart des médecins de son époque le sont. Cependant, il travaille sous la direction de Franz Hamburger, un éminent membre de longue date du NSDAP pour qui il exprime la plus grande admiration., signe ses courriers avec la formule « Heil Hitler », et rejoint des organisations affiliées au parti nazi après 1938 (le Deutsche Arbeitsfront, la Nationalsozialistische Volkswohlfahrt et la Nationalsozialistischer Deutscher Ärztebund). Pour Czech, .
Après l'Anschluss, comme tout le personnel médical, Asperger fait l'objet d'une enquête en application du daté du , puis d'évaluations confidentielles de la part de fonctionnaires du NSDAP, qui témoignent à son sujet d'une opinion de plus en plus positive. Sa première évaluation, datée de , le juge , , et se conclut sur la mention selon laquelle Asperger est , malgré son orientation catholique. En , il écrit s'être Document d'archive WStLA, 1.3.2.202, Personalakt Hans Asperger, Fragebogen, 7 octobre 1940. Traduit et cité par .. Czech l'analyse comme une volonté de s'adapter au nouveau régime et de protéger sa carrière. Hans Asperger n'est jamais considéré comme un opposant au régime.
En 1939, il publie un article avec son collègue Heribert Goll, dans lequel il « démontre » que des caractéristiques innées ou héréditaires déterminent les traits de personnalité ultérieurs. Cet article est publié dans la revue Der Erbarzt, éditée par Otmar von Verschuer, un éminent propagateur des théories d'hygiène raciale. D'après l'analyse de Czech, .