Domenico di Tommaso Curradi di Doffo Bigordi, appelé couramment Domenico Bigordi dit Domenico Ghirlandaio, né le à Florence et mort de la peste le à Florence, est un peintre de l'école florentine.
Il travaille principalement dans sa ville natale., où il est l'un des protagonistes de la Renaissance à l'époque de Laurent le Magnifique. Vers 1480 notamment, il devient de facto le portraitiste officiel de la haute société florentine grâce à son style précis, agréable et rapide. À la tête d'un important atelier, dans lequel Michel-Ange, âgé de 13 ans, fait ses premiers pas dans le domaine de l'art, il marque son époque par ses grands cycles de fresques, notamment à la chapelle Sassetti et la chapelle Tornabuoni à Florence, et par certaines scènes de la chapelle Sixtine à Rome. Domenico fait partie de la dite « troisième génération » de la Renaissance florentine, avec des maîtres tels que Andrea del Verrocchio, les frères de Pollaiolo (Antonio et Piero) et Sandro Botticelli..
Biographie
Sources La principale source biographique sur Ghirlandaio est la biographie que Giorgio Vasari a écrit sur lui dans les Vies. Bien que rédigée soixante-dix ans après la mort du peintre, elle est considérée comme exacte et complète, même si l'artiste y fait l'objet de jugements un peu trop élogieux. À cela s'ajoute un livre de souvenirs de famille écrit par son neveu Alessandro, trouvé dans les archives apostoliques du Vatican et publié en 2017, dans lequel, par exemple, figure la date exacte de naissance de l'artiste ..
Jeunesse Son père, Tommaso di Currado Bigordi, est propriétaire de domaines à Broncigliano, près de San Martino alla Palma, paroisse qui est maintenant intégrée à la municipalité de Scandicci. La famille Ghirlandaio y est propriétaire pendant trois générations, d'environ 1480 à environ 1560, d'une grande ferme à Colle Ramole près de la chartreuse de Galluzzo, qui a fait l'objet d'une restauration minutieuse, achevée en 2017, pour la transformer en une entreprise de luxe du nom de Dimora Ghirlandaio, située à Impruneta.. Il est possible d'y admirer une chapelle consacrée où est peinte une fresque de Ridolfo, un des fils de Domenico.
Domenico Ghirlandaio naît le à Florence. Il est le premier de cinq enfants de l'orfèvre Tommaso di Currado Bigordi, un bijoutier ayant une boutique via dell'Ariento (c'est-à-dire via « dell'Argento », du nom des nombreux orfèvres), qui a le surnom chanceux de « Ghirlandajo », et de sa femme prénommée Antonia. Selon le témoignage de Vasari, qui le présente comme « un orfèvre plus que correctVasari, Le Vite de' più eccellenti pittori, scultori e architettori, 1550 puis 1568 (édition française sous la direction d’André Chastel, Berger-Levrault, 1981-1989). », il a réussi à ciseler des guirlandes d'argent à porter sur la tête comme ornement des coiffures destinées aux jeunes demoiselles d'honneur florentinesFrancesco Cesati, La grande guida delle strade di Firenze, Newton Compton Editori, Roma 2003.. Cependant, dans certains documents cadastraux, la profession indiquée est celle de commerçant ou de courtier.. En réalité, toujours d'après le livre des souvenirs de famille, sa boutique était spécialisée dans les couronnes en matériaux éphémères, tels que médailles et plumes, de faible coût , mais au succès considérable après que les lois somptuaires du eurent interdit celles en métaux précieux.
Formation Domenico est d'abord apprenti orfèvre dans l'atelier de son père. Vasari raconte comment il se consacre à contrecœur à cette profession, préférant passer du temps à peindre les passants. Finalement, le père doit renoncer à son projet de faire succéder à la tête de l'entreprise familiale son fils aîné et lui permet de se consacrer à l'apprentissage des techniques artistiques, en particulier de la peinture et de la mosaïque, le plaçant dans l'atelier d' Alesso Baldovinetti, information confirmée également au dans les mémoires de Francesco Baldovinetti, un descendant du peintre. Baldovinetti est un artiste reconsidéré au cours des cinquante dernières années par les études historico-artistiques, comme un interprète raffiné de l'héritage florentin et des influences flamandes (Rogier van der Weyden et surtout, à cette époque, Hans Memling et Hugo van der Goes), capable de mettre en valeur le paysage qui devient alors un protagoniste de la représentation et non plus un simple arrière-plan.
Les historiens de l'art ont pensé que Domenico s'était rapproché de l'atelier de Verrocchio, l'un des plus actifs de la ville, où se forma une nouvelle génération d'artistes, comme Sandro Botticelli, Perugino, Lorenzo di Credi et, quelques années plus tard, Léonard de Vinci. Cependant, les documents d'archives ont plutôt rapporté que l'artiste s'est formé dans l'atelier de l'orfèvre Bartolomeo di Stefano. De plus, les exemples de Benozzo Gozzoli, au goût narratif vif, et de Filippo Lippi, qui a une prédilection pour le dessin et la couleur douce, ont dû avoir une certaine influence sur son style au cours de sa formation.
Premières œuvres
En 1472, Ghirlandaio s'inscrit à la Compagnie des Peintres de San Luca, ce qui marque la fin de son apprentissage.
Ses premières œuvres indépendantes se trouvent dans des églises de campagne de l'arrière-pays florentin. La première œuvre connue est une fresque dans l'église paroissiale Sant'Andrea a Cercina sur la commune de Siesto Fiorentino , Saint Jérôme, sainte Barbe et saint Antoine abbé, datable vers 1471-1472. Il s'agit du décor de la bande médiane d'une niche semi-circulaire, dans laquelle le peintre a peint une fausse architecture avec des niches en marbre séparées par des piliers reposant sur un cadre mouluré au-dessus de quelques panneaux en faux marbre. Dans les niches se trouvent les saints Jérôme, Barbe et Antoine abbé, caractérisés par une ligne de contour fine et fluide et une couleur vive et harmonieuse, dérivée de l'exemple de Domenico Veneziano. Le Saint Jérôme surtout, laisse apparaître les réminiscences d'Andrea del Castagno, notamment par l'attention anatomique qui lui est portée et sa force plastique, bien que l'ensemble soit doux et avec un mouvement à peine évoqué, dépourvu de drame. La recherche illusionniste de certains détails qui « sortent » des niches est également intéressante, comme les pieds saillants ou les mains particulièrement réalistes de l'homme sur les marches sous sainte Barbe.. Murée en 1660, la fresque a été redécouverte en 1923.
Immédiatement après, l'artiste entre au service de la riche famille Vespucci, alliée des Médicis, en peignant pour eux une Madonna della Misericordia et une Pietà dans leur chapelle de l'église Ognissanti à Florence. La chapelle, constituée d'une niche dans la nef unique, fortement transformée lors de modifications ultérieures, est construite en 1472 ; les fresques sont peintes en 1475. Dans le groupe de personnages protégés sous le manteau de la Vierge, figure le jeune Amerigo Vespucci, futur navigateur.
Dans ces œuvres, la personnalité artistique de Domenico est déjà bien établie, notamment en ce qui concerne la vivacité des traits physionomiques des figures représentées, qui font l'objet d'une étude soigneuse, ce qui rend les personnages si différents les uns des autres.
Le Baptême du Christ, et une Vierge en majesté entre saint Sébastien et saint Julien, fresques de l'église Sant'Andrea à San Donnino, frazione de Campi Bisenzio près de Florence, remontent à ces mêmes années.
Chapelle Santa Fina La première commande importante connue, dans laquelle le style personnel et mature de Ghirlandaio se manifeste pleinement, est la décoration de la chapelle Santa Fina dans la collégiale de San Gimignano, chapelle commémorative de la sainte locale, une paraplégique décédée en 1253, pour laquelle certains artistes florentins de premier plan ont été appelés, tels que Giuliano da Maiano pour la partie architecturale, son frère Benedetto pour la sculpture et Ghirlandaio précisément pour la décoration picturale des deux lunettes latérales avec des histoires de la sainte.
Dans les funérailles de Santa Fina, il fait une série de portraits très humanisés et plausibles, qui deviendront ses attributs les plus appréciés par les riches florentins qui seront ses mécènes ultérieurs. Par exemple, dans le groupe de garçons de chœur à droite, diverses nuances psychologiques sont visibles, traitées avec naturel : un garçon regarde la scène avec intérêt, un autre est distrait par la croix qu'il tient dans ses mains et un troisième regarde autour de lui avec un amusement enfantin. Parmi les citoyens représentés, il doit certainement y avoir aussi des portraits des mécènes de l'œuvre. Ghirlandaio évite dans sa peinture les expressions nettement contrites : l'émotion n'est jamais trop évidente et une certaine sérénité semble prévaloir. Dans les histoires de Santa Fina, le style qui est à la base de son succès, se manifeste pour la première fois, intime, recueilli et sans ornement dans le cas de lAnnonce de la mort, grandiose et solennelle dans les Funérailles, comme en témoigne l'abside classique monumentale en arrière-plan.
À San Gimignano, Ghirlandaio rencontre Sebastiano Mainardi, qui devient son collaborateur et qui épouse, quelques années plus tard, la sœur de Domenico, devenant ainsi son beau-frère. Après le chantier de Santa Fina, Ghirlandaio est appelé à la Badia di Passignano, dont il peint le cénacle (1476), qui est le premier d'une série de trois, les deux autres étant réalisés peu après à Florence.
Premier voyage à Rome En 1475, Domenico Ghirlandaio est appelé une première fois à Rome. Il est choisi, avec son frère David, pour peindre à fresque les lunettes de la bibliothèque de Sixte IV au Palais du Vatican. Il y peint douze figures de philosophes antiques (Aristote, Antisthène, Cléobule, Diogène, Platon et Socrate) et de Pères de l'église (saint Ambroise, saint Augustin, saint Bonaventure, saint Grégoire, saint Jérôme et saint Thomas d'Aquin).
Il est accueilli par les banquiers florentins qui résident à Rome, parmi lesquels les Tornabuoni, et en particulier par Giovanni, chef de la succursale locale de la Banque Médicis et trésorier de Sixte IV. Il peint pour lui en 1477 deux Histoires de Saint Jean-Baptiste et deux Histoires de Marie pour la chapelle funéraire à Santa Maria sopra Minerva de son épouse Francesca Pitti, décédée en couches cette année-là, fresques aujourd'hui perdues.
À Rome, il peint également deux portraits de Giovanna Tornabuoni, épouse de Lorenzo, fils de Giovanni, également décédée prématurément.
Saint Jérôme dans son étude
De retour à Florence, il épouse en 1480 Costanza di Bartolomeo Nucci, avec qui, en 1483, il a son fils Ridolfo, également un peintre apprécié dans la première moitié du . Il se marie deux fois, la seconde fois avec Antonia di ser Paolo Paoli, à une date non connue, et a neuf enfants.
Il est chargé par la famille Vespucci de peindre une fresque de Saint Jérôme dans l'église des Ognissanti, qui est un pendant du Saint Augustin de Botticelli, généralement considéré comme une œuvre un peu antérieure (vers 1480). Ghirlandaio crée une figure sereine et conventionnelle, faisant des objets soigneusement exposés sur le bureau et les étagères du protagoniste, des natures mortes. Domenico s'est probablement inspiré des modèles nordiques, comme peut-être du Saint Jérôme dans son étude de Jan van Eyck qui faisait probablement partie des collections de Laurent le Magnifique.
Cénacles