Bernardin de Sienne, né en 1380 à Massa Marittima en Toscane (Italie) et mort le à L'Aquila (Italie), est un frère franciscain observant et prédicateur de renom. Il propage la dévotion au saint nom de Jésus et fut surnommé « l'apôtre de l'Italie » pour ses efforts en faveur du retour de la foi catholique dans son pays au Benjamin Mann, « St. Bernardine of Siena, Apostle of Italy », Catholic News Agency, 2011. . Canonisé en 1450 par Nicolas V, il est liturgiquement commémoré le .

Biographie Jeunesse Bernardin naît le à Massa Maritima en Toscane (Italie) d'une illustre famille de Sienne, les Albizeschi. Il perd sa mère à l'âge de trois ans, et son père à l'âge de six ansThureau-Dangin , ., et il est accueilli dans la maison de sa tante Diana. Il commence ses études à Massa, puis se rend à Sienne en 1391, dans la maison de son oncle, qui, sans enfant, l'élève comme son fils. Il suit pendant deux ans les cours du maître Martino di Ferro, notaire de Casole, puis des maîtres Onofrio di Loro et Jean de Spolète, avec lesquels il apprend les arts libéraux Raoul Manselli, « Bernardino da Siena, santo, » Dizionario Biografico degli Italiani, volume 9, 1967. .

En 1397, après avoir suivi les cours de l'université de droit canon pendant trois ans, Bernardin rejoint la Confraternité de Notre-Dame, attachée à l'hôpital Santa Maria della Scala. Trois ans plus tard, une épidémie de peste frappe la ville de Sienne. Bernardin se consacre au service des malades, et, assisté de dix compagnons, prend l'entière charge de l'hôpital. Malgré son jeune âge, il est à la hauteur de la tâche, mais cet engagement héroïque et constant rend sa santé fragile et il ne s'en remettra jamais complètement. Abandonnant son patrimoine à la charité, Bernardin prend l'habit des frères mineurs de saint François de Sienne, le . Il rejoint peu de temps après le monastère de l'étroite observance de Colombaio sull'Amiata, à l'extérieur de la ville, là où se trouve actuellement la basilique de l'Observance.

Prédication en Italie Bernardin fait sa profession religieuse le , puis est ordonné prêtre l'année suivante Paschal Robinson, « St. Bernardine of Siena, » The Catholic Encyclopedia, 1907. . Il étudie non seulement les pères de l'Église, mais également les œuvres d'auteurs franciscains « interdits », comme Jacopone da Todi, Ubertin de Casale et Pierre de Jean Olivi. Bernardin gagne la confiance et l'estime de ses supérieurs et commence à prêcher, à vingt-cinq ans, à Seggiano, près du couvent, puis dans le voisinage immédiat de Sienne. Il prend en quelque sorte la relève du dominicain Vincent Ferrier comme prédicateur populaire, et reprend la tâche d'évangéliser le peuple italien. S'ensuit une période de prédication à Pavie en 1410, après le sac de la ville par le condottiere Facino Cane. À Sienne, en 1411, Bernardin tombe malade de la peste. Il affronte la maladie avec une fermeté sereine et avec une conscience claire de la pureté de sa vie. Puis il médite intensément pendant trois années, interrompues par une courte prédication à Padoue en 1413.

En 1416, il prêche de nouveau à Padoue, puis à Mantoue, sans beaucoup de succès. Après un séjour à Fiesole, il retourne en Lombardie, à Ferrare, pendant la peste de 1417, puis se rend à Gênes pour la prédication de l'Avent. C'est le début d'une série ininterrompue de sermons qui le conduisent en Ligurie, dans le Piémont, en Lombardie, notamment à Mantoue en pour le chapitre général des Frères, puis à Milan. En 1419, il se rend à Côme et dans le Tessin. Le , le duc de Milan Philippe Marie Visconti lui remet pour l'Observance la chapelle ducale de Saint-Jacques de Pavie, puis l'église S. Angelo de Milan. C'est la pleine reconnaissance du succès de Bernardin comme prédicateur.

La Piazza del Campo, cœur battant de la ville de Sienne, est noir de monde en ce . Ce jour-là, l'immense espace vert en forme de coquille n'accueille pas le marché, comme à l'accoutumée, mais un homme chétif en rustre franciscain, frère Bernardin. s'exclame-t-il d'une voix étonnamment forte. Ils ne sont pas moins de trente mille fidèles à s'êtres déplacés pour écouter prêcher, pendant près de trois heures, celui qu'en Italie du Nord on appelle déjà la « Trompette du ciel », tant son verbe est percutantMarie de Chamvres, Saint Bernardin de Sienne, Magnificat (magazine), n° 402, mai 2026, p. 3..

L'influence du frère Bernardin L'influence du frère Bernardin grandit et il obtient une amélioration des mœurs turbulentes et luxurieuses des villes italiennes. Amené à prêcher sur les places de marchés, son audience atteint parfois les trente mille auditeurs. D'après un biographe florentin, Bernardin « nettoya l'Italie de tous les péchés dont elle foisonnait. » Dans plusieurs villes, les réformes provoquées par le saint sont nommés les Riformazioni di frate BernardinoLes Riformazioni di frate Bernardino, ou les réformes de l’Observance en Europe (XIVe-XVIe siècle), sont des efforts significatifs de Bernardin de Sienne pour régénérer les mœurs et la société en Italie au XVe siècle. Ces réformes ont été marquées par une forte dévotion au Saint-Nom de Jésus et ont eu un impact durable sur les villes du centre et du nord de l'Italie.. Le succès de Bernardin pour promouvoir la moralité et régénérer la société est remarquable. Il prêche avec une entière liberté apostolique, censurant ouvertement Visconti, le duc de Milan, et réprimandant avec courage le mal dans les hauts lieux. Dans chaque ville, Bernardin dénonce le vice régnant avec une telle efficacité que des bûchers des « vanités » accompagnent fréquemment sa prédication. Dans ces bûchers, le peuple jette miroirs, parfums, perruques, jeux de cartes, dés, jeux d'échecs, et toutes sortes de frivolités. Bernardin invite ses auditeurs à s'abstenir du blasphème, des conversations indécentes, des jeux de hasard, et à observer les jours de fêteThureau-Dangin .. L'usure est un des principaux objets de ses attaques, et il est le principal instigateur de l'établissement de sociétés de prêts sur gages, aussi connues sous le nom de mont-de-piété.

Mais le mot d'ordre de Bernardin, comme saint François d'Assise avant lui, est « la paix. » À pied, il traverse l'Italie de long en large pour le rétablissement de la paix. Et son éloquence s'attache avec efficacité à concilier la haine mutuelle entre les guelfes et les gibelins. Il persuade les cités italiennes de décrocher les armoiries des factions des murs des églises et des palais, et d'inscrire à la place les initiales I-H-S. L'origine de ce monogramme tire son origine de la lecture par Bernardin des ouvrages de Gilbert de Tournai et Ubertin de Casale. Son utilisation donne une nouvelle impulsion et une forme tangible à la dévotion du nom du Christ, qui est un de ses sujets favoris, et un puissant moyen de raviver la ferveur populaire. Il avait l'habitude de porter un panneau devant lui pendant ses sermons, portant le monogramme du Christ 'IHS' peint en lettres gothiques dorées entouré par les rayons du soleil, puis de l'exposer à la vénération. Il introduit cette coutume à Volterra en 1424. À Bologne, Bernardin persuade un peintre, ruiné par ses sermons contre le jeu, de gagner sa vie en dessinant des tablettes, et le désir de posséder de telles tablettes est tel que l'homme fait rapidement fortune.

Convocation à Rome vignette|Le Miracle de l'enfant mort-né, Le Pérugin. En dépit de sa popularité, Bernardin doit supporter l'opposition et la persécution. Il est accusé d'hérésie par le dominicain Manfred de Vercelli, dont Bernardin avait combattu la fausse prédication sur l'Antéchrist. Le saint est accusé d'introduire une nouvelle dévotion de caractère profane exposant le peuple au danger de l'idolâtrie. Il est convoqué à Rome devant le pape Martin V en 1427. Ce dernier le reçoit froidement et lui ordonne de ne plus prêcher avant que son cas ne soit examiné. Son procès a lieu le , et Jean de Capistran est chargé de sa défense. La malveillance et la futilité de ces charges contre Bernardin sont entièrement démontrées, et le pape, non content de recommander et de justifier son enseignement, l'invite également à prêcher à Rome. Le pape approuve ensuite l'élection de Bernardin à l'évêché de Sienne. Le saint décline cependant cet honneur, ainsi que les évêchés de Ferrare et Urbino, qui lui seront donnés respectivement en 1431 et 1435, en déclarant joyeusement que l'Italie est déjà son diocèse. Après l'élection du pape Eugène IV, les adversaires de Bernardin renouvellent leurs attaques, mais une bulle pontificale réduit ses calomniateurs au silence en 1432.

Dernière prédication

En 1433, Bernardin accompagne l'empereur Sigismond de Luxembourg à Rome pour son couronnement. Il se retire peu après à Capriola pour composer une série de sermons. Il reprend sa prédication en 1436, mais doit l'abandonner deux ans plus tard, à la suite de son élection au vicariat général des observants en Italie. En 1442, Bernardin persuade le pape d'accepter sa résignation du vicariat général afin de se donner entièrement à la prédication. En 1444, malgré son mauvais état de santé, Bernardin décide d'évangéliser le royaume de Naples. Trop faible pour marcher, il est obligé de se déplacer sur un âne. Après avoir traversé l'Ombrie, il est pris par la fièvre et forcé de s'arrêter à L'Aquila dans les Abruzzes. Il meurt la veille de l'Ascension, le .

Les notables locaux refusent de laisser emporter le corps de Bernardin vers Sienne, et après des funérailles d'une splendeur sans précédent, son corps est enterré à l'église des conventuels de L'Aquila. Les miracles se multiplient à la mort du saint : la tradition populaire lui attribue plus de deux mille guérisons miraculeusesPhilippe Jansen, « Un exemple de sainteté thaumaturgique à la fin du Moyen Âge », Mélanges de l'École française de Rome, t. 96, , 1984, . . Il est canonisé le par le pape Nicolas V, soit six ans après sa mort. Le , le corps de Bernardin est solennellement transféré dans la nouvelle église des Observants à L'Aquila - aujourd’hui 'Basilique saint-Bernardin - construite spécialement pour le recevoir, et ses restes humains sont préservés dans une châsse d'argent doré offerte par le roi Louis XI de France.

Œuvre littéraire Bernardin est considéré comme un grand prédicateur italien du , et le restaurateur de l'ordre franciscain. Il est l'un des saints italiens les plus populaires, et tout particulièrement à Sienne. Ses sermons, notamment les sermons en langue vernaculaire, sont riches en illustrations, en anecdotes, en digressions et en apartés. Le saint a souvent recours à l'imitation et aux plaisanteries. Mais sa gaieté naturelle et sa joie de vivre typiquement franciscaine n'enlèvent rien à l'efficacité de ses sermons. Ses exhortations au peuple pour écarter la colère de Dieu par la pénitence, et ses appels à la paix et la charité conservent toute leur puissance et leur pathétique. Il laisse également plusieurs sermons en latin, sous la forme de dissertations, des essais, des lettres et un commentaire sur l'Apocalypse.