, du latin « Monde un », est une notion de psychologie analytique à caractère métaphysique qui renvoie à l'idée d'une réalité unifiée sous-jacente, de laquelle tout émerge et à laquelle tout retourne. Elle a été popularisée au par le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. Ce terme apparaît pour la première fois avec Gérard Dorn, un étudiant de Paracelse au .
Les concepts jungiens d'archétype et de synchronicité sont liés à l’unus mundus. Les archétypes sont en effet des manifestations de l’unus mundus, et la synchronicité dépend de l'union de l'observateur et du phénomène via l’unus mundus.
Lunus mundus et l'inconscient chez Jung
C'est dans son Mysterium Conjunctionis de 1956 que Carl Gustav Jung avance pour la première fois l'idée d'un « monde un » fondamental mais non sensibleHarald Atmanspacher, « Le monisme à double aspect selon Pauli et Jung », Revue de Psychologie Analytique, 2014/1, , Bordeaux, L'Esprit du temps, ..
Jung 1982, , cité dans Atmanspacher 2014..
Dans l'une de ses correspondances avec le physicien Wolfgang Pauli, Jung associe l'unus mundus à l'unité intérieure fondamentale de l'individu et du monde. Cette unité est pour lui plus profonde que la division apparente du monde en une myriade d'objets, et plus profonde encore que la division du sujet et de l'objet dans la conscience :
Jung-Pauli 2000, , cité dans Atmanspacher 2014..
L'ordre indifférencié de lunus mundus n'est autre, selon Jung, que l'inconscient radical, ou « inconscient archaïque », auquel il n'y a aucun accès conscient possible. On parle en ce sens de « coupure épistémique » pour désigner cette situation où l'esprit conscient ne peut se représenter sa propre origine, sa racine qui le relie au reste du monde.
Les manifestations de lunus mundus
Chez Jung, lorsque lunus mundus est fractionné ou morcelé, des corrélations apparaissent entre les domaines qui en résultent. Ces corrélations sont en quelque sorte des vestiges de la totalité perdue par suite de ce morcellement. Elles se présentent sous les deux modes relationnels que sont :
la correspondance entre l'esprit et la matière, notamment entre l'esprit et le cerveau ou entre la matière et l'énergie la synchronicité, ou « coïncidence significative », qui est une corrélation de type symbolique reliant un vécu subjectif à un élément perçu à l'extérieur.
La causalité, quant à elle, est la conséquence de la division apparente et illusoire de lunus mundus en une multitude de phénomènes devenus distincts mais qui restent reliés ensemble.
Parce qu'elle implique l'idée d'une double manifestation, à la fois subjective et objective, la théorie de lunus mundus est proche du monisme à double aspect qui s'est développé à la suite de Spinoza. Des versions du monisme à double aspect inspirées des sciences ont été formulées, discutées et développées dans la seconde moitié du , au moment même où Jung et le physicien Wolfgang Pauli collaboraient dans cette direction. Notamment, la théorie de l'ordre implicite, proposée à l'origine par le physicien David Bohm, suppose de considérer l'esprit et la matière (ou la dualité onde-corpuscule) comme la double manifestation dans l'ordre explicite d'une même réalité sous-jacente.
Bibliographie Harald Atmanspacher, « Quantum approaches to consciousness », in E. N. Zalta (ed.), Stanford Encyclopedia of Philosophy (encyclopédie philosophique en ligne). Article en ligne. Michel Bitbol, L'Aveuglante Proximité du Réel, Paris, Flammarion, 1998. Bernard d'Espagnat, Traité de physique et de philosophie, Paris, Fayard, 2002. Carl Gustav Jung, Mysterium Conjunctionis (1955–1956), Paris, Albin Michel, 1982. Hervé Zwirn, Les Limites de la connaissance, Paris, Odile Jacob, 2000.
Notes et références
Articles connexes Anima mundi Deus absconditus Abîme (philosophie) Inconscient (philosophie) Monisme Théorie de l'ordre implicite L'Un
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